Affichage des articles dont le libellé est France. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est France. Afficher tous les articles

14 déc. 2017

Guerre au salaire: photo finish

Bastamag fait l'inventaire des mesures anti-salariales de cette dernière décennie en Europe. Inventaire incomplet mais déjà vertigineux.

Extrait de l'article (en ligne ici, très intéressant, pour aller plus loin, voir ce site - en anglais, dispo aussi en français)

L’Allemagne, la Grèce, l’Italie, la Roumanie, ou encore l’Espagne... Et maintenant la France. Ces dix dernières années, la plupart des pays de l’Union européenne ont subi de profondes réformes du droit du travail. Officiellement, au nom de la lutte contre le chômage. Mais les études réalisées depuis, y compris par les institutions les plus libérales, sont unanimes : leur impact sur l’emploi a été minime. En revanche, ces politiques se sont traduites par une explosion de la précarité et une baisse des rémunérations pour les salariés. Basta !, en collaboration avec les journalistes d’Investigate Europe, vous propose une enquête grand format sur le hold-up des « réformes structurelles ».

En Allemagne:

Pourtant, le mythe du miracle allemand de l’emploi est trompeur. Certes, le nombre de personnes actives a augmenté de plus de 10 % entre 2003 et fin 2016, passant de 39 à 43 millions. Mais ce résultat n’a été atteint que par le remplacement d’emplois à temps plein par des temps partiels et des mini jobs. En réalité, le nombre d’heures travaillées n’a pas du tout augmenté jusqu’en 2010 ; le travail a seulement été réparti entre davantage de personnes. En outre, depuis 2011, le nombre d’heures travaillées a augmenté beaucoup plus lentement que l’emploi, et reste en deçà du niveau du début des années 90.
Résultat : en 2016, 4,8 millions de personnes en Allemagne vivaient exclusivement de « mini jobs ». Et 1,5 million de personnes supplémentaires occupent des emplois à temps partiel imposé. Sans oublier environ un million d’employés temporaires ou intérimaires, et plus de deux millions de personnes auto-employées, dont la plupart n’a pas assez de travail.
En Pologne:

Mais c’est peut-être en Pologne que la sécurité de l’emploi a été la plus durement frappée. Pour rendre le pays encore plus attractif vis-à-vis des investisseurs internationaux après son entrée dans l’UE, le gouvernement de Varsovie a apporté en 2004 sa propre innovation dans le secteur des contrats précaires : tous les salariés seraient désormais employés à durée déterminée, et pourraient être renvoyés à tout moment sans avoir à fournir de justification particulière.
En parallèle, le gouvernement polonais a favorisé une expansion massive des contrats limités à des projets particuliers, en dehors du droit du travail. Les personnes concernées se voient refuser toute assurance maladie et toute protection sociale. Elles ne bénéficient pas non plus du salaire minimum. Des multinationales aux PME, de nombreux employeurs se sont rués sur l’aubaine. De sorte qu’aujourd’hui, plus d’un tiers des actifs polonais travaille sans sécurité ou pour des salaires de misère, davantage que dans tout autre pays de l’Union européenne. La législation polonaise sur le travail constitue un « retour au 19ème siècle », s’indigne Adam Rogalezski, secrétaire pour l’Europe de la confédération syndicale polonaise OPZZ.

La Grèce:

C’est ainsi qu’en octobre 2011, par exemple, Pierre Deleplanque, patron du producteur de ciment Heracles, lui-même filiale du leader mondial des matériaux de construction Lafarge, a pu transmettre directement ses exigences au chef de la délégation du FMI à Athènes, après un rendez-vous privé avec les fonctionnaires de la troïka. Le journal grec Efimerida ton Sinakton, partenaire d’Investigate Europe, a révélé la teneur de ce document confientiel. Le cadre de Lafarge y demande, outre « la suspension des accords salariaux de branche », l’abolition des accords salariaux en vigueur dans les grandes entreprises « afin de favoriser les accords individuels » et supprimer ainsi toute protection collective pour les employés (sur ce sujet, lire notre article ici).
Tous ces vœux ont été exaucés. Les contrats associés aux prêts d’urgence à la Grèce, intitulés « protocoles d’accord », stipulaient que désormais les salariés pourraient être licenciés en ne recevant qu’une compensation minimale. Les accords salariaux nationaux ou de branche qui avaient été la norme jusqu’alors furent abolis. Aujourd’hui, les négociations ont presque systématiquement lieu à l’échelle de chaque entreprise, le plus souvent directement avec les salariés, sans passer par les syndicats.
De nouvelles lois « ont donné aux employeurs le pouvoir de prendre des décisions unilatérales », comme « la conversion de contrats traditionnels à temps plein en contrats précaires », ont conclu des chercheurs de l’Université de Manchester dans une étude ultérieure, financée – ironiquement – par la Commission européenne. Selon cette étude, d’innombrables contrats permanents ont été transformés depuis 2011 en contrats à temps partiel et à durée déterminée, et dans quatre cas sur cinq sans l’accord des personnes affectées. Le projet visait à rendre l’emploi moins sécurisé, et les salaires ont chuté de 23 % en moyenne.
La Roumanie:

40 % des employés roumains au salaire minimum : 318 euros par mois

Résultat : un droit du travail permettant aux entreprises de passer leurs employés à temps plein sous des contrats à temps partiel, de proposer des nouveaux contrats à durée déterminée, et de recourir sans aucune restriction aux intérimaires. Dans le même temps, à l’initiative de la Commission européenne, le gouvernement roumain a supprimé tout dialogue social à l’échelle nationale, laissant la négociation des nouveaux contrats à la discrétion des employeurs.
Le système de négociation collective qui prévalait jusqu’alors, s’appliquant à 90% des salariés, « a été pratiquement anéanti », déplore Petru Dandea, secrétaire de la confédération syndicale Cartel Alfa. Les représentants élus du personnel ont également perdu toute protection contre le licenciement, tout comme les employés qui osaient faire grève. En conséquence de ces réformes draconiennes, les salaires ont subi une telle dégringolade que désormais 40% des salariés roumains ne touchent que le minimum légal (318 euros mensuels). « Nous sommes payés comme si nous étions un pays de travailleurs non qualifiés », résume le syndicaliste roumain.
La Commission européenne en a pris bonne note. Lorsqu’un gouvernement ultérieur à Bucarest a annoncé en 2012 qu’il souhaitait encourager à nouveau les accords salariaux nationaux contraignants, les émissaires du commissaire Olli Rehn, avec ceux du FMI, ont mis leur veto. « Nous pressons fortement les autorités de s’assurer que les accords collectifs nationaux ne contiennent pas d’éléments relatifs aux salaires et ne remettent en cause les progrès obtenus avec le nouveau code du travail adopté en mai 2011 », ont-ils écrits au gouvernement. En plein accord avec la Chambre du Commerce des États-Unis, qui a elle aussi signé une lettre de protestation. Le gouvernement a dû faire machine arrière.
 En Belgique et en France, la casse du droit social et la guerre au salaire sont en cours (baisse des retraites, transformation des cotisations sociales en impôt, diminution des droits salariaux au chômage, flexibilisation du droit du travail, généralisation de la négociation au niveau de l'entreprise, etc.).

Tout cela sans absolument aucun résultat sur l'emploi, donc.

Ces quelques traits de l'Europe des actionnaires et des grands patrons donnent une idée des causes de l'impopularité de cette entité politique auprès de ses populations. Et si on essayait l'Europe salariale, l'Europe du droit social, l'Europe de la socialisation des outils de production, l'Europe des coopératives, l'Europe des idéaux politiques, de l'ambition sociale et économique?

24 oct. 2017

Le mirage allemand

Le Monde Diplomatique met en libre accès un article sur le "modèle" allemand ici. Le moins qu'on puisse dire, c'est que ce "modèle" n'a pas convaincu Olivier Cyran.

Nous non plus d'ailleurs: la guerre au salaire et la criminalisation des chômeurs en passe de franchir le Rhin n'ont jamais donné que misères et déqualification de masse.

Cette guerre outrancière contre nos salaires et nous entend nous ramener à un état de besoin qui rétablisse l'esclavage de facto. À moins que nous, producteurs et productrices parvenions à nous constituer en sujet alternatif et à établir la puissance de nos propres pratiques de l'économie.

Extrait

Hartz IV : ce marquage social découle du processus de dérégulation du marché du travail, dit Agenda 2010, mis en place entre 2003 et 2005 par la coalition Parti social-démocrate (SPD) - Verts du chancelier Gerhard Schröder. Baptisé du nom de son concepteur, M. Peter Hartz, ancien directeur du personnel de Volkswagen, le quatrième et dernier volet de ces réformes fusionne les aides sociales et les indemnités des chômeurs de longue durée (sans emploi depuis plus d’un an) en une allocation forfaitaire unique, versée par le Jobcenter. Le montant étriqué de cette enveloppe — 409 euros par mois en 2017 pour une personne seule — est censé motiver l’allocataire, rebaptisé « client », à trouver ou à reprendre au plus vite un emploi, aussi mal rémunéré et peu conforme à ses attentes ou à ses compétences soit-il. Son attribution est conditionnée à un régime de contrôle parmi les plus coercitifs d’Europe.
Fin 2016, le filet Hartz IV englobait près de 6 millions de personnes, dont 2,6 millions de chômeurs officiels, 1,7 million de non officiels sortis des statistiques par la trappe des « dispositifs d’activation » (formations, « coaching », jobs à 1 euro, minijobs, etc.) et 1,6 million d’enfants d’allocataires. Dans une société structurée par le culte du travail, elles sont souvent dépeintes comme un repoussoir ou une congrégation d’oisifs et parfois pis. En 2005, on pouvait lire dans une brochure du ministère de l’économie, préfacée par le ministre Wolfgang Clement (SPD) et intitulée « Priorité aux personnes honnêtes. Contre les abus, les fraudes et le self-service dans l’État social » : « Les biologistes s’accordent à utiliser le terme “parasites” pour désigner les organismes qui subviennent à leurs besoins alimentaires aux dépens d’autres êtres vivants. Bien entendu, il serait totalement déplacé d’étendre des notions issues du monde animal aux êtres humains. » Et, bien entendu, l’expression « parasite Hartz IV » fut abondamment reprise par la presse de caniveau, Bild en tête.

26 mars 2017

Le cocher, soutier chez Uber

Ludo Simbille mène une enquête poignante sur les conditions de travail des employés de la compagnie Uber sur le site de l'Observatoire des Multinationales (ici). En fait, ce ne sont pas dans employés. Les propriétaires lucratifs ont réussi à se défaire de leurs devoirs d'employeur pour transformer les producteurs en tâcherons.

Sous le verni d'une pseudo-modernité classe, c'est bien le 18e siècle qui resurgit, avec ses journaliers et ses journées de 17 heures.

Nous demandons que l'emploi soit dépassé. En enlevant la qualification du poste, des mains du propriétaire lucratif pour l'octroyer au producteur et en enlevant l'intégralité de la gestion et du profit de toute production économique de ses mains. Uber n'est pas une avancée mais un gigantesque retour en arrière où jamais le producteur n'obtient la reconnaissance et le salaire attachés à sa personne mais où, sans cesse, il doit produire les pièces dont il tirera sa pitance.


Ils travaillent plus de 60 heures par semaine et gagnent moins que le Smic. Ce sont les chauffeurs VTC. Ils seraient autour de 20 000 en France. L’arrivée de la plateforme numérique Uber a suscité espoirs et vocations pour de nombreux exclus du marché du travail. Et la marque a tout fait pour attirer de nouveaux « partenaires », en particulier en Seine-Saint-Denis où le chômage dépasse les 18%. Derrière les promesses d’autonomie et d’activités rémunératrices, beaucoup découvrent la précarité, le salariat déguisé sans protection sociale, l’endettement et, au final, une nouvelle forme de soumission. Aujourd’hui en lutte, certains chauffeurs s’apprêtent à attaquer Uber en justice pour travail dissimulé. Reportage auprès de ces « uberusés » en colère.

Ils portent des costumes-cravates classieux, conduisent des berlines noires étincelantes aux vitres teintées et font pourtant des courses pour moins de 5 euros. « T’imagines ! On est moins cher que la RATP », lâche Ali, la quarantaine fatiguée en montrant une Peugeot 508 éclatante. Si quatre passagers font une course de 7 euros, ça leur revient à 1,75 euros par personne. »

Depuis plusieurs mois, la colère gronde sous les capots contre les plateformes numériques de mise en relation entre passagers et chauffeurs, Uber bien sûr, en tant que leader incontesté du secteur, mais aussi Snapcar, Le Cab, Chauffeurs privés ou MarcelCaB. La plupart des chauffeurs alternent entre ces marques mais restent fidèles au géant et ses 1,5 million d’utilisateurs en France. Face aux grèves et actions à répétition de ses travailleurs « VTC », pour voiture de transport avec chauffeur, la direction d’Uber a été contrainte d’ouvrir, ce 22 février, des négociations avec leurs représentants syndicaux [1]. Au programme : étudier un dispositif de soutien aux chauffeurs en difficulté. Pour certains, l’« innovation » Uber commence à virer au cauchemar.

1100 euros net, sans droit au chômage et sans congés payés

Tous les matins, Ali se branche sur l’appli UberX pour commencer une journée de travail… à perte. Cet ancien serveur en restauration a beau travailler de 5h à 21h, il ne s’en sort plus depuis la baisse des tarifs pratiqués par Uber. Mais Ali n’a pas le choix. Il doit amortir sa Ford Mondéo qu’il a achetée à crédit plus de 30 000 euros pour se conformer aux modèles imposés par les plateformes. En guise de protestation, il ne prend même plus la peine de porter le costume ni de proposer les bouteilles d’eau ou bonbons à ses passagers. Ce qui a fait le standing et le succès d’Uber auprès des clients – accessibilité, disponibilité, tarification – fait désormais le malheur de ces conducteurs. « Uber X : c’est toujours mieux qu’un taxi », proclame le slogan. Tout dépend de quel côté on est assis.

(...)

« Avec moins de 600 euros par mois, j’arrêterais bien mais je suis bloquée »

« Ces cochers du 21ème siècle » ne sont pas salariés d’Uber mais des « partenaires ». Ils travaillent le plus souvent sous le régime d’auto-entrepreneurs. Ils ne cotisent donc pas aux caisses de protection sociale. Pourtant, Uber reste perçu comme le premier « employeur » de jeunes issus des banlieues, offrant une opportunité d’insertion à une population exclue du marché du travail, sans CV ni diplôme. Un sondage commandé par la firme affiche que 55% de ses recrues étaient au chômage. Sauf que la plupart d’entre eux gagne finalement à peine le Smic en travaillant en moyenne 70 heures par semaine. On est donc loin des 2000 euros net mensuels pour 45 heures de travail hebdomadaire avancés par une étude financée par la direction d’Uber.
Pour Grégoire Kopp, porte-parole de l’antenne française d’Uber et ancien conseiller au ministère des Transport, les mauvaises conditions de travail de ses chauffeurs seraient dues à leurs « mauvais choix en termes de business plan » (Voir ici). Une position que n’est pas loin de tenir Robert [2]. « Faut pas exagérer c’est pas l’usine non plus, t’es assis dans une belle voiture, tu discutes avec les clients. Si les conditions sont si mauvaises, pourquoi ne pas arrêter ? » relativise-t-il.

« Ils ont tout calculé pour mettre la pression »

Ce trentenaire d’une banlieue nord-parisienne a concrétisé le « rêve de nombreux chauffeurs ». Après avoir roulé pendant quelques mois avec une VTC qu’il louait en binôme avec un autre chauffeur, Robert a monté sa boîte. Il emploie désormais treize chauffeurs. Il montre fièrement le chiffre d’un de ses employés qu’il suit en direct sur son smartphone : 1673 euros net la semaine. Le montant détonne avec celui des autres. L’homme a roulé 64 heures en sept jours. « Ceux qui s’en sortent passent 17 heures au volant puis dorment dans leur voiture, j’en ai vus à l’aéroport », rétorque une manifestante. « Uber nous a vendu du rêve. Mais ensuite, on ne peut plus faire machine arrière », critique-t-elle. « Personnellement, si je n’avais pas de crédit, j’arrêterais. Mais je suis bloquée. Je vis avec moins de 600 euros par mois. »
Beaucoup ont cru à cette « uberéussite », promue par les publicités. Devenir son propre patron en quelques clics, un entrepreneur autonome, travailler à son rythme. Hanan, une des rares femmes présentes place de la Bastille ce jour de manifestation, travaille pour deux applications, LeCAB et UberX. En 2015, elle traverse une « petite période creuse » après la fermeture de son restaurant. Elle se lance dans le business VTC. « J’aimais la conduite, je me disais que je serais libre, que j’allais gérer ma journée. Je croyais que j’allais m’en sortir. Mais au fur et à mesure, on s’est rendu compte que ce n’est pas nous qui décidions. Ils ont tout calculé pour mettre la pression : nous sommes dans le stress tout le temps. »

Rouler 80 km à vide pour prendre des clients

En théorie, les travailleurs sont indépendants. En réalité le chauffeur n’a aucune marge de manœuvre sur ses commandes. Lorsque son « appli » bipe, il ne connaît ni le montant ni la destination avant d’accepter la course. Ce qui peut réserver quelques surprises. « Parfois, je me déplace dans les banlieues lointaines, à 7 km, pour découvrir que la course est de 3,5 km », témoigne Youssef. En plus, le temps d’attente ou le déplacement entre les courses n’est pas calculé, donc non rémunéré. Or de nombreux client réservent seulement pour quelques mètres. « S’il y a des bouchons, tu restes coincé vingt minutes pour 5 euros », poursuit le trentenaire.
Repérer les bons spots, « chasser » le voyageur potentiel, tourner dans l’espoir que son smartphone signale une course constitue le quotidien des chauffeurs. Légalement, ils doivent se diriger vers le siège de leur entreprise entre deux courses. Ils n’ont pas le droit de faire des maraudes, à la différence des taxis. « On prend tout le monde. À chaque heure, une catégorie différente. Le matin, ceux qui vont à la gare ou l’aéroport, ceux qui déposent leur enfant à l’école. Le midi, ceux qui vont de leur bureau au restaurant pour déjeuner », observe Mohamed, 46 ans, qui arrive des Mureaux (78) sur Paris tous les jours sans trouver de passager. 80 km à vide.

Une course au chiffre

Le chauffeur n’a pas le choix du chaland. Si par hasard il en refuse certains, gare à lui : au bout de trois annulations de courses, le compte Uber peut être désactivé. « Là on va direct au chômage, sauf qu’on n’y a pas droit », se désespère Youssef. Très vite, la flexibilité des horaires tant recherchée se traduit finalement par une incertitude permanente pour combler ses dettes. Youssef en sait quelque chose : « Il y a des jours, tu te lèves le matin sans savoir combien tu vas faire. Parfois tu rentres chez toi, avec la crainte de ne pas avoir fait assez, alors tu ressors le soir. Je continue sinon qui va payer mon loyer ? »
C’est une course au chiffre. Une course contre la fatigue et le sommeil. Certains s’empêchent même de boire pour ne pas avoir une envie d’uriner, synonyme de pause. Quitte à mettre en danger leur santé ou la sécurité des passagers. C’est ce qui a failli arriver à Youssef lorsqu’il s’est endormi au volant en fin de nuit. Heureusement, il ne transportait personne. Les accidents seraient si fréquents sur les VTC que les assureurs rechigneraient désormais à couvrir certains véhicules. « Une autre fois, j’ai travaillé de 20h à 6h du matin. Mon dernier trajet jusqu’à l’aéroport m’a paru durer une vie tellement je m’endormais et je ne voulais pas le montrer au client », se souvient Youssef.

Désactivé dix jours pour une « erreur » de la cliente

Ce type d’excès de zèle est dicté par le souci du confort des passagers. Après chaque trajet, ces derniers peuvent noter le comportement de ceux et celles qui sont au volant. « Notés comme des élèves », se désole Hanan. Si la moyenne baisse trop, ils se voient rappelés à l’ordre ou, pire, déconnectés. Difficile de répondre lorsqu’un usager hausse le ton, se permet l’impératif ou le tutoiement. Au moindre faux-pas, on risque la désactivation. Pris en étau entre l’utilisateur et la plateforme, l’uber pilote n’est pas le maître à bord. Au grand dam d’Ali : « S’il y a une embrouille avec un passager, Uber croira toujours le client. Le client a toujours raison, il est comme notre maquereau. » Ce système de notation, censé améliorer la qualité de service, s’apparente finalement aux sanctions disciplinaires d’un employeur.

Poste restante

In memoriam

Le très employiste et pro-patronal Le Point nous fait savoir qu'il y aurait eu cinquante suicide dans la très new-managment Poste en France. La direction criminelle nie les faits (mais on attend toujours le tribunal qui tranchera l'affaire). Nous rappelons que ces morts sont provoquées par une gestion du personnel qui entend maximiser les profits des propriétaires. 

Extrait de l'article en ligne ici.

Cinquante employés de La Poste se seraient suicidés cette année, un chiffre terrifiant dont disposerait la direction grâce à l'existence, tenue secrète, d'une « cellule de suivi de drames ». L'information, publiée par le site Mediapart, est confirmée par deux syndicats de l'entreprise publique, la CGT et Sud-PTT. Ces organisations affirment détenir une note confidentielle selon laquelle plus de 50 suicides seraient recensés, « potentiellement en lien avec le travail ». Cinquante décès volontaires dans une entreprise qui compte 260 000 salariés, dont 180 000 postiers affectés au courrier.

La direction dément ce nombre et nie l'existence d'une cellule dédiée au suivi de ces drames. Saisie de ces graves accusations, elle répond être « une entreprise humaine et responsable » et regrette d'avoir à déplorer trois suicides dans l'année écoulée. La CFTC affirme pour sa part qu'un tel chiffre n'est pas communiqué ainsi dans les rapports officiels", et, précise son représentant Sébastien Aufray, « il est compliqué de définir dans un suicide la part de responsabilité de l'entreprise ». Le syndicaliste estime toutefois qu'il lui paraît possible que 50 salariés aient cette année mis fin à leurs jours.

Grève générale en Guyane

Le Monde nous fait savoir que la Guyane voit une importante mobilisation pour le moment. Pour résumer, on pourrait dire que les Guyanais sont épuisés d'être considérés comme des coûts, de ne pas avoir de perspectives professionnelles (sauf à faire les larbins, donc) et de vivre dans l'indigence qu'induit l'idée de considérer les gens comme des coûts.

Bon courage à toutes et à tous.

Touchée depuis plusieurs jours par une série de mouvements sociaux, la Guyane, collectivité territoriale de plus de 250 000 habitants, voit la mobilisation prendre de l’ampleur, avec le vote, samedi 25 mars, par l’Union des travailleurs guyanais (UTG) de la grève générale à compter de lundi. La mobilisation, soutenue par des collectifs de citoyens, dénonce globalement les problèmes du territoire en matière de santé, d’éducation, d’économie, de sécurité, d’accès au foncier ou de logement.

En votant à l’unanimité la grève générale à compter de lundi, les 37 syndicats réunis au sein de l’UTG souhaitent protéger les salariés grévistes dans des secteurs très divers, a précisé Albert Darnal, le secrétaire général de l’organisation.

Regroupant pêle-mêle des salariés d’EDF, des collectifs contre l’insécurité, un collectif dénonçant l’insuffisance de l’offre de soins et les retards structurels en matière de santé, ou encore des socioprofessionnels et des transporteurs, le mouvement de protestation a notamment monté des barrages obstruant depuis jeudi une dizaine de ronds-points stratégiques du littoral guyanais, bloquant notamment l’entrée de Cayenne.
 Source: http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/03/25/guyane-les-syndicats-votent-la-greve-generale-a-compter-de-lundi_5100885_3224.html

26 févr. 2017

Des droits au rabais

Dans Bastamag, Laurent Morel enquête sur les conditions de travail dans l'enseigne discount Primark. On connaît le calvaire des producteurs, des productrices bangladeshis, mais on connaît moins celui des travailleurs et des travailleuses ici, en France.

Le recours à des formes de tortures psychiques plus ou moins grossières y est monnaie courante.

Extrait de l'article disponible ici
À chaque ouverture d’un magasin de la marque irlandaise, l’histoire se répète : une file d’attente interminable et des clients qui repartent les bras chargés de grands sacs en kraft brun recyclé, frappé du logo turquoise Primark. L’enseigne a de quoi séduire le grand public : des prix cassés toute l’année (en moyenne de 4 à 6 euros par article), un large choix de produits allant du prêt-à-porter à l’accessoire en passant par la chaussure et la literie, ou encore des emplacements premium en centre commerciaux. 

Des prix tellement bas qu’ils ont poussé le député belge (socialiste) au Parlement européen Marc Tarabella à poser l’année dernière une question écrite à la Commission Européenne, afin que cette dernière enquête « sur les pratiques de la marque ». Une démarche jamais entreprise. « J’ai fait cette demande car les prix pratiqués par cette enseigne défient toute concurrence, d’où mon interrogation. Surtout lorsque l’on connaît les problèmes de conditions de travail dans certains pays d’Asie. Malheureusement, la Commission Européenne ne réalise que trop peu rarement d’enquête » nous explique-t-il.

Dans les pays producteurs, salaires de misère et catastrophes

D’après les témoignages que nous avons récoltés, l’envers du décor Primark fait en effet peu rêver. Tout commence en amont, dans les usines de confection d’Asie du sud-est notamment, au Bangladesh ou au Cambodge par exemple, où les salariés perçoivent entre 50 et 100 euros par mois seulement ! En attendant peut-être de voir l’entreprise investir prochainement l’Éthiopie, qui se démarque aussi par ses coûts de main d’œuvre excessivement faibles.

Les conditions d’emplois exécrables de ces grandes marques textiles ont été exposées aux yeux du monde entier lors de l’effondrement du Rana Plaza au Bangladesh, qui avait provoqué la mort de 1138 ouvriers en avril 2013. Primark, qui faisait partie des clients de l’usine, se défend en affirmant avoir versé des compensations aux familles des victimes. Mais le mal est fait et la politique de fabrication n’a pas fondamentalement évolué. Car pour mettre en vente un jeans à neuf euros, au moins un acteur de la chaîne n’y trouve pas son compte. Et dans le cas de Primark, ils sont nombreux à ne pas s’y retrouver (voir notre dossier sur l’industrie textile).

Dans les boutiques : « Nos droits sont mis de côté, comme si l’on était au Bangladesh… »

En France également, les conditions de travail sont difficiles. Rupture abusive des contrats lors des périodes d’essais, arrêts maladie non payés, ambiance de travail stressante… les retours d’expériences de salariés laissent peu de place au doute. « Vous êtes épiés et surveillés comme le lait sur le feu en permanence, relate ainsi Aymeric, ex-salarié à Lyon. Les chefs ne se gênent pas pour mal vous parler et vous rabaisser devant les clients. J’y ai eu le droit plus d’une fois. C’est humiliant. » Une situation que connaît bien Anna, du Primark de Dijon. « Mes supérieurs se moquent de moi à cause de mon accent car je ne suis pas française, ils s’amusent même à m’imiter. Cela fait maintenant trois ans que ça dure alors que je leur ai dit plusieurs fois d’arrêter », se désole-t-elle.

Pour Estelle, qui a finalement remis sa démission au mois de mars 2016 après huit mois passés dans le magasin de Lyon, Primark constitue la « pire expérience professionnelle » de sa vie. « Aujourd’hui encore, j’ai des problèmes de sommeil hérités de mon expérience chez Primark. Vous êtes constamment mis sous pression par les managers pour que le magasin soit bien rangé. Lorsque je leur ai finalement dit que je commençais à prendre des antidépresseurs, la superviseuse m’a ri au nez ! » Dégoûtée, Estelle a même décidé qu’elle ne travaillerait plus dans le commerce. Cathy, employée à Créteil, a de son côté l’impression « d’avoir vieilli de dix ans après deux années passées chez Primark. Les jeunes, particulièrement, ont beaucoup de mal à supporter le rythme très soutenu de travail, dès 6 h du matin une semaine sur deux, particulièrement à Créteil où entre trois et cinq camions viennent livrer des pièces chaque jour. »
Ces retours d’expériences catastrophiques sont loin d’être des cas isolés. À l’image d’Élodie, toujours en poste à Lyon, qui n’a désormais plus le courage de se rendre sur son lieu de travail. « J’ai travaillé plus de six ans dans diverses enseignes de prêt-à-porter, mais ici c’est l’horreur, raconte-t-elle désespérée. Les managers nous parlent comme des moins que rien, on est juste des matricules pour eux. En réalité, lorsque l’on signe chez Primark, on a l’impression que nos droits sont mis de côté, comme si l’on était au Bangladesh… » Des problèmes récurrents concernant les paiements des salaires, les fiches de paie et les arrêts maladies ont aussi été observés.

26 janv. 2017

Ultimatum

Sur les Champs-Élysée, des employés se battent pour leur salaire. Voici leur communiqué commun au bout de 43 jours (disponible du Paris-Lutte Info, ici).

Manifestement, l'employeur aurait une conception du dialogue social assez ... personnelle.

L’ultimatum imposé par la direction aux grévistes le 19 janvier :
  • soit nous acceptons l’ultime proposition d’augmentation de la prime de 19,10 € à 29,10 € pour un temps plein,
  • soit il n’y aura plus d’autre dialogue possible pour trouver une issue au conflit.
a été refusé pour plusieurs raisons :
  • On ne règle pas une sortie de crise par des ultimatums. Ce ne sont pas des méthodes acceptables pour retrouver un dialogue social serein.
  • Les propositions ne répondent pas au minimum acceptable par les grévistes.
  • Un chantage inadmissible syndicalement et citoyennement a été fait sur l’accord national sur le travail dominical et de soirée à la Fnac en conditionnant une clause de l’accord sur l’arrêt ou non de la grève à Champs Elysées. Voici les paragraphes en question :
    Option 1 (appliquée à défaut d’accord sur la fin de grève à Champs) :
    Il est toutefois précisé que la majoration supplémentaire prévue pour les 12 dimanches déclarées par l’employeur comme générant l’activité la plus importante sur l’année civile, ne se cumulera pas avec les éventuelles majorations horaires versées au salarié au titre d’heures de travail réalisées en soirée, après 21 heures. Dans une telle hypothèse, ces heures de travail réalisées l’un de ces 12 dimanches en soirée, bénéficieront d’une majoration à 100% au titre du travail le dimanche et à 100% au titre du travail en soirée.
    Option 2 (conditionnée à un accord sur la fin de grève à Champs) :
    Il est par ailleurs précisé que la majoration supplémentaire prévue pour les 12 dimanches déclarées par l’employeur comme générant l’activité la plus importante sur l’année civile, se cumule avec les éventuelles majorations horaires versées au salarié au titre du travail en soirée, après 21 heures. Dans une telle hypothèse, ces heures de travail réalisées l’un de ces 12 dimanches en soirée, bénéficieront d’une majoration à 200% au titre du travail le dimanche et à 100% au titre du travail en soirée. [1]
Malgré ce chantage la CFE-CGC, la CFDT et la CFTC ont signé l’accord aujourd’hui nous sommes révoltés de constater que des syndicats acceptent ces méthodes.

La direction a annoncé la fermeture anticipée du magasin à 22h30 en semaine et 21h le dimanche au cours du premier trimestre 2017 et ceux sans aucune prévision de dédommagement et aménagement d’horaire pour les salariés qui vont voir leur salaire diminué et leur organisation de vie bouleversée. Des emplois précaires sont en jeu, cela ne fait qu’ajouter des tensions dans un climat social déjà extrêmement dégradé, les salariés sont angoissés par ces annonces sans autres formes d’explication. Nous dénonçons une nouvelle fois ces procédés.

Un nouveau rassemblement, a eu lieu samedi 21 janvier 2017 à 15h devant le magasin FNAC Champs Elysées. Une cinquantaine de personnes, que nous remercions chaleureusement, ont soutenu la grève et ont fait un cortège jusqu’à la Fnac de Saint Lazare afin de créer un mouvement solidaire entre les Fnac.
Dimanche 22 janvier 2017 la responsable ressources humaines du magasin, lors d’un briefing, a outrageusement mis la pression aux salariés et usé de diffamations scandaleuses à l’encontre des grévistes et le mouvement. La réponse des salariés face à ces méthodes a été sans appel, un black-out de 16h à 17h était organisé ce même dimanche, plus de 80 % des salariés ont débrayé.
Nous tenons à rappeler que le week-end du 17 et 18 décembre 2016, la Direction a fait appel aux services d’une société extérieure de sécurité. Une quinzaine d’agents au physique de videur de boîte avaient pour mission de briser la grève et les grévistes. Résultat de l’opération : banderoles de revendications arrachées, salariés bousculés, et un collègue agressé.

Après examens médicaux complémentaires, l’ITT initial de 6 jours passe à 8 jours, donc un délit qui relève du tribunal correctionnel. En effet traumatisme osseux, œdème et rupture d’un ligament ! Notre collègue paye donc un lourd tribut puisqu’il va devoir subir une opération chirurgicale assortie de plusieurs semaines/mois de convalescence ! M. Philippe Piron, plus haut responsable hiérarchique présent le 17 et lors des négociations, a une grosse part de responsabilité.

Malgré 20 ans de discrimination au sein de notre magasin, malgré ces incessants dérapages de la direction, nous souhaitons que le dialogue s’ouvre à nouveau et trouver une issue favorable à ce conflit, pour le bien-être de tous les salariés du magasin.

Le Collectif des Salariés Fnac Champs Elysées

25 janv. 2017

Patron voleur

À Paris, des producteurs sans papier se battent ... pour toucher leurs arriérés de salaire. Le XIXe siècle, c'est maintenant.

Extrait de l'article de Paris Lutte (en ligne ici)

Nœud central du réseau de transport en commun d’Île-de-France, la gare de Châtelet - Les Halles est traversée, chaque jour, sur ses quais et dans ses couloirs par plus de 750 000 personnes !

Face aux constats d’une structure vieillissante (inauguration de la station en 1977), de l’évolution des normes de sécurité et un nombre toujours plus élevé d’usagers, la Ville de Paris entreprend, depuis 2010, un immense projet de rénovation. Pour mener au mieux les travaux, la municipalité parisienne a réuni quatre partenaires autour d’elle : la région d’Île-de-France, le Syndicat des Transports d’Île-de-France (STIF), la RATP et enfin la Société Civile du Forum des Halles de Paris (pour le centre commercial).

Le pharaonique chantier, dont le coût dépasse le milliard d’euros, devrait se terminer en 2018.

L’idée directive de ce projet est avant tout de « redonner aux Halles une image conforme à son ambition métropolitaine ». Vaste projet...

Un si vaste projet qui ne fait bien sûr pas peur à la multinationale Vinci. Comme dans de très nombreux autres grands chantiers, ce "prédateur du béton" est de la partie et c’est via sa filiale Sogea TPI que le groupe Vinci est lié aux travaux de rénovation.

Sur ce chantier sans cesse mis en avant avec fierté par la mairie de Paris, tout ne se passe pas aussi "joliment" que leurs maquettes 3D du projet. En effet, depuis lundi, plusieurs dizaines d’ouvriers de la société FH Services (sous-traitance de Sogea TPI) se sont mis en grève. La raison est révoltante : ils ne sont pas payés depuis plusieurs mois (jusqu’à 8 mois pour certains !).
Ces hommes, pour la plupart originaires de Turquie, travaillent de nuit et sont quasiment tous non déclarés.
Pour la CGT-Construction :
Cette situation scandaleuse met une nouvelle fois à jour la forte vulnérabilité de ces travailleurs en situation précaire, victimes du travail dissimulé, exposés à la surexploitation et aux risques professionnels par des patrons sans scrupules
Que réclament les grévistes ? Tout "simplement" : le paiement des arriérés de salaire, ainsi que l’ensemble de leurs fiches de paie, avec leur contrat de travail.

Amazon vous expédie le droit social

George Waters nous explique dans Révolution Permanente (ici) que le géant de la vente par correspondance essaie de remplacer les travailleurs en CDI par des précaires en ... les soudoyant.

Extrait
Amazon préfère les intérimaires aux CDI, et cherche à tout prix à réduire au minimum le nombre de ces derniers. Quitte à mettre un (tout petit) peu la main à la poche en offrant des primes de départ. Le but ? Virer le plus de CDI possibles en offrant entre 2000€ (pour ceux qui ont un ou deux ans d’ancienneté) et 8000€ (pour ceux qui ont au moins 5 ans d’ancienneté), afin de les remplacer par des intérimaires, qui, eux, pourront être tout simplement virés sans primes ni rien. L’entreprise n’en est pas à sa première tentative : la pratique, très répandue dans d’autres pays, avait été testée en France l’an dernier déjà, elle avait proposé jusqu’à 5000€ aux CDI pour qu’ils s’en aillent ; l’opération avait fait un flop, les salariés ayant bien conscience du chômage qui les attend dehors.

Le but de cette manœuvre est très claire pour une entreprise qui a basé tous ses profits sur la précarité de ses employés. Sur la plateforme Amazon de Châlons-sur-Saône, il y 500 CDI pour 250 intérimaires, chiffre qui monte à 600 durant la période de Noël. Et encore, le site n’est pas dans les plus précaires : sur l’entrepôt d’Orléans, c’est 3000 intérimaires qui travaillent aux côtés des 1500 CDI. Des chiffres exorbitants, qui correspondent à autant de vies précaires, autant de travailleurs exploités jusqu’à la moelle, réprimés et surveillés et dont nous avons souvent raconté le quotidien, humiliant et tragique.

Pour les intérimaires, le travail est non seulement plus dur et plus exigeant, et la précarité plus grande, mais pour beaucoup chez Amazon, la première question est aujourd’hui celle de savoir s’ils vont pouvoir travailler ou non. Un syndicaliste CGT d’Amazon nous confiait que la période d’après fêtes était particulièrement dure : beaucoup cherchent à faire renouveler leurs contrats, mais Amazon, du fait de la baisse des ventes, va même parfois jusqu’à renvoyer chez eux des travailleurs qui sont venus embauchés. « Les gens viennent à six heures pour repartir à sept heures ; parfois ils sont à 40km de chez eux et n’ont même pas pu payer l’essence. Mais Amazon s’en fout : il leur fait signer un papier, et au final, le reste de la journée est chômée. Tous sont plus ou moins obligés d’accepter, parce que celui qui ne veut pas partir, même si c’est pour manger le soir, il aura du mal à faire renouveler son contrat. Pour Amazon, c’est de la main d’oeuvre à la carte ; pour nous, c’est toujours plus de précarité et de pauvreté. »

13 janv. 2017

Fast strike

Dans Le Parisien, en décembre dernier, on pouvait lire cette brève (ici):


Les nombreux clients du centre commercial des 3 Fontaines à Cergy se sont heurté au rideau métallique du McDonald’s ce samedi. 97% de la cinquantaine de salariés de la franchise (selon la CGT) étaient en grève de 8 heures à 15 heures pour dénoncer la détérioration de leurs conditions de travail : manque d’effectifs, jeunes salariés livrés à eux-mêmes, suppression des primes...

« La direction fait des économies en embauchant beaucoup moins d’étudiants qu’avant », explique Viviane, délégué du personnel de l’enseigne franchisée du centre commercial. En plus ils ne sont plus formés alors qu’il y a beaucoup de règles d’hygiène à apprendre, ils nettoient les salles aussi, ça fait courir des risques aux clients », poursuit-elle.
On nous informe donc que les propriétaires lucratifs dans l'alimentaire non seulement se fichent des conditions de travail de leurs employés mais que, en plus, la santé de leurs clients leur est indifférente.

Dont acte.

Bois d'ébène (le retour)

Olivier Petitjean résume les enjeux de la privatisation de la répression des migrants en Europe. Le business ne s'est jamais encombré de scrupule quand il s'est agi de faire de plantureuses affaires. Sauf que, ici, il s'agit de gérer des flux de population et de s'occuper d'êtres humains en souffrance.

La logique du profit de la propriété lucrative rend les décisions de gestion de toute façon inhumaines et la déresponsabilisation des propriétaires des entreprises que permettent les institutions capitalistes leur permet de commettre leurs forfaits sans rendre de compte.

Extraits de l'article de l'Observatoire des Multinationales (ici):
Les centres de détention administrative de migrants sont de plus en plus nombreux en Europe et à ses frontières. Ils sont aussi de plus en plus privatisés, avec des conséquences négatives sur les conditions d’hébergement et les conditions de travail des employés, et plus largement sur le respect des droits et de la dignité humaine. En témoigne la récente révolte de migrants dans le centre de Cona, en Italie. De l’autre côté, des entreprises privées nationales ou multinationales profitent d’un marché estimé à un milliard d’euros par an.

Dans les premiers jours de janvier 2017, un groupe de migrants africains a retenu pendant quelques heures les employés du centre de détention de Cona, dans la région de Venise en Italie, et mis le feu à des meubles. Ils protestaient contre la surpopulation du centre, qui hébergeait alors environ 1500 personnes, et contre les mauvaises conditions d’accueil. La révolte a été déclenchée par le décès au centre de Sandrine Bakayoko, une Ivoirienne de 25 ans. Malade depuis plusieurs jours, elle n’aurait pas été pris en charge à temps.

Comme c’est souvent le cas en Italie, le centre de détention de Cona était géré par une « coopérative », appelée Ecofficina, qui faisait déjà l’objet d’une enquête administrative. La structure a en réalité très peu à voir avec l’économie sociale et solidaire ; Ecofficina semble avoir été créée expressément pour capter l’argent public consacré à la détention des migrants, sur fond de connivences politiques [1]. Déjà en 2014, le scandale « Mafia Capitale » avait mis en lumière le rôle de la mafia dans le secteur des centres de rétention en Italie, et la complicité de certains politiques.


(...)


‘Low cost’ et déresponsabilisation

La motivation derrière la tendance générale à la privatisation des centres de détention en Europe est on ne peut plus claire : une pression à la baisse sur les coûts, qui se répercute sur les conditions de détention. Dans le centre de détention de Rome, le modèle « low cost » proposé par Gepsa et Acuarinto pour obtenir le marché se serait notamment traduit par « une diminution de l’assistance psychologique auprès des détenus et de l’argent de poche qui leur est distribué, ainsi que par des manquements en matière de restauration et de santé ». La course à la réduction des coûts a également des conséquences sur les conditions de travail, comme l’a rappelé le mouvement social des employés du centre de rétention du Mesnil-Amelot en 2013. Enfin, la logique de privatisation renforce également la situation de non-droit dans laquelle se trouvent déjà de fait les migrants détenus, en diluant les responsabilités entre pouvoirs publics et prestataires privés. Illustration : G4S n’a pas du tout été inquiétée par la justice britannique suite à la mort de Jimmy Mubenga.

28 déc. 2016

Libéralisme contre liberté

Sur l'Observatoire des multinationales, Olivier Petitjean relate un article du Guardian (ici, en français). Il s'inquiète des pratiques liberticides de Sodexo contre ses employés dans une mine australienne.

Mais quand les Lumières qui ont inondé le champ politique depuis le dix-huitième siècle pourront-elles enfin éclairer le champ économique?

Extraits
Il y a quelques mois, Sodexo annonçait avoir signé avec Rio Tinto, le géant minier, un contrat de 2,5 milliards de dollars australiens (1,8 milliards d’euros) pour gérer pendant dix ans ses installations minières dans l’Ouest de l’Australie. Selon le quotidien britannique The Guardian, ce contrat inclut la mise en place d’une dispositif totalement inédit de surveillance des moindres mouvements des travailleurs employés sur le site, qui pourrait impliquer l’utilisation de drones. De quoi inquiéter aussi bien les défenseurs des libertés individuelles que les syndicats.
Dans un coin perdu de l’Ouest de l’Australie, Rio Tinto possède un immense exploitation de fer : la mine de Pilbara. Celle-ci fonctionne sur le modèle du fly in fly out, c’est-à-dire que les mineurs viennent y travailler par avion pour une certaine période de temps, avant de repartir chez eux se reposer, et ainsi de suite. Selon le Guardian, le complexe comprend « trois ports, six villages, trois aéroports, 15 sites opérationnels, 42 sites d’hébergement, 134 équipements, 336 bâtiments commerciaux et 3259 bâtiments résidentiels ». La gestion de l’ensemble est confiée, depuis cette année, à l’entreprise française Sodexo, qui y a mis en œuvre des « innovations » qui suscitent beaucoup d’inquiétudes.

Voici ce qu’en dit le Guardian :
Dans le cadre de ce contrat, Sodexo est en train d’accroître considérablement la surveillance des installations de Rio Tinto à Pilbara à travers une plateforme qui transmet en direct un flux d’informations vers une station de supervision à Perth employant 50 personnes.
« Cela nous donne des aperçus et des données chiffrées utilisables en temps réel sur nos équipements et le mouvement des individus, la satisfaction de nos clients, et même les dépenses effectuées sur le site », nous a écrit Weston [un cadre local de Sodexo, NdE]. « Notre but est d’en arriver au point où nous pouvons avoir une information individualisée sur où et comment les employés passent leur temps et dépensent leur argent, afin d’améliorer leur qualité de vie. »
« À terme, Sodexo projette d’ajouter des capteurs aux réverbères et aux poubelles, et nous avons déjà des expérimentations prévues avec des drones. »
Sont d’ores et déjà mis en œuvre le traçage par GPS des mouvements des véhicules, ainsi que des réseaux d’eau intelligents qui alertent les opérateurs sur le déclin des ressources ou sur la dégradation des canalisations à un point où elles requièrent une réparation.
Lire l’intégralité de l’article sur le site du Guardian (en anglais).

(...)

Le Guardian précise avoir tout d’abord été approché par Sodexo pour publier un article promotionnel sur les nouvelles expérimentations que la firme mettait en œuvre dans la zone de Pilbara. Lorsque les journalistes ont commencé à s’intéresser de plus près aux dispositifs effectivement mis en place et à leurs implications, Sodexo et Rio Tinto ont cherché à entraver leurs efforts. Suite à la publication de l’article du quotidien britannique, Sodexo a précisé que l’utilisation de drones n’était qu’un projet, et que les données collectées l’étaient conformément à la législation australienne.

Reste que l’entreprise française a clairement conçu son contrat australien comme un projet pilote qu’elle pourrait vendre ensuite à d’autres entreprises ou à des collectivités locales. Bienvenue dans le meilleur des mondes.

27 déc. 2016

Actions contre le dumping en kit (2)

Partout en Europe, les syndicats se battent contre les pratiques criminelles de dumping social et salarial d'Ikea pour transporter ses produits. Un conducteur lituanien vient de décéder d'épuisement du fait de ces pratiques esclavagistes (et employistes). Les syndicats ont prévu tout une série d'action (nous avions relayé une action aux Pays-Bas ici).

Le dumping social en cours en Europe (sous les noms de "travail détaché" et de "sous-traitance") est une forme d'esclavage employiste particulièrement odieuse. Si vous voulez voir à quoi ressemblent les malheureux qui y sont réduits, il vous suffit de traîner sur une aire de repos d'autoroute, le soir.

Extrait de l'article  de Marion d'Allard dans l'Humanité disponible ici à l'occasion d'une action syndicale à Metz.

La Fédération internationale des travailleurs des transports multiplie les actions pour faire reconnaître la responsabilité de la multinationale suédoise en ce qui concerne les conditions de travail déplorables de ses transporteurs sous-traitants.

Le 17 octobre dernier, un routier lituanien était retrouvé mort sur le parking d’Ikea à Metz (Moselle). Employé par la compagnie néerlandaise Samskip, sous-traitante du géant suédois, il est le macabre symbole d’un système inhumain qui a érigé la rentabilité en dogme, au mépris des conditions de vie et de travail de milliers de conducteurs. Un système rendu possible par la législation communautaire, via la directive sur le travail détaché, contournée allégrement par les multinationales.

Le scandale de la sous-traitance en cascade, dénoncé à de multiples reprises par les syndicats du secteur, a atteint, ce jour d’octobre, son paroxysme. En réaction, et à l’appel de la Fédération internationale des travailleurs des transports (ITF), les actions revendicatives se sont multipliées cette semaine aux Pays-Bas, en Allemagne, en Belgique… Hier, c’est à Metz, sur le site du plus gros entrepôt Ikea d’Europe, qu’une vingtaine de routiers se sont rassemblés à l’appel de la CGT, du syndicat belge FGTB et du néerlandais FNV. « Les conducteurs, qui garantissent l’économie d’Ikea, sont plus occupés à survivre au jour le jour qu’à conduire », déplore Lars Lindgren, président du syndicat suédois des travailleurs des transports, cité par l’ITF, qui appelle une nouvelle fois la multinationale suédoise à prendre en compte les conditions de travail des salariés qu’emploient ses fournisseurs. « Ikea est le donneur d’ordres, il doit passer à l’action pour stopper ces abus », assènent les syndicats européens.

«Ikea fait travailler pour son compte des dizaines de boîtes de transport routier. Une grande partie de ces entreprises ont leurs sièges sociaux en République tchèque, en Hongrie ou en Slovaquie, et embauchent aux conditions des pays de l’Est. Les autres sont des entreprises françaises, comme XPO Logistics – ex-Norbert Dentressangle –, qui créent des filiales dans les pays de l’Est au prétexte d’une activité économique sur place et envoient en réalité les salariés de ces filiales sur les routes d’Europe de l’Ouest », explique Alain Sutour, responsable internationale à la CGT transports. Victimes du contournement des règles européennes, « ces conducteurs sont payés au tarif du pays d’origine, soit environ 200 euros mensuels auxquels s’ajoutent 600 euros maximum de défraiement », poursuit le syndicaliste. En tout donc, 800 euros pour travailler et vivre en France ou en Allemagne. Leur mission dure « de trois à six mois », précise Alain Sutour, « ils dorment dans leur cabine, mangent au cul du camion, dehors même en plein hiver, préparent leur repas sur un réchaud, dans les odeurs d’échappement et de gasoil »… Pis, alors que la loi communautaire exige qu’une nuit de repos hebdomadaire soit prise à l’hôtel, « cette mesure n’est strictement jamais appliquée », poursuit le syndicaliste. Selon les dernières informations, le conducteur lituanien décédé à Metz a succombé à un infarctus. « Il avait 60 ans, trente ans de route derrière lui dans les conditions dont je viens de parler, loin de chez lui, sans pouvoir se soigner, seul toute l’année », déplore Alain Sutour.

19 déc. 2016

Une grève pour le salaire

Les agents de sécurité du privé se sont mis en grève début novembre dernier pour augmenter leurs salaires et améliorer leurs conditions de travail. Au détour d'un article de BFM, on apprend ce qu'ils ont sur le cœur.

Extrait de l'article disponible en ligne ici:

Les agents de sécurité du privé se mettent en grève à partir de ce mercredi à l'appel de l'intersyndicale CGT, CFTC et Unsa. Des rassemblements sont prévus à Paris-La Défense, Bordeaux, Lyon, Rouen, Toulouse ou encore Marseille. Un débrayage pour réclamer de meilleures conditions de travail et une augmentation de leurs salaires. Car depuis les derniers attentats et dans le contexte de menace terroriste actuel, ils sont, avec les forces de l'ordre, en permanence sur le qui-vive. Et certains salariés sont tout simplement à bout.

"A la fin du mois, vous tirez la langue"

C'est le cas de Thierry, agent de sécurité incendie dans un immeuble de bureaux tout près de la Tour Eiffel. Depuis les attentats, il a de nouvelles missions comme le contrôle des accès et la vérification des sacs. Des missions pour lesquelles il n'est pas formé. "Ça peut être dangereux, alerte-t-il. Si vous tombez sur une personne déterminée, vous ne pouvez pas l'arrêter. Une personne armée d'un couteau, je ne me vois pas l'arrêter comme ça. On nous demande de faire plus à ce niveau-là. Je le comprends par rapport aux attentats mais, là, ça ne rentre plus dans notre domaine".
S'ajoute à cela l'amplitude horaire: 12 heures de travail par jour pour un salaire peu conséquent: "Je gagne 1.400 euros bruts par mois. Avec un tel salaire, à la fin du mois, vous tirez donc la langue. J'aimerais donc être reconnu dans mon domaine comme un policier doit être reconnu dans son domaine. C’est-à-dire faire mon métier et pouvoir en vivre". Ce mercredi donc, comme beaucoup de ses collègues, Thierry participe à la mobilisation, pour demander une augmentation de salaire de 10%.

La grève peut payer

Paris Lutte-info nous fait savoir que la grève des postiers et des postières dans le treizième a été payante (ici). Bien sûr, on peut discuter des résultats concrets de la grève en termes anti-employistes mais une chose demeure certaine: une grève peut être victorieuse. À bon entendeur ...

Extrait
La direction du Réseau de Paris Sud voulait imposer une nouvelle réorganisation mortifère en fusionnant des bureaux de poste, entraînant un accès à nouveau réduit pour les parisien·nes, suppressions d’emplois et réduction des horaires d’ouverture ainsi que l’augmentation de la charge de travail. Ce plan a échoué.
La direction du Réseau de Paris Sud voulait imposer une nouvelle réorganisation mortifère en fusionnant des bureaux de poste, entraînant un accès à nouveau réduit pour les parisien·nes, suppressions d’emplois et réduction des horaires d’ouverture ainsi que l’augmentation de la charge de travail. Bref, tout bénéf pour la direction, pas échaudée pour un cent par l’échec patent (à défaut d’être définitif) de la réorganisation du 92 et du 91 s’il n’y avait eu une grève déterminée entamée le 7 septembre et une victoire actée lundi 17 octobre sur toutes leurs revendications. Par exemple, il y a désormais 1 absence longue durée remplacée et 2 embauches en CDI en plus par rapport à avant la grève, ce qui est du jamais vu à Paris : dans le 92, les grévistes avaient « simplement » obtenu quelques « CDIsations » d’intérimaires et de CDDs. Cette lutte a été victorieuse grâce à une solidarité sans faille des autres postièr·es parisien·nes et des usagèr·es et une stratégie claire d’affrontement sans négociation avec la direction ainsi que la volonté dès le départ d’étendre de la grève : les milliers de signatures de pétitions et les milliers d’€ récoltés en soutien aux grévistes [1] est une validation grandeur nature de la validité de cette stratégie à l’heure où la direction de la Poste espère toujours arrriver à fermer 19 bureaux d’ici fin 2016 à Paris intra-muros. Ce résultat doit inspirer les autres luttes en cours comme celle dans le 18e, autour du bureau de la rue Tristan-Tzara.

5 nov. 2016

Agent d'insécurité

Basta nous emmène chez les agents de sécurité. Le verdict est impitoyable:
Plan Vigipirate et mesures de prévention anti-terroristes obligent, les entreprises de sécurité privée embauchent. La liste des tâches confiées à leurs employés s’allonge : de la sécurité incendie à l’inspection des coffres de voitures, de la surveillance nocturne d’un site à la fouille des sacs des visiteurs à l’entrée d’un magasin ou lors d’un concert... Ces missions de prévention et de sécurisation cachent pourtant une grande précarité : salaires en dessous du Smic, absence de formation adaptée, turn-over massif, dans un secteur qui enregistre l’un des plus hauts taux de fraudes aux cotisations patronales. Enquête sur le moins-disant social de la sécurité.
 Le reportage sur le terrain est accessible ici.

29 oct. 2016

Une multinationale indigeste

Les multinationales, c'est bon pour l'emploi, c'est bien connu. C'est pour cela qu'on leur taille des lois sur mesure, qu'on leur fait des cadeaux fiscaux dans des pays complaisants, qu'on ne les poursuit pas pour leurs crimes et qu'on leur concocte des traités sur mesure.

Tout cela au nom de l'emploi. L'Humanité nous emmène chez Cargill à l'occasion d'une fermeture d'une usine du Nord délocalisée en Bulgarie.

Tour du propriétaire de l'article disponible ici:

Hallucinant tout ce que les salariés de l’industrie agroalimentaire produisent avec l’amidon issu des céréales ! Du papier, du lait pour bébé, du Nutella… Danone, Nestlé sont parmi les gros clients de l’usine d’Haubourdin, dans le Nord (350 emplois), qui vit dans les ­effluves de maïs depuis 1889. Effarant ce qui s’y passe depuis que le groupe américain Cargill a fait main basse sur la boîte en 2002, liquidant plus de 70 emplois au coup par coup sans plan social ! Atterrant, le témoignage des salariés actuellement en lutte ! Parce que 26 d’entre eux sont virés, cette fois dans le cadre d’un plan dit « de sauvegarde de l’emploi », avec quelques poignées d’euros de prime extralégale. Cargill n’a cure des hommes et de l’économie locale. Il est plus immédiatement lucratif de délocaliser les services achat, gestion logistique, facturation et ressources humaines, le service paye, en Bretagne et à Sofia, en Bulgarie ! Assemblée générale, barrages filtrants, grève… pour être (au moins) lourdés dignement. On en est là.

« Il y a tout ici pour créer une filière d’avenir »

« Ras le bol ! Les négociations n’avancent pas. Ils ont osé nous proposer de postuler en Bulgarie pour 150 euros par mois, déménagement payé. La plupart d’entre nous ont un savoir-faire de pointe et un haut niveau de diplôme. La lutte va se durcir. Dans le dialogue, on n’arrive à rien. On est obligé de se radicaliser socialement », prévient gentiment Yannick Rabaey, l’un des élus CGT de l’entreprise, lui-même concerné par la suppression du poste de travail qu’il occupe depuis vingt-deux ans.
Ici, c’est pas Alstom. On n’imagine même pas s’adresser au président Hollande ou à son gouvernement, qui, jusqu’à maintenant, n’ont rien trouvé de mieux que de verser 1,2 million d’euros à Cargill au titre du crédit d’impôt compétitivité emploi en échange de… rien !
« Il y a tout ici pour créer une filière d’avenir. Au pied de l’usine, le canal permettrait le transport fluvial et le lycée professionnel pourrait former les jeunes aux métiers spécifiques de la transformation des céréales… », s’insurge Yvon Quintin, militant local du PCF. Mais les décideurs de Cargill sont perchés tout là-haut, loin, loin, loin de cette bourgade de la banlieue lilloise.
Deux fois le chiffre d’affaires de Mc­Donald’s et Coca-Cola réunis. L’ogre de l’agroalimentaire, qui est aussi la plus grande entreprise privée des États-Unis, est implanté dans 67 pays, emploie 143 000 personnes et la discrète famille qui dirige le groupe compte pas moins de 14 milliardaires ! Des richesses qui puisent leur origine jusque dans les assiettes des peuples, car, tout en remplissant celles de certains consommateurs, Cargill vide celles de populations entières. Dans le partage du monde tel que le groupe le conçoit dans sa stratégie de recherche de profits à tout prix, Cargill a divisé le travail. La Côte d’Ivoire produit le cacao, l’Ukraine le blé et le Brésil cultive le soja. C’est d’ailleurs en se rendant dans ce pays et aux États-Unis que la journaliste Stenka Quillet a pu constater les dégâts occasionnés par la société : monoculture de soja, disparition de fermes familiales, etc. En s’accaparant les terres des paysans, ceux-ci sont contraints à l’exode et à la pauvreté, tandis que les fermes-usines gérées entièrement par Cargill génèrent des pollutions aux conséquences funestes, à l’image de cet élevage de milliers de ­cochons dans l’Arkansas dont l’épandage de lisier menacerait la rivière Buffalo, « le joyau de l’Arkansas ».

19 oct. 2016

Tour d'Europe des lois "travaille"

Le CADTM offre une synthèse des diverses loi "travaille" (ici, en français, sous forme audio de plus d'une heure).

Une écoute malheureusement pertinente.
Royaume-Uni, Italie, Espagne, Grèce, France, Slovaquie, Portugal, Roumanie, etc. sont autant de pays qui ont vu leur code du travail être profondément transformé ces dernières années sous la pression d’acteurs malheureusement trop connus comme la Commission européenne ou encore le FMI. L’obtention de prêts, l’adhésion à l’Union européenne, l’amélioration de la compétitivité et la flexibilité des travailleurs, sont autant de prétextes qui ont poussé les différents gouvernements européens à appliquer ces réformes du droit du travail au profit du grand capital sans sourciller, parfois même en désavouant complément sa population pourtant massivement mobilisée.

Monsanto en procès

Dans Libération (ici) Coralie Schaub nous rend compte du procès "pour de faux mais avec de vrais professionnels" contre la multinationale.

Extrait
Un gros cœur rouge est imprimé sur son haut noir. Elle est grande, se tient droite, elle s’avance à la barre, prend une profonde inspiration et se lance : «C’est un honneur d’ouvrir la longue marche des victimes de Monsanto. Vous allez entendre beaucoup de chiffres, aussi je me suis permis de mettre un visage sur les statistiques.» Sabine Grataloup tend aux juges une série de photos. L’une montre un nouveau-né intubé, les mains attachées, une sonde dans l’estomac. Une autre, une bouille au sourire doux, de beaux yeux bleus… et un gros trou dans le cou. «Voici Théo, mon fils. Il y a neuf ans, il est né avec une malformation grave de l’œsophage. Il a dû être opéré en urgence pour séparer les systèmes digestif et respiratoire. Son larynx aussi était malformé, on lui a donc aussi fait une trachéotomie. Depuis sa naissance, il a subi cinquante opérations.»
Elle évoque la «somme énorme de souffrances accumulées», les difficultés que Théo a toujours pour respirer ou parler, le risque vital permanent, le handicap social, la famille meurtrie.

Cathédrale

Sabine Grataloup ne s’exprime pas devant une juridiction classique. Samedi, cette Iséroise est venue témoigner devant le Tribunal international Monsanto dans le cadre d’un procès citoyen sans reconnaissance officielle organisé à La Haye, aux Pays-Bas, à deux pas de la Cour pénale internationale (CPI). Mais elle s’adresse à de vrais juges.
(...)
Les juges le savent, leur mission est de livrer une opinion juridique sur six questions. La firme Monsanto a-t-elle, par ses activités, porté atteinte au droit à un environnement sûr, propre, sain et durable ? A-t-elle porté atteinte au droit à l’alimentation ? Au droit à la santé ? Aux libertés d’expression et de recherche scientifique ? S’est-elle rendue complice de crimes de guerre en produisant le défoliant «agent orange» utilisé par l’armée américaine au Vietnam ? Enfin, ses activités pourraient-elles constituer un écocide, soit le fait de détruire l’environnement au point de compromettre la vie sur Terre ?
(...)
Damián Verzeñassi, un docteur en santé publique argentin qui a mené une vaste enquête épidémiologique dans son pays, atteste à la barre d’une hausse spectaculaire des cancers, fausses couches et malformations congénitales. Entre 2010 et 2014, ces dernières concernaient 17,9 naissances sur 1 000, contre 8,8 sur 1 000 entre 2000 et 2004. «La majorité des malformations touchent la ligne médiane du corps», observe-t-il, citant les effets du glyphosate, qui interdit l’expression normale de gènes permettant la constitution de notre morphologie. Les mêmes malformations qui touchent Théo, Martina, les amphibiens du professeur Carrasco… Ou les porcelets d’un éleveur danois venu lui aussi témoigner, photos à l’appui, où l’on voit des animaux nés avec des moignons en guise de pattes, sans anus, sans yeux ou avec deux têtes.
Devant les juges, défilent encore apiculteurs mayas, agriculteurs australiens, burkinabés, indiens ou canadiens, tous très remontés contre Monsanto, accusée de «collusion» avec des gouvernements qui protégeraient davantage les intérêts privés que leurs citoyens. Seuls les Sri Lankais ont réussi à obtenir l’interdiction du glyphosate dans leur pays après la mise en lumière du lien entre le produit et une épidémie de maladie rénale responsable de la mort de 24 800 producteurs de riz entre 1994 et 2014.
La cour rendra son avis consultatif au plus tôt le 10 décembre, journée internationale des droits de l'Homme. Le petit Théo, lui, n’attendra pas jusque-là pour subir sa 51e opération. Ce sera ce jeudi, à l’hôpital Necker à Paris.

12 oct. 2016

Employés sans paie

Le propriétaire lucratif filoute et ce sont les employés qui trinquent. Une dérive classique de la propriété lucrative. Rappelons que le groupe Carrefour, c'est près de 77 milliards d'euros de chiffre d'affaire en 2015.

Extrait de l'article de l'Humanité (ici) qui nous raconte l'histoire de ces employés sans paie
Laissés sans paye depuis juin par leur employeur, 47 salariés de 8 boutiques du groupe Carrefour devront encore patienter avant d’obtenir la liquidation de la société, qui leur permettra de trouver un autre emploi.

Encore une semaine à attendre. Une dernière semaine qui paraît très longue aux 47 salariés des 8 magasins Dia privés de salaire depuis le 20 juin dernier. Le tribunal de commerce de Paris a en effet repoussé hier à jeudi prochain l’annonce potentielle de la liquidation de Gastt Expansion, la société mère de ces 8 boutiques. Une liquidation que les salariés appellent de leurs vœux afin de pouvoir retrouver un travail… et un salaire. Le PDG de l’entreprise, Adam Kuzmicz, ne verse plus un centime à ses employés depuis trois mois, arguant que les fonds seraient « bloqués en Allemagne », sans toutefois les licencier, ce qui empêche les salariés de s’inscrire à Pôle emploi ou de trouver un nouvel emploi.

« On ne comprend pas la décision du juge », a lâché Sandrine Saroul, élue FGTA-FO au CCE de Gastt, qui estime que les salariés concernés seront encore prisonniers une semaine de leur employeur fantôme. « Le tribunal de commerce veut que Carrefour (qui a cédé à Gastt les 8 magasins en mai – NDLR) prenne des engagements pour reclasser les employés concernés dans cet intervalle », explique l’avocate des salariés, Me Rebut-Delanoë. Une garantie d’emploi qui pourrait satisfaire ses clients, sauf que, d’après eux, l’enseigne de la grande distribution aurait déjà pris ces engagements. « Certains salariés avaient déjà passé des entretiens d’embauche », affirme Sandrine Saroul.