Affichage des articles dont le libellé est Etats-Unis. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Etats-Unis. Afficher tous les articles

25 janv. 2017

Les cochers

Dans un article de Rue 89 (le reportage complet est disponible ici, en accès libre), Xavier de La Porte traduit un article sur les conditions de vie et de travail des chauffeurs Uber aux États-Unis.

Extrait

Dans la longue série des articles racontant le quotidien des chauffeurs Uber, le site Bloomberg a fait fort. Un papier publié lundi raconte la vie de chauffeurs Uber qui travaillent à San Francisco. Chaque soir, certains se retrouvent dans le quartier de Marina, sur le parking d’une grande surface, pour dormir dans leurs voitures. Oui, ces travailleurs dorment dans leurs voitures. Comment est-ce possible ?

Dormir sur un parking

L’un d’entre eux explique. Il a 42 ans, il vit à Sacramento où il n’y a pas assez de travail pour les VTC, alors tous les lundis matins il va à San Francisco. Là, chaque jour il conduit jusqu’à ce qu’il ait amassé 300 dollars (ça lui en fait 230 quand il a payé l’essence). Il lui faut à peu près 12 heures pour y arriver. Donc quand il a terminé, il est trop crevé, il faut qu’il dorme. Et comme il gagne tout juste ce dont il a besoin, pas question de se payer un hôtel, alors il va au parking, où il dort dans sa voiture, avec quelques autres.

Le phénomène n’est pas restreint à San Francisco. A Chicago ou à New York, des chauffeurs Uber se partagent l’adresse de spots où ils peuvent s’installer pour la nuit, parce que les gardiens les laissent tranquilles, ou parce qu’il y a du wifi. Il s’agit d’une conséquence extrême de la volonté de Uber : la plus grande flexibilité pour ses chauffeurs qui peuvent travailler où ils veulent, quand ils veulent, le temps qu’ils veulent (jusqu’à 14 h d’affilée).

13 janv. 2017

Les travailleurs ubérisés s'organisent

Paul Hampton explique de nouvelles formes de résistance, de lutte économique dans un secteur ubérisé, celui des réseaux numériques. La conclusion est simple: nous n'avons nullement besoin de capitaliste pour faire tourner les usines que nous faisons tourner (fussent-elles en ligne, en réseau, etc.). Donc, faisons-les tourner sans eux.

Extrait de cet excellent article très fouillé sur le site de Basta (ici)


De nouvelles formes de lutte, et leurs limites

CoWorker a été lancé sur une idée simple : que les travailleurs se prennent en main. Les outils qu’il propose permettent à des gens comme Estelle Becker Costanzo de lancer leurs propres campagnes de revendication et de construire des réseaux en ligne pour rompre l’isolement. Parmi les milliers de personnes qui ont apporté leur soutien à la campagne lancée par Estelle, pour l’amélioration du salaire horaire fixe, se trouvent des dizaines d’employés de la même chaîne de restauration, issus de villes de tout le pays.

La co-fondatrice Michelle Miller estime que ces initiatives, qui mettent à profit les réseaux numériques pour regagner des protections perdues, sont cruciales. « Nous sommes dans une situation où nous devons récupérer des droits que nous avons perdus », explique-t-elle. Mais le chemin à parcourir reste important. « Notre culture et notre économie ont renforcé depuis des années l’idée selon laquelle, au travail, il faut prendre ce que l’on nous donne. On a “déjà de la chance” d’avoir un travail. » Quand il faut lutter ne serait-ce que pour maintenir le statu quo, il y a peu d’espoir d’obtenir une amélioration radicale de ses conditions de travail.

(...)

Traiter les personnes comme des algorithmes

Mais comment les travailleurs des petits boulots numériques peuvent-ils devenir des « participants actifs » si leur lien de travail est virtuel ? Turkopticon se veut une réponse à ce problème. Le service, mis en place par Lilly Irania, professeure assistante à l’université de Californie à San Diego, et Six Silberman, un chercheur et développeur, permet collectivement aux turkers de suivre à la trace les demandeurs. Parfaitement articulée à l’interface de MTurk, elle permet aux travailleurs de savoir si leurs pairs ont signalé un demandeur ayant rejeté un travail valide. Les turkers peuvent ainsi créer un frein à leur propre précarité : le déni de salaire et les abus à leur égard ne restent pas sans conséquences. Ils agissent sans passer par les propriétaires de la plateforme, et sans attendre que les autorités décident d’intervenir. Avec Turkopticon, beaucoup de turkers ont réalisé leur capacité à se défendre.

Pour des luttes de plus grande envergure, ils auront cependant besoin de davantage de cohésion. Les turkers parviennent facilement à collaborer via Turkopticon, mais toute perspective de coordination à plus grande échelle est entravée par le caractère isolé et fracturé de leur communauté.

« Dynamo est un lieu pour se réunir », explique Kristy Milland. Cet autre forum permet aux turkers de choisir des actions à mener collectivement. J’ai rencontré Niloufar Salehi, la cheville ouvrière de Dynamo. C’est une étudiante en troisième année de thèse d’informatique à l’université de Stanford. Au cœur de la Silicon Valley, au milieu de ses pairs qui développent les algorithmes permettant de faire fonctionner les plateformes de services générant la précarité, Niloufar Salehi cultive sa singularité. Pour elle, traiter les personnes comme des algorithmes étouffe la plus grande part de notre humanité. Niloufar Salehi a visité des forums de turkers pour comprendre leurs besoins. Les propositions d’action de Dynamo sont ainsi limitées à un seul message de la longueur d’un « tweet », et la participation peut se limiter à un simple vote, pour ou contre. La communauté demeure ainsi structurellement ouverte.

« Il nous faut des plateformes gérées par les travailleurs eux-mêmes »

Ce qui encourage les turkers à ne pas renoncer, c’est qu’ils n’ont pas d’autre option. Pour des raisons médicales et avec ses responsabilités familiales, explique Kristy Milland, elle ne peut pas avoir de job à temps plein. Elle estime qu’il en va de même pour la grande majorité des turkers, et LaPlante est du même avis : « Certains s’occupent d’enfants ou de parents âgés chez eux. Certains ne peuvent pas trouver de travail dans la zone rurale où ils habitent. Certains ont un casier judiciaire. Certains n’ont pas de moyen de transport. »

Tout comme comme elles, nombre de turkers espèrent que les communautés décentralisées et inclusives qu’ils s’efforcent de construire peuvent déboucher sur quelque chose d’entièrement nouveau, quelque chose qui soit en phase avec leurs principes. Kristy Milland a un objectif très clair en tête : « Il nous faut des plateformes gérées par les travailleurs eux-mêmes. »

19 déc. 2016

L'union plus forte que le trumpisme

En plein pays de Trump, un syndicat a réussi à unifier les sans-papiers et les travailleurs nationaux. Il y a dix ans, l'université de l'Indiana avait embauché des ouvriers sans-papier et des nationaux pour construire une extension de ses bâtiments. Au lieu de parler de réserver les emplois locaux aux populations locale, le syndicat a choisi le mot d'ordre: "s'ils se font avoir, nous nous faisons avoir". Les travailleurs sans papier ont progressivement pris confiance et sont venus aux réunions. Au sein d'une région qui a massivement voté pour un Trump qui appelait à la défiance contre les immigrés, le succès de cette campagne d'union est particulièrement interpellant.

Source: Sarah Jaffe dans The Nation (ici, en anglais)

13 nov. 2016

Obama n'a pas été écologiste


L'indispensable Basta partage un article de Mike Ludwig qui met en cause l'engagement écologiste du président des États-Unis.

Extraits de l'article à lire ici

La technologie de la fracturation hydraulique n’est pas réservée au gaz de schiste. Elle est massivement utilisée pour les forages pétroliers dans les eaux du Golfe du Mexique et du Pacifique, au large de la Californie. Certains pétroliers envisagent d’y recourir en Arctique. Les autorités états-uniennes permettent même aux entreprises qui procèdent à ces forages de rejeter leurs résidus chimiques et leurs eaux usées directement dans l’océan. Et ce, sans véritable étude environnementale. C’est ce que démontrent une série de documents obtenus par le média indépendant Truthout.

Entre 2010 et octobre 2014, l’administration Obama a autorisé plus de 1500 demandes de forages dans le Golfe du Mexique incluant le recours à la fracturation hydraulique. Plus de 300 de ces forages en mer ont été exemptés d’étude environnementale approfondie. Cette pratique d’exemption est au centre de nombreuses critiques. Le plan de forage de BP pour la plateforme Deepwater Horizon avait ainsi bénéficié d’une telle exemption... Quelques mois avant l’explosion meurtrière survenue sur cette plateforme le 20 avril 2010 (onze employés tués), qui a entraîné la pire marée noire de l’histoire des États-Unis.

La fracturation hydraulique offshore approuvée en pleine marée noire

Les archives fédérales montrent que les régulateurs ont approuvé plusieurs projets de forage par fracturation hydraulique dans le Golfe du Mexique alors même que le désastre de Deepwater Horizon était encore en cours et que le puits endommagé continuait, semaine après semaine, à déverser du pétrole dans les eaux du Golfe. « La catastrophe de Deepwater Horizon aurait dû entrainer une prise de conscience de la nécessité d’en finir avec les forages offshore, déclare Kristen Monsell, juriste pour le Center for Biological Diversity, dans un entretien avec Truthout. Mais au contraire le gouvernement fédéral donne sa bénédiction à des activités comme la fracturation hydraulique sans procéder à des études environnementales adéquates ni informer le public. C’est la garantie d’un autre désastre. »

La fracturation hydraulique implique d’injecter un mélange d’eau, de produits chimiques et de sable à haute pression sous la terre ou sous le fond de la mer, pour fissurer la roche et libérer le pétrole et le gaz qu’elle contient. Selon les documents officiels, les techniques de fracturation hydraulique offshore sont souvent utilisées dans le Golfe pour réduire la quantité de sable et de poussière dans le pétrole produit et améliorer son écoulement hors du puits.

« Acidation » du sous-sol marin

Des acides hydrochloriques et hydrofluoriques sont également utilisés pour dissoudre les formations rocheuses sous-marines et accroître le débit des puits d’hydrocarbures. Selon l’Environmental Defense Center, qui a étudié les traitements acides offshore, l’acide hydrofluorique est l’un des produits chimiques les plus dangereux utilisés par l’industrie. Il peut occasionner des brûlures graves et forme un gaz à la vapeur toxique lorsqu’il est chauffé.

Les autorités soulignent que le recours à la fracturation hydraulique et à l’« acidation » en mer sont de bien moindre ampleur que les techniques de fracturation hydraulique sur terre qui ont rendu possible le boom très controversé du pétrole et gaz de schiste à travers les États-Unis. Les écologistes s’inquiètent cependant du potentiel d’accident de ces opérations offshore, ainsi que des produits chimiques qui sont quotidiennement rejetés dans la mer, avec des eaux usées et d’autres liquides.
[...]

Des milliards de litres de produits chimiques rejetés en mer

Chaque année, les entreprises pétrolières et gazières sont même autorisées à rejeter dans le Golfe du Mexique les milliards de litres d’eau de mer, de saumure et de produits chimiques qui remontent des puits qu’elles forent. Ces rejets contiennent les produits chimiques utilisés pour la fracturation hydraulique et des substances radioactives naturellement présentes dans les profondeurs du sous-sol marin.

Rien qu’en 2014, l’industrie pétrolière et gazière offshore a rejeté 75 milliards de litres de cette « eau produite » dans le Golfe du Mexique. Presque la moitié l’a été dans des eaux profondes de moins de 60 mètres, selon les publications environnementales fédérales. En 2010, presque 87 milliards de litres ont été ainsi déversés, en majorité dans des eaux peu profondes.

L’Agence de protection de l’environnement (EPA) demande que ces fluides soient traités pour respecter certaines normes, avant d’être rejetées des plateformes. Le plus grosse partie du pétrole et du diesel doit être retirée des eaux usées, et les opérateurs sont censés surveiller la surface de l’eau et signaler l’apparition éventuelle de reflets irisés. Il existe aussi des limites de toxicité, et les opérateurs doivent procéder à des tests réguliers, en fonction de la quantité d’eaux usées qu’ils rejettent.

Selon le permis de rejet délivré par l’EPA, les substances chimiques utilisées pour la fracturation hydraulique offshore sont similaires à celles utilisées sur la terre ferme. Et peuvent être déversées tant qu’elles sont « mélangées » à l’eau produite et qu’elles ne figurent pas sur une liste fédérale de polluants « prioritaires ». Les entreprises ne sont pas obligées de déclarer le rejet de ces substances chimiques tant qu’elles sont diluées dans l’eau produite. Il est donc impossible de savoir quelle quantité exactement est déversée dans le Golfe du Mexique.

6 nov. 2016

Enclosure 2.0 pour les Sioux


L'indispensable Basta résume et enquête sur le projet (employiste et délirant) de pipeline aux États-Unis (ici, en français). Les Indiens subissent toujours au coeur de leurs maigres réserves ce qu'ils subissent depuis des centaines d'années: le vol de leurs ressources et le déni de leur droit à l'accès à la terre.

Extrait de l'article de
À l’époque d’avant Sitting Bull, la rivière Missouri était l’épicentre de l’agriculture du Nord, en raison de la fertilité de son lit. La région était le Croissant fertile de l’Amérique du Nord. C’était avant que les traités ne réduisent le territoire des Lakota. Mais le Missouri continuait à figurer dans les traités : le dernier, signé en 1868, désignait la rivière comme frontière.

C’est ainsi que l’on appauvrit un peuple

Survinrent ensuite les vol de terres par le gouvernement des États-Unis et l’appropriation des Black Hills en 1877, en partie en guise de représailles suite à la victoire de Sitting Bull à la bataille de Little Big Horn. Bien avant le mouvement Black Lives Matter et son homologue indigène Native Lives Matter, de grands leaders comme Sitting Bull et Crazy Horse ont été assassinés par la police.
Contraints de mener une existence confinée dans leur réserve, les Lakota s’efforcèrent de stabiliser leur société, jusqu’à ce qu’arrivent les barrages. En 1944, le projet Pick Sloan entraîna la submersion de territoires appartenant aux tribus de la rivière Missouri, prenant aux Mandan, aux Hidatsa, aux Arikara, aux Lakota et aux Dakota leurs meilleurs terres basses. Plus de 800 kilomètres carrés des réserves de Standing Rock et de Cheyenne River furent à leur tour submergées par le barrage Oahe lui-même, entraînant non seulement des déplacements de population, mais la perte d’une partie du monde Lakota. La retenue d’eau créée par les barrages Garrison, Oahe et Fort Randall contribua à la destruction de 90% du bois et 75% de la vie sauvage dans les réserves. C’est ainsi que l’on appauvrit un peuple.
Aujourd’hui, bien plus de deux tiers de la population de Standing Rock vit au-dessous du seuil de pauvreté – la terre et la « Rivière Mère » (le Missouri) sont tout ce qui reste, la seule constante, pour ce peuple. Ce sont précisément elles qui sont aujourd’hui menacées.

Un projet parachevant la combustion de la planète

Cette fois, au lieu du 7e régiment de cavalerie, ou de la police indienne envoyée pour assassiner Sitting Bull, ce sont Enbridge [entreprise canadienne impliqué dans de nombreux projets d’oléoducs controversés, NdT] et le Dakota Access Pipeline, un projet d’oléoduc long de 1800 km qui font monter la pression sur ces terres indiennes.
À la mi-août, le président tribal de Standing Rock, Dave Archambault II, a été arrêté par la police de l’État, avec 27 autres personnes, pour son opposition à l’oléoduc Dakota Access. Dans le même temps, le gouverneur du Dakota du Nord Jack Dalrymple demandait des renforts de police.
Enbridge et ses partenaires se préparent à forer sous le lit de la rivière. L’oléoduc Dakota Access a reçu les autorisations officielles du côté est comme du côté ouest. Sa portion nord a été déplacée, pour ne pas affecter l’approvisionnement en eau de la ville de Bismarck, vers les sources d’eau de Standing Rock. Pas de chance pour les Lakota.
Malgré les recours juridiques et réglementaires de ces derniers, la construction du Dakota Access Pipeline a commencé en mai 2016. S’il est achevé, cet oléoduc sinuera à travers le Dakota du Sud et du Nord, l’Iowa et l’Illinois, où il fera sa jonction avec un autre oléoduc, long de 1200 kilomètres, jusqu’à Nederland, au Texas.

29 oct. 2016

Une multinationale indigeste

Les multinationales, c'est bon pour l'emploi, c'est bien connu. C'est pour cela qu'on leur taille des lois sur mesure, qu'on leur fait des cadeaux fiscaux dans des pays complaisants, qu'on ne les poursuit pas pour leurs crimes et qu'on leur concocte des traités sur mesure.

Tout cela au nom de l'emploi. L'Humanité nous emmène chez Cargill à l'occasion d'une fermeture d'une usine du Nord délocalisée en Bulgarie.

Tour du propriétaire de l'article disponible ici:

Hallucinant tout ce que les salariés de l’industrie agroalimentaire produisent avec l’amidon issu des céréales ! Du papier, du lait pour bébé, du Nutella… Danone, Nestlé sont parmi les gros clients de l’usine d’Haubourdin, dans le Nord (350 emplois), qui vit dans les ­effluves de maïs depuis 1889. Effarant ce qui s’y passe depuis que le groupe américain Cargill a fait main basse sur la boîte en 2002, liquidant plus de 70 emplois au coup par coup sans plan social ! Atterrant, le témoignage des salariés actuellement en lutte ! Parce que 26 d’entre eux sont virés, cette fois dans le cadre d’un plan dit « de sauvegarde de l’emploi », avec quelques poignées d’euros de prime extralégale. Cargill n’a cure des hommes et de l’économie locale. Il est plus immédiatement lucratif de délocaliser les services achat, gestion logistique, facturation et ressources humaines, le service paye, en Bretagne et à Sofia, en Bulgarie ! Assemblée générale, barrages filtrants, grève… pour être (au moins) lourdés dignement. On en est là.

« Il y a tout ici pour créer une filière d’avenir »

« Ras le bol ! Les négociations n’avancent pas. Ils ont osé nous proposer de postuler en Bulgarie pour 150 euros par mois, déménagement payé. La plupart d’entre nous ont un savoir-faire de pointe et un haut niveau de diplôme. La lutte va se durcir. Dans le dialogue, on n’arrive à rien. On est obligé de se radicaliser socialement », prévient gentiment Yannick Rabaey, l’un des élus CGT de l’entreprise, lui-même concerné par la suppression du poste de travail qu’il occupe depuis vingt-deux ans.
Ici, c’est pas Alstom. On n’imagine même pas s’adresser au président Hollande ou à son gouvernement, qui, jusqu’à maintenant, n’ont rien trouvé de mieux que de verser 1,2 million d’euros à Cargill au titre du crédit d’impôt compétitivité emploi en échange de… rien !
« Il y a tout ici pour créer une filière d’avenir. Au pied de l’usine, le canal permettrait le transport fluvial et le lycée professionnel pourrait former les jeunes aux métiers spécifiques de la transformation des céréales… », s’insurge Yvon Quintin, militant local du PCF. Mais les décideurs de Cargill sont perchés tout là-haut, loin, loin, loin de cette bourgade de la banlieue lilloise.
Deux fois le chiffre d’affaires de Mc­Donald’s et Coca-Cola réunis. L’ogre de l’agroalimentaire, qui est aussi la plus grande entreprise privée des États-Unis, est implanté dans 67 pays, emploie 143 000 personnes et la discrète famille qui dirige le groupe compte pas moins de 14 milliardaires ! Des richesses qui puisent leur origine jusque dans les assiettes des peuples, car, tout en remplissant celles de certains consommateurs, Cargill vide celles de populations entières. Dans le partage du monde tel que le groupe le conçoit dans sa stratégie de recherche de profits à tout prix, Cargill a divisé le travail. La Côte d’Ivoire produit le cacao, l’Ukraine le blé et le Brésil cultive le soja. C’est d’ailleurs en se rendant dans ce pays et aux États-Unis que la journaliste Stenka Quillet a pu constater les dégâts occasionnés par la société : monoculture de soja, disparition de fermes familiales, etc. En s’accaparant les terres des paysans, ceux-ci sont contraints à l’exode et à la pauvreté, tandis que les fermes-usines gérées entièrement par Cargill génèrent des pollutions aux conséquences funestes, à l’image de cet élevage de milliers de ­cochons dans l’Arkansas dont l’épandage de lisier menacerait la rivière Buffalo, « le joyau de l’Arkansas ».

19 oct. 2016

La lutte pour les 15$ s'étend aux conditions de travail

Aux États-Unis, la lutte pour un salaire horaire minimum à 15 $ étend ses ambitions à l'ensemble des relations de travail.

Source: Michelle Chen dans The Nation (ici, en anglais).

Extrait, résumé et traduction

Le mouvement des travailleurs de la restauration rapide passe à la deuxième phase de la campagne pour promouvoir un travail décent et honnête: un horaire prévisible.

Le maire de New-York Bill De Blasio et les membres du conseil municipal ont annoncé une législation destinée à encadrant les horaires de travail en les rendant prévisibles. La loi qui sera bientôt votée demandera, selon le bureau du maire: "Aux employeurs de la restauration rapide de prévoir une majorité d'horaire de travail et d'afficher un horaire publiquement sur le lieu de travail au moins deux semaines à l'avance." Il s'agit de 65.000 travailleurs de la restauration rapide mais cette loi laisse de côté les commerces de détail de masse et le secteur des restaurants qui emploient aussi des armées de force de travail, particulièrement des jeunes gens de couleur.

Selon une étude nationale (ici, en anglais), sur les jeunes travailleurs de 26 ans à 32 ans, "La moitié des travailleurs de commerce de détail expliquent qu'ils connaissent leurs horaires de travail une semaine à l'avance ou moins et la moitié des concierges et gardiens d'immeuble expliquent que leur employeur maîtrise leur emploi du temps au travail". À peu près 17% des travailleurs opèrent selon des horaires variables, (...) ce qui signifie que leurs horaires peuvent changer d'un jour à l'autre.

Ces emplois du temps instables peuvent faire autant de dégâts sur la qualité de vie des travailleurs que les salaires inadaptés. Près de 70% des mères travailleuses et 80% des pères ont déclaré que lors des dernières semaines, leurs horaires avaient varié en moyenne de 40%  de l'horaire habituel. Le manque d'horaire stable peut obérer le bien être familiale, notamment pour les parents célibataires à faibles revenus qui doivent sacrifier le soin des enfants et autres devoirs domestiques aux horaires en changement constant.

Des politiques de semaine de travail honnêtes ont été mis sur pied dans plusieurs villes et un projet de loi au Congrès propose de forcer les employeurs à donner les horaires à l'avance et à indemniser pour les changements de dernière minute pour aider à stabiliser les horaires et sécuriser les lieux de travail et moins misérables pour les travailleurs;

C'est le cas aussi à San Francisco ou à Seattle - où les employeurs sont contraints d'embaucher en priorité les temps partiels pour les temps pleins.

Ces lois d'assainissement du travail en emploi peuvent être plus difficiles à faire passer dans certains cas. 



Nous rappelons que nous ne sommes pas pour l'aménagement de l'emploi mais pour l'émancipation du travail de tout employeur et de tout investisseur.

Les luttes héroïques aux États-Unis permettent néanmoins d'expérimenter la puissance collective, les facultés d'organisation des producteurs et ouvrent une lucarne sur l'abolition de ce qui rend l'emploi pénible.

Bon courage à toutes et à tous, en tout cas.

12 oct. 2016

Grève à Harvard

Nous apprenons dans un article de The Nation (ici, en anglais) que l'équipe des cuistots de la prestigieuse université de Harvard s'est mise en grève.

Elle réclame des salaires qui lui permettent de vivre - soit 35 mille dollars par an. Cette université fonctionne avec des actionnaires sur le principe de la propriété lucrative.

Avec le soutien des étudiants (pourtant fortunés), des professeurs (pas non plus dans le besoin) et ... de la plateforme contre l'emploi.

1 oct. 2016

Grève dans les prisons US

Kanyakrit Vongkiatkajorn dans Mother Jones fait le point sur les enjeux des grèves de prisonniers aux États-Unis (ici, en anglais).

Extrait-résumé-traduction

Dans au moins trois états, des prisonniers ont organisé des arrêts de travail ou des actions de protestation pour améliorer leur salaire et leurs conditions de travail.

Les organisateurs de la grève espéraient la participation de prisonniers dans 21 états. À ce stade, ils affirment que 24.000 prisonniers ont raté le travail.

- En Floride, des mouvements de protestation ont émergé dans quatre établissements la semaine dernière et un petit groupe de prisonniers a refusé de suivre les ordres dans un établissement. Les prisons ont été mises en arrêt mais ont repris leurs activités normales le 12 septembre.

- À Kinross Correctional au Michigan, des prisonniers ont refusé de se rendre au travail en cuisine, ce qui a contraint des geôliers à fournir de la nourriture pré-emballée pour les (petits)-déjeuners. Quatre cents détenus ont manifesté pacifiquement dans la cour pendant plusieurs heures. Quelques 150 prisonniers considérés comme des organisateurs sont transférés dans d'autres prisons dans l'état.

- À Atmore, Alabama, des détenus du Holman Correctional Institute ne se sont pas présentés au travail le neuf septembre mais y sont retournés le lendemain.

- En Caroline du Sud, les détenus ont diffusé une liste de demandes qui comprenait une revendication à des salaires honnêtes, à de la formation et à des programmes de réhabilitation un peu plus sensés.

 - En Alabama, des prisonniers qui faisaient partie du Free Alabama Movement - une organisation qui a aidé à lancer la grève - ont diffusé une "déclaration de liberté" qui appelait à l'abolition du travail gratuit des prisonniers.
Comment fonctionne le travail en prison?

La grève que des activistes considèrent comme l'une des premières grèves coordonnées à l'échelle nationale parmi les prisonniers, est menée pour combattre les conditions de travail dans les prisons ou ce qu'ils appellent "l'esclavage moderne". Le treizième amendement a aboli l'esclavage mais a laissé une exception pour les personnes reconnues coupables de crime. Cela signifie que les prisonniers peuvent être mis légalement au travail sans paie ou avec une petite paie. Tous les détenus médicalement aptes doivent effectuer des travaux obligatoires tels que l'entretien, le nettoyage, la cuisine. Les détenus peuvent être rémunérés pour ces travaux - habituellement entre 12 et 40 centimes de l'heure. Mais dans certains état, notamment au Texas, en Arkansas et en Géorgie, on ne paie pas du tout les détenus. Certains détenus peuvent participer à des programmes de travail - tels les programmes des Industries de la prison fédéral, UNICOR  ou PIE qui paient des salaires et généralement forment à des qualifications professionnelles. Dans les programmes UNICOR, les salaires varient entre 23 centimes et 1,15 dollars de l'heure. Cependant, seuls sept pourcents des détenus sont employés par les programmes de l'industrie de la prison fédérale.

Critiques principales du travail en prison


Malgré certains avantages, les détenus et leurs avocats disent que le système de travail en prison actuel doit être dépassé.

- Tous les prisonniers en bonne santé sont obligés de travailler. Au Texas, les détenus qui refusent de travailler perdent tous leurs privilèges et sont enfermés dans leur cellule 24 heures sur 24.

- Il n'y a pas de moyens légaux pour les prisonniers de demander de meilleurs salaires ou de meilleures conditions de travail. Bien que les prisonniers ne soient pas systématiquement exclus du code du travail, la cour les considère rarement comme des employés. Les syndicats hésitent à représenter les travailleurs en prison parce que le travail carcéral produit des marchandises qui sont en compétition avec celles d'autres industries.

- Les bas salaires des prisonniers sont l'objet de taxes et de déductions. Dans le PIE, les détenus sont censés être payés de vrais salaires. Mais jusqu'à 80% de ces salaires partent en taxes et en déductions, notamment des déductions pour le fonds de compensation des victimes. De plus, si un détenu veut prendre part à un programme de travail, certains états prélèvent un pourcentage de son salaire pour couvrir les coûts du programme. Alors que le travail en prison peut faire faire des économies à des états, les prisonniers peuvent devoir payer des frais et des amendes. Certains états chargent leurs prisonniers per diem ce qui amènent certains prisonniers à être endettés le jour de leur libération.

- Il y a peu de normes de sécurité pour les prisonniers. En 2010, le bureau de contrôle gouvernemental a accusé le système carcéral de cacher de dangereuses pratiques dans une usine de détenus de recyclage de déchets électroniques.

29 nov. 2015

Walmart et le revenu de base

En regardant récemment un documentaire sur les pratiques de Walmart (ici, en anglais), il nous est apparu que, dans certaines conditions le revenu de base pouvait être une catastrophe sociale.

L'entreprise américaine externalise tous ses coûts: les coûts d'infrastructure auprès des collectivités locales, les coûts de pollutions industrielles et, surtout, les coûts de main d’œuvre. Les salaires sont assumés en partie par ce qui sert de sécurité sociale aux États-Unis de la plus simple des façons: les employés sont inscrits dans des programmes d'aides alimentaires ou médicale pour nécessiteux. Wall-Mart paient ses employés tellement peu qu'ils doivent s'approvisionner en tickets alimentaires.

La sécurité sociale et les collectivités assument donc une partie importante du salaire (et des frais de production) des employés de Walmart par le truchement de l'impôt. Un revenu de base qui ne changerait en rien les relations d'emploi actuelle, un revenu de base qui contraindrait de toute façon les récipiendaires à travailler en emploi pour compléter leurs revenus comme c'est le cas pour les travailleurs de Wall-Mart n'émanciperait en rien les travailleurs.

Que l'on en juge: selon la vidéo sus-mentionnée, les travailleurs de Walmart

- subissent un management sexiste et raciste

- sont contraints de prester des heures supplémentaires gratuites

- sont sous-payés

- sont soumis à une pression managériale au rendement

Par ailleurs, l'entreprise se distingue par la maltraitance de la main d’œuvre du tiers monde et de Chine, par sa propension à polluer l'environnement, par la pratique du dumping social, etc.

Notons que, dans les quartiers où s'installe Walmart, tous les petits commerçants disparaissent et que les prix immobiliers s'effondrent du fait des chancres urbains que les magasins en faillite laissent derrière eux et du chômage que provoque ces faillites.


1.557.000.000$ aides sociales aux employés de Walmart
pour 1.200.000 de salariés, soit l'équivalent d'un revenu de base de 1300$ par an
En Géorgie, 10.261 enfants d'employés aidés par des programmes sociaux
En Arizona, 2.700 employés sous aide médicale d'État
Au Texas, 4.363 enfants d'employés sous aide alimentaire
 etc.
fait baisser les salaires du commerce de détail de 3.000.000.000$ par an aux États-Unis
soit, donc, pour un revenu de base individuel de 1300$ par an, une ponction salariale de 2.500$ par an
 Dans ces conditions:
- le revenu de base coûte plus de deux fois plus aux salariés qu'il ne leur rapporte en espèces

- ce revenu de base n'affranchit en rien le travail

- ce revenu de base appauvrit la classe moyenne (mise au chômage et lourdement imposée), il provoque du chômage et des conditions de travail misérable dans le tiers monde

- ce revenu de base a un bilan écologique désastreux

- les profits et la propriété lucratives demeurent tels quels, les liens de subordination de l'emploi sont aggravés par le chômage local qu'implique cette application entreprenariale du revenu de base.
En conclusion, si toutes les formules des revenus de base ne s'inscrivent pas dans la démarche de Walmart d'externalisation des coûts de production, un revenu de base qui s'inscrirait dans cette formule a toute les chances de provoquer les mêmes dégâts.

13 juil. 2015

Les Navajo sont soumis à la radioctivité des mines d'uranium

RT (ici, en anglais) résume la situation des Navajo soumis aux radiations de centaines de mines d'uranium abandonnées.

Ils vont être indemnisés à hauteur de 13 millions de dollars (11 millions d'€) via un fonds de réponse environnementale géré par la Nation Navajo avec le soutien de l'agence de protection de l'environnement fédérale (EPA, en anglais). 

Cet argent permettra un nettoyage de 16 mines abandonnées parmi une liste de 46 sites prioritaires. Il y a des centaines de sites qui auraient encore besoin d'être traités. On estime qu'il y a plus de 1.200 mines abandonnées sur les terres Navajo, un territoire de 70.000 km².

L'EPA a réparé 34 maisons, contrôlé 521 mines et dressé une liste de 46 sites prioritaire pour le nettoyage et a procédé à la réhabilitation et au nettoyage de 9 mines jusqu'ici. L'agence a aussi fourni de l'eau potable à plus de 1.800 familles.

Un arrangement de 2014 a provisionné 985 millions de dollars (900 millions d'€) d'un accord de plusieurs milliards avec des filiales d'Anarko Petroleum Corp pour nettoyer à peu près 50 sites d'opération minière abandonnés sur la Nation Navajo. 

Les géomètres fédéraux ont trouvé des filons riches en uranium sur les terres Navajo dans les années 40 et le gouvernement a autorisé les privés à extraire le minerai pour les besoins de l'armement et de l'énergie. Près de 4 millions de tonnes d'uranium ont été extraites de la zone entre 1944 et 1986 après quoi les activités minières furent arrêtées. Le gouvernement fédéral a été le seul acheteur du minerai jusqu'en 1966.

Les mineurs navajo travaillaient sans aucun équipement de protection et sans protocole de décontamination pour des salaires parfois inférieurs à un dollar de l'heure. Dans son livre A poisoned land and a people betrayed (un pays empoisonné et un peuple trahi), la journaliste Judy Pasternak a écrit que les mineurs ont été exposés à des radiations quatre fois supérieure à celles auxquelles ont été soumis les Japonais pendant la seconde guerre mondiale.

Dans les années 50, le taux de cancer parmi les Navajo était si bas qu'on pensait qu'ils étaient naturellement immunisés, a écrit la journaliste Sonia Luakkala. En 2004, le cancer était devenu la cause principale de maladie et de mort chez les Navajo. 

Une enquête de l'EPA de 2014 de 500 mines abandonnées a découvert des niveaux de radiation 25 fois plus élevés que la normale. Beaucoup de mines aux niveaux les plus élevés ont été trouvés à moins de 500 mètre d'une habitation humaine.

"Une exposition chronique, c'est quelque chose que nous devons mieux comprendre" dit Etsitty à RT. Beaucoup de Navajo vivent dans les régions reculées de la réserve, souvent proches de puits de mines qui ont été depuis remplis d'eau. Les humains et les animaux boivent l'eau des puits, souvent sans être conscients des risques possibles de la radiation et de la toxicité.

4 juil. 2015

L'empire esclavagiste US

Chris Hedges nous emmène en prison aux États-Unis (ici, en anglais). Les conditions de détention y sont épouvantables. Les conditions de travail aussi.

Extraits et traduction (nous nous concentrons sur les conditions de travail même si l'article a un intérêt plus large pour qui s'intéresse aux conditions de détention outre-Atlantique).

Les trois prisonniers qui ont mené des mouvements de blocage dans les prisons de l'Alabama en janvier 2014 ont passé les 18 derniers mois en cellules d'isolement. Les autorités échaudées par les mouvements qui ont traversé trois prisons de l'état et par les vidéos et les images qui ont circulé témoignant des abus diffusées sur la toile ont déclaré que les trois hommes resteraient indifiniment en cellule d'isolement. Les prisonniers grévistes ne peuvent avoir accès à la télévision ou à la lecture. Ils passent au moins trois jours par semaine sans pouvoir quitter leur minuscule cellule. Ils mangent leur viande assis sur leur toilette métallique. Ils ne peuvent se doucher que tous les deux jours malgré des températures dépassant régulièrement les 30°C.

Les hommes sont devenus les symboles d'un mouvement de résistance croissant au sein des prisons états-uniennes. Les arrêts de travail des prisonniers et leur refus de coopérer avec les autorités en Alabama sont inspirés des actions qui ont secoué le système carcéral de l'État de Géorgie en décembre 2010. Les meneurs de grève expliquent que c'est la seule marge de manœuvre qui reste aux 2,3 millions de prisonniers aux États-Unis. En refusant de travailler - une tactique qui contraindrait les autorités pénitentiaires à des embauches compensatoires ou à une augmentation de salaire des prisonniers pour qu'ils retournent travailler - le néo-esclavage qui caractérise le système carcéral peut être cassé. Les prisonniers s'organisent actuellement en Arizona, en Californie, en Floride, en Illinois, en Ohio, en Pennsylvanie, au Mississippi, au Texas, en Virginie et à Washington.

"Nous devons bloquer les prisons", Council, connu sous le nom de Kinetic, l'un des fondeurs du Free Alabama Movement, me parle au téléphone. Il est en prison depuis 21 ans, condamné à perpétuité incompressible. "Nous n'allons plus travailler gratuitement. Tout le travail dans les prisons, depuis le nettoyage jusqu'à la tonte en passant par le travail en cuisine est presté par des prisonniers. [Presque aucun prisonnier] en Alabama n'est payé. Sans nous, les prisons qui sont des empires esclavagistes, ne peuvent fonctionner. Les prisons en même temps nous facturent une série de frais, comme ceux de nos cartes d'identification ou les menottes et nous infligent de nombreuses amendes, notamment pour recel de contrebande. Ils nous font payer le prix fort pour le téléphone et l'intendance. Les prisons prennent chaque année de plus en plus d'argent aux prisonniers et à leurs familles. L'État nous prend des millions de dollars de travail gratuit et nous impose des frais et des amendes. Il y a des frères qui travaillent en cuisine 12 à 15 heures par jour depuis des années sans avoir jamais été payé."

"Nous ne croyons pas dans le processus politique", dit Ray, condamné à la perpétuité incompressible. "Nous ne cherchons pas de politicien qui réforme la loi. Nous ne donnons plus d'argent aux avocats. Nous ne croyons pas dans la justice. Nous ne comptons que sur les mouvements à l'intérieur et à l'extérieur des prisons et à la dénonciation des entreprises qui exploitent le travail carcéral et financent les autoroutes écoles-prison. Nous avons boycotté McDonald's la première fois. McDonald's utilise des prisonniers pour transformer le bœuf dans les boulettes et pour emballer le pain, le lait et les poulets. Nous avons appelé une campagne de boycott nationale contre McDonald's. Nous avons identifié cette entreprise pour dénoncer toutes les autres. Il y a trop d'entreprises qui exploitent le travail en prison pour essayer de les serrer toutes ensemble".

"Nous n'allons pas appeler à des manifestations devant les sièges de parlement", continue Ray. "Les assemblées appartiennent aux entreprises. Aller là la bouche en cœur ne nous aidera pas. Ces politiciens y sont pour l'argent. Si vous combattez l'incarcération de masse, les gens incarcérés ne sont pas à l'assemblée d'État. Ils ne sont pas dans les parcs. Ils sont en prison. Si vous voulez combattre pour les gens en prison, il faut se joindre à eux en prison. La panacée pour combattre le système carcéral, cette empire de 500 milliards de dollars, est la grève de travail. Et nous avons besoin de gens qui viennent dans les prisons pour que les gars à l'intérieur reçoivent du soutien de l'extérieur pour fermer les prisons. Dès que nous recommençons à travailler, les prisons redeviennent des endroits de correction et de réhabilitation plutôt que des sources de profit pour des grosses boîtes."

Les trois prisonniers ont déclaré que, tant que le complexe carcéro-industriel ne serait pas démantelé, il n'y aurait pas de réforme de la prison. "Avoir un président noir ne veut rien dire" ajoute Ray. "Les politiciens qui orchestrent ce système sont soit directement impliqués comme hommes d'affaire - beaucoup d'entre eux sont millionnaires ou même milliardaires - ou sont contrôlés par des millionnaires ou milliardaires. Nous ne sommes pas aveuglés par les titres officiels. Nous regardons ce qui se passe derrière la scène. Nous avons remarqué un effort coordonné des frères Koch, de l'ALEC (American Legislative Exchange Council) et des comités d'action politique qui voient dans les prisons de bonnes affaires. Leur but est d'augmenter les gains. Une fois que vous regardez les choses comme ça, cela n'a pas d'importance d'avoir un président noir ou blanc. C'est pourquoi les politiques n'ont pas changé. Les lois, telles les condamnations incompressibles ont été mises en place par les gros industriels pour avoir accès à de la main-d’œuvre bon marché. Les lois anti-terroristes ont été passées pour fermer l'accès à la justice pour que les gens restent plus longtemps en prison. De gros industriels financent les campagnes électorales. De gros industriels écrivent les lois et les législations. Et Obama prend de l'argent de ces gens. Il est aussi dévoué à ce système qu'ils le sont."

Dans les prisons d'Alabama, comme dans presque toutes les infrastructures de ce genre à travers les États-Unis, les prisonniers font presque tous les métiers, notamment la cuisine, le nettoyage, l'entretien, la lessive et même la barbe du personnel. Dans la prison St. Clair, il y a aussi une usine chimique, une compagnie d'ameublement et un garage pour véhicules de l'État. D'autres prisons de l'Alabama comprennent des imprimeries ou des centres de recyclage, on y fait des plaques d'immatriculation, des sommiers métalliques, on y exploite des carrières de sable et des fermes piscicoles. Seuls quelques centaines des 26.200 prisonniers d'Alabama - les prisons sont prévues pour 13.130 personnes - sont payés au travail; ils gagnent 17 à 71 cents de l'heure (13 à 60 centimes d'euro). Les autres sont des esclaves.

(...)

19 mai 2015

L'industrie des hydrocarbures reçoit des subventions 10 millions de dollars ... par minute

Selon un rapport du FMI relayé par le Guardian (ici, en anglais), l'ensemble du secteur des hydrocarbures touche la somme de 10 millions de dollars par minute en subventions publiques de toutes sortes à l'échelle du monde.

Sur l'ensemble de l'année, cela représente tout de même 5,3 billions de dollars (5.300.000.000.000$, 5.300 milliards), un montant qui représente pas loin de trois fois le PIB de la France. Ces coûts sont assumés par les contribuables et induisent l'idée captieuse que ce type d'énergie est bon marché (par rapport aux énergies renouvelables, par exemple).

Les usines au charbon, premières pollueuses mondiales pour ce qui est du CO2, touchent la coquette somme de 2,3 billions de dollars (surtout en Chine mais aussi aux États-Unis et en Russie).

Les coûts résultant du changement climatique sont évalués à 1,27 billions de dollars par an alors que les aides directes aux consommateurs ne représentent que 6% du total des aides au secteur.

Le FMI rappelle que si ces subsides cessaient, cela épargnerait 1,6 millions de morts prématurées du fait de la pollution.

Nous rappelons que le secteur des hydrocarbures est intégralement entre les mains de propriétaires lucratifs qui entendent réaliser de la plus-value, de la rente par le truchement de leurs titres de propriété.

Nous rappelons que le secteur des hydrocarbures a appuyé et appuie nombre de dictatures sanglante, qu'il a financé ou fomenté des coups d'États sur plusieurs continent.

Nous rappelons que le secteur des hydrocarbures est régi par la seule logique de l'emploi et que, en conséquence, les externalisations sociale, environnementales et financières de son activité sont gigantesques.

Nous rappelons l'urgence de la transition énergétique. Nous rappelons que le secteur des hydrocarbures nie cette urgence, fait pression sur les pouvoirs publics pour ne pas tenir compte de cette urgence et finance des études pseudo-scientifiques pour la nier.

Nous rappelons que les subsides publics à un secteur en particulier (pétrole et charbon contre éolien et solaire, par exemple) fausse la concurrence et que c'est donc profondément ... antilibéral (ce qui ne nous empêche d'ailleurs pas de dormir).

17 avr. 2015

Le quart d'heure américain

Traduction de la photo ci-dessous: "La plus grande grève de l'histoire pour le salaire minimum maintenant à NY, à Chicago ..."

Avec notre sympathie et, au fait, le salaire minimum est une compétence des états américains, ce n'est pas une compétence fédérale.

Un peu comme si, en Europe, aux quatre coins du continent, les travailleurs faisaient grève pour un même salaire minimum dans les différents pays ...
Soyons pas chiches, 'faut faire au moins aussi bien que les États-uniens, on demande 15€, de Madrid à Copenhague, de Bucarest à Brest, de Londres à Berlin, d'Athènes à Dublin?

4 avr. 2015

Un sandwich à 5 dollars ... de l'heure

Vous rêvez d'un vrai burger à New-York? Sur Alternet, Allegra Kirkland nous emmène dans les sandwicheries new-yorkaises découvrir le quotidien des travailleurs derrière le comptoir (ici, en anglais).

Extrait et traduction

Toutes les nuit à New-York, alors que la plupart d'entre nous dorment, une armée de travailleurs file à travers les rues. Ils empruntent le train suspendu 7 vers Elmhurst (quartier de Queens) pour rentrer chez eux après leur boulot, le nettoyage des immeubles à bureaux du centre ville et la livraison de boîtes de produits frais aux sous-sols des restaurants.

Les militants immigrés aiment parler de "vie dans l'ombre" pour décrire le style  de vie des sans papier. Mais, pour beaucoup d'entre eux, la vie se déroule littéralement dans l'ombre puisqu'ils travaillent la nuit pour gagner leur vie et envoyer de l'argent au pays. À New-York, ces travailleurs sans papier travaillent dans la construction, la puériculture et, surtout, dans l'industrie de service alimentaire.

(...)

Bien que l'administration Obama ait essayé de casser les grandes entreprises qui emploient des travailleurs sans papier en enquêtant sur elles et en leur infligeant de lourdes amendes, des secteurs significatifs de l'économie états-unienne continuent de reposer sur les travailleurs sans papier. Les 8,1 millions d'immigrants illégaux employés aux États-Unis représentent 5,1% de la force de travail selon le Pew Reserch Hispanic Trends Project et, des secteurs tels que la construction, la restauration, l'hôtellerie et l'agriculture dépendent étroitement du travail immigré. Cependant, alors que les travailleurs sans papier versent 11,2 milliards de dollars par an dans les caisses de l'état et aident à garder la sécurité sociale à flot, ils font face à des violations répétées du droit du travail, à des conditions de travail dangereuses et à du vol de salaire.

Alors que les travailleurs sans papier ont légalement le droit de s'organiser (en tout cas dans l'État de New-York), ils ont peur de dénoncer les violations du droit du travail parce qu'ils craignent d'être expulsés. Plusieurs travailleurs de Hot&Crusty interrogés dans le documentaire The Hand That Feeds (de Robin Blotnick et Rachel Lears, ce documentaire témoigne de la lutte et des conditions de travail des sans papier) disent ne pas avoir été actifs politiquement dans leur pays d'origine. Selon Mahoma (travailleur dans une blanchisserie et porte-parole), c'est "en s'organisant qu'on réalise que les changements de la société viennent des mouvements".

Après des mois de manifestations, de grèves, d'occupation de magasin, les travailleurs ont gagné. Avec leur nouveau syndicat, leurs contrats de travail leur permettent maintenant de prendre des vacances et des jours de congé maladie, il peuvent déterminer quels employés la compagnie embauche et peuvent exiger des explications en cas de licenciement.

Quelques mois après avoir emporté leur victoire, la première manifestation de travailleurs de restauration rapide eut lieu à New-York. Le documentaire témoigne du pouvoir extraordinaire de la lutte collective. "Des tactiques que l'on pourrait voir comme assez radicales telles que l'occupation de magasin, peuvent être payantes. La victoire est possible quand on prend vraiment de grand risque, quand on se bat vraiment très fort" selon Blotnick.

31 mars 2015

Lean: Criminelle productivité

Labor Notes enquête sur une usine automobile dans le Tennessee (États-Unis). C'est une usine Volkswagen qui essaie de faire plus Toyota que Toyota: il faut maximiser la productivité à l'usine de Chattanooga au prix d'un management des plus brutaux.

Extrait, résumé et traduction de l'article ici (en anglais). Nous avons repris les termes managériaux en anglais entre crochet parce que c'est généralement la forme sous laquelle les managers du monde entier les utilisent.
Impitoyable efficacité

Un des cœurs de stratégie lean de VW, c'est la "flexibilité de la force de travail": la pression compétitive des intérimaires ou des temps partiels.

À l'usine de Chattanooga, les employés en CDI travaillent à côté des "temporaires" dont certains travaillent là depuis des années. Atomisés les uns contre les autres, les deux groupes craignent de s'exprimer.

Les travailleurs sont quotidiennement poussés dans leurs limites physiques et psychologiques. Du point de vue du management, cela maximise la productivité.

"Chaque employé bouge son cul, est blessé et travaille dans la douleur parce qu'il ne veut pas que son boulot soit pris par un intérimaire", dit Amanda. "Le message qui nous est envoyé est clair: nous sommes tous faciles à remplacer."

C'est un résumé de la production lean: efficacité impitoyable, produite par un système d'efficacité impitoyable. Les ouvriers sont délibérément poussés à bout par la combinaison de pression compétitive, d'entraînement inapproprié, du stress permanent et des horaires variables - de telle sorte que le maillon faible puisse être identifié et éliminé.

Un autre élément essentiel est le "modèle d'équipe" [team model]. Les ouvriers sont regroupés dans des équipes de six et on leur demande de gérer leur poste de travail pour améliorer leur productivité. L'aspect "équipe" encourage la pression entre pairs.

C'est un cercle sans fin. Si vous tombez en dépression à cause du stress, vous êtes viré - mais si personne dans votre équipe ne tombe malade, alors, la charge de l'équipe doit être augmentée en ôtant un membre de l'équipe, par exemple.


Toute la pression pour stimuler la production diminue la sécurité et la formation. La plupart des formations sur place tombent de manière informelle sur les chefs d'équipe ou sur d'autre travailleurs à la chaîne déjà débordés par leur propre charge de travail.


"Le travail à la chaîne est très compliqué, tout en nuances", dit un chef d'équipe VW avec qui j'ai parlé. "Il faut le faire pour comprendre." Quand un ouvrier qui n'a pas été convenablement formé est harcelé pour tenir la cadence, les résultats peuvent être catastrophiques.


Selon Amanda, c'est ce qui est arrivé à un ami sur sa chaîne d'assemblage qui a eu deux doigts arrachés alors qu'il installait une ceinture de sécurité avec un pistolet de serrage.

Stress sur le corps

Le danger est aggravé par la fatigue chronique du fait des pauses, des horaires par rotation hebdomadaires. Les ouvriers à la chaîne de Chattanooga travaille par pauses de dix heures, quatre jours par semaine: de 6h du matin à 16h45 une semaine puis de 18h à 4h45 du matin la semaine suivante. Beaucoup de travailleur m'ont dit que c'était le plus gros problème de travail dans l'usine.

"Ça a été une des principales raison de mon départ", dit Lauren Feinauer. "J'ai passé trois ans à être fatigué. Sans jamais me sentir reposé. J'avais des problèmes de santé mentale, du surpoids, des problèmes digestifs." Les ouvriers racontent devoir prendre des somnifères régulièrement et ne jamais sentir leur corps avoir récupéré du stress.

Mais le taux d'accident qui en résulte est difficile à déterminer parce que VW a sa propre clinique et sa propre équipe d'urgence médiale dans l'usine. Alors que la compagnie fait valoir l'accès aux soins médicaux à domicile comme une avantage de l'emploi, certains travailleurs y voient un autre niveau de contrôle.

Les ouvriers doivent déclarer leur niveau de douleur à chaque pause, quand ils entrent et quand ils sortent de l'usine. Les médecins appointés se baladent dans les chaînes d'assemblage et interrogent les employés sur les douleurs et les blessures de l'emploi.

"Ils sont à tous les coups là pour contrôler la situation", dit Feinauer. "Je sentais dès que je déclarais une blessure et qu'ils venaient pour me parler, qu'ils essayaient de trouver dans mon passé une façon de me faire porter le chapeau. Ils posaient autant de questions sur les boulots que j'avais exercé dans le passé que sur ce que je faisais alors sur la chaîne."

Plan d'ensemble des métiers
La pression ne peut qu'augmenter puisque les travailleurs de VW sont soumis à une forme de production lean de plus en plus mondialisée.

En juillet, la compagnie a annoncé un projet de développer la production d'un nouveau véhicule utilitaire de sport pour le marché nord-américain à Chattanooga. Avec l'extension de la production, on introduira le kit modulaire transverse ou "plateforme MQB" [MQB platform].

La plateforme MQB va standardiser les sections clefs des voitures VW ce qui permettra aux ouvriers de fabriquer plusieurs modèles dans la même usine. Le résultat, c'est que n'importe quelle usine VW peut produire n'importe quel modèle des douze marques du groupe VW. Les chaînes d'assemblage peuvent même passer rapidement d'un modèle à l'autre à la mode "juste à temps" [just in time]. Cela va créer une pression concurrentielle entre les usines d'assemblage du monde entier - notamment une usine chinoise flambant neuve.

Évidemment, la compagnie prévoit que le nouveau système va augmenter l'"efficacité" [efficiency] et la "flexibilité" [flexibility] du travailleur.

Comme beaucoup de ses anciens collègues, Amanda a soutenu les tentatives d'organiser un syndicat à Chattanooga l'année dernière parce qu'elle croyait que la syndicalisation améliorerait les conditions de travail. "Si nous avions eu un syndicat [ce qui m'est arrivé] ne serait jamais arrivé", dit-elle.

Un syndicat minoritaire, UAW Local 42, a récemment rencontré la direction sur le thème de la nouvelle politique "d'engagement de responsabilité sociale" de VW [en anglais, cette bouillie se dit: community organization engagement policy]. Les travailleurs ont déclaré que rien n'avait changé jusqu'ici mais certains appellent à des actions directes contre les horaires des pauses.

"C'est impératif", me dit l'un des membres, "que nous agissions comme unité de travailleurs pour changer nos horaires en quelque chose de plus sain qui augmente considérablement la possibilité d'emploi à long terme à VW".
Chris Brooks est licencié du programme d'Études ouvrières de l'University of Massachusetts.

10 mars 2015

La plus grande grève depuis 35 ans

Ça se passe maintenant, aux États-Unis, dans le secteur pétrolier. Les producteurs défendent le droit de faire un bon travail dans de bonnes conditions.

Extrait de l'article de Ijsberg Magazine (ici, en français)
Depuis cinq semaines, alors que le prix du pétrole baisse, plusieurs milliers d’ouvriers du pétrole descendent dans la rue pour demander de meilleures conditions de travail, paralysant une partie des infrastructures américaines.

Une cabane a été installée pour l’occasion. Un chauffage d’appoint à l’intérieur permet aux ouvriers de ne pas finir la journée congelés. Autour, une dizaine d’hommes mangent dans des assiettes en carton. Circulant entre eux, une femme leur distribue des rations du repas qu’elle a préparé pour eux. “Nous recevons un soutien important de la communauté,” affirme Daniel Read. A Port Arthur, au Texas, la grève à la raffinerie de Motiva a commencé le 20 Février. Les 800 travailleurs de la plus grande infrastructure pétrolière des Etats-Unis se sont arrêtés de travailler dans le calme. 
“Il y a deux sorties où nous sommes autorisées à manifester, décrit Daniel Read, un des grévistes. Actuellement, nous faisons des changements d’équipe toutes les huit heures, une fois par mois. Et l’entrée du site est gardée jour et nuit.” Les manifestants brandissent leurs pancartes : “Un jour de plus. Un jour plus fort” ou “Des raffineries sures= des vies sauvées”. En scandant des slogans, ils passent entre les voitures qui traversent devant la raffinerie. Au Texas, il est interdit d’arrêter intentionnellement le trafic routier. Les grévistes se contentent de le ralentir.
De leur côté, les gérants de la raffinerie Shell de Motiva se disent “engagés à résoudre (leurs) différents avec les grévistes en aboutissant à un accord satisfaisant pour tous, qui permettra aux salariés de continuer à jouir de revenus parmi les plus compétitifs dans l’industrie et qui permettra aussi à (leur) entreprise de maintenir sa position de leader aux Etats-Unis. ”

Un bras de fer théoriquement équitable


La grève est la plus importante depuis 1980. A travers le pays, environ 6 550 ouvriers sont entrés en grève suite à l’appel de l’Union Steel Workers (USW), le plus important syndicat américain de l’industrie pétrolière. Le mouvement concerne quinze sites, comprenant 12 raffineries, soit l’équivalent d’un cinquième de la capacité de production domestique des Etats-Unis.
L’USW est présent dans plus de 200 infrastructures, ce qui lui confère une forte capacité de pression sur les compagnies pétrolières. La compagnie Royal Dutch Shell Plc négocie pour le compte d’autres entreprises comme Exxon Mobil, Chevron ou British Petroleum (BP).
Les enjeux sont cruciaux pour l’économie pétrolière du pays. Si tous les ouvriers du syndicat USW partaient en grève cela pourrait mettre à mal jusqu’à 64% de la production totale américaine. De plus, les négociations ont pris place alors que le prix du pétrole a perdu jusqu’à 50% de sa valeur depuis l’an dernier.
“Si la grève s’intensifie, cela pourrait être nuisible au prix du pétrole,” a affirmé David Lennox, analyste chez Fat Prophets à Sydney à Bloomberg.

Des incidents dramatiques à l’origine de la contestation des conditions de travail


A l’origine du conflit, la renégociation du contrat entre l’USW et les entreprises pétrolières. Devant le surplace des négociations, la grève commence le 21 janvier 2015. Les sept offres présentées par Shell depuis ont toutes été rejetées.
Le syndicat réclame la préservation de la clause de sécurité “no retrogression” dans leurs contrats : “Sans cette clause n’importe quel programme de sécurité, nos primes, la surveillance des salariés et la responsabilité de l’employeur peuvent être outrepassés à n’importe quel moment, pour n’importe quelle raison, affirme Daniel Read. Cette clause est dans nos contrats depuis des décennies pour empêcher que ces droits nous soient retirés.”

Depuis quinze ans, l’industrie du pétrole a connu plus d’accidents fatals ou catastrophiques liés à des dégagements de produits hautement dangereux, que n’importe quelle autre industrie dans le pays, dénonce l’Administration pour la sécurité et la santé professionnelle du département du travail américain (OSHA). Les travailleurs dénoncent la dégradation de leurs conditions de travail.
Ils citent plusieurs accidents de grande ampleur arrivés ces dernières années. Le 19 janvier 2005, une pompe défectueuse est à l’origine d’un incendie dans la raffinerie de Bakersfield en Californie. Un ouvrir sucombe, et plusieurs blessés sont à déplorer. Quelques semaines plus tard, le 23 mars, quinze employés ont perdu la vie, et 170 ont été blessés dans un accident à la raffinerie BP de Texas City. En février 2008, un important dégagement de gaz de pétrole liquéfié a produit une explosion et un incendie à Big Spring, au Texas.

8 mars 2015

Chiffres du chômage

Les statistiques officielles de l'emploi (et de sa contrepartie, le chômage) font pâlir d'envie les employistes de tout poil en Europe. En examinant les chiffres de plus près, on constate que, là-bas comme ici, l'emploi organise l'exclusion sociale de masse.

La population active totale s'élève à 238 millions de personnes. 

- employés: 139 millions de personnes (58,3% de la population active)
- sans emploi: 14,5 millions de personnes (6,1% de la population active)

le total de ces deux chiffres ne représente donc que 64,4% de la population active. Qu'est-il arrivé aux 35,6% restant?

- 9 millions de personnes sont employées à temps partiel (essentiellement des gens qui souhaiteraient un emploi à temps plein)

- 18 millions de personnes sont employées à temps partiel pour des raisons non économiques (école, formation, obligations familiales ou personnelles)

- la catégorie la plus importante est composée de celles et ceux qui ne font pas partie de la population active: 85,2 millions de personnes.

Si l'on compare le nombre de chômeurs, de précaires et d'exclus au nombre d'employés temps plein, on arrive à 91% - pour cent actifs en emploi stable, il y en a 91 précaires, chômeurs ou exclus (aux États-Unis, ce sont surtout des exclus). 


Sources: Business insider (ici, en anglais)

En Belgique (ici), les statistiques gouvernementales de 2010 montrent

une population active totale de 7,1 millions de personnes,

une population de travailleurs (chômeurs et employés) de 4,45 millions de personnes 

soit une proportion de travailleurs de 62,7%.

Si l'on prend précisément la Wallonie - terre de chômage endémique s'il en est - on constate (ici) qu'il y a

- 1,325 millions de personnes "actives-occupées" (salariées en emploi, indépendantes et fonctionnaires)

- 2,33 millions de personnes en âge de travailler (et donc 1,05 millions de personnes en âge de travailler exclues, précaires ou chômeuses)

Si l'on compare ces données, comme nous l'avons fait pour les États-Unis, nous arrivons à 75% - pour cent actifs en emploi stable, il y en a 75 précaires, chômeurs ou exclus (en Wallonie, ce sont surtout des prestataires de salaire de chômage jusqu'à présent).

La Wallonie a donc un taux d'emploi nettement supérieur à celui des États-Unis - ce qui prouve une fois pour toute que l'emploi n'est pas la solution, c'est le problème.

2 mars 2015

Des soins psychiatriques en souffrance

Michelle Sen explique dans The Nation (ici, en anglais) pourquoi les soignants psychiatriques sont partis en grève en décembre 2014 en Californie.

Cet État peut se prévaloir d'une législation parmi les plus progressistes pour ce qui est des soins psychiatriques extérieurs à l'institution depuis trente ans, dans la foulée de la "révolution des soins psychiatriques" qui a sorti les patients du confinement institutionnel et les a ramenés dans leurs quartiers. Mais le compte n'y est plus. Faute de financement, faute de reconnaissance salariale des patients, faute de personnel, les patients psychiatriques sont négligés à une échelle industrielle.

Les soignants sont mis devant des choix de soin cornéliens faute de personnel. Les trente-cinq établissements psychiatriques qui ont fait grève souffrent de manque de temps pour le soin des malades, de manque de personnel et d'infrastructure. Une patiente en choc post-traumatique a dû attendre plus de six semaines pour obtenir un rendez-vous. Comme on l'engageait à suivre une thérapie de groupe qui ne l'aidait guère, elle a dû se tourner vers une ... thérapie individuelle privée.

Le désinvestissement salarial du secteur se traduit - comme partout dans le monde - par une maltraitance institutionnelle des patients.

On ménage le comptable, on maltraite le fou.

22 févr. 2015

Bad apple (pomme pourrie)

Appel recourt aux sous-traitants qu'il met en concurrence. Le modèle productif de la marque à la pomme est simple: des sous-traitants sous pression - et, de ce fait, des salaires misérables et des heures supplémentaires systématiques - des prix élevés du fait de la réputation de la marque, des produits qui se dégradent rapidement pour forcer les consommateurs à remplacer leur bidule par un autre bidule.

Pierric Marissal dans l'Humanité revient sur les conditions de travail chez les sous-traitants d'Appel dans un article en ligne ici (en français).

Extrait
La nouvelle ère Tim Cook est celle de l’optimisation des revenus et de la pression, toujours plus forte, sur les sous-traitants. Pour conserver ce précieux client, ceux-ci, Foxconn et Pegatron, écrasent leurs 1,5 millions d’ouvriers : salaires minimums, heures supplémentaires forcées, complémentaires santé non-payées…
Pour Apple Pegatron est actuellement 8 % moins cher que Foxconn. Ce dernier, suite aux nombreux scandales comme les suicides d’employés ou les accidents du travail dramatiques (lire : Apple : derrière la com’, les suicides), qui ont été portés par la presse, a du améliorer les conditions de travail et les salaires de ses ouvriers.
Dans un rapport récent, l’ONG China Labor Watch montre bien que c’est l’attention des médias qui a permis ce mieux, et non les promesses non tenues qu’Apple a faites aux autorités chinoises.
Un adolescent de 15 ans est mort il y a un peu plus d'un an sur les chaînes de production de l'iPhone 5, mais la couverture médiatique n'a pas suffit à faire peur à Apple.