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27 déc. 2016

Trafics criminels

Au Cambodge, on a saisi de l'ivoire trafiqué à partir du Mozambique à destination de la Chine.

Nous rappelons que les éléphants sont menacés de disparition. Ils sont abattus pour pouvoir récupérer ce fameux ivoire de leurs défenses. Les gens qui s'adonnent à ce trafic le font poussés par "l'aiguillon de la nécessité" indispensable à l'emploi.

Extrait de l'article de RFI sur ce sujet (ici, en français)

Au Cambodge, les autorités ont découvert jeudi 22 décembre une tonne et demie d’ivoire et autres pièces d’animaux protégés à Phnom Penh dans un navire en provenance du Mozambique. Une nouvelle qui met en lumière le rôle de plaque tournante du Cambodge dans ce trafic à destination notamment de la Chine.
La multiplication des saisies dans le port de Hong-Kong ces dernières années a probablement inquiété les trafiquants. Et pour cause : c’est désormais par l’Asie du Sud-Est et notamment le Cambodge que passe la route de l’ivoire africain.

La découverte remonte à vendredi dernier. Les agents des douanes inspectent des conteneurs au terminal de Kandal près de Phnom Penh. En apparence, il s’agit d’une cargaison de bois rares, mais certaines poutres sont creuses et dissimulent 1,3 tonne de défenses d’éléphant d’Afrique, 10 crânes de guépard, 82 kilos d’os d’animaux et 137 kilos d’écailles de pangolin.

(...)

35 000 éléphants massacrés

Ce jeudi 22 décembre encore, une autre cargaison en route vers le Cambodge a été interceptée suite à une alerte lancée par les autorités kenyanes. Près de deux tonnes d’Ivoire déclarées comme de la céramique ont été renvoyées au port de Mombasa par les douanes de Singapour.
Chaque année, plus de 35 000 éléphants sont massacrés en Afrique selon l'ONG Wildlife Conservation Society.

19 déc. 2016

60 morts dans une usine électrique

En Chine, la course aux profits capitalistes pousse les autorités de contrôle à la corruption. Les entreprises les achètent à bon compte, ce qui leur permet de piétiner les règles de sécurité afin d'augmenter leurs profits.

Extraits de l'article de Heike Schmidt sur RFI (ici, en français)
C'est un nouvel accident industriel qui vient s'ajouter à une liste déjà longue. Ce jeudi 24 novembre 2016, une plate-forme en construction s'est effondrée, sur le site d’une centrale électrique de la province de Jiangxi. Les autorités ont confirmé la mort de plus de 60 personnes. Un nombre inconnu d’ouvriers se trouveraient encore sous les décombres.

(...)

Selon l’Administration d’Etat pour la sécurité au travail, 33 000 accidents ont fait près de 20 000 morts et disparus dans la première moitié de cette année. En cause : des contrôles de sécurité laxistes, la corruption et la course aux profits qui mettent en danger la vie des ouvriers et celle des riverains. En août dernier, une explosion dans une centrale électrique dans le Hubei avait déjà coûté la vie à une vingtaine de personnes.

12 nov. 2016

Les enfants des Mingongs

Le Monde Diplomatique met gratuitement en ligne un article de Loup Espargilière & Théau Monnet sur les descendants des immigrés intérieurs chinois venus de la campagne, les Mingongs.

Extrait de l'article disponible ici.

À Baiyun, district ouvrier du nord de Canton où l’on trouve des immeubles-dortoirs, de petites usines de textile et des échoppes qui vendent de tout, les générations de mingong se succèdent. Attablé à la terrasse d’une épicerie de quartier, à l’ombre d’immeubles vétustes, Zhang fait le calcul. Il travaille douze heures par jour, six jours sur sept, dans un atelier de confection où la chaleur est insupportable durant les longues journées d’été. Malgré ses soixante-douze heures de labeur hebdomadaire, soit vingt-huit de plus que la durée légale — fixée à quarante-quatre heures et dépassée par 85 % des travailleurs migrants —, il répète une idée communément admise en Chine : « Ma génération est plus flemmarde que la précédente. Eux travaillaient bien plus dur, ils étaient capables de produire beaucoup plus que nous dans le même temps. » Souvent enfants uniques, élevés par leurs grands-parents, les jeunes mingong ont la réputation d’être plus capricieux et moins travailleurs que leurs parents, qui ont connu les heures les plus dures du communisme chinois.

Recréer une cellule familiale

À deux pas de là, sur une placette où des enfants s’ébattent après l’école, Dai, la trentaine, s’inquiète. Cette jeune mère au visage émacié, ouvrière dans une usine de chaussures, aimerait travailler plus : « Lorsque je suis arrivée ici, en 2006, je faisais des journées de douze heures. Mais maintenant, les commandes diminuent et je ne travaille plus que huit heures par jour. » En 2015, la croissance chinoise s’est établie à 6,9 %, son plus bas niveau depuis vingt-cinq ans. Les manufactures du Guangdong (la province de Canton), qui constituent l’« atelier du monde », en paient le prix fort. Avec leurs emplois précaires dans ces industries, les mingong de Baiyun figurent parmi les premières victimes du ralentissement économique. Une perte que ne compense pas la hausse officielle des salaires (10,7 % par an en moyenne entre 2008 et 2014).

« Les conditions de travail sont très difficiles, alors autant mourir ! », ironise Li, 30 ans, dont dix passés dans les usines textiles de Canton. Il redoute l’« effet domino » que crée la baisse des commandes chez ces travailleurs payés au rendement. Il constate que « beaucoup de petites usines ferment et ne paient pas leurs ouvriers ». Zhang en a été témoin : « Un jour, dans l’usine à côté de la mienne, le patron n’a pas versé les salaires, car il n’avait pas été payé par ses clients. Il a vendu les produits et il est parti avec la caisse. » Le gouvernement local a alors saisi le bâtiment, assure-t-il, pour le revendre afin d’honorer les dettes de l’entreprise et payer les salariés.

Depuis quelques années, la tension monte dans les usines du Guangdong. Au cœur des revendications : le respect des lois en vigueur. De très nombreux patrons refusent par exemple de payer leur part obligatoire de l’« assurance sociale » pour les travailleurs. Grèves et occupations d’usine sont les principaux moyens de pression des ouvriers. Le China Labour Bulletin (CLB), une organisation non gouvernementale de défense des travailleurs basée à Hongkong, a recensé 2 774 grèves en 2015, soit deux fois plus qu’en 2014. Selon ses décomptes, dans le seul Guangdong, il y en aurait eu 281 entre août 2015 et janvier 2016. L’écrasante majorité des ouvriers de ces usines sont des migrants.

9 sept. 2016

Esclavagisme hype


À l'occasion de la sortie du dernier bidule d'Appel Basta (ici) nous rappelle que la compagnie à la pomme est restée au moyen-âge en ce qui concerne les conditions d'emploi en Chine depuis le début.

Aucun signe d’amélioration malgré les interpellations

Un récent rapport de China Labor Watch montre que les abus dénoncés par les médias internationaux en 2012 se poursuivent aujourd’hui, sans signe d’amélioration. Dans le cas de Pegatron, les conditions de travail auraient même empiré depuis 2015, malgré les audits commissionnés depuis des années par Apple, son adhésion à la Fair Labor Association, et ses engagements répétés à assurer la sécurité et la dignité de ceux qui fabriquent ses produits extrêmement lucratifs.
China Labor Watch est une ONG qui se consacre à mettre en lumière les violations des droits des travailleurs dans les usines chinoises qui fournissent les grandes marques internationales. Son dernier rapport est basé sur des entretiens avec les ouvriers de Pegatron à Shanghai et une analyse de leurs fiches de paie. Il montre que ces travailleurs se voient toujours imposer des heures de travail excessives et parfois extrêmes, pouvant aller jusqu’à 109 heures supplémentaires par mois en plus de leur temps de travail normal – soit trois fois la limite légale en vigueur en Chine.

Des heures supplémentaires pour les stagiaires

La grande majorité des ouvriers du département maintenance de l’usine ont déclaré plus de 82 heures supplémentaires pour le seul mois de mars 2016, et toutes les fiches de paie émanant de ce département sans exception signalent des heures supplémentaires dépassant la limite légale de 36 heures supplémentaires mensuelles. Parmi les travailleurs concernés, des étudiants « stagiaires » qui légalement ne devraient pas faire d’heures supplémentaires du tout, mais dont certains en ont enregistrées plus de 80 par mois.
Interpellés sur ces pratiques, les dirigeants de Pegatron comme de Foxconn font valoir que les heures supplémentaires sont optionnelles dans leurs usines. Les recherches de China Labor Watch démontrent cependant que les quotas élevés de production imposés par Apple, les bas salaires de rigueur dans les usines, les techniques agressives de management et le refus systématique des congés concourent à ôter aux ouvriers tout pouvoir de choisir.

213 dollars par mois

L’enquête de China Labor Watch révèle également que le salaire de base offert à ses ouvriers par Pegatron, après déductions, équivaut à seulement 213 dollars par mois, soit 117 $ de moins que le salaire minimum en vigueur à Shanghai. Même avec toutes leurs heures supplémentaires, les travailleurs gagnent 300 $ de moins que le salaire mensuel moyen de la région.
Ces chiffres mettent en lumière une baisse nette des salaires des ouvriers de Pegatron entre 2015 et 2016. La direction de l’usine a compensé l’augmentation du salaire minimum imposée par le gouvernement par une suppression d’avantages sociaux. L’obligation est désormais faite aux salariés de contribuer par une portion de leur salaire à leur assurance sociale, qui était auparavant payée par l’entreprise. Malgré une hausse légale de 1,85 $ par heure en 2015 à 2 $ en 2016, le salaire horaire net après ces déductions n’est finalement que de 1,60 $.
Parmi les autres violations légales et éthiques documentées par China Labor Watch : plus d’une heure de travail quotidien non rémunérée, des conditions de vie marquées par la surpopulation des dortoirs et leur manque d’hygiène, ou encore la non fourniture d’équipements protecteurs, qui menace la santé et la sécurité des travailleurs.

La réalité des « iPod City » dénoncée dès 2006

De tels abus sont familiers chez Apple. Le lecteur en aura déjà entendu parler, ici (voir notre dossier) ou dans d’autres médias. Ce dont il ne se rend peut-être pas compte est que cela fait plus d’une décennie qu’ils ont été portés à l’attention d’Apple.
Le 18 août 2006, le journal britannique Mail on Sunday publiait un reportage au vitriol sur les conditions de travail dans les usines chinoises où étaient fabriquées, à l’époque, des iPods. Des journalistes d’investigation découvrirent que les ouvriers dormaient à 100 par dortoirs dans l’usine Longhua de Foxconn à Shenzhen, appelée à l’époque « iPod City », et qu’ils trimaient jusqu’à 15 heures par jour pour des salaires de misère. Ils trouvèrent des conditions similaires dans une usine d’Asustek à Suzhou, dans la province du Jiangsu, produisant des iPods Shuffle. Travaillant jusqu’à 12 heures par jours, les ouvriers y perdaient la moitié de leurs salaires en raison des frais de logement et de nourriture imposés par l’usine.

29 nov. 2015

Walmart et le revenu de base

En regardant récemment un documentaire sur les pratiques de Walmart (ici, en anglais), il nous est apparu que, dans certaines conditions le revenu de base pouvait être une catastrophe sociale.

L'entreprise américaine externalise tous ses coûts: les coûts d'infrastructure auprès des collectivités locales, les coûts de pollutions industrielles et, surtout, les coûts de main d’œuvre. Les salaires sont assumés en partie par ce qui sert de sécurité sociale aux États-Unis de la plus simple des façons: les employés sont inscrits dans des programmes d'aides alimentaires ou médicale pour nécessiteux. Wall-Mart paient ses employés tellement peu qu'ils doivent s'approvisionner en tickets alimentaires.

La sécurité sociale et les collectivités assument donc une partie importante du salaire (et des frais de production) des employés de Walmart par le truchement de l'impôt. Un revenu de base qui ne changerait en rien les relations d'emploi actuelle, un revenu de base qui contraindrait de toute façon les récipiendaires à travailler en emploi pour compléter leurs revenus comme c'est le cas pour les travailleurs de Wall-Mart n'émanciperait en rien les travailleurs.

Que l'on en juge: selon la vidéo sus-mentionnée, les travailleurs de Walmart

- subissent un management sexiste et raciste

- sont contraints de prester des heures supplémentaires gratuites

- sont sous-payés

- sont soumis à une pression managériale au rendement

Par ailleurs, l'entreprise se distingue par la maltraitance de la main d’œuvre du tiers monde et de Chine, par sa propension à polluer l'environnement, par la pratique du dumping social, etc.

Notons que, dans les quartiers où s'installe Walmart, tous les petits commerçants disparaissent et que les prix immobiliers s'effondrent du fait des chancres urbains que les magasins en faillite laissent derrière eux et du chômage que provoque ces faillites.


1.557.000.000$ aides sociales aux employés de Walmart
pour 1.200.000 de salariés, soit l'équivalent d'un revenu de base de 1300$ par an
En Géorgie, 10.261 enfants d'employés aidés par des programmes sociaux
En Arizona, 2.700 employés sous aide médicale d'État
Au Texas, 4.363 enfants d'employés sous aide alimentaire
 etc.
fait baisser les salaires du commerce de détail de 3.000.000.000$ par an aux États-Unis
soit, donc, pour un revenu de base individuel de 1300$ par an, une ponction salariale de 2.500$ par an
 Dans ces conditions:
- le revenu de base coûte plus de deux fois plus aux salariés qu'il ne leur rapporte en espèces

- ce revenu de base n'affranchit en rien le travail

- ce revenu de base appauvrit la classe moyenne (mise au chômage et lourdement imposée), il provoque du chômage et des conditions de travail misérable dans le tiers monde

- ce revenu de base a un bilan écologique désastreux

- les profits et la propriété lucratives demeurent tels quels, les liens de subordination de l'emploi sont aggravés par le chômage local qu'implique cette application entreprenariale du revenu de base.
En conclusion, si toutes les formules des revenus de base ne s'inscrivent pas dans la démarche de Walmart d'externalisation des coûts de production, un revenu de base qui s'inscrirait dans cette formule a toute les chances de provoquer les mêmes dégâts.

13 juil. 2015

Malades de l'emploi

Terrain de Lutte fait le check-up de l'employisme version chinoise.

Extrait de l'article en ligne ici (en français).
En Chine, les conditions de travail sont très mauvaises dans un grand nombre d’entreprises : un nombre d’heures qui dépasse de beaucoup la réglementation, pas d’équipements de sécurité, le non-respect des consignes élémentaires de sécurité. Dans les mines, par exemple, les accidents ou les maladies professionnelles sont extrêmement fréquents. Lors d’accidents miniers, qui sont nombreux, les patrons de mines achètent le silence des familles des victimes, pour que les autorités de la province ne soient pas averties et qu’ils puissent continuer leur activité. Quand le salarié est victime d’un accident ou d’une maladie professionnelle, il doit surmonter un grand nombre de difficultés pour faire reconnaître ses droits, car les potentats locaux sont très souvent de connivence et se soutiennent les uns les autres.
 C’est ce que montre le cas de Zhang Haichao. En 2007, ce jeune homme qui travaille dans une entreprise de polissage de pierres contracte une maladie respiratoire qu’il tente de faire reconnaître comme maladie professionnelle. Il consulte un médecin qui le déclare atteint de pneumoconiose. Mais ce diagnostic est invalidé par les autorités sanitaires de la province, au motif que le médecin consulté ne se trouve pas dans la juridiction de l’entreprise. Zhang Haichao consulte alors un médecin du cru qui le déclare atteint de tuberculose, maladie infectieuse qui ne peut être reconnue dans le système des maladies professionnelles. Il s’avère que ce médecin est un ami du patron du jeune homme et suit ses directives à la lettre.
Debdatta Chakraborty-Stone-crusher-worker-CC En désespoir de cause, Zhang Haichao se rend dans un hôpital où un médecin consent à l’aider. Il souhaite prouver que sa maladie a bel et bien été contractée après l’inhalation permanente de poussières de silice sur le lieu de travail. Sur les conseils du médecin, il se fait ouvrir le thorax et le diagnostic tombe, après examen des tissus pulmonaires : le travailleur est atteint de silicose et n’a plus que six années à vivre environ. Grâce à l’aide d’une célèbre ONG située à Hong-Kong, le China Labour Bulletin, la diffusion de son témoignage sur internet a ému tout le pays (sur le cas Zhang Haichao, voir les actualités plus bas).

 Une invisibilité organisée

La Chine a pourtant des lois et une constitution dont un article stipule que tout travailleur a droit à la protection dans le travail et à un dédommagement en cas de maladie professionnelle.
 Or les travailleurs malades ne sont pas assez « visibles », et sans la reconnaissance de leur statut, ils sont d’autant plus vulnérables. En Chine, les victimes du travail sont très nombreuses et, à quelques exceptions près, elles restent dans l’ombre et se battent avec leurs propres armes. Les autorités sabotent les processus de reconnaissance et multiplient les échelons de diagnostic et de reconnaissance de la maladie. Il s’ensuit que, du fait de la complexité du processus et de l’allongement du délai, les plaignants décèdent souvent avant d’arriver à l’étape ultime de reconnaissance et leur famille n’obtient aucun dédommagement.
 Les chiffres officiels sur les travailleurs touchés par la maladie sont loin de refléter la réalité. Pour l’année 2013, le nombre de nouveaux cas de maladie professionnelle recensés se chiffre à 26 393, dont 23 152 cas de pneumoconiose. D’après les chiffres officiels, depuis la création de la République populaire (1949) jusqu’à l’année 2009, le nombre de maladies professionnelles enregistrées atteindrait 749 970 cas, dont 675 541 cas de pneumoconiose, soit 90% du total. A l’échelle de la Chine, le chiffre paraît dérisoire.
maladieprochine1 Pour rectifier le tir, les cadres du ministère de la Santé ont, en 2009, reconnu que, du fait de la faiblesse de la couverture des contrôles et du manque de remontée des données, ce chiffre devrait être multiplié au moins par 10. En 2013, le ministère est revenu sur ses estimations : le chiffre devrait être multiplié plutôt par 20. Ce qui porterait le total aujourd’hui à entre 6 et 12 millions de victimes, la plupart étant des paysans-ouvriers sans aucune protection sociale.

25 juin 2015

La justice italienne enquête sur la mafia chinoise

Selon RFI (ici, en français) la justice italienne s'intéresse aux pratiques de la mafia chinoise dans la péninsule. Mais oui, vous savez, ceux qui emploient des demi-esclaves chinois dans la péninsule pour (contre)faire les marques de luxe vendues au prix fort sur le vieux continent.

Extrait
« Rivière d’argent », c’est le nom de code que porte une enquête visant la mafia chinoise en Italie. Cette enquête remplit pas moins de 170 pages et jette une lumière peu flatteuse sur les activités économiques souterraines de certains migrants, venus de l’Empire du Milieu pour faire fortune en Europe.
Après plusieurs années d’investigation, les procureurs italiens demandent la mise en examen de près de 300 personnes. La justice les soupçonne d’être impliqués dans le blanchiment d’argent, la prostitution, l’exploitation d’ouvriers illégaux ou encore dans la fraude fiscale et la vente de contrefaçons. Pour la plupart, il s’agit de Chinois vivant en Toscane et notamment à Prato, surnommé le « China Town » italien depuis que de nombreux Chinois s’y sont installés il y a 20 ans, d’abord comme ouvriers. Ces ouvriers ont ensuite pu ouvrir des commerces ou mêmes des usines, notamment dans l’industrie du textile.
Une activité qui rapportait gros : 4,5 milliards d’euros auraient été envoyés vers la Chine, entre 2006 et 2010. Pour ne pas éveiller la vigilance des autorités financières, les malfaiteurs envoyaient ces fonds en petites coupures. Jamais au dessus de 2 000 €. Des sommes envoyées soit via des bureaux de transferts d’argent ou via une banque et pas n’importe laquelle : il s’agirait de la Banque de Chine, donc l’une des plus grandes banques chinoises, contrôlée par l’Etat.
Elle aurait ainsi aidé à transférer en tout plus de 2 milliards d’euros et touché près de 760 000 euros en commissions. Les procureurs visent quatre salariés de la succursale de Milan qui auraient omis de signaler ces transactions suspectes et aidé à camoufler l’origine de cet argent.

22 juin 2015

Le rapport de la confédération internationale des syndicats

L'Ituc en anglais (Confédération internationale des syndicats) rend son rapport sur les libertés au travail (ici, en libre accès, en anglais).

Ce rapport est fondé sur des questionnaires renvoyés par des syndicats locaux - ce qui le rend sujet à caution quand lesdits syndicats sont impliqués dans la répression du mouvement social comme en Italie ou en Belgique (par exemple) ou quand des mouvements politiques impliquent des travailleurs alors qu'ils ne portent aucune revendication spécifique relative au droit du travail (à ce moment-là, on peut certes déplorer une répression politique mais elle ne s'inscrit pas dans les droits du travail).

On apprend notamment les choses suivantes.

1. Les dix pays les pires pour les travailleurs sont (nous avons mis une étoile devant les pays riches):

- La Biélorussie: discrimination au travail; travail forcé; répression des manifestations

- La Chine: discrimination au travail; arrestations; travail précaire; pas de procès équitable

- La Colombie: meurtres; sabotage de négociations collectives; discriminations

- L'Égypte: brutalités policières; arrestations de masse; enlèvement

- Le Guatemala: attaques armée; meurtre; pas de procès équitable

- Le Pakistan: exclusion de masse de travailleurs des lois du travail; arrestations; violences

- Le *Qatar: exclusion des migrants du droit du travail; travail forcé

- L'*Arabie Saoudite: exclusion des migrants du droit du travail; travail forcé

- Le Swaziland: interdiction de syndicats; violences policières; emprisonnements

- Les *Émirats Arabes Unis: exclusion des migrants du droit du travail; travail forcé.

2. Mais certains pays ont une tendance nette à voir les droits du travail se dégrader.

- Le Burundi voit les violences policières se multiplier

- La République Dominicaine voit ses immigrés haïtiens victimes de violences et les syndicalistes subir la répression anti-syndicale

- À *Hong-Kong, les travailleurs qui manifestaient dans le cadre de la révolution des parapluies ont été arrêtés [mais on ne voit pas le lien entre la révolution du parapluie et les conditions de travail]

- L'Iran a condamné au moins 65 travailleurs à des peines de prison lourdes avec des châtiments corporels

- En Géorgie, alors que le nouveau code du travail voté en 2013 accorde de nouveaux droits, les violations du droit se sont multipliées faute de contrôle

- En Russie, les syndicalistes font l'objet de répression pour leurs activités syndicales

- En *Grande-Bretagne, la mise en place de listes noirs de travailleurs syndiqués n'est pas encore adoptée mais les autorités ont un accès élargi aux listes de travailleurs syndiqués
[quel dommage que l'ITUC n'ait pas entendu parler des zero hour contract!]
- En *Espagne, 81 procès administratifs ou criminels menacent des travailleurs impliqués dans des grèves
En tous cas, il semble que, pour être épinglé par l'ITUC, le mieux, c'est encore de ne pas faire partie du bloc de l'OTAN ou de ses alliés! Que les travailleurs soient maltraités en Iran ou en Biélorussie, c'est bien possible, mais pourquoi oublier les saisonniers aux USA, les suicides du new managment à la française, l'absence de salaire minimum et le travail forcé en Allemagne, pourquoi oublier les conditions de travail en Turquie?

Le rapport détaillé est cependant d'une qualité indéniable.

19 mai 2015

L'industrie des hydrocarbures reçoit des subventions 10 millions de dollars ... par minute

Selon un rapport du FMI relayé par le Guardian (ici, en anglais), l'ensemble du secteur des hydrocarbures touche la somme de 10 millions de dollars par minute en subventions publiques de toutes sortes à l'échelle du monde.

Sur l'ensemble de l'année, cela représente tout de même 5,3 billions de dollars (5.300.000.000.000$, 5.300 milliards), un montant qui représente pas loin de trois fois le PIB de la France. Ces coûts sont assumés par les contribuables et induisent l'idée captieuse que ce type d'énergie est bon marché (par rapport aux énergies renouvelables, par exemple).

Les usines au charbon, premières pollueuses mondiales pour ce qui est du CO2, touchent la coquette somme de 2,3 billions de dollars (surtout en Chine mais aussi aux États-Unis et en Russie).

Les coûts résultant du changement climatique sont évalués à 1,27 billions de dollars par an alors que les aides directes aux consommateurs ne représentent que 6% du total des aides au secteur.

Le FMI rappelle que si ces subsides cessaient, cela épargnerait 1,6 millions de morts prématurées du fait de la pollution.

Nous rappelons que le secteur des hydrocarbures est intégralement entre les mains de propriétaires lucratifs qui entendent réaliser de la plus-value, de la rente par le truchement de leurs titres de propriété.

Nous rappelons que le secteur des hydrocarbures a appuyé et appuie nombre de dictatures sanglante, qu'il a financé ou fomenté des coups d'États sur plusieurs continent.

Nous rappelons que le secteur des hydrocarbures est régi par la seule logique de l'emploi et que, en conséquence, les externalisations sociale, environnementales et financières de son activité sont gigantesques.

Nous rappelons l'urgence de la transition énergétique. Nous rappelons que le secteur des hydrocarbures nie cette urgence, fait pression sur les pouvoirs publics pour ne pas tenir compte de cette urgence et finance des études pseudo-scientifiques pour la nier.

Nous rappelons que les subsides publics à un secteur en particulier (pétrole et charbon contre éolien et solaire, par exemple) fausse la concurrence et que c'est donc profondément ... antilibéral (ce qui ne nous empêche d'ailleurs pas de dormir).

17 mai 2015

La pêche au gros

Le Monde dénonce courageusement la surpêche chinoise dans les eaux africaines en relayant un rapport de Greenpeace Afrique (ici). Bravo. Les mauvais esprits auront à coeur de rappeler que les principaux pillards des ressources halieutiques africaines sont européens.

En tout état de cause, cette pêche industrielle se fait au détriment des capacités vivrières des pays touchés, elle condamne les pêcheurs au chômage (et, pire, à l'emploi). Les pêcheurs touchés par le manque de ressources ... doivent s'approvisionner sur les marchés, moyennant finance. Ce phénomène d'appropriation du vivant, de la propriété collective au détriment des intérêts communs est ce que nous appelons l'enclosure à la suite de Polanyi. Il s'agit de faire mourir de faim des populations privées de leurs ressources traditionnelles pour les employer dans les usines à un prix cassé.

Extrait de l'article.
Les compagnies chinoises sont nombreuses à se livrer à la surpêche en toute impunité au large de l’Afrique de l’Ouest. Le constat en soi n’est pas nouveau. Enquête après enquête, Greenpeace Afrique s’efforce d’en mesurer l’impact sur ces eaux longtemps considérées comme un eldorado aux richesses inépuisables. Précisons que les Chinois n’y sont pas seuls.
Après s’être penchée sur les pratiques des navires de l’Union européenne, puis des russes en 2010 et 2012, l’équipe de Greenpeace installée à Dakar consacre cette fois l’intégralité de son dernier rapport à la pêche chinoise. Le document rendu public le 6 mai s’intitule : « Razzia sur les côtes africaines : la face cachée de la pêche chinoise et des sociétés mixtes au Sénégal, en Guinée-Bissau et en Guinée ».
« En 2013, nous avons identifié 462 navires battant pavillon chinois ou appartenant à des propriétaires chinois opérant dans 13 pays du continent, dont 407 sur les côtes atlantiques, témoigne Ahmed Diamé, naturaliste et chargé de campagne « océan » pour l’ONG. Le problème, c’est que lorsqu’ils partent pêcher dans un pays voisin, certains changent de nom et de tonnage en même temps, comme s’ils rétrécissaient au passage. »

Triche sur les tonnages

En effet, la pêche illégale n’est pas seulement le fait de bateaux pirates qui s’approchent des zones côtières durant la nuit, tous feux éteints et sans nom apparent sur leur coque. Cette fois, il s’agit de tricher sur le volume des cargaisons, donc sur les quantités de poissons prélevées.
Ainsi, selon l’ONG, depuis près de trente ans, la plus grande entreprise de pêche lointaine de la Chine, la China National Fisheries Corporation (CNFC), sous-déclare régulièrement le tonnage brut de ses chalutiers. Greenpeace la soupçonne d’avoir, entre 2000 et 2014, sous-estimé de 43 % en moyenne par an ses capacités de stockage de poissons dans ses déclarations aux autorités sénégalaises.
Rien que pour 2014, cette fraude équivaudrait aux captures faites par « six grands navires de pêche industrielle ». Elle correspondrait à un manque à gagner d’environ 566 000 euros de licences de pêche non payées au Sénégal.
Au total, dans les trois pays pris en compte dans cette étude (Sénégal, Guinée-Bissau et Guinée), la CNFC faisait travailler 59 navires de pêche en 2014. Les militants estiment que pour cette seule année, les tonnages que cette société aurait délibérément revus à la baisse pour au moins 44 de ces bateaux équivaudraient à ajouter 22 gros chalutiers supplémentaires dans leurs eaux.

1 mai 2015

Comme à Chicago en 1886

À la veille du premier mai, José Ruiz Andrés mène l'enquête sur les mouvements ouvriers dans la fabrique du monde. Son reportage est accessible en espagnol ici dans Diagonal.

Extrait et traduction
Les préparatifs ont déjà commencé. Demain, on fête l'une des dates les plus importantes de la république populaire de Chine, le jour du travail, la fête du premier mai. Dans tous les édifices autour de la place Tienanmen, s'élèveront des drapeaux rouges et, face au portrait de Mao mis entre deux slogans "Longue vie à la République Populaire de Chine" et "Longue vie à l'unité des peuple du monde", on placera comme chaque année le portrait du docteur Sun Yat-Sen, fondateur du Parti National Populaire et premier président de la République de Chine; tout un appel à la réunification avec Taïwan.

Cependant, malgré toute la symbolique marxiste-léniniste, la question de la part de socialisme du système chinois qui reste dans le "socialisme de marché" est des plus pertinente: croissance du PIB mais répartition inégale de la richesse avec un coefficient de Ginni inférieur à la moyenne mondiale, entreprises chinoises d'État parmi les 100 entreprises qui font le plus de bénéfices du monde, pays placé en 78e position en terme de développement humain. Et, pendant ce temps, jour après jour, alors que se renforcent toutes ces variables macroéconomiques, la semaine dernière, nous avons trouvé l'information suivante dans le China Labor Bulletin:

"Une grève d'un mois chez un fabricant de sac de propriété japonaise dans la ville de Zhongshan située sur la rivière des Perles s'est illustrée par la violence policière, les arrestations, les intimidations et le rejet absolu de la direction de la négociation. La grève a éclaté mi mars. Les quelques 200 travailleurs de Cuiheng Co. étaient mécontents de la faiblesse des salaires et du refus de l'entreprise à payer la sécurité sociale et les contributions au fonds de bien-être, aux bonus de fin d'année et à d'autres avantages.

"Après une semaine de piquet sans réponse de l'administration, le 22 mars, les travailleurs se sont approchés de Chen Huihai, le directeur du centre de formation des travailleurs d'un des sièges sociaux au Guangzhou pour chercher de l'aide et des conseils. Chen et ses collègues ont aidé les travailleurs à organiser des élections pour désigner des représentants dans la négociation et à présenter une proposition de négociation collective au siège. La direction a refusé de négocier, elle a licencié les dirigeants ouvriers et a appelé la police. Plusieurs centaines de policiers antiémeute sont arrivés à l'usine et ont expulsé 26 travailleurs, parmi lesquels quatre ont été détenus plus de dix jours. Beaucoup d'autres travailleurs ont été blessés."
Cela pourrait être simplement une anecdote mais il s'agit de l'un des "incidents de masse" (c'est comme ça que le gouvernement les désigne) qui s'est produit ces derniers mois en Chine continentale. C'est que le pays vit la période de conflictualité sociale la plus intense de son histoire depuis la révolution culturelle. Parmi les 3.387 cas examinés en partant de la base de donnée de China Labour Bulletin - collectif non gouvernemental situé à Hong-Kong qui veut "monitorer", défendre et promouvoir les droits des travailleurs en République Populaire de Chine - souligne avec évidence la période 2014-2015, notamment le mois de janvier pendant lequel il y a eu 272 grèves enregistrées en ce seul mois. Au cours de ce début d'année 2015, il y a eu autant de grèves que pendant les années 2011 et 2012 ensemble.

Grèves et assemblées

Qui fait grève? Elles concernent à 78% le secteur secondaires - usines, chantiers navals, construction, mines et transport - alors que 13% touchent le secteur des services. Les scènes de lutte principales sont l'usine, le chantier, la mine et, éventuellement, la voie publique, et, logiquement, les provinces dans lesquelles on enregistre le plus grand nombre de conflits sont celles qui sont le plus industrialisées et, paradoxalement, celles qui ont le PIB le plus élevé: Guandong, Jiangsu, Shangdong et les municipalités de Beijing, Shanghai et Chongqing. Les protagonistes des grèves sont bien sûr les ouvriers - réalité qui peut sembler exotique dans nos pays désindustrialisés - mais aussi les anciens employés d'usines d'état qui ont perdu leur travail fixe lors de la privatisation des années 90, ou encore ce qu'on appelle la "seconde génération d'immigrants ruraux" - enfants des immigrants ruraux, des nonmingong. Ce sont de jeunes travailleurs qui sont nés et ont grandi dans les villes industrielles dans le sud-est chinois. Ils ne se considèrent pas eux-mêmes comme ruraux mais comme aussi urbains que ceux qui jouissent d'une carte de résident urbain.
Les grèves s'organisent par des assemblées ponctuelles et autonomes - et, de ce fait, illégales - qui se mettent d'accord sur une stratégie pour faire aboutir un mouvement. Ces assemblées élisent une série de porte-parole pour négocier avec la direction d'entreprise. Leur organisation est aussi horizontale que celle des premières expériences syndicales en Europe, mais, par contre, leurs objectifs ne sont pas radicaux [?] dans l'absolu: 33% des mouvements ont réclamé des compensations face à des abus patronaux; 21% de ces mouvements ont protesté contre des impayés de salaire; 20% voulaient obtenir des augmentations de salaires et le reste exigeait la sécurité sociale, l'amélioration des conditions de travail ou l'abrogation des heures supplémentaires. Il s'agit d'un mouvement radicalement réformiste, conséquence inévitable de la faillite d'un système syndical.

Les méthodes de lutte sont classiques, depuis les occupations d'usines et les pétitions directes adressées aux autorités jusqu'aux piquets, aux blocages de la production d'usine, aux manifestations, aux blocages de voies ferroviaires ou de l'espace aérien - bien que moins répandus, autour de 5% des cas étudiés - à l'occupation d'édifices gouvernementaux ou à l'affrontement directe avec la police ou avec des membres de l'encadrement de l'usine, l'assaut ou la destruction de biens et d'équipements d'usine, en passant par les sit-in et les arrêts de travail. Les nouvelles technologies sont utilisées et jouent un rôle central dans les méthodes d'appel et d'organisation, notamment l'utilisation de la plateforme QQ.

D'habitude, le gouvernement reste aux marges de ces conflits. Il n'intervient pas tant qu'il n'y a pas de trouble à l'ordre publique, bien qu'il est certain qu'il intervienne de plus en plus. Il est beaucoup plus confortable de se situer comme arbitre du conflit plutôt que comme partisan du patronat qui utilise la violence pour réprimer les mouvements aux yeux de l'opinion publique intérieure et internationale. Cependant, depuis 2013, les autorités chinoises sont intervenues et procédé à des arrestations dans 20% des mouvements.

Un moment historique

En comprenant qu'il s'agit d'un moment historique dans lequel l'action collective se manifeste en obtenant des succès en faveur des travailleurs, probablement le meilleur moment du mouvement ouvrier depuis 50 ans en Chine, il vient alors une question: pourquoi les grands moyens de communication privilégient d'autres formes de lutte? Peut-être s'agit-il d'un problème de revendication, ou peut-être sommes-nous face à un phénomène de phobie médiatique du pauvre? Face à la classe ouvrière chinoise, on préfère rendre visible les luttes des dissidents avec un profile beaucoup plus anglophile tels Ai Weiwei ou Liu Xiaobo, à moins que l'on n'aille chercher des reflets de Tienanmen à Hong-Kong, chez des protagonistes jeunes, étudiants, universitaire de classe moyenne dont le but est de conquérir la liberté - dans des concepts amples et peu spécifiques mais qui impliquent généralement l'équivalence au modèle états-uniens - à travers une lutte pacifique, créative et hautement photogénique.

Nous sommes aujourd'hui peut-être au moment clef de ce mouvement qui pourra difficilement avancer sans une optique de transformation [mais ne risque-t-il pas alors aussi de devenir creux et photogénique?].

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La délocalisation est un phénomène qui se produit aujourd'hui en Chine, non comme pays récipiendaire mais, au contraire : les entreprises préfèrent s'en aller dans des pays avec moins de régulation tels que le Vietnam, la Malaisie ou l'Indonésie, ou dans les provinces centrales de Chine.

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26 mars 2015

Renouveau du mouvement ouvrier en Chine

Dans une série de deux articles, Terrain de Lutte traduit Tim Pringle qui fait le point sur le mouvement ouvrier en Chine actuellement (ici, en français pour la première partie et ici pour la seconde).

Ces luttes sont d'une importance cruciale pour tous les producteurs du monde puisque, au nom de la compétitivité, les salaires (et notamment les salaires socialisés) sont alignés sur les salaires les plus bas.

Extraits des articles (nous avons rajouté les intertitres)
Revitalisées par l’apparition de pénuries de main-d’œuvre en 2003, les forces ouvrières chinoises semblent avoir subi une profonde transformation. Durant l’été 2002, les importants mouvements de protestation de travailleurs de l’industrie pétrolière licenciés qui se sont déroulées dans le nord-est du pays ont pris fin. Je considère que la défaite de l’occupation d’Iron Man Square, à Daqing, qui dura 3 semaines, marque la fin de la classe ouvrière traditionnelle basée sur le danwei en tant que force motrice distincte. Ce moment-là s’oppose à un contre-mouvement polanyien qui a émergé depuis dans le secteur privé. Un an après la défaite de Daqing, les forces des ouvriers migrants de l’intérieur ont fini par se faire entendre.
Près de 10 ans plus tard, ce tout jeune mouvement est en train d’avoir un impact profond sur le mouvement ouvrier international. Même si la liberté d’association et la négociation collective effective ne sont toujours pas officiellement reconnues, le tableau de travailleurs-euses chinois-es impuissant-e-s face à un gouvernement autoritaire et au capital prédateur est en passe d’être remplacé par la croyance de plus en plus répandue chez les travailleurs-euses, les militant-e-s et les universitaires en la capacité de la classe ouvrière chinoise à contraindre les forces du capital mondialisé.
Les récentes victoires du mouvement ouvrier chinois ont réussi à ralentir le processus d’informalisation et à améliorer le cadre juridique qui gouverne la vie des travailleurs-euses. Bien sûr, la politique syndicale reste prisonnière de ses contradictions, comme l’illustre la relation entre la réforme institutionnelle et les formes de mobilisation ouvrières. D’une part, les tentatives de la Fédération des syndicats de toute la Chine (All-China Federation of Trade Unions, ACFTU), sous contrôle du Parti communiste, d’améliorer ses performances en matière de représentation syndicale ont été encouragées par le Parti, qui cherche à promouvoir sa vision d’harmonie sociale. Les occasions d’opérer des changements institutionnels pragmatiques à l’échelle locale ont été renforcées par la décision que prit l’ACFTU en 2003 de reconnaître les travailleurs-euses migrant-e-s comme appartenant à la classe ouvrière, ainsi que par l’arrivée la même année à la tête du Parti et au pouvoir de Hu Jintao et Wen Jiabao, dirigeants à la fibre plus « sociale ». Pour autant, les contraintes politiques qui ralentissent les réformes syndicales demeurent très fortes – par souci d’assurer la stabilité sociale.

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Historique: mondialisation et licenciement

Avec l’émergence d’un cadre réglementaire basique encadrant les relations professionnelles capitalistes fondé sur le travail individuel et non plus collectif, la prudence des dirigeants politiques s’évapora. Le « voyage du sud » de Deng Xiaoping de 1992 prépara la ratification par le 14e congrès du Parti de la formule « économie socialiste de marché », inventée par Deng, et 5 ans plus tard, en 1997, le droit des habitants des villes à un emploi formellement garanti fut abandonné lorsque le 15e congrès du Parti annonça qu’il était désormais possible à des petites et moyennes entreprises de fermer, de fusionner ou d’effectuer une restructuration (zhua da fang xiao). Tandis que la privatisation en tant que moyen de restructuration demeurait un sujet tabou, c’est ce qui s’est passé dans les faits : entre 1998 et 2001, plus de 25,5 millions de travailleurs-euses furent licencié-e-s (State Council Information Office, 2002).
Ces chiffres sont effarants : 25,5 millions travailleurs licenciés en 3 ans ! Comment le Parti communiste chinois a-t-il réussi à réduire en miettes le soi-disant contrat social entre le parti et la classe ouvrière (Warner and Zhu, 2000, 23) ? Comment a-t-il réussi à contenir dans le temps les conséquences sociales et politiques du démantèlement du « bol de riz en acier » et, pour un temps du moins, à freiner l’émergence d’un mouvement ouvrier ?

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Les migrants ruraux
 
Depuis les années 1980 la stratégie de réforme chinoise a ouvert de nouveaux sites d’accumulation du capital qui constituent son cœur économique, transférant ses ressources dans la création d’un gigantesque secteur industriel orienté vers l’exportation et directement intégré aux marchés de consommation des pays développés. Pour la plupart des gens à travers le monde, il s’agit de la Chine qu’ils connaissent le mieux et dont la presse parle, le « Made in China » et l’économie basée sur les exportations. Dans les provinces méridionales de Guangdong et Fujian, le secteur d’exportation fut alimenté par des capitaux étrangers et de la diaspora chinoise. Au départ, cela passa par l’établissement de coentreprises avec des SOE, et par la suite avec des unités à capitaux privés. La propriété des entreprises se diversifia lorsque les communes rurales de l’époque maoïste furent transformées en « entreprises de bourg et de villages » gérées par des gouvernements locaux entrepreneuriaux (Wu, 2010, 624) pour finalement être totalement privatisées. A partir de 2006, sous la direction du président Hu et du premier ministre Wen, l’État essaya de rééquilibrer l’économie, en mettant redistribution des richesses et création d’emplois sur le même plan et en étendant le développement économique des centrales électriques littorales aux territoires intérieurs.
En Chine, le secteur privé emploie un nombre très élevé de migrants ruraux, qui constituent le plus important phénomène d’exode rural pour raisons économiques de l’histoire de l’humanité. Dans les premières années de la période de réforme et d’« ouverture », les travailleurs migrants devaient se frayer un chemin dans les arcanes de l’administration, négocier de guichet en guichet pour obtenir l’autorisation formelle de travailler dans les bourgs et les villes. En toile de fond de ces négociations se trouve le système administratif de permis de résidence connu en chinois sous le nom de hukou zhidu ou juste hukou, qui fait le lien entre accès aux services publics tels que l’éducation ou les soins, et lieu de naissance. Avec l’expansion du secteur privé et les besoins en main-d’œuvre toujours croissants du capital, les règles du hukou ont été progressivement assouplies pour maintenir de bas salaires et permettre à la Chine de conserver un avantage compétitif sur les pays développés (Pringle et Clarke, 2011, 62).
La combinaison d’un mode de gouvernement autoritaire, des restrictions du hukou et de lieux de travail non-syndiqués mal régulés a produit des résultats bien connus et tout à fait prévisibles. Au milieu des années 1990, les travailleurs-euses commencèrent à recourir aux tout nouveaux processus de résolution des conflits du travail tels que l’arbitrage extérieur ou les tribunaux. Mais comme la loi nationale sur le travail, le système était fondé sur des bases individuelles, ce qui isolait les travailleurs les uns des autres. La résistance collective à l’exploitation et aux mauvais traitements, coïncidant avec le développement économique rapide des industries d’exportation, se limita ainsi essentiellement à des sit-in devant les agences de travail locales, dont l’objectif était faire pression sur les élus pour qu’ils forcent les capitalistes à respecter le droit du travail. Cependant, l’accent mis sur la croissance économique par l’emploi, la décentralisation des régimes d’investissement ainsi que les phénomènes de corruption entre élus et investisseurs ne laissaient quasiment aucune chance à des migrants de première génération dont la connaissance du fonctionnement des usines et du code du travail censé s’y appliquer était très faible.

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Facteurs d'émergence du mouvement social
Un certain nombre de facteurs importants doivent être pris en compte.
1. Pénurie de main-d’œuvre
Premièrement, contrairement au cliché selon lequel la Chine bénéficierait d’une réserve infinie de main-d’œuvre rurale bon marché, des pénuries de main-d’œuvre sont survenues après le nouvel an chinois de 2003 et continuent depuis. Initialement cantonnées aux travailleurs qualifiés et expérimentés dont on avait besoin dans les provinces littorales, les pénuries se sont étendues à d’autres régions du pays. Par ailleurs, les politiques publiques de rééquilibrage ont étendu les pénuries aux travailleurs non-qualifiés. L’amélioration des conditions de vie des agriculteurs – en particulier la réduction des fardeaux fiscaux – a légèrement réduit le flux de migrants vers la côte ; l’urbanisation a créé des opportunités d’emploi dans des villes moins lointaines ; et les effets de la politique de contrôle des naissances ont diminué le nombre de jeunes capables de supporter le stress lié au travail dans une chaîne logistique désormais mondiale. Pour la première fois depuis le début des réformes, les rapports de force ont évolué au détriment du capital et à l’avantage du travail.
2. Organisation des enfants des migrants
Deuxièmement, les travailleurs ont rapidement pris acte de ces transformations. Grâce à l’apparition de failles structurelles dans le modèle de développement chinois, des migrants de deuxième et troisième générations ont réussi à constituer un espace juridique et politique pour s’organiser et défendre leurs intérêts collectifs (Pringle 2011 ; Pringle et Clarke 2011 ; C. Chan 2012). Les tactiques d’action collective sont passées des manifestations éphémères devant les bureaux de l’administration à la confrontation directe par des débrayages, des piquets de grève et des barrages routiers. En l’absence de syndicats représentatifs et de mécanismes de négociation collective, une sorte de négociation collective par l’émeute a remis en cause le régime basé sur les bas salaires et même forcé les employeurs à faire des concessions dans certains secteurs. Bien que la vague de suicides à Foxconn au printemps 2010 l’ait quelque peu éclipsée, l’extraordinaire grève des étudiants stagiaires envoyés par leur école dans les usines de montage automobile de Honda à Foshan, qui a duré 17 jours, est à ce jour l’aboutissement le plus prometteur de cette nouvelle situation sociale. Les grévistes allèrent au-delà des rassemblements proches de l’émeute qui avaient parfois touché des grèves de masses antérieures, pour organiser des piquets de grève pacifiques et efficaces. Les grévistes élurent des représentants pour négocier avec la direction, demandèrent l’aide d’un spécialiste du droit du travail, et obtinrent une augmentation salariale de 24%. La grève essaima à travers tout le pays, forçant les gouvernements locaux à augmenter le salaire minimum mensuel jusqu’à 40% et les employeurs dans la plupart des secteurs à augmenter les salaires.
3. Rôle de l'État autoritaire et pacificateur
Le troisième facteur est la réaction de ce que j’appelle l’État « fonctionnel autoritaire », façonné par des stratégies de survie du régime qui sont complexes et parfois contradictoires. En 2008, l’État, tout à fait conscient du développement de luttes syndicales collectives, introduisit trois textes de loi destinés à pacifier la protestation. Le texte clé était la loi sur les contrats de travail (Labor Contract Law). Son processus de rédaction fut l’objet d’une consultation publique sans précédent qui facilita la démonstration de force habituelle des agents du capital, emmenée par les effrayantes menaces de fuite des capitaux proférées par la Chambre du commerce américaine. D’un autre côté, des ONG et même certaines organisations syndicales internationales parvinrent à soumettre des commentaires formels qui, dans une certaine mesure, soutinrent la participation de l’ACFTU au processus de rédaction et, par exemple, renforcèrent l’idée de contrats collectifs. Même si le résultat fut un inévitable compromis, la Loi sur les contrats de travail représente toutefois l’objectif de l’État fonctionnel autoritaire de « lutter contre l’informalisation » (Callagher et al, 2011, 9). Elle fut accompagnée de deux autres textes de loi. La Loi sur la médiation et l’arbitrage des conflits professionnels facilite (légèrement) le recours juridique des travailleurs contre leurs employeurs et vise à orienter les conflits vers des voies juridiques. La Loi de protection de l’emploi limite (légèrement) les pratiques patronales de discrimination à l’embauche. En retour, les employeurs se sont davantage tournés vers les étudiants stagiaires et les travailleurs intérimaires pour contourner un cadre juridique légèrement plus favorable aux employés.
4. Vers un syndicalisme de marché
Le quatrième et dernier facteur qui a influencé l’émergence d’un mouvement des ouvriers en Chine – on ne peut peut-être pas encore parler de mouvement ouvrier – est la réaction de l’ACFTU et sa transition partielle d’une bureaucratie syndicale fonctionnant dans une économie planifiée à un syndicat s’adaptant aux évolutions du marché. Je pense qu’en interrogeant le défi de la transition, on ne doit pas se limiter à l’étendue et au rythme des réformes – qui est laborieusement lent – mais qu’on se doit de reconnaître le moteur des réformes : la lutte des classes.

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Mes recherches suggèrent que les initiatives de syndicalistes ACFTU répondant à la lutte des classes au niveau local peuvent produire des résultats durables capables de toucher un plus grand nombre de travailleurs. Ainsi, le Centre pour les droits des travailleurs de Yiwu, dans la province du Zhejiang, est parvenu à vaincre l’opposition des employeurs et des administrations locales à l’établissement du premier Centre pour les droits des travailleurs géré par un syndicat. La fédération des syndicats de Yiwu a dépassé la division du travail traditionnellement rigide entre différentes agences d’État en intégrant le travail sur les droits syndicaux aux départements et institutions tels que le département local de la justice, des organisations médiatiques, et le Congrès national populaire. Le président de la fédération de Yiwu, Chen Youde, a qualifié cette approche de « socialisation (shehuihua) » du travail syndical et a souligné que les consultants juridiques du Centre étaient embauchés « en dehors du syndicat… et n’étaient pas des fonctionnaires » (Pringle 2011, 149-157). Dans le contexte de la croissance des ONG de défense des droits des travailleurs en Chine, l’intérêt du Centre de Yiwu est qu’il constitue la traduction institutionnelle d’une réponse aux luttes ouvrières basée sur les droits des travailleurs. Il est peu probable qu’il s’étende à une échelle nationale dans les années à venir, mais le modèle fera des émules, sera repris, et, espérons-le, amélioré dans d’autres régions du pays.

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Les conditions pour un mouvement social en Chine sont réunies
Si la lutte des classes peut aboutir à de tels résultats, la poursuite de la lutte peut impulser davantage d’expériences rompant avec les pratiques syndicales traditionnelles. L’accord collectif négocié pendant la grève Honda à Foshan par les représentants élus des travailleurs, accord d’une importance historique, est un bon exemple. Rien n’est acquis, évidemment – et un retour de bâton de l’État et du capital n’est pas exclu –, mais je considère que la trajectoire économique de la Chine est en train de produire des conditions dans lesquelles un mouvement ouvrier d’envergure nationale capable de remettre en cause les injustices de la mondialisation capitaliste peut potentiellement émerger. On peut même faire l’hypothèse que ce moment est déjà arrivé.

10 mars 2015

La délocalisation au nom de l'emploi

Francis Journot nous explique un projet employiste délirant dans l'Indre en dans la Moselle. Il s'agit de favoriser le dumping social et fiscal des entreprises chinoises en leur donnant un accès "made in France" aux marchés européens (voir l'article ici).

Extraits
Bientôt, plusieurs milliers d’entreprises chinoises et à terme plus de 20 000, pourraient s’installer en Indre et en Moselle. Des plateformes commerciales et logistiques de transport et stockage, leur permettraient d’acheminer dans l’Europe entière mais aussi d’exporter dans le monde entier, la production importée d’Asie ou assemblée en France et indûment estampillée « made in France ». Mais le coût final pour le contribuable français pourrait se chiffrer en dizaines de milliards d’euros et des millions d’emplois européens pourraient à terme, être menacés. Les contours d’un scandale financier et d’une catastrophe économique semblent se dessiner.

(...)

Les effets sur l’emploi dans de nombreux pays d’Europe, pourraient s’avérer désastreux et l’industrie européenne pourrait connaitre une nouvelle hécatombe. Parmi les 20 000 ou 22 000 sociétés qui devraient s’installer, certaines ne comptent que quelques milliers d’employés en Chine mais d’autres en comptent plusieurs dizaines de milliers. Ainsi, le nombre cumulé du personnel de ces entreprises pourrait représenter en Asie, plusieurs millions d’emplois.
Alors nul ne doute que les exigences de croissance de ces entreprises nécessiteraient une politique commerciale agressive fondée sur le dumping et à laquelle les entreprises industrielles européennes ne pourraient guère résister. HUAWEI, géant des technologies de l’information et de la communication qui devrait s’installer bientôt à Châteauroux, emploie 150 000 personnes et réalise 30 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel mais l’Union Européenne l’accuse de dumping de ses produits sur le marché européen et reproche au gouvernement chinois de lui avoir versé des aides illégales.
Par ailleurs, ce groupe né en 1988 au sein de l’armée populaire de libération chinoise a dépensé l’an dernier 3 millions d’euros en lobbying à Bruxelles pour notamment, tenter de faire oublier les accusations d’espionnage qui pèsent sur lui. Le 29 septembre 2014, lors d’un entretien avec Manuel Valls, les promesses d’investissement et de création d’emplois de son fondateur Ren Zhengfei, ont semble t-il, convaincu le Premier ministre, de soutenir l’implantation du géant des télécom.
Mais le gouvernement peut-il ignorer les recommandations du rapport du sénateur Jean Marie Bockel, et décider de faciliter l’implantation d’un groupe suspecté d’espionnage et déjà jugé indésirable par l’UE, les États-Unis et l’Australie.
Des élus locaux, nationaux et membres du gouvernement ont-ils vocation, sans une consultation préalable de l’ensemble des partenaires européens, à décider de l’avenir de l’industrie manufacturière européenne au moment où certains pays comptent 40 % ou 50 % de jeunes chômeurs. Bon nombre de pays membres de l’UE bâtissent une grande part de leur développement avec une industrie manufacturière pouvant représenter jusqu’à 35 % de l’emploi pour certains d’entre-eux. Les pays de l’UE seraient parfaitement fondés à s’opposer à des projets qui modifieraient leurs orientations économiques, feraient bondir leur chômage et lamineraient ce qu’il reste de l’industrie européenne.
Nous rappelons que nous opposons le salaire à la qualification individuelle à l'emploi. Ce salaire permet d'enlever du champ de la concurrence mortelle pour la qualité et la nature de la production les salaires et les conditions de travail. Le salaire à la qualification individuelle permet d'éradiquer la possibilité même de dumping social et fiscal et ce aussi bien pour les producteurs chinois que français.

22 févr. 2015

Bad apple (pomme pourrie)

Appel recourt aux sous-traitants qu'il met en concurrence. Le modèle productif de la marque à la pomme est simple: des sous-traitants sous pression - et, de ce fait, des salaires misérables et des heures supplémentaires systématiques - des prix élevés du fait de la réputation de la marque, des produits qui se dégradent rapidement pour forcer les consommateurs à remplacer leur bidule par un autre bidule.

Pierric Marissal dans l'Humanité revient sur les conditions de travail chez les sous-traitants d'Appel dans un article en ligne ici (en français).

Extrait
La nouvelle ère Tim Cook est celle de l’optimisation des revenus et de la pression, toujours plus forte, sur les sous-traitants. Pour conserver ce précieux client, ceux-ci, Foxconn et Pegatron, écrasent leurs 1,5 millions d’ouvriers : salaires minimums, heures supplémentaires forcées, complémentaires santé non-payées…
Pour Apple Pegatron est actuellement 8 % moins cher que Foxconn. Ce dernier, suite aux nombreux scandales comme les suicides d’employés ou les accidents du travail dramatiques (lire : Apple : derrière la com’, les suicides), qui ont été portés par la presse, a du améliorer les conditions de travail et les salaires de ses ouvriers.
Dans un rapport récent, l’ONG China Labor Watch montre bien que c’est l’attention des médias qui a permis ce mieux, et non les promesses non tenues qu’Apple a faites aux autorités chinoises.
Un adolescent de 15 ans est mort il y a un peu plus d'un an sur les chaînes de production de l'iPhone 5, mais la couverture médiatique n'a pas suffit à faire peur à Apple.

19 févr. 2015

Des mouvements ouvriers en Chine

Terrains de Luttes enquête sur les mouvements ouvriers en Chine. Loin d'être marginaux, ils s'éveillent et se découvrent comme force politique.

Extrait de l'article en ligne ici.
En Chine, ces dernières années, les grèves n’ont cessé d’augmenter en nombre et en radicalité. Alors qu’ils s’étaient longtemps contentés de demander à leurs employeurs l’application du salaire minimum, les travailleurs réclament désormais un partage plus juste des profits au sein de l’entreprise ainsi que la garantie de droits sociaux. Ils remettent clairement en cause l’arbitraire patronal et syndical et demandent parfois une refonte des syndicats.

L’augmentation et la radicalisation des conflits s’expliquent tout d’abord par le hiatus entre le progrès de la législation du travail et l’incapacité des mécanismes institutionnels à réguler les relations professionnelles. En cas de conflit, la loi contraint les travailleurs à passer d’abord par un processus de médiation, puis par un comité d’arbitrage et enfin, en cas d’échec, par les tribunaux. L’explosion, ces dernières années, des recours à ces canaux institutionnalisés de résolution des conflits est cependant trompeuse car ces dispositifs ne répondent que très imparfaitement aux attentes des travailleurs lésés : d’une part, ils sont prévus pour recevoir des plaintes individuelles et non collectives, d’autre part, ils sont notoirement inefficaces.
Ensuite, les attentes et des demandes des travailleurs migrants ont évolué. Les travailleurs de la nouvelle génération, nés dans les années 1980 et 1990, qui représentent déjà plus des deux tiers de la population migrante, sont mieux éduqués et plus qualifiés et n’ont pour la plupart jamais cultivé la terre. Certains ont grandi en ville, d’autres ont émigré avec le désir de profiter de la « vie moderne », de s’épanouir professionnellement et de fonder une famille en zone urbaine. Ils se distinguent en cela de leurs aînés qui se considéraient avant tout comme des paysans occupant un emploi temporaire en ville. La nouvelle génération a subjectivement perdu tout lien avec la campagne et ressent « un sentiment plus profond de colère et d’insatisfaction que la première génération ».
Il existe donc à l’heure actuelle une contradiction fondamentale entre les intérêts de travailleurs qui, se plaçant dans la perspective d’une intégration en ville, réclament des salaires au-delà des minima légaux ainsi que l’application des droits sociaux prévus par la loi et les intérêts d’employeurs qui luttent pour maintenir leur compétitivité dans un contexte d’augmentation du coût de la main-d’œuvre depuis 2010 et de reprise difficile de l’activité économique depuis la crise financière de 2008. Sur les 30 conflits constituant notre échantillon, 18 concernent des mises à pied, des situations de sous-emplois et de congés forcés non payés (par exemple lorsque l’entreprise ne reçoit plus suffisamment de commandes), des fermetures et des délocalisations d’usines ; 12 concernent le non-respect de la législation par l’employeur (absence de cotisation à la sécurité sociale ou au fonds d’aide au logement, usage illégal du système d’intérim (laowu paiqian), non-paiement ou le sous-paiement des heures supplémentaires, baisses ou retenues de salaires). […]
chine-greve
Pour parer à l’augmentation et à l’évolution des conflits, l’idée d’une participation accrue des ouvriers n’a cessé de progresser ces dernières années. Apparaissant comme une nouvelle tactique de gestion de l’instabilité sociale, elle est également portée par l’évolution de la politique économique de la Chine qui, depuis que la crise financière mondiale a entraîné une baisse des exportations, cherche à développer son marché intérieur en augmentant les salaires. Depuis 2010, certaines provinces, notamment le Guangdong, ont ainsi promu au sein des usines la tenue d’élections syndicales qui ont permis aux ouvriers d’élire leurs propres représentants. Cependant, les présidents des syndicats restent nommés par la direction, et ces élections visent avant tout à renforcer la voix des ouvriers dans les syndicats officiels et non à en promouvoir l’autonomisation. Certes, des « négociations collectives » supervisées et menées sous la férule de l’État et du Parti ont été expérimentées à Honda Nanhai et dans la branche de la restauration à Wuhan, mais en dehors du fait qu’elles ne sont pas autonomes, ces expériences sont encore très isolées.

26 janv. 2015

Le bois qui saigne

À cause du très employiste pouvoir de l'argent et de la misère, de l'aiguillon de la nécessité, les splendides forêts de Madagascar se font dévorer. L'équation est classique: les populations locales crèvent de faim à cause de l'accaparement des terres et des ressources, divers pays hébergent des maffias de trafiquants qui se servent au passage et la bourgeoisie d'un pays (nouveau) riche cherche les derniers gadgets à la mode pour combler ses angoisses dans la consommation.

Extrait du très bel article de Laurence Caramel dans le Monde (ici, en français)
Le bois de rose, outre l’étrange couleur et la senteur florale qui lui donnent son nom, possède une texture d’une pureté et d’une densité qui en font l’un des bois précieux et les plus convoités par la Chine, où les rêves des nouveaux riches n’ont pas de prix. À Shanghaï ou à Pékin, débourser quelques centaines de milliers de dollars pour dormir dans la réplique d’un lit des empereurs Ming ou Qing n’a rien d’incongru. C’est même devenu depuis quelques années une fantaisie très prisée.
À ce tarif, à Madagascar comme en Chine, les volontaires ne manquent pas pour piller les forêts classées au patrimoine mondial de l’Unesco et acheminer les rondins par containers entiers jusqu’aux portes de la deuxième économie mondiale, en empruntant les circuits bien huilés de la corruption.
Des ruelles misérables d’Antanandavehely à la prospère Xianyou, une ville nouvelle d’un million d’habitants de la province méridionale de Fujian, nous avons suivi l’une de ces routes dont les escales passent par l’île de Zanzibar (Tanzanie), le port de Mombasa au Kenya et Hongkong. Il en existe d’autres mais celle-ci est probablement l’une des plus importantes de ce réseau de destruction organisée, dont les ramifications plongent dans les plus hautes sphères de l’administration et du pouvoir politique malgache. À Madagascar, personne n’ignore l’existence de la « bolabolacratie » : elle désigne cette caste de trafiquants du bolabola – le bois de rose en malgache – qui possède le pouvoir et l’argent. Ex-ministres, députés, hauts fonctionnaires, entrepreneurs… Ils sont souvent issus de vieilles familles chinoises installées au XXe siècle pour la construction du chemin de fer. Le nom de la plupart d’entre eux est connu. Les journalistes, au risque d’être emprisonnés comme deux d’entre eux en ont fait l’expérience en juillet 2014, dénoncent leurs méfaits depuis plusieurs années. Mais aucun baron n’a jamais été inquiété.

21 déc. 2014

Joyeux Noël

Le Guardian (ici, en anglais) est parti enquêter sur un village de noël, sur le village qui fait les accessoires de noël. C'est en Chine mais le rêve de noël tient du cauchemar.

Résumé et traduction


Wei gets through at least 10 face masks each day, trying not to breathe in the cloud of red dust.



Photograph: Imaginechina/Rex
À des milliers de kilomètres du pôle nord, l'atelier du père noël se trouve à Yiwu, à trois cents kilomètres au sud de Shanghai. À Yiwu, on compte six cents usine qui manufacturent plus de 60% des décorations de noël au niveau mondial. Les fabricants ne sont pas des elfes mais des ouvriers, des immigrés de l'intérieur qui travaillent 12 heures par jours pour 300 à 400 € par mois. Il semble qu'ils ne sachent pas exactement ce qu'est noël.

Ils travaillent dans la poussière - tel cet ouvrier qui change de masque anti-poussière dix fois par jour.

Le complexe industriel a été déclaré "le plus grand marché de détail au monde". L'échelle de l'opération nécessite une espèce de plan d'urbanisme avec son festival du commerce organisé dans cinq districts différents. Le district deux est celui de noël.

Il y a des corridors clinquants avec des rues lancinantes, des jeux de lumières LED, des stocks de toutes les couleurs, des arbres de noël en plastique en bleu et jaune, des pins de plastiques en argent et or, en rose fluorescent.

Mais la gloire du marché est peu à peu éclipsée par internet. Sur le site Alibaba, on peut commander 1,4 millions de décorations de noël différentes alors que le marché de Yiwu n'en propose que 400.000.
 


A Christmas corridor in District Two of Yiwu International Trade Market.



Photograph: Dan Williams/Unknown Fields
 Au plus fort de la dépression, le marché de Yiwu a prospéré alors que les gens cherchaient des décorations de noël à prix cassé. Mais le père noël et saint Nicolas arrivent en Chine. Saint Nicolas est aujourd'hui mieux connu dans l'Empire du Milieu que Jésus.

Les représentants de commerce du marché de Yiwu semblent des plus heureux avec leur condamnation à vie à vivre la saison de noël. Il est peu probable que les producteurs à l'autre extrémité de la chaîne, ceux qui sont consignés aux flocons de neige dans des ateliers envahis de rouge pour que nous puissions acheter des décorations à un euro éprouvent le même sentiment.