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10 mars 2016

Enquête sur une catastrophe

In memoriam

7X7 fait une enquête assez fouillée sur une explosion catastrophique dans une mine de charbon en Russie (ici). Crainte de perte de salaire ou négligence des devoirs de sécurité de l'employeur, c'est en tout cas la pression à la rentabilité qui met en danger les ouvriers.

Extraits
Entre les 25 et 28 février derniers, des coups de grisou successifs ont coûté la vie à 36 personnes dans la mine Severnaïa, à Vorkouta, dans le nord de la Russie. Si les autorités préfèrent parler de « catastrophe naturelle », des proches des victimes dénoncent de nombreux manquements à la sécurité. Les mineurs seraient contraints par la direction de fermer les yeux sur les risques afin d’extraire plus de charbon. Le correspondant de la revue en ligne 7х7 a passé quelques jours à Vorkouta afin d’enquêter sur les causes et les responsables de la tragédie.

(...)

Le lendemain de l’accident, les proches des victimes ont commencé à parler sur les réseaux sociaux d’une possible infraction aux normes de sécurité. La fille de l’un des mineurs, Daria Triassoukho, a publié sur sa page VKontakte des photos de capteurs analytiques qui avaient enregistré un dépassement des normes de méthane autorisées. La jeune femme a assuré que les photos avaient été prises le 11 février, soit deux semaines avant les explosions à Severnaïa. Elle a ensuite affirmé aux médias que la direction obligeait les mineurs à fermer les yeux sur les dépassements du niveau de gaz, et que les capteurs étaient manipulés afin de baisser les indices. Si un mineur refusait de travailler dans ces conditions dangereuses, il était invité à démissionner.
Le directeur général de Severstal, Alexeï Mordachov, a répondu qu’il était impossible de manipuler les capteurs, ceux-ci étant reliés à un système central unifié et fabriqués de façon à ne pas pouvoir être déplacés et à ce que leurs signaux ne puissent être dissimulés.
Une source anonyme au sein de Severstal nous a confié que les cadres ne s’attendaient pas à la catastrophe de Severnaïa, la mine étant considérée comme une des plus sûres de toutes celles de Vorkoutaougol. La source a précisé qu’après le rachat des actifs d’État, l’entreprise a investi d’importants moyens dans la modernisation des équipements et la sécurité des employés. « Severstal n’a pas intérêt à ce que des accidents se déroulent dans ses mines, les travaux de réparation lui coûtant très cher », a-t-elle ajouté.

(...)

Une concentration de gaz dans la veine (secteur d’où l’on extrait directement le charbon) de moins d’1 % ne présente aucun risque pour la production. Mais à partir de plus de 2 %, l’extraction doit être immédiatement interrompue et le chantier doit être aéré jusqu’à ce que l’air soit pur. Autrement, on risque l’explosion. On peut découvrir la présence de méthane grâce à des capteurs de deux types. Les premiers sont suspendus le long de la veine.
En cas de concentration en méthane supérieure à 2 %, les capteurs la détectent et déclenchent le débranchement automatique de tous les équipements électriques présents sur le site. Cela permet d’éviter l’apparition d’une étincelle, qui entraînerait inévitablement une explosion. Le site est alors aéré afin de revenir à un niveau acceptable de concentration en méthane, puis les mineurs reprennent le travail. C’est le dispatcheur, dont la fonction consiste à surveiller les indices envoyés par les capteurs à la surface, qui leur en donne l’autorisation. Mais ces interruptions forcées se ressentent sur la quantité de charbon extraite, et donc sur le salaire des mineurs.
Les capteurs de second type – dits « analyseurs de gaz » – sont remis aux mineurs directement avant la descente sur le site d’extraction. Ils permettent de mesurer la concentration en gaz n’importe où dans la mine. Quand les capteurs se mettent à sonner (signe que la concentration en méthane a dépassé 1%), l’ouvrier le rapporte à son chef ou au responsable de la sécurité, qui ont le pouvoir d’interrompre le travail avec l’accord du dispatcheur en surface et d’aérer la veine. Ce sont des photos de ce second type de capteurs que Daria Triassoukho a publiées sur Vkontakte après la tragédie de la mine Severnaïa. Les clichés montrent que la concentration de méthane après le 11 février dépassait d’un quart le niveau autorisé. Mais on ne sait pas encore si les photos ont effectivement été prises dans la mine Severnaïa.

18 oct. 2014

Used in Europe (2)

Used In Europe sort un atlas interactif d'Europe ici, sur la violation des droits du travail sur le vieux Continent, en anglais.

Allemagne
Arnaque de chauffeurs routiers tchèques

Belgique
Travail sous payé dans la manutention. Le trafic humain d'immigrés touche surtout l'agriculture, l'industrie du sexe et la construction.

Espagne
Exploitation de milliers de travailleurs migrants dans les fermes dans des conditions effroyables. On leur prend leurs papiers

France
Exploitation et trafic d'immigrés dans les ateliers, la construction, les PME et l'agriculture

Grande-Bretagne
Exploitation et trafic d'immigrés. Par exemple dans une ferme de cannabis

Irlande
Exploitation et trafic d'immigrés. Notamment dans les fermes de cannabis

Italie
Travail forcé avec violence à 1€ de l'heure dans l'agriculture. Trafic d'êtres humains dans le sexe, la construction et la mendicité contrainte

Luxembourg
Exploitation de travailleurs immigrés (Horeca, construction, industrie du sexe)

Pays-Bas
Exploitation dans les fermes de champignons - trafic d'êtres humains (des mineurs nationaux sont concernés)

Suisse
Trafic et exploitation d'immigrés dans les secteurs non qualifiés 

Pologne
Travail forcé dans le textile (des travailleurs se sont enfuis). Traite humaine dans l'agriculture et dans le travail domestique

Russie
Trafic et exploitation dans la construction (notamment pour les infrastructures de Sotchi)

Grèce
Exploitation et trafic dans l'agriculture et l'industrie du sexe

Ukraine
Exploitation humaine dans l'industrie du tabac. Les émigrés ukrainiens sont victimes de toutes les formes de traite humaine

3 oct. 2014

Immigrés en solde

Bobkova Ekaterina dans Terrain de lutte enquête chez les immigrés en Russie (ici, en français).

En voici un petit extrait pour vous mettre en bouche.

La Russie reste une des destinations principales pour les travailleurs d’Asie Centrale depuis l’éclatement de l’Union Soviétique. Une grosse partie des migrants provient d’Ouzbékistan et du Kirghizstan, mais également de Moldavie et de Biélorussie. Ils travaillent habituellement dans ce qui est appelé par Stephen Castles, professeur de sociologie à l’université de Sydney, les « 3D jobs » : « Dirty, Demanding and Dangerous » (sale, dur et dangereux), des emplois non qualifiés qui sont le plus souvent refusés par les travailleurs russes. Pourtant, depuis octobre 2013, une série de mesures a été prise pour précariser le ­­­­­­statut des travailleurs migrants à Moscou, notamment des licenciements et des contrôles multiples de la police.
Ils se sont multipliés après les incidents à caractère criminel impliquant des immigrés d’Azerbaïdjan, notamment dans un meurtre dans un quartier dortoir de Moscou, Birulevo le 10 octobre 2013, et le viol d’une jeune fille Russe commis par un vendeur Azerbaidjanais au marché Matveevsky situé dans ce quartier le 27 juin 2013. Il existe une règle non officielle répandue parmi les entreprises qui embauchent les travailleurs immigrés leur recommandant de ne pas sortir dans la rue à partir du vendredi jusqu’au dimanche pour éviter les contrôles les plus stricts de la police.
 Vécu par ces migrants comme temporaire, le séjour à Moscou ­­­favorise le fait d’accepter des conditions de vie très défavorables. Les immigrés sont prêts à supporter cette situation quelques années en échange de l’espoir de rentrer pour commencer une nouvelle vie dans leur pays d’origine. Ce regroupement géographique, qui pourrait servir de base à des contestations, ne crée pas de solidarité entre les migrants car ils sont mis dans une situation qui les divise selon l’ancienneté de leur migration et selon leur connaissance de la langue du pays d’immigration, le russe. Par ailleurs, il existe aussi des hiérarchisations internes entre migrants, entre logeurs et travailleurs célibataires.
 Pour comprendre ce phénomène, nous avons enquêté sur des entreprises de nettoyage dans deux centres commerciaux à Moscou. L’une de ces entreprises se trouve dans le centre commercial A, éloigné du centre ville et de taille relativement réduite ; le personnel de nettoyage y est composé de Kirghizes uniquement. Le deuxième centre commercial enquêté, X, est plus grand ; il se trouve près d’un aéroport et le personnel de nettoyage y est composé de Kirghizes, d’Ouzbeks, de Tadjiks et de Moldaves. Le management des deux centres commerciaux est réalisé par des citoyens russes. Dans ce dernier cas, l’absence d’unité entre les salariés est liée au mode de management qui produit des catégories ethniques en favorisant la création de hiérarchies entre les travailleurs immigrés. Par exemple, les travailleurs moldaves employés comme conducteurs de tracteurs sont mieux payés et mieux traités par le manager qui met en avant la technicité de leur métier et les distingue des Ouzbeks et des Kirghizes qui s’occupent, eux, du nettoyage et du balayage. C’est plus largement une ethnicisation par le management qui se met en place. Dans le centre commercial A la manager ne recrute que des travailleurs kirghizes et sous-traite l’encadrement à un chef d’équipe lui-même kirghize. Elle crée ainsi des « petits chefs » en recourant à une sorte d’autorégulation : la manager confie à une personne le soin d’auto-organiser le travail déqualifié.


13 août 2014

Le management post-soviétique - notes de lecture

Valery Krylov et Jean-Luc Metzger publient un compte-rendu de leur étude sur le management post-soviétique en Russie dans Recherche Sociologique et Anthropologique (ici, en français et en anglais, en version intégrale et gratuite).

Nous avons relevé quelques extraits intéressants de ce texte méticuleux. Les auteurs expliquent le contexte, le management soviétique et la "thérapie de choc" qui a déstabilisé les entreprises russes dans les années 90. Cette thérapie a été utilisée comme partout ailleurs pour imposer les politiques libérales, le laisser-faire, la dérégulation et l'appauvrissement du code du travail.

Les auteurs expliquent ensuite le lien entre le management actuel, néolibéral, et son pendant soviétique en étudiant six entreprises.

Extraits.

A. « Néo-management » et pratiques traditionnelles


En effet, dans certaines entreprises russes, les principes du management anglo-saxon s’appliquent en matière d’organisation du travail et de gestion du personnel sans que pour autant la nostalgie du passé soviétique, observée depuis 2000, ne disparaisse (Gofman, 2008 : 11). Les dispositifs de gestion de l’ordre marchand s’intègrent dans ce que l’on peut appeler le nouveau compromis organisationnel en fonction de leur compatibilité avec les valeurs traditionnelles. Ces pratiques donnent lieu à un éventail de situations qui renforcent paradoxalement, certains traits de la gestion soviétique, parfois en conformité avec les standards de la gestion importée, parfois en totale opposition.

Ainsi, pour illustrer la première tendance, on peut faire remarquer que le management taylorien, assimilé depuis les années 1920 et devenu partie intégrante de l’héritage soviétique, a facilité l’implantation des modes de gestion néo-tayloriens : le formalisme, les exigences de ponctualité et de soumission aux normes des nouvelles techniques de gestion, témoignent d’un retour de l’esprit taylorien.

A contrario, l’accent mis dans le discours, mais surtout dans la pratique, sur les modes de management favorisant la compétition entre individus, a entraîné des modifications du système de valeurs, tant au niveau du fonctionnement des entreprises, que de l’économie du pays. Cela s’est traduit par une dégradation de l’esprit « communautaire » et des pratiques de solidarité, plus particulièrement dans le monde des affaires, où la collusion des élites politiques et économiques a donné naissance à des réseaux pratiquant la corruption à grande échelle (Cheloukhine/King, 2007). Au niveau des entreprises, l’esprit de compétition et de profit, ajouté aux pressions hiérarchiques, a entraîné l’anomie dans les relations professionnelles et l’exclusion sans état d’âme d’une partie de la population (Oleinik, 2001 : 296-299).

Celle-ci en a ainsi été réduite à « gagner sa vie » coûte que coûte et à s’accrocher aux emplois qu’on lui concédait, aussi pénibles et précaires fussent-ils. C’est ce que nous avons observé à la distillerie rurale, où les jeunes chômeurs du village étaient mal considérés : 

On embauche les personnes de l’extérieur. Les nôtres, on les « connaît » tous bien : ils passent pour des ivrognes [D, ouvrier].

Quant aux locaux qui étaient tout de même engagés,
C’est toujours l’humiliation. Tu dois te plier à la moindre réflexion et tu peux être viré à tout moment ! [E, ouvrière employée temporairement et « au noir »].

D’autres configurations correspondent à une tension non résolue entre valeurs héritées de l’époque soviétique et principes du néo-management. Ainsi, dans le système très hiérarchisé et centralisé de l’ex-URSS, basé sur un ensemble des règles et de procédures prescrites « d’en haut », tout rapport organisationnel passait d’abord par la « fiabilité » idéologique de l’intéressé. Cette « fiabilité » était vérifiée personnellement par un membre de la hiérarchie, qui se portait alors garant du subordonné qu’il recommandait. De nos jours, les règles et les procédures de gestion sont supposées applicables à tout salarié, indépendamment du jugement porté par le manager local, ce qui entre en contradiction avec l’éthos professionnel de nombreux cadres russes qui continuent à se sentir personnellement responsables des salariés de leur département et ont du mal à partager cette responsabilité.

Dans le même ordre d’idées, J.-L. Le Goff (1997 : 311) a remarqué que la glorification de l’initiative personnelle dans le travail, portée par la conception occidentale du management, a tendance à disparaître rapidement quand les acteurs s’aperçoivent que l’efficacité signifie aussi la soumission à un ordre autoritaire et à la loi du rendement, à l’esprit de compétition et au carriérisme, sans pouvoir s’appuyer sur les solidarités sociales, l’esprit de coopération, ni une sécurité collective (Durand, 1997 : 379).

Plus généralement, les entreprises ont tendance à vouloir substituer aux méthodes de gestion traditionnelles autoritaires le management participatif. Mais les procédures bureaucratiques qui accompagnent sa mise en œuvre le rendent souvent inopérant dans un contexte de changement permanent. D’après C. Durand (1997 : 374), certains cadres de direction considèrent la participation comme un luxe occidental qui ne peut avoir cours dans une période de rapide évolution, où le redressement des habitudes justifie des méthodes autoritaires. Cette idée est confirmée par A. Kotchetkova (2003 : 277) qui estime que 90 % des employeurs russes préfèrent les méthodes autoritaires. L’intériorisation des valeurs qui accompagnent les nouvelles contraintes de production exige un apprentissage socio-organisationnel long, dont la durée reste sous-estimée par les directions (Durand, 1997 : 374). Ceci se vérifie dans les cas de mise en œuvre du dialogue social.

B. Le dialogue social : auxiliaire de l’arbitraire des directions ?

Si le « dialogue social », les « négociations » sont bien prônés dans de nombreuses branches et entreprises, l’existence d’accords signés par les partenaires sociaux et la faiblesse de la conflictualité salariale ne peuvent être interprétées comme le signe d’une représentation très développée des salariés.

C’est que les relations professionnelles en Russie ont aussi été marquées par l’héritage de l’URSS. Constitués dès 1905, les syndicats, pendant la période soviétique, ne possédaient ni le droit de revendiquer, ni celui d’organiser les grèves. Devenus un élément de l’appareil administratif, leurs compétences portaient sur l’application des consignes (conditions et protection du travail), la discipline, la formation continue, et, dans une très faible mesure, sur le recrutement et le licenciement. Ils étaient également responsables des « compétitions socialistes » : ces concours interentreprises organisés pour dépasser les objectifs planifiés. À l’instar des comités d’entreprise, ils distribuaient des biens rares : le logement, les aides matérielles, les bons de séjours gratuits dans les zones de repos, etc. (Petrova, 2001 : 140).

L’évolution récente des syndicats et de leur capacité d’action semble là encore témoigner de la force de l’inertie structurale, malgré une apparente conversion aux principes de la « démocratie de marché ». En effet, depuis les années 1980 et tout particulièrement après 1991, les gouvernements libéraux ont nié l’importance des médiations économiques (comme le syndicalisme indépendant), ce qui a conduit à l’émergence de divers lobbies (Sapir, 1996). Dans ce contexte, les nouveaux (grands) propriétaires ont protégé leurs intérêts économiques avec l’appui de représentants des structures politiques qui, quant à eux, en ont profité pour sécuriser et multiplier, voire parfois « blanchir » leurs revenus (Cheloukhine/King, 2007 : 120).

Quand, en 1990, a été organisé le congrès de la Fédération des Syndicats Indépendants de la Russie, on a pu croire que le chemin vers la représentation des salariés était officiellement ouvert. Mais, derrière l’adoption « rituelle » des formes et des règles étrangères donnant toutes les apparences du « dialogue social développé » (Borissov, 2001 : 56), les structures tripartites (syndicat, employeur, représentant du pouvoir), créées à partir de 1992, se sont substituées à la gestion politique du niveau régional. Les entreprises adhérentes à ce type de dialogue social formel ont ainsi accédé aux crédits préférentiels, ce qui les a rendues dépendantes de l’administration. Et derrière les manifestations apparentes de dialogue, l’activité syndicale et les relations professionnelles sont restées extrêmement encadrées par les directions d’entreprises et liées au pouvoir politique.

En effet, suite aux « indélicatesses » dont les salariés avaient été victimes (par exemple, plus d’un milliard d’euros de salaires non versés à temps aux 70 millions de travailleurs), on a assisté à une augmentation des grèves spontanées dans les années 1991-1992 et 1995-1999, majoritairement dans les secteurs des mines, de la métallurgie, de l’éducation et de la santé (Siegelbaum, 2004). Cependant, ces mouvements n’étaient que faiblement liés à une activité syndicale dont « l’indépendance, le bénévolat et la combativité [avaient été] transformés en des ressources administratives au service du management […] pour assurer la gestion efficace » et « faire l’économie d’un département des relations sociales » (Petrova, 2001 : 142, 144).

Dans ce contexte, si les directeurs engagés dans la structure tripartite de négociations formelles n’arrivaient pas à contrôler la situation sociale de leur entreprise (grèves, conflits), ils s’exposaient à des mesures administratives pouvant aller jusqu’au dépôt de bilan. Aussi, ils ont intégré « les associations des employeurs pour faire du lobbying en faveur de leur entreprise dans le cadre des Commissions Tripartites en qualité de producteurs, mais pas les partenaires sociaux » (Borissov, 2001 : 60). Quant aux syndicats, ils sont entrés en coalition soit avec l’administration régionale pour faire pression sur l’employeur, soit avec l’employeur pour obtenir les faveurs de l’administration. En revanche, l’action collective n’a guère été privilégiée ; elle a été conditionnée par ces alliances particulièrement contraignantes (Borissov, 2001 : 65) : pour le responsable d’un syndicat, pas question de prendre une décision sérieuse sans consulter le directeur de l’unité (Petrova, 2001 : 147). Tous ces éléments ont contribué à réduire très fortement les possibilités d’un dialogue social authentique, d’autant plus que les limites juridiques ont été imposées aux mouvements sociaux : le Code du travail a, depuis 2002, rendu les grèves spontanées hors la loi. Dans ces conditions, la syndicalisation a baissé dans la fonction publique, tandis que dans les PME récentes, elle a été découragée par les employeurs (Mazin, 2005).
Dans les « anciennes » entreprises où nous avons pu enquêter, les syndicats existent depuis au moins 1991 et les accords collectifs sont aujourd’hui signés. Mais ni conflits, ni négociations n’ont été repérés. Dans l’usine de production de câbles, pour la direction et les syndicats, 
il ne s’agit pas vraiment de négociations : nous travaillons ensemble […] Nos syndicats comprennent les problèmes de l’entreprise et sur un nombre de questions, en règle générale, nous nous entendons [F, DRH]. 

Si la présence des syndicats répond au respect formel des lois prévoyant un dialogue social, dans les faits, leurs liens avec la direction génèrent des « superstructures du sommet » par le biais de l’intégration officielle ou officieuse d’un leader syndical dans l’équipe dirigeante. C’est ce que nous avons pu observer dans le cas des entreprises de production de câbles et de production de briques, où l’un des leaders syndicaux se présente comme membre de la direction et l’autre comme assistant du DRH.

Plutôt que de représenter le personnel, les institutions sociales servent les intérêts de ceux qui peuvent, grâce à leur position, influer sur les règles (Medvedev, 2002 : 32). Ainsi, la DRH de l’usine de production de câbles, où 85 % de l’effectif est syndiqué, affirme dans une discussion franche :
Pour atteindre l’objectif annuel en termes de productivité du travail et en termes de masse salariale, je peux agir sur le salaire, les normes de rendement et le volume des effectifs.

Elle souligne « qu’il s’agit, bien sûr, des sureffectifs en cas de chute des volumes de production ou d’introduction de nouvelles technologies ». Et dans ce cadre, le syndicat n’agira pas pour s’opposer aux choix de la direction.

Inversement, l’entreprise de bois et cellulose, industrie structurante et principal employeur dans plusieurs villes sibériennes, a été contrainte à limiter la réduction des effectifs dans la mesure où les conséquences sociales d’une telle restructuration étaient potentiellement catastrophiques. Dans ce cas de figure, l’emploi a été pris en compte au niveau fédéral puisque l’accord collectif tripartite incluait le représentant du Ministère du Travail. On le voit, c’est l’État qui veille à la paix sociale dans les régions potentiellement fragiles. À ce titre, on se souviendra que la plupart des grèves des années 1990 visaient le pouvoir central et non les employeurs. Depuis septembre 2008, la crise financière a provoqué de nombreux licenciements économiques ; ces derniers ont entraîné des mouvements de mécontentement spontanés, dirigés contre les pouvoirs régionaux ou fédéraux et appelant parfois à l’intervention du pouvoir central.

Comme nous l’avons observé, le syndicat de l’entreprise assure le plus souvent la traditionnelle gestion de sa « sphère sociale » (zones de repos, jardin d’enfants, services de santé, etc.) mais pas la représentation des salariés. Il joue par contre le rôle d’un « psychologue » : « Ce n’est pas un moyen de pression sur la direction, mais l’« exutoire », où chaque membre peut venir pour s’exprimer, blâmer les chefs » [F, DRH à l’usine de câbles], sans conséquence pour lui, ni pour la hiérarchie. La participation au syndicat protège formellement contre un licenciement, mais les salariés ignorent ce soutien, sachant qu’il n’a pas d’impact sur les mécanismes « parallèles ». Ainsi, à la question posée en 2005 « Comment faites-vous pour licencier un salarié ? », la réponse était concise : « Il suffit d’enlever l’enveloppe [utilisée pour verser le salaire au noir]. Si l’intéressé souhaite travailler pour ses 20 $ officiels, il peut continuer à venir » [G, DRH dans l’usine de travaux de cuir]… tout ceci avec l’aval du représentant syndical. Ainsi, la pratique du non-versement des salaires s’avère bien un dispositif de gestion à la mise en œuvre duquel les syndicats participent activement.

Pour toutes ces raisons, le recours au dialogue social authentique est limité. Une telle situation peut aboutir à l’exploitation sans précédent des travailleurs, notamment de ceux qui ne peuvent pas partir. Ainsi, l’enquête menée dans la distillerie (à travers le témoignage d’un ingénieur électricien par exemple), nous a permis d’observer à quel point, même parmi les cadres l’activité professionnelle était soumise à la force coercitive de la direction. En effet, dans cette entreprise, les cadres techniques sont contraints de faire preuve d’« exemplarité » en travaillant « jour et nuit ». Dans réalité, pour échapper au travail nocturne, ils réalisent toutes leurs tâches pendant la journée, laissant croire à leur employeur qu’ils se conforment à ses injonctions. Poussée à l’extrême, cette logique est résumée dans le proverbe soviétique : « Ils font semblant de payer, nous faisons semblant de travailler ».

Ainsi, l’introduction des principes et dispositifs du néo-management, loin d’avoir éradiqué les pratiques antérieures, les a au contraire ravivées. Les nouvelles pratiques imposées par la hiérarchie demeurent parfois cantonnées au niveau de la déclaration symbolique (Hofstede, 1994 : 251) et sont sans impact sur le fonctionnement réel de l’entreprise. Dès lors, les mécanismes d’entrave à la prise d’initiatives et au changement de fond, typiques de l’époque soviétique, se retrouvent dans l’entreprise postsoviétique naissante. C’est le cas à propos de l’absence de dialogue social authentique, c’est aussi le cas à propos des dispositifs d’implication.

18 juil. 2014

Des nationalistes bien peu nationalistes

Nous invitons nos aimables lecteurs à prendre les informations qui suivent avec prudence: dans un conflit, la première victime, c'est la vérité.

Selon le Karine Bechet-Golovko dans l'article du Grand Soir ici (source en russe ici) les "nationalistes" séparatistes du sud-est de l'Ukraine ont publié un manifeste aux accents ... très peu nationalistes. Il y est question de social, de démocratie, d'oligarques, des revendications de la place Maiden et de confiscation du pouvoir par l'argent.

Extraits du manifeste

Quel est le but de notre lutte ?

La construction sur le territoire de l’Ukraine d’une république populaire équitable, sociale, sans les oligarques et la corruption de la bureaucratie.


Qui sont nos ennemis ?

Les élites dirigeantes libéral-fascistes – l’union criminelle des oligarques, des bureaucrates, des forces de sécurité, et du crime organisé, servant les intérêts des États étrangers.


Qui sont nos alliés ?

Tous les gens de bonne volonté qui reconnaissent les idéaux de justice sociale et qui sont prêts à se battre pour eux, pas ceux qui ont accepté l’état libéral-fasciste sur le territoire de l’Ukraine, indépendamment de leur citoyenneté et de la nationalité.


Qu’est-ce que la république sociale populaire pour laquelle nous nous battons ?

La république sociale populaire, c’est une forme d’organisation politique de la société, dans laquelle :

• les intérêts du peuple et de son développement sur tous les plans (spirituel, intellectuel, social, physique) sont les buts et objectifs de la sociale de la république sociale populaire.
• tout le pouvoir appartient au peuple et est accompli par les organes élus, ses représentants directs.
• chaque citoyen-travailleur a droit à des soins médicaux, l’éducation, la retraite et la Sécurité sociale aux frais de l’État.
• est autorisée toute initiative, privée ou collective, étant en faveur du peuple et à son développement
• est interdit le capitalisme bancaire usurier, vivant aux dépens des intérêts d’emprunt – l’argent ne doit pas être gagné au travers de la servitude pour la dette, mais par la mise en œuvre de projets réussis
• l’État, agissant au nom du peuple et contrôlé par ses représentants, est le plus gros détenteur de capital et contrôle toutes les industries stratégiques
• la propriété privée est autorisée, mais les grandes fortunes et leurs investissements dans la politique et l’économie sont sous le contrôle de la société – personne n’a le droit d’être un oligarque et de régner sur le peuple par la création artificielle d’une situation d’exclusivité


Quelles sont les méthodes de notre lutte ?

Pour atteindre l’objectif fixé (la création sur le territoire de l’Ukraine de la république sociale populaire), nous sommes prêts à appliquer des méthodes de lutte violentes ou pacifiques. Nous considérons qu’un peuple armé est seul capable de protéger sa liberté, mais la violence n’est qu’un moyen forcé (de derniers recours) pour atteindre un objectif politique.


Ce qui se passe sur le territoire de l’Ukraine ?

Sur le territoire de l’Ukraine se produit un soulèvement de libération populaire contre le pouvoir libéral-fasciste, qui tente à l’aide de la terreur et de la propagande d’affermir dans notre pays un capitalisme libéral-fasciste et criminel.


(...)

Est-ce une guerre entre les Russes et les Ukrainiens dans le Sud-Est (Novorossia) ?

Ce n’est pas la guerre entre les Russes et les Ukrainiens, comme le dit la propagande libérale-fasciste, c’est une insurrection des peuples opprimés contre l’ennemi criminel commun – le parti libéral-fasciste capitaliste.
Des deux côtés du front combattent des Russes et des Ukrainiens (ainsi que d’autres peuples).


Du côté des « autorités de Kiev », des mercenaires et des oppresseurs dupés par la propagande se battent pour les intérêts du grand capital criminel et de la bureaucratie malfaisante, alors que du côté du Sud-Est (Novorossia), les insurgés défendent les intérêts du peuple et son avenir libre, équitable et démocratique.


Les intérêts des russes et des ukrainiens sont ils différents dans les événements qui se déroulent en Ukraine ?

Les Russes et les Ukrainiens sont unis par les mêmes intérêts socio-politiques – la libération de l’Ukraine du pouvoir du capital criminel, de la bureaucratie criminelle, des services de force criminels, et du crime organisé.


(...)

Comment se construira le pouvoir politique après la victoire de la révolution de libération populaire ?

Le pouvoir politique sera fondée sur le principe de la représentation populaire directe (démocratie) – du bas vers le haut.
Les organes de la Démocratie vont se former, en commençant par les Conseils régionaux et le Conseil Suprême, selon le principe de la représentation des délégués des territoires ; des délégués des organisations des travailleurs, des corporations professionnelles et des syndicats ; des délégués de organisations politiques, religieuses et communautaires.
Les pilier de la Démocratie populaire seront les conseils locaux.
Ils délègueront des représentants dans les conseils régionaux.
L’organe suprême de la représentation populaire (Conseil Suprême) se composera de délégués des conseils régionaux.
Le Conseil suprême choisira le gouvernement, responsable devant le peuple en la personne de ses représentants.
Nous préconisons l’éligibilité des juges et des chefs des structures des forces de l’ordre sur le terrain (localement).


(...)

Nous comptons sur la solidarité internationale et le soutien de tous ceux pour qui les idéaux d’égalité, de démocratie et de justice sociale ne se traduisent pas qu’en paroles mais en faits.
Ensemble – nous vaincrons !
Approuvé par la résistance de la conférence de Yalta 07/07/2014

2 mai 2014

Bilan du premier mai


Le Matin (ici, en français) fait le bilan des enjeux du premier mai de cette année. Résumé.

 Au Cambodge, les syndicats ont appelé à manifester pour soutenir les ouvriers du textile - ils gagnent généralement moins de 100€ par mois.

En Indonésie, en Malaisie mais aussi dans les économies parmi les plus développées de la région, à Hong Kong, Singapour, Séoul ou Taïwan, il s'agit de dénoncer l'inflation qui augmente les inégalités.

En France, les syndicats manifestent en ordre dispersé.

En Espagne, le chômage record stimulera des manifestations dans plus de 70 villes.

À Moscou, les syndicats organiseront des manifestations sur la place rouge, comme à l'époque soviétique.

Les défilés sont attendus en Grèce ou en Italie, pays marqués par l'austérité la plus brutale.

La place Taksim a été transformée en camp retranché avec 40.000 policiers déployés. L'enjeu politique en Turquie demeure vif après la répression des manifestations place Taksim ce printemps.



29 avr. 2014

La charte sociale européenne

  • La charte

Nous informons nos aimables lecteurs que 47 pays ont signé la charte sociale européenne en 1961. Cette charte a force de loi dans les pays signataires et stipule, notamment:

  • structure de soins accessible et efficace pour l’ensemble de la population ;
Ceci interdit spécifiquement tout recours à des mutuelles (complémentaires, obligatoires) payantes et imposent un financement de la santé par la seule cotisation (ou par l'impôt).
  • politique de prévention des maladies, y compris garantie d’un environnement sain ;
Ceci interdit spécifiquement toute activité économique, industrielle susceptible de dégrader ledit environnement.
  • élimination des risques en milieu professionnel pour assurer en droit et en pratique la santé et la sécurité au travail ;
  • protection de la maternité.
  • interdiction du travail forcé ;
Ceci exclut toute forme d'esclavage, notamment l'emploi sous la menace du chômage.
  • interdiction du travail des enfants ;
  • conditions de travail spécifiques entre 15 et 18 ans ;
  • droit de gagner sa vie par un travail librement entrepris ;
  • politique économique et sociale pour assurer le plein emploi ;
Tous les pays où le taux de chômage excède les 5% contreviennent à cet article.
  • conditions de travail équitables en matière de rémunération et de durée du travail ;
Ceci implique l'abolition de la rémunération à la tâche, à la force de travail et impose la qualification du travailleur comme source de salaire.
  • protection contre le harcèlement sexuel et moral ;
Ceci impose la fin de la fonction social d'employeur, de son pouvoir sur ses employés: on peut organiser l'activité de production de manière hiérarchique mais personne ne peut s'arroger le droit disposer de la carrière d'autrui puisque ce type de pouvoir permet le harcèlement sexuel et moral.
  • liberté de constituer des syndicats et des organisations d’employeurs pour défendre leurs intérêts économiques et sociaux ; liberté individuelle d’y adhérer ou non ;
Cette liberté est fortement limitée dans certains pays. En Belgique, par exemple, le seuil du nombre d'adhérents pour pouvoir prétendre s'organiser en syndicat rend la création de nouveaux syndicats techniquement impossible.
  • promotion de la consultation paritaire, de la négociation collective, de la conciliation et de l’arbitrage volontaire ;
La consultation paritaire impose la représentation de toute les parties au pro rata de leur importance. Les chômeurs, les retraités ou les invalides doivent, par exemple, être représentés dans toutes les décisions qui les concernent, qu'elle soient relatives aux prestations de la sécurité sociale ou aux cotisations sociales.
  • protection en cas de licenciement ;
Ceci impose d'attacher le salaire à la personne et non au poste de travail.
  • droit de grève ;
  • accès à l’emploi pour les personnes handicapées.
Par ailleurs, la charte détaille les droits humains que les signataires doivent respecter. Ces droits sont eux aussi rarement compatible avec la vente forcée de la force de travail dans l'emploi:
  • protection contre la violence et la maltraitance ;
 La violence du vol du temps des travailleurs par les propriétaires lucratifs est interdites. La maltraitance de la mise en minorité de l'emploi est interdite.
  • interdiction de toute forme d’exploitation (sexuelle ou autre) ;
 Tout surtravail est un vol, toute plus-value liée au travail d'autrui est un vol et sont des formes d'exploitation interdites.
  • protection juridique de la famille (égalité des époux entre eux et vers les enfants, protection des enfants en cas de rupture) ;
Ceci impose un droit à un salaire personnel inconditionnel.
  • droit à la sécurité sociale, à l’assistance sociale et à des services sociaux ;
Cet article est directement violé par le harcèlement institutionnel des chômeurs, en France, en Belgique ou en Allemagne (entre autres).
  • droit à la protection contre la pauvreté et l’exclusion sociale ;

  • Les recours
Nous citons le site de l'organisation (ici, en français)
Organisations habilitées à saisir le Comité :
– Pour tous les Etats qui ont accepté la procédure :
  1. Confédération européenne des syndicats (CES), BUSINESSEUROPE (ex-UNICE) et Organisation internationale des employeurs (OIE).
  2. Les organisations non gouvernementales (ONG) dotées du statut participatif auprès du Conseil de l’Europe et inscrites sur une liste établie à cette fin par le Comité gouvernemental ;
  3. Les organisations d’employeurs et les syndicats de l’Etat concerné ;
  4. – Pour les Etats qui, en plus, acceptent cette possibilité :
  5. Les ONG nationales.
Le dossier de la réclamation doit contenir les éléments d’information suivants :
  1. les nom et coordonnées de l’organisation réclamante ;
  2. la preuve que la personne qui introduit et signe la réclamation est habilitée à engager l’organisation réclamante ;
  3. l’Etat mis en cause ;
  4. les dispositions de la Charte dont la violation est alléguée ;
  5. l’objet de la réclamation, c’est-à-dire le ou les points sur lesquels l’Etat mis en cause n’aurait pas respecté la Charte, ainsi que les arguments pertinents ; avec documents à l’appui.
À bon entendeur ...

  •  Les États signataires
 Albanie, Andorre, Arménie, Autriche, Azerbaïdjan, Belgique, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Croatie, Chypre, République tchèque, Danemark,
Estonie, Finlande, France, Géorgie, Allemagne, Grèce, Hongrie, Islande, Irlande, Italie, Lettonie, Liechtenstein, Lituanie, Luxembourg, Malte, Moldavie, Monaco, Monténégro, Pays-Bas, Norvège, Pologne, Portugal, Roumanie, Russie, Saint-Marin, Serbie, Slovénie, Espagne, République slovaque, Suède, Suisse, Macédoine, Turquie, Ukraine, Grande-Bretagne,

30 janv. 2014

Tableau de chasse de Coca-Cola

Le Cadtm fait état des pratiques de la multinationale d'Atlanta ici en traduisant un article de Esther Vivas dans Publico.es. Petit inventaire.

Ces pratiques visent toutes à diminuer les frais de production (salaires et investissements) pour maximiser la part de la valeur ajoutée dévolue aux profits.

Colombie: assassinat de 8 travailleurs et 65 menaces de mort

Pakistan: licenciements abusifs et entrave à la liberté syndicale

Turquie: intimidation et torture de travailleurs

Nicaragua, Guatemala, Russie, Pérou, Chili, Mexique, Brésil et Panama: menaces de licenciement contre les syndicalistes

Colombie, Venezuela, Zimbabwe et Philippines: répression syndicale, menace d'enlèvement et d'assassinat

Inde (Rajasthan, Uttar Pradesh, Kerala, Maharastra), Salvador, Mexique (Chiapas): pillage des ressources hydriques


24 janv. 2014

À Sotchi aussi, les JO réduisent la main d'oeuvre en esclavage

 On apprend dans un article du courrier des Balkans (ici) que des Serbes et des Bosniaques ont été embauchés pour construire des infrastructures olympiques en Russie avec des visas ... de touristes. Une fois ceux-ci expirés, les travailleurs ont été maltraité, sous-nourris et ... pas payés.

Une version moderne de l'esclavage, l'emploi sans salaire. L'affaire s'est bien terminée puisque le gouvernement serbe a ramené les ouvriers chez eux.

Extrait
105 ouvriers du bâtiment de Serbie et 18 de Bosnie-Herzégovine qui travaillaient sur les chantiers des Jeux olympique de Sotchi ont été expulsés par les autorités russes car ils n’avaient pas de permis de travail, seulement un visa de touriste. Non payés depuis des mois, ces travailleurs avaient été réduits en quasi-esclavage.
C’est au cours d’un contrôle sur le site des constructions olympiques que le Service fédéral d’immigration a « découvert » la situation de ces travailleurs qui étaient en Russie depuis des mois et les a placé en détention. Le gouvernement de Serbie a alors décidé d’envoyer un avion à Sotchi pour rapatrier les travailleurs sans papiers. Ils sont arrivés à Belgrade mardi 21 janvier.
« Nous n’avons pas été payés, nous n’avons même pas pu parler aux autorités russes des conditions inhumaines dans lesquels nous avons été retenus… Nous n’avons pas mangé pendant trois jours, nous étions sous la pluie, personne ne nous a parlé », explique l’ouvrier Goran Nikolić. Un autre, Slobodan Babić, a ajoute : « ce qui est arrivé, c’est que nous avons travaillé, tout le monde criait… À la fin, nous avons fini le travail, mais sans toucher d’argent ».

Nous rappelons que des cas d'esclavage ont été rapporté aussi bien pour le mondial de foot au Brésil (ici et ici) que pour les JO du Qatar (ici).

13 janv. 2014

Accaparement

L'accaparement des terres, c'est leur achat par ceux qui ont de l'argent au détriment de ceux qui les cultivent sans titre de propriété. C'est ce que Polanyi appelait l'enclosure.

Agnès Stienne illustre ce phénomène vieux de trois siècle mais toujours actuel.

Mais rassurez-vous: les autorités des pays concernés ont promis ... que l'accaparement créerait des emplois.

19 déc. 2013

La sécurité sociale en Fédération de Russie

L'ancien système de sécurité sociale était un système universel. Dans la foulée des réformes de l'après communisme, certains acquis ont été conservés, d'autres ont été bradés et, dans la foulée du maelström social de cette période de transition est tout de même apparue la cotisation sociale.

C'est aujourd'hui un système de type assurantiel avec un potentiel bismarckien intéressant et une composante par capitalisation inquiétante.

  • Le système

 Le taux de cotisation s'élève à 30% du salaire à plafonné à 568 000 RUB (10.000€),
dont 22 % sont affectés à la Caisse de pension, 2,9 % à la Caisse d’assurance sociale et 5,1 % à la Caisse d’assurance-santé. A cela s’ajoute une cotisation égale 10 % du salaire supérieur à 568 000 RUB destinée à la Caisse de pension.
  •  La pension
Comprend la pension vieillesse et la pension-invalidité. La pension invalidité est plus élevée pour les invalides plus jeunes, ce qui compense leur manque à gagner en terme de pension vieillesse. Sinon, par rapport au financement et aux trois modèle de pension, la vieillesse et l'invalidité fonctionnent de la même façon. Les invalides depuis l'enfance ont droit à une pension particulière, financée par l'État. Les montants demeurent inférieurs à 200€.

La pension de base (cotisations sociales)

Les droits à la pension minimum sont ouverts à partir de 60 ans pour les hommes à condition d'avoir travaillé au moins 5 ans. Les femmes partent à la retraite à 55 ans, dans les métiers pénibles ou dangereux ces âges sont abaissés à respectivement jusqu'à 50 et 45 ans. Ce sont des critères très larges mais les montants minimaux ne sont pas extraordinairement élevés, ce qui incite les salariés à compléter leur assurance-pension par un volet privé, capitalisé.

La pension assurantielle (cotisations sociales)

Les montants de base - entre 5.000 et 15.000 RUB, entre 100 et 300€, selon les situations de famille - sont complétés par les droits à la pension ouverts par les cotisations des salariés. Cette partie assurantielle provient de cotisations sociales. Elle s'élève au montant total versé (6% du salaire pendant la carrière divisé par 228).

 La pension par capitalisation

Les salariés cotisent à hauteur de 6% de leur salaire pour leur pension et peuvent choisir s'ils préfèrent la retraite par capitalisation ou s'ils préfèrent cotiser à la caisse.

C'est alors le compte épargne pension qui est divisé par les 228 mensualités correspondants à l'espérance de vie.

  • Le chômage

Le chômage, par contre, est financé par le budget fédéral, par l'impôt. Il est limité à 12 mois renouvelables une fois. Les allocations sont fortement dégressives et tombent de toute façon au minimum, à 17€, au bout d'un an.

Des prestations modestes sont également prévue pour les congés maladie, pour les congés maternité ou pour les maladies professionnelles.

16 nov. 2013

Marins au long cours

Aux Canaries nous apprend le Diplo, les marins russes de Mourmansk sont tout simplement jetés hors du bateau par les armateurs ... sans salaire, à plusieurs milliers de kilomètres de chez eux.



http://www.monde-diplomatique.fr/2013/05/DEHEZ/49065