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14 déc. 2017

Guerre au salaire: photo finish

Bastamag fait l'inventaire des mesures anti-salariales de cette dernière décennie en Europe. Inventaire incomplet mais déjà vertigineux.

Extrait de l'article (en ligne ici, très intéressant, pour aller plus loin, voir ce site - en anglais, dispo aussi en français)

L’Allemagne, la Grèce, l’Italie, la Roumanie, ou encore l’Espagne... Et maintenant la France. Ces dix dernières années, la plupart des pays de l’Union européenne ont subi de profondes réformes du droit du travail. Officiellement, au nom de la lutte contre le chômage. Mais les études réalisées depuis, y compris par les institutions les plus libérales, sont unanimes : leur impact sur l’emploi a été minime. En revanche, ces politiques se sont traduites par une explosion de la précarité et une baisse des rémunérations pour les salariés. Basta !, en collaboration avec les journalistes d’Investigate Europe, vous propose une enquête grand format sur le hold-up des « réformes structurelles ».

En Allemagne:

Pourtant, le mythe du miracle allemand de l’emploi est trompeur. Certes, le nombre de personnes actives a augmenté de plus de 10 % entre 2003 et fin 2016, passant de 39 à 43 millions. Mais ce résultat n’a été atteint que par le remplacement d’emplois à temps plein par des temps partiels et des mini jobs. En réalité, le nombre d’heures travaillées n’a pas du tout augmenté jusqu’en 2010 ; le travail a seulement été réparti entre davantage de personnes. En outre, depuis 2011, le nombre d’heures travaillées a augmenté beaucoup plus lentement que l’emploi, et reste en deçà du niveau du début des années 90.
Résultat : en 2016, 4,8 millions de personnes en Allemagne vivaient exclusivement de « mini jobs ». Et 1,5 million de personnes supplémentaires occupent des emplois à temps partiel imposé. Sans oublier environ un million d’employés temporaires ou intérimaires, et plus de deux millions de personnes auto-employées, dont la plupart n’a pas assez de travail.
En Pologne:

Mais c’est peut-être en Pologne que la sécurité de l’emploi a été la plus durement frappée. Pour rendre le pays encore plus attractif vis-à-vis des investisseurs internationaux après son entrée dans l’UE, le gouvernement de Varsovie a apporté en 2004 sa propre innovation dans le secteur des contrats précaires : tous les salariés seraient désormais employés à durée déterminée, et pourraient être renvoyés à tout moment sans avoir à fournir de justification particulière.
En parallèle, le gouvernement polonais a favorisé une expansion massive des contrats limités à des projets particuliers, en dehors du droit du travail. Les personnes concernées se voient refuser toute assurance maladie et toute protection sociale. Elles ne bénéficient pas non plus du salaire minimum. Des multinationales aux PME, de nombreux employeurs se sont rués sur l’aubaine. De sorte qu’aujourd’hui, plus d’un tiers des actifs polonais travaille sans sécurité ou pour des salaires de misère, davantage que dans tout autre pays de l’Union européenne. La législation polonaise sur le travail constitue un « retour au 19ème siècle », s’indigne Adam Rogalezski, secrétaire pour l’Europe de la confédération syndicale polonaise OPZZ.

La Grèce:

C’est ainsi qu’en octobre 2011, par exemple, Pierre Deleplanque, patron du producteur de ciment Heracles, lui-même filiale du leader mondial des matériaux de construction Lafarge, a pu transmettre directement ses exigences au chef de la délégation du FMI à Athènes, après un rendez-vous privé avec les fonctionnaires de la troïka. Le journal grec Efimerida ton Sinakton, partenaire d’Investigate Europe, a révélé la teneur de ce document confientiel. Le cadre de Lafarge y demande, outre « la suspension des accords salariaux de branche », l’abolition des accords salariaux en vigueur dans les grandes entreprises « afin de favoriser les accords individuels » et supprimer ainsi toute protection collective pour les employés (sur ce sujet, lire notre article ici).
Tous ces vœux ont été exaucés. Les contrats associés aux prêts d’urgence à la Grèce, intitulés « protocoles d’accord », stipulaient que désormais les salariés pourraient être licenciés en ne recevant qu’une compensation minimale. Les accords salariaux nationaux ou de branche qui avaient été la norme jusqu’alors furent abolis. Aujourd’hui, les négociations ont presque systématiquement lieu à l’échelle de chaque entreprise, le plus souvent directement avec les salariés, sans passer par les syndicats.
De nouvelles lois « ont donné aux employeurs le pouvoir de prendre des décisions unilatérales », comme « la conversion de contrats traditionnels à temps plein en contrats précaires », ont conclu des chercheurs de l’Université de Manchester dans une étude ultérieure, financée – ironiquement – par la Commission européenne. Selon cette étude, d’innombrables contrats permanents ont été transformés depuis 2011 en contrats à temps partiel et à durée déterminée, et dans quatre cas sur cinq sans l’accord des personnes affectées. Le projet visait à rendre l’emploi moins sécurisé, et les salaires ont chuté de 23 % en moyenne.
La Roumanie:

40 % des employés roumains au salaire minimum : 318 euros par mois

Résultat : un droit du travail permettant aux entreprises de passer leurs employés à temps plein sous des contrats à temps partiel, de proposer des nouveaux contrats à durée déterminée, et de recourir sans aucune restriction aux intérimaires. Dans le même temps, à l’initiative de la Commission européenne, le gouvernement roumain a supprimé tout dialogue social à l’échelle nationale, laissant la négociation des nouveaux contrats à la discrétion des employeurs.
Le système de négociation collective qui prévalait jusqu’alors, s’appliquant à 90% des salariés, « a été pratiquement anéanti », déplore Petru Dandea, secrétaire de la confédération syndicale Cartel Alfa. Les représentants élus du personnel ont également perdu toute protection contre le licenciement, tout comme les employés qui osaient faire grève. En conséquence de ces réformes draconiennes, les salaires ont subi une telle dégringolade que désormais 40% des salariés roumains ne touchent que le minimum légal (318 euros mensuels). « Nous sommes payés comme si nous étions un pays de travailleurs non qualifiés », résume le syndicaliste roumain.
La Commission européenne en a pris bonne note. Lorsqu’un gouvernement ultérieur à Bucarest a annoncé en 2012 qu’il souhaitait encourager à nouveau les accords salariaux nationaux contraignants, les émissaires du commissaire Olli Rehn, avec ceux du FMI, ont mis leur veto. « Nous pressons fortement les autorités de s’assurer que les accords collectifs nationaux ne contiennent pas d’éléments relatifs aux salaires et ne remettent en cause les progrès obtenus avec le nouveau code du travail adopté en mai 2011 », ont-ils écrits au gouvernement. En plein accord avec la Chambre du Commerce des États-Unis, qui a elle aussi signé une lettre de protestation. Le gouvernement a dû faire machine arrière.
 En Belgique et en France, la casse du droit social et la guerre au salaire sont en cours (baisse des retraites, transformation des cotisations sociales en impôt, diminution des droits salariaux au chômage, flexibilisation du droit du travail, généralisation de la négociation au niveau de l'entreprise, etc.).

Tout cela sans absolument aucun résultat sur l'emploi, donc.

Ces quelques traits de l'Europe des actionnaires et des grands patrons donnent une idée des causes de l'impopularité de cette entité politique auprès de ses populations. Et si on essayait l'Europe salariale, l'Europe du droit social, l'Europe de la socialisation des outils de production, l'Europe des coopératives, l'Europe des idéaux politiques, de l'ambition sociale et économique?

19 oct. 2016

Tour d'Europe des lois "travaille"

Le CADTM offre une synthèse des diverses loi "travaille" (ici, en français, sous forme audio de plus d'une heure).

Une écoute malheureusement pertinente.
Royaume-Uni, Italie, Espagne, Grèce, France, Slovaquie, Portugal, Roumanie, etc. sont autant de pays qui ont vu leur code du travail être profondément transformé ces dernières années sous la pression d’acteurs malheureusement trop connus comme la Commission européenne ou encore le FMI. L’obtention de prêts, l’adhésion à l’Union européenne, l’amélioration de la compétitivité et la flexibilité des travailleurs, sont autant de prétextes qui ont poussé les différents gouvernements européens à appliquer ces réformes du droit du travail au profit du grand capital sans sourciller, parfois même en désavouant complément sa population pourtant massivement mobilisée.

26 juil. 2015

L'horreur touristique

In memoriam

Yiorgis dans La Brèche (ici, en français) nous parle du tourisme dans la Grèce après les récents accords obtenu sous la pression d'un effondrement bancaire par les créanciers de ce pays.

Visiblement, la troïka, la commission européenne, les ministres de l'eurogroupe ou le FMI ont un effet catastrophique sur l'emploi et les salaires. Rappelons que les marges du secteur sont considérables et que les propriétaires lucratifs des agences de voyage prospèrent.

Extrait

Le tourisme est, dans le capitalisme grec, fortement marqué par les services, un secteur fort important: 25 millions de touristes prévus en 2015, soit 1 million de plus qu’en 2014, année record. Les mois de juillet, août et septembre concentrent quelque 60% des arrivées. L’ensemble de la branche emploie environ 700’000 personnes, dont une large majorité de salarié·e·s. La hausse de la TVA, incluse finalement dans les accords du 13 juillet, a fait la une de la presse internationale. Par contre, moins d’articles ont été consacrés à la baisse des salaires dans ce secteur, très forte dès 2012, et aux conditions de travail. L’attaque des employeurs à l’occasion du deuxième mémorandum de 2012 avait suscité, en juin, un appel à la grève motivé de la sorte: «Les employeurs utilisent ouvertement l’avalanche de mesures [liées au mémorandum] qui écrasent les droits sociaux et humains des travailleurs et exiger ainsi avec violence leur soumission.»


Selon une enquête effectuée en juillet 2014, la hausse du nombre de salariés n’ayant pas de couverture sociale, dans l’hôtellerie, la restauration et les bars, est apparue «foudroyante». «Dans diverses îles des Cyclades, les employés logent dans des caves, travaillent sans assurances et les licenciements sont aussi courants que le changement de personnel.» (Protothema, 17 juillet 2014) Les employés disposant d’une qualification sont engagés comme «travailleurs non qualifiés» avec un salaire brut mensuel de 580 euros. Le miracle grec du tourisme n’est pas partagé par tous.
Malgré le chômage interne qui est un bras de levier pour l’abaissement des salaires, un secteur de l’industrie touristique fait appel à une main-d’œuvre immigrée. Et pas seulement dans la blanchisserie pour les hôtels. L’article publié ci-dessous représente la pointe de l’iceberg. Comme le souligne l’auteur, le silence des médias grecs et internationaux est quasi total sur les tréfonds de l’industrie touristique, certes placée sous la surveillance du Code d’éthique (sic) de la World Tourism Organisation dont l’article 2 affirme: «Le tourisme comme véhicule pour l’épanouissement individuel et collectif». L’article 9 est consacré aux «droits des travailleurs et entrepreneurs de l’industrie du tourisme». Un code adopté par la SETE. (Rédaction A l’Encontre)
*****
Une jeune fille ukrainienne, qui a travaillé ces deux derniers mois dans un hôtel de Laganas [station sur une île touristique réputée, desservie par l’aéroport international de Zakynthos], est morte par épuisement. La surcharge de travail a porté atteinte à sa santé, son corps ne supportait plus ce poids, d’autant plus qu’elle souffrait d’asthme. Du jour où elle a commencé à travailler, les journées de 12-13 heures se succédaient, sans un seul jour de congé, jusqu’à ce qu’elle s’effondre. Malheureusement, elle a rendu son dernier souffle à l’hôpital. Elle y a été présentée… comme une apprentie.
Voici le côté obscur de la «success story» du tourisme, a indiqué le président de la Fédération des travailleurs de l’alimentation et du tourisme, Panagiotis Prountzos, parlant sur la radio Rouge (105,5) avec Spiros Gerardis, à l’occasion de la mort de la jeune travailleuse. «Il y a un vrai commerce régulier “d’esclaves”, organisé par des firmes de travail intérimaire qui cherchent des “stagiaires”, venant souvent des pays de l’ancien “bloc de l’Est”.» P. Prountzos a souligné que le salaire moyen se situe généralement à hauteur de 300 euros par mois.
«Seulement la souffrance peut exprimer nos sentiments à propos de la mort de la femme de chambre dans un hôtel de Zakynthos», déclare dans un communiqué la section SYRIZA du secteur du tourisme. Il indique que «la jeune immigrante en provenance de l’Ukraine a été qualifiée d’«apprentie» par le réseau de trafiquants d’esclaves pour les employeurs des grandes chaînes hôtelières grecques».
La doctrine néolibérale de la flexibilité du travail, afin de l’adapter aux besoins du marché, montre ici son vrai visage: réduire des coûts de production et intensifier le travail jusqu’à ce que les salarié·e·s soient épuisés, «exterminés» physiquement. Il se trouve, indique la section de SYRIZA, que les armées d’«apprentis» et de «stagiaires» des programmes d’aide (au moyen de bons – voucher) mis en place pour «l’intégration» de jeunes dans le «monde du travail» constituent la base réelle pour la «compétitivité des produits grecs» [ce système a été mis en place lors du mémorandum de 2012 et concernait initialement quelque 45'000 jeunes].
Il est caractéristique que dans le même temps les partenaires dits sociaux  qui sont bavards et plus particulièrement diserts sur d’autres questions (par exemple, les privatisations) n’ont pas écrit le moindre mot à propos de la mort de la jeune fille. Un silence similaire a été conservé par les médias traditionnels, car ils sont seulement concernés par le tourisme et ne veulent pas intimider l’opinion publique.

17 juin 2015

Appel

Le feuilleton grec continue.

Nous rappelons que les créanciers de toute dette ont prêté un argent qu'ils ont piqué d'abord. Non seulement, il n'y aucune raison pour leur rembourser le moindre centime mais il faut s'ingénier à éviter qu'ils ne nous piquent de nouveau notre argent pour nous le prêter avec des intérêts par la suite.
Nous appelons au défaut de la Grèce, nous appelons au défaut de tous les pays d'Europe. Nous appelons à laisser les banques et les bourses, nous appelons à récupérer les titres de propriété des bourses "à la pelle et au balais" comme le dit le sémillant Frédéric Lordon.

C'est la propriété lucrative, le droit d'accaparement de la valeur produite par autrui au nom de la propriété, qui permet aux voleurs d'opérer. Pour éviter les dettes, il est donc nécessaire d'abroger la propriété lucrative.

D'autre part, le peuple grec est martyrisé de manière scandaleuse. Ce sont nos sœurs, ce sont nos frères qui sont condamnés à la stagnation sociale, à l'inaction, à la misère, à la dégradation de leurs soins. Nous rappelons que les salaires - individuels ou socialisés par la sécurité sociale - sont à la source de toute richesse, comme, d'ailleurs, l'illustre tragiquement l'exemple grec puisque les salaires, les pensions ont fondu de la même façon que la valeur ajoutée créée collectivement.

Nous appelons à un investissement massif en Grèce (et en Europe, d'ailleurs) dans les salaires, notamment dans les salaires socialisés. Nous appelons à financer cet investissement dans un salaire universel grec (et européen) par la création monétaire et par la cotisation généralisée.

Nous appelons à la socialisation des moyens de production, nous appelons à la démocratisation de l'économie. Nous appelons à la suppression des institutions anti-démocratiques qui martyrisent le peuple grec et bafouent les principes de diplomatie, de respect entre les peuples les plus fondamentaux. Nous appelons à la démocratisation de la banque centrale, au débat public sur la création monétaire, sur l'inflation. Nous appelons à la fin des retraites par capitalisation et à l'universalisation de la sécurité sociale au niveau européen.

Nous saluons la résistance exemplaire des Grecs, que ce soit les instances dirigeantes, entre conciliation, implication des autres peuples européens et nécessités politique, sociale et économique intérieur.

Nous exprimons notre sympathie pour tous les peuples en souffrance sur notre vieux continent, pour les Grecs sans perspectives, pour les Allemands condamnés à travailler pour rien, harcelés, pour les Belges exclus des prestations chômage à l'heure où la conjoncture installe durablement le chômage de masse, pour les Anglais pris dans des contrats de travail esclavagistes, pour les Espagnol naviguant entre salaires de misère et chômage de masse, pour les Italiens et pour les Français qui voient leurs plus belles conquêtes, leurs plus belles luttes disparaître sous l'imbécile docilité de pouvoirs sans imagination et sans légitimité, pour les Européenne en général, pour les mères de famille célibataire, pour les pauvres, pour les déclassés, pour les lourdés, pour les fonctionnaires qui partout en Europe pâtissent de l'incurie des élites, de leur avidité, de leur promptitude à servir les puissants.

Nous appelons à la résistance, partout sur le continent, nous affirmons la légitimité de toutes les luttes pour le droit, pour la justice, pour le salaire et pour l'avenir. Cette résistance s'impose à l'heure où nos ressources sont menacées, où notre agriculture est menacée, où nos salaires et nos droits sont menacés.

Nous appelons à construire un monde ensemble. Nous appelons à nous unir, à croire les uns dans les autres. Nous appelons à notre monde. Du fond de la nuit, puissions-nous trouver le jour, inspirés par les ancêtres et leurs luttes courageuses, portés par l'impératif de justice et assurés de nos rêves.

Ils n'ont que l'argent. Nous avons les rêves, l'amour, le savoir-faire, les compétences. Nous avons le temps.

12 mars 2015

L'emploi appauvrit

Mais oui: plus on travaille en emploi, plus on est pauvres et moins on travaille en emploi plus on a de salaire.
Ce n'est pas de l'emploi qu'il faut (ou alors vraiment le moins possible) mais du salaire.
N'hésitez pas à faire suivre aux syndicats qui braient: "de l'emploi, de l'emploi".

Les Grecs travaillent le plus d'heures en Europe. Heures de travail moyennes par semaine dans des pays de l'Union Européenne en 2013.

4 mars 2015

L'or ou la vie?

Les citoyens de Chalcidique ont choisi la vie avec l'aide de Tsipras nouvellement élu et toute notre sympathie. Bien sûr le projet minier apocalyptique faisait prévaloir un argument ultime: l'emploi.

Extraits de l'article de l'Humanité d'Eugénie Barbezat, ici.

Eldorado Gold, multinationale canadienne, voulait passer en force pour exploiter une mine d’or à ciel ouvert dans la péninsule. S’appuyant sur un fort mouvement d’opposition, Syriza vient 
de stopper ce projet délétère pour l’environnement et l’avenir économique de la région.
(...)

Avant que l’arrivée d’Alexis Tsipras au pouvoir ne marque un coup d’arrêt au projet, cette mine a constitué une source de conflit avec les populations locales, notamment parce que la montagne visée, le Kakavos, abrite les plus importantes réserves en eau douce de toute la région. Or, sans aucune concertation, et sous pression d’élus locaux intéressés, l’ancien gouvernement Samaras avait approuvé, en juillet 2011, « l’investissement » Eldorado Gold. En dépit de la très forte contestation de la communauté locale et des résultats des études d’organismes scientifiques indépendants, tels que la Chambre technique de Grèce-département de Macédoine et le conseil de l’environnement de l’université de Thessalonique, qui avaient émis des avis négatifs. En mars 2014, plus de 4 kilomètres carrés de forêt publique ont donc été cédés à l’entreprise en vue du creusement de la mine de Skouries. Protégée par une loi constitutionnelle, la forêt primaire ne peut être détruite en Grèce. Qu’à cela ne tienne… En plein mois d’août 2014, une loi ad hoc a été votée au Parlement selon une procédure express afin d’autoriser le déboisement. Aussitôt après, Eldorado Gold a entouré son site de fil de fer barbelé pour en décourager l’accès et l’arrachage des arbres a commencé. « Les forestiers locaux ont refusé de déraciner les arbres, l’entreprise a fait venir des ouvriers extérieurs pour le faire », explique Georgios Zoumpas, président du conseil municipal de Ierissos, le chef-lieu du canton, qui compte 90 % d’opposants à la mine et où l’on peut lire sur une affiche : « On ne vend pas notre avenir pour une poignée d’or ». De l’or dont ils ne verront pas la couleur car les règlements nationaux de l’industrie minière ne prévoient pas de droits d’exploitation pour les sites ni de redevances à l’État. La promesse de créer 2 500 emplois, sur huit ans, dans une région où le chômage est massif, ne suffit pas à convaincre les agriculteurs, éleveurs, pêcheurs, apiculteurs qui risquaient de ne plus pouvoir travailler à cause de la pollution irréversible de l’eau, de l’air et des sols engendrée par une exploitation de si grande ampleur. D’ailleurs, à proximité des anciennes exploitations, l’eau chargée en métaux lourds et en arsenic n’est plus potable.
« Cette mine à ciel ouvert est beaucoup trop importante pour notre petite région, s’inquiète Georgios Zoumpas. Si ce projet aboutissait, nous n’aurions aucun avenir, car il compromettrait toute production agricole locale et mettrait en danger la santé des hommes pour finalement obtenir une très faible quantité de minerai. En plus il faut savoir qu’un gisement est une ressource finie, une fois qu’ils n’auront plus rien à en tirer, d’ici une quinzaine d’années, les Canadiens partiront, laissant la région ruinée à tous points de vue. Ce n’est pas ce que nous voulons pour nos enfants », ajoute-t-il.

19 déc. 2014

L'austérité viole les droits de l'homme

Selon l'agence Belga reprise par le site de la RTBF (ici, en français).

Extraits

Les mesures d'austérité en Grèce ont engendré "une violation sans précédent des droits de l'Homme" depuis quatre ans, a dénoncé la Fédération internationale des Droits de l'Homme (FIDH) dans un rapport présenté jeudi à Athènes. 
(...)
Le rapport de la FIDH, rédigé suite à une enquête de terrain effectué en janvier 2014, montre comment les mesures d'austérité, dictées par les créanciers du pays, UE et FMI en échange des prêts internationaux à la Grèce, ont affecté "tous les droits de l'Homme, des droits sociaux à la liberté d'expression".
Les droits des travailleurs ont été mis à mal avec le salaire minimum ayant été réduit de 22% après le second prêt international octroyé au pays en février 2012. Le chômage atteint des records, s'élevant à 25,5% d'après les derniers chiffres publiés mardi, souligne ce rapport. Le système de santé a également été touché par les coupes budgétaires.
Les droits politiques et la liberté d'expression n'ont pas été épargnés, avec notamment la violence policière contre les manifestants, la montée des agressions xénophobes, et la fermeture de la télévision publique (ERT) en juin 2013.

28 nov. 2014

Chronique de l'esclavage européen

L'Humanité nous partage le témoignage d'un travailleur grec sous-traitant en France puis en Allemagne (ici, en français).

Il en aura fallu des justifications pseudo-anthropologiques, des prêtres des marchés aux heures de grande écoute, des lois, des institutions, des réunions de groupes de pression pour en arriver là. Les droits de l'homme, les droits de la femme s'arrêtent là où commence l'emploi.

Extrait

Dès le lendemain 7 heures, il embauche. Toujours pas de contrat, juste un papier écrit en français et en allemand pour récupérer un badge d’accès. Ce badge que Léonidas montre en permanence, unique preuve de son passage au chantier. Les journées sont longues, dix heures, avec une heure de pause. Les semaines aussi. Du lundi au samedi midi. Son job : réaliser le sablage, le décapage au premier étage du paquebot Poesia. Un boulot dur, surtout en plein hiver. Puis vient la première paie : 1 300 euros en liquide « posés sur la table du déjeuner ». « J’ai réclamé mon argent, mon contrat. Sans contrat, je ne pouvais pas ouvrir de compte en banque et envoyer l’argent à ma femme », explique Léonidas. Réponse des responsables d’Elbe : « Donne une enveloppe et on glissera 700 euros pour ta femme. » « Tous les mois c’était comme ça, on recevait des acomptes, on signait sur un cahier et on nous promettait le reste pour la prochaine paie. » Insupportable, « d’autant que ma femme se posait des questions, poursuit Léonidas. Il fallait lui expliquer que je n’allais pas claquer l’argent au casino. » Au bout de quatre mois, les chefs augmentent les charges de travail le samedi. Léonidas, mais aussi Nikos et Boris, un autre de ses collègues, refusent. Ils sont virés sur-le-champ. Le soir même, ils reçoivent la visite du « patron », qui leur demande de partir. Léonidas et ses amis refusent et exigent « (leur) contrat de travail, (leur) lettre de licenciement et l’argent dû ». Trois jours plus tard, la police, appelée par le patron d’Elbe, leur demande de quitter l’hôtel. C’est alors qu’ils appellent à l’aide. Elle viendra de la CGT. Indiens, Polonais, Grecs… La sous-traitance, souvent de second rang, du chantier naval n’en est pas à son coup d’essai en matière de non-paiement de salaires ou d’absence de fiches de paie. Très vite, une solidarité se noue. Pendant deux mois, la CGT multiplie les procédures, signale le cas des trois salariés à l’inspection du travail, à la sous-préfecture et à AkerYard, propriétaire à l’époque du chantier, devenu depuis STX. Rien ne se passe. Chez Elbe, les intimidations montent d’un cran. « Ils m’ont menacé de me brûler si je ne retournais pas en Grèce. J’ai porté plainte », explique Léonidas. Classée sans suite, car on n’a pas trouvé la société qui a vite été liquidée, précisent les membres du comité de soutien. « Puis ils ont fait pression sur ma femme, qui, à la fin, me suppliait de rentrer… » Elle finira par le quitter. Sombrant dans le désespoir, Léonidas décide de se mettre en grève de la faim : « On l’était déjà, vu que nous n’avions plus de quoi nous payer à manger… » Ses deux compagnons de lutte font de même. Dix-neuf jours pendant lesquels une centaine de personnes se relayent, veillent sur leur santé et leur sécurité. « Je n’étais pas syndicaliste avant et je ne le suis toujours pas, mais ces hommes m’ont sauvé la vie. Ils nous ont motivés pour rester et insister. »

C’est encore pire de l’autre côté du Rhin

La veille de l’inauguration du paquebot Poesia, le 1er avril 2008, un représentant d’AkerYard vient avec un huissier déposer une enveloppe de 7 300 euros et un billet d’avion à « des fins humanitaires ». La grève de la faim s’arrête mais le véritable combat commence pour Léonidas. Il part en Allemagne un peu par défi, son ancien patron lui ayant assuré qu’il « n’y serait jamais le bienvenu ». De l’autre côté du Rhin, il subira des conditions de travail pires encore. Selon lui, la directive européenne sur les salariés détachés n’a absolument rien changé.

27 nov. 2014

Le Moyen-Âge social

Le Monde nous raconte les grèves en Grèce aujourd'hui (ici, en français).

Extrait

Dans le cadre d'une grève générale de vingt-quatre heures observée par les syndicats du privé et du public, plus de 25 000 personnes ont manifesté jeudi 27 novembre à Athènes et Salonique, les deux principales villes grecques, contre la poursuite de la politique d'austérité. Les transports en commun, les liaisons aériennes, ainsi que tous les bateaux étaient à l'arrêt, tandis que les services publics, en particulier les écoles, les hôpitaux et les banques fonctionnaient au ralenti.
Les manifestants contestent le maintien de l'austérité malgré la reprise progressive de leur économie, le PIB ayant ainsi progressé de 0,7 % au troisième trimestre. Selon les statistiques, la Grèce serait officiellement sortie de cinq ans de récession au premier trimestre de cette année avant de connaître deux autres trimestres de croissance entre avril et septembre.
« MOYEN ÂGE SOCIAL »
A l'origine de cette mobilisation, les syndicats GSEE (du secteur privé) et Adedy (du secteur public) dénoncent « les mesures gouvernementales qui entretiennent le Moyen Age social, le chômage à un niveau record, les politiques qui font des travailleurs la variable d'ajustement de la crise et des déficits ». Cette grève générale, la première depuis avril, intervient à quelques jours du vote du budget de 2015 par le Parlement, qui poursuit une politique de baisse des dépenses, notamment dans le domaine de la santé et de l'éducation.

18 oct. 2014

Used in Europe (1)

Used In Europe sort un atlas interactif d'Europe ici, sur la violation des droits du travail sur le vieux Continent, en anglais.

Albanie
Trafic humain et exploitation sexuelle - surtout avec des Philippines.

Arménie
Crise économique majeure, exploitation. Trafic humain pour exploitation sexuelle et travail forcé.

Autriche
Pays prospère dans lequel la main d’œuvre immigrée est soumise à toute sorte d'esclavage et de trafic humain

Bosnie-Herzégovine
Trafic, arnaque par les employeurs

Bulgarie
Exploitation dans l'industrie du sexe et dans le textile

Espagne
Exploitation dans la construction et l'agriculture - salaires dérisoires et violence

Grèce
Trafic dans l'industrie du sexe et dans l'agriculture

Hongrie
Les Hongrois sont victimes du trafic humain de l'industrie du sexe, de l'agriculture aux Pays-Bas. Le gouvernement ne participe pas à la lutte contre l'exploitation et le trafic d'êtres humains.

Monténégro
Mendicité forcée pour les mineurs

Portugal
Trafic d'êtres humains et travail forcé dans l'agriculture et dans le travail domestique

Roumanie
Travail forcé dans la construction, sans protection de sécurité

Serbie
Exploitation dans l'industrie du sexe, dans la construction et dans la mendicité forcée de travailleurs immigrés

Turquie
Les Syriens travaillent de manière forcée dans les usines, sans protection. Mais le trafic humain touche aussi bien l'industrie du sexe ou la mendicité obligatoire.

9 oct. 2014

Sans perspective

Le Courrier des Balkans (ici, en français) nous signale que les travailleurs albanais reviennent au pays depuis quelques années. Ils pensaient trouver autre chose que leur pauvreté d'origine mais ... les pays dans lesquels ils ont tenté leur chance sont devenus aussi pauvres que celui qu'ils avaient quitté.

C'est que, l'Europe, l'austérité, le NAIRU (la politique du plein chômage qui préserve la valeur des actifs financiers) a un coût bien réel: les économies plongent dans une récession sans fin qui nous ramène aux pires heures du siècle dernier. L'Europe est en train de redevenir un ensemble de pays en voie de développement (mais les dettes ont été payées et on a bien veillé à faire la guerre aux salaires).

Extrait.

Une étude menée par l’Institut des statistiques d’Albanie et l’Organisation internationale pour les migrations (IOM) montre que la profonde crise économique qui touche la Grèce, ainsi que la stagnation de l’économie italienne, forcent les migrants albanais sans emploi à rejoindre leur pays d’origine.
Ainsi, 134.000 personnes seraient revenues vivre en Albanie entre 2009 et 2013. Ce nombre correspond à 10% des Albanais ayant quitté leur pays depuis les années 1990. Le rythme des retours s’est encore accéléré depuis 2011. L’âge moyen des migrants rentrés en Albanie est de 38.6 ans, a expliqué Gjergj Filipi, le directeur de l’INSTAT, aux médias de Tirana. Selon l’étude, 71% de ceux qui reviennent travaillaient en Grèce, 24% en Italie.
Plus de 60% d’entre eux affirment que, durant la dernière année de leur séjour à l’étranger, les envois d’argents à leurs familles en Albanie avaient diminué. Les sommes variaient entre 200 et 500 euros.
L’étude explique aussi, selon Top Channel, que plus de 60 % des rapatriés se sont installés dans la résidence qu’ils occupaient avant d’émigrer. Une autre partie a rejoint les grands centres urbains tels que Tirana, Durrës, ou Vlora.
En Albanie, une grande partie de ces individus se sont tournés vers le secteur agricole, d’autres ont ouvert de petites entreprises. Toujours selon l’étude, environ 40% des rapatriés pensent qu’ils resteront en Albanie, le tiers d’entre eux considèrent leur retour comme temporaire et pensent de nouveau quitter le pays.

25 sept. 2014

Emploi, chômage et guerre aux salaires et au travail

Un instantané du Courrier des Balkans (ici, en français) sur le Nord de la Grèce.
On y apprend que le chômage est massif, que les usines ferment, que le travail au noir se développe, que les usines réouvrent mais en embauchant les travailleurs dans des conditions hallucinantes.

L'austérité est l'un des noms de la guerre contre les salaires. En voici un prénom - extrait.

Le chômage réel dépasse les 50 % dans de nombreux départements. Or, ceux qui ont encore un peu d’argent vont s’approvisionner en nourriture, légumes, carburant, produits de première nécessité, et même médicaments sur les marchés beaucoup moins chers de Macédoine et Bulgarie. Résultat : le peu de consommation qui se fait profite aux pays voisins, ce qui augmente le nombre de fermetures de PME, pharmacies et stations-essence.
Une partie de cet argent se perd aussi dans les casinos de Macédoine, où des travailleurs sous-employés et mal-payés place leurs espoirs. Ils ne figurent pas sur les listes officielles des chômeurs, car ils travaillent 3 à 4 heures par semaine, ou parce qu’ils sont agriculteurs, éleveurs, travailleurs saisonniers ou employés, alors qu’ils n’ont pas touché le moindre salaire depuis un an.
La demande de travail est plus importante que l’offre, l’industrie est détruite, tandis que le travail au noir et précaire se renforce. Exemple : la fermeture de quatre des cinq fabriques de sucre en Grèce du Nord. Les producteurs de betteraves n’ont pas assez d’argent pour acheminer leurs produits vers les usines, la production stagne et le pays doit importer son sucre de France, détruisant des centaines d’emplois en Grèce du Nord.
La Grèce du Nord tend à devenir une région de vieux. Les jeunes partent à l’étranger chercher du travail et un avenir meilleur. Selon les estimations, le chômage dépasserait les 50 % à Drama, Yannitsa et Kilkis, 43 % à Serres, 40 % à Evro, 33 % à Thessalonique et 35◊% à Florina. La Chalcidique s’en tire mieux, avec 20 % de chômage. Mais cela s’explique par les 1 200 embauches dans l’exploitation contestée de gisements d’or et du fait du tourisme, secteur qui connaît de gros problèmes de travail précaire dans les tavernes, les restaurants et les petites entreprises. Dans les hôtels, des étudiants des écoles de tourisme travaillent avec le statut de stagiaires.
Et la tendance ne risque pas de s’inverser. À Yannitsa, on s’attend à ce que le taux de chômage passe de 50 à 60 % avec la fermeture fin septembre des entreprises de conditionnement de fruits. À Kastoria, 40 % de chômage, la crise en Ukraine a des répercussions sur l’industrie de la fourrure qui s’effondre, tandis que l’embargo de la Russie sur les pêches n’a pas touché que ce secteur mais aussi les fabriques de compotes à Véria et Naoussa.
Le travail précaire se développe : à Kilkis, une grosse usine laitière embauche à la condition de ne payer un acompte qu’à partir du 4e mois de travail. Un certain nombre de personnes fréquentent les casinos macédoniens où ils peuvent manger pour pas cher et dont l’entrée est gratuite. À Florina, le chômage des jeunes s’élève à 65 %. Les projets de privatisation de l’électricité ne vont pas arranger les choses : alors que des mines à Klidi et Veni pourraient absorber de la main-d’oeuvre, le gouvernement ne les ouvre pas et préfère vendre l’électricité au privé. À Rodope, seules 10 entreprises sur 99 ont survécu et 700 emplois maintenus sur les 17 000 pré-existants. Et encore, certains n’ont pas été payés de 3 à 4 mois...

6 sept. 2014

Tir au saisonnier

Proletarier aller Länder, vereinigt euch

C'est cette invite qui servait de sous-titre au Manifeste du parti communiste écrit par Engels et Marx. "Prolétaires de tous les pays unissons-nous", sinon, nous n'obtiendrons jamais rien. Si l'internationalisme a pu être dévoyé dans un européisme réactionnaire, son principe est toujours tragiquement d'actualité quand il s'agit des travailleurs immigrés. On se souviendra du massacre d'Aiguës-Mortes contre les travailleurs italiens (ici): si la mise en concurrence entre les travailleurs nationaux et les immigrés a souvent tourné au bain de sang, elle a toujours tourné à l'avantage des employeurs, des propriétaires lucratifs.

En Grèce, la situation des saisonniers cueilleurs est particulièrement dramatique à en croire l'article de Helena Smith dans le Guardian (ici, en anglais). À l'heure de payer ses ouvriers, un exploitant leur a tiré dessus. Il n'a pas été inquiété par la justice.

L'un d'entre eux, Chowdhury raconte le massacre auquel il a survécu. Ils étaient censés être payés 22€ par jour moins 3€ de frais de bouche et 3€ d'hébergement. Comme ils avaient besoin de leur paie, ils avaient été trouver le patron de l'exploitation agricole où ils travaillaient. On leur avait répondu, comme à chaque fois, qu'ils seraient payés la semaine suivante. 

En matière de paiement, ils ont eu droit à des balles réelles. Chowdhury a pu appeler la police alors que les corps s'amoncelaient. 35 blessés dont quatre grièvement. Les tireurs furent libérés en appel sans qu'on puisse comprendre les motivations d'un jury. S'agit-il de pressions de l'Aube Dorée, groupe néo-nazi?

La plupart des victimes était Bangladeshis, sans papier. Les producteurs accumulent les millions, roulent dans des voitures de luxe. Les saisonniers se sont souvent lourdement endettés pour arriver là.

29 août 2014

Austérité

Un petit bilan s'impose après cinq ans d'austérité grecque. Okea news se risque à l'exercice en reprenant tout simplement les données officielles, notamment celles d'Eurostat ou de de la Banque de Grèce (voir la source ici).


Mais oui, moins de salaire, c'est moins de valeur économique créée, c'est moins de ... productivité, moins d'activité économique. Car l'économie, c'est pour les vivants: quand on ne peut plus dépenser faute de salaire, l'économie n'a plus de client et, faute de clients, l'économie ne tourne plus. Le pire, c'est que cette politique contient les prix, elle réduit à rien l'inflation. Une inflation réduite, c'est la promesse de l'explosion des déficits publics et ... des dettes.

Faites passer le message au Valls, suicidois, serbes et autres cripto-érythréens. Merci pour nous tous.

18 août 2014

Usines récupérées - 2. Vio.Me

Nous continuons le petit tour d'Europe des usines récupérées par la Grèce. Diagonal (ici, en espagnol) nous emmène chez Vio.Me.

Traduction et résumé.

 À Salonique, dans le nord industriel de la Grèce, une histoire se déroule depuis bientôt deux ans. Elle est devenue une référence obligée dans toute l'Europe. C'est l'histoire d'une usine abandonnée par ses propriétaires, ensuite oubliée par l'État et le gouvernement, ignorée du syndicalisme bureaucratique. Dans cette usine, comme dans de nombreuses autres en Grèce et dans le sud de l'Europe, les travailleurs ont été licenciés quand l'entreprise a fait faillite. En 2011, les travailleurs de Vio.Me réunis en assemblée générale ont décidé de prendre l'usine et de la gérer eux-mêmes. Ils se sont inspirés, une fois de plus, des entreprises récupérées en Argentine [voir ici]. "Grâce à la solidarité, nous avons pu récupérer ce qui est à nous, la dignité de nos famille et continuer avec passion et force notre lutte", dit Makis, l'un des travailleurs de Vio.Me. Comme dans le cas argentin, la récupération de l'usine de matériaux de construction aurait été impossible sans le réseau de solidarité de citoyens et de mouvements sociaux. Les travailleurs de cette usine affirment qu'il est nécessaire de réfléchir à la production en lien avec les nécessités sociales. En premier lieu, en lien avec les besoins des travailleurs, non seulement économiques mais aussi en réfléchissant à la soutenabilité du rythme de travail, à la sécurité ou aux relations sociales entre eux. La production doit être conçue en lien avec les besoins de la communauté, des groupes de soutien de l'usine, des voisins. Et aussi de l'environnement: il y a plus d'un an, Vio.Me a lancé la production de détergents écologiques. Les travailleurs affirment que l'usine récupérée est un patrimoine commun qui n'appartient ni à un patron ni aux ouvriers, mais qui est une "partie d'une lutte plus large".

Le processus d'autogestion s'incarne dans des pratiques quotidiennes de démocratie directe fondées sur la participation de l'ensemble des coopérateurs aux prises de décisions. "Chaque jours, nous nous rencontrons dans l'usine et nous décidons en assemblée pendant la première heure de travail de nos activités citoyennes du jour" nous explique Dimitris, un autre travailleur de Vio.Me, " et, une fois par mois, nous nous réunissons en assemblée générale des coopérateurs pour traiter de la gestion, de la production et des questions politiques ensemble". Ils commencent à travailler à sept heures du matin et terminent à quinze heures. "Nous sommes habitués à travailler pour d'autres. Maintenant, nous le faisons pour nous." dit Alexandros, un autre travailleur de Vio.Me.

4 août 2014

L'ERT émet malgré l'austérité

Selon un article d'Acrimed (ici, en français) - qui reproduit un article de Passages écrit par Erwan Manac’h et Marie Chambrial, la télévision publique grecque fermée de manière autoritaire émet toujours clandestinement.

Les travailleurs ont résisté à la logique de l'emploi, de la soumission à l'employeur pour défendre leur travail concret et leurs qualifications. C'est une forme de résistance concrète, efficace et ... qualifiante!

Extrait

On les a crus morts lorsque le gouvernement a coupé le signal en juin 2013, ou encore lorsque la police a délogé les occupants des studios d’Athènes en novembre. Mais non, les ex-employés d’ERT, le réseau de télé grec, s’accrochent à leur idée de la télévision publique. Voilà 13 mois qu’ils continuent à travailler sans autorisation ni salaire et diffusent 24h sur 24 à partir des studios de la 3ème chaine, à Thessalonique, la grande ville du nord du pays.

30 juil. 2014

Victoire de la grève contre le fatalisme

En Grèce, des grèves plus ou moins sauvages sont venues à bout des pratiques ultra-employistes de Cosco, la société chinoise lucrative gestionnaire du port du Pirée. Ci-dessous, nous vous copions un extrait de l'article de Initiative Solidarité Bxl (ici, en français).

Ceci prouve que la sainte trouille peut être provoquée par une grève et que cette sainte trouille peut amener les pires des employeurs à des concessions substantielles. Dont acte: nous retiendrons que, dans l'emploi, le moyen le plus efficace de gagner du salaire, c'est ... la grève.

Imaginez un seul moment un pays dans l’UE ou les ouvriers n’ont pas le droit de grève et même quand ils osent de s’organiser un minimum pour défendre leurs droits économiques et sociaux leur gouvernement leurs envoie les CRS. Pas possible non ? Ce n’est pas le Cambodge non plus !
Hélas c’est n’est pas un simple schéma rhétorique. C’est justement ce qui vient d’arriver au port de Pirée, à Athènes, le vendredi passé.
Depuis plus que deux ans le géant étatique chinois, COSCO, a acheté une grande partie du port commercial du Pirée en important en même temps les mêmes conditions de travail que dominent les relations de travail dans les zones d’exportation franche ; c’est-à-dire une absence totale d’organisation ouvrière, des conditions de sécurité déplorables et une ambiance d’intimidation constante  des ouvrières qu’osent se plaindre.
pirée
La grève sauvage lancée par les ouvriers portuaires a commencé le vendredi 18 juillet. Les ouvriers de l’équipe du soir ont bloqué l’entrée à l’équipe du matin tout en déposant à la direction une liste de revendications sur les conditions de travail qui étaient décidées en commun par les ouvriers de COSCO. De suite les ouvriers ont décidé, sous forme d’un conseil ouvrier informel, de continuer leur mobilisation jusqu’à Lundi et de procéder à la création d’un syndicat ouvrier.
Les conditions de travail lamentables dans le port étaient connues depuis longtemps par des reportages de la presse grecque, mais le gouvernement est loin de désirer à chagriner ses nouveaux amis chinois. Ainsi, l’après-midi même de la mobilisation ouvrière dans le port du Pirée, le gouvernement Samaras a envoyé les « unités de restitution de l’ordre publique », les infâmes unités « MAT », l’analogue des CRS françaises.
Mais regardons de près les revendications de ces ouvriers insolents qu’ont obligés le gouvernement de briser la léthargie de l’été et juger opportun d’envoyer les forces d’ordre publique au secours de COSCO.
La première chose que les ouvriers demandent est de pouvoir constituer un syndicat dans les lieux du travail et signer un accord collectif de travail. Parmi leurs revendications se trouve aussi la possibilitée de déclarer les accidents de travail que jusqu’ici n’étaient pas déclarés ( ! ), au contraires les blessées étaient transportés avec des véhicules privées.
Après des négociations farouches avec la compagnie filiale de COSCO, SEP SA les ouvriers ont pu obtenir des rassurances écrites que :
  • Tout ouvrier certifié comme tel sera reconnu comme travailleur portuaire et sera inclus dans le régime des professions pénibles et insalubres. Ceux que ne détiennent pas ce certificat suivront des cours jusqu’à Septembre pour être aussi intégrés dans le régime.
  • Les deux parties ces sont mises d’accord sur une série de questions techniques concernant la gestion du travail; ils s’agit de questions très importantes en ce qui concerne les normes de sécurité pour les ouvriers.
  • Les ouvriers ont pu avoir l’assurance écrite sur les points suivants: les discussions sur la constitutions d’une convention collective de travail commenceront; aucun ouvrier ne sera licencié pour avoir participé à la grève; il n’y aura pas d’entrave aux efforts des ouvriers pour la création d’un syndicat.

7 juil. 2014

Ménage et politique

Sonia Mitralias sur le site du CADTM (ici, en français) résume et met en perspective les luttes des 595 femmes de ménage lourdées par le gouvernement dans le cadre des politiques austéritaires. Leur résistance exemplaire a permis l'avènement d'un sujet politique et social inédit ... en dépit de l'apathie des syndicats. Si besoin était, leur engagement et leur créativité attestent leur qualification et le scandale que constitue la faiblesse de leur rémunération et la dégradation de leurs conditions de travail.

Extraits

Après 11 mois d’un long et âpre combat, limogées depuis septembre, mises sous statut de "disponibilité », soit licenciées au bout de huit mois, 595 femmes de ménage de la fonction publique sont devenues l’incarnation, le symbole, l’âme, la vie-même de la résistance la plus farouche contre la politique de rigueur en Grèce ! Ces femmes sont devenues tour à tour « sujet politique » et le leadership de toute la résistance actuelle contre la politique de la Troïka, osant affronter un ennemi aussi puissant que le gouvernement grec, la Banque centrale européenne, la Commission et le FMI…

Et pourtant, après ces 11 mois de combat, après avoir défié et être devenues l’ennemi principal du gouvernement et de la Troïka, après avoir court-circuité la mise en œuvre des mesures de rigueur, après une présence très médiatisée sur la scène politique, ces femmes de ménage en lutte ne sont toujours pas considérées comme sujet politique par les opposants à l’austérité.

Et pourtant, depuis le début des mesures d’austérités infligées par la Troïka, les femmes ont pris la rue en masse et leurs résistances semblent avoir une dynamique propre toute particulière et riche en leçons politiques.

(...)

Elles ont participé en masse aux 26 grèves générales. Dans le mouvement des indignés, elles occupaient les places, elles campaient, manifestaient. Elles se sont mobilisées en première ligne pour l’occupation et l’autogestion de l’ERT,* Exemplaires, elles étaient l’âme des assemblées des grévistes des administrateurs universitaires dans l’éducation et les universités contre la « disponibilité » c’est-à-dire le licenciement après 8 mois avec 75 % de leur salaire. 25 000 fonctionnaires de l’État, en majorité des femmes, seront concernés par le dégraissage des services publics. Elles constituent aussi l’écrasante majorité (95 %) des volontaires du Mouvement de Solidarité et des dispensaires autogérés qui essayent de faire face à la crise sanitaire et humanitaire.

La participation massive des femmes aux mouvements de résistance contre la destruction de l’État social par les politiques de l’austérité, n’est donc pas une surprise, elle n’est pas due au hasard : d’abord, et nous le savons, la condition des femmes est dans l’œil du cyclone de l’austérité. La destruction de l’État social et des services publics fait exploser leur vie : en tant qu’employées majoritaires dans la fonction publique et en tant qu’usagères principales des services publics, les femmes sont doublement impactées par les coupes de tous genres. Elles ont donc mille raisons pour ne pas accepter la régression historique de leur condition de femmes, qui équivaudrait à un véritable retour au 19e siècle !

C’est vrai que dans un premier temps elles ne se démarquaient pas en tant que « sujet politique femmes », partageant les mêmes revendications et les mêmes formes de luttes avec les hommes dans les mouvements. Elles y étaient nombreuses, c’est tout.

Mais, déjà dans la lutte pionnière contre l’extraction d’or dans la région de Skouries, à Chalkidiki au nord de la Grèce, s’opposant à la société canadienne multinationale « Eldorado », les femmes se sont très vite distinguées par leurs formes de lutte et leur radicalité. Et si la presse et l’opinion publique ignoraient l’incidence de leur identité de genre sur la façon de lutter, la police ne faisait pas autant ! En effet, la police anti-émeute avait ciblé tout particulièrement les femmes, utilisant une répression féroce et sélective pour terroriser toute la population à travers ELLES, pour anéantir toute désobéissance et tout mouvement de résistance. Criminalisées, emprisonnées, elles ont subi des violences humiliantes, aussi sexuelles et… spécifiques à leur corps et à leur…genre !

Dans un second temps, les femmes ont exprimé des initiatives et formes de luttes propres à elles.

Tout a commencé quand, pour imposer la partie la plus dure de son programme d’austérité et satisfaire les engagements à l’égard de ses créanciers, le gouvernement a ciblé en toute priorité les femmes de ménage du ministère des Finances, de l’administration fiscale et des douanes. Il les a placées dans le mécanisme de disponibilité déjà depuis fin août dernier, ce qui se traduit par ce qu’elles touchent les trois-quarts de leur salaire de 550 euros pendant huit mois avant qu’elles soient licenciées définitivement. Le gouvernement a suivi exactement la même stratégie qu’à Skouries. L’objectif : s’attaquer d’abord aux plus faibles et les moins susceptibles d’être soutenues…c’est-à-dire les femmes de ménage, pour ensuite faire passer le gros des employés à la trappe, c’est-à-dire aboutir au licenciement des 25 000 fonctionnaires publics !… Et cela dans un moment où les mouvements de résistances étaient saignés à blanc par l’austérité sans fin, étant atomisés, fatigués, extenués, vulnérables…

Il croyait qu’avec « cette catégorie de travailleurs », ces femmes pauvres de « basse classe » touchant des salaires d’à peine 500 euros et, croyait-il, pas très intelligentes (d’où le slogan des femmes de ménage : « Nous ne sommes pas des connasses, nous sommes des femmes de ménages »), il aurait vite fini par les écraser comme des mouches.

Le but étant de privatiser le travail des femmes de ménage pour en faire cadeau aux entreprises privées de nettoyage. Ces sociétés mafieuses connues pour être des champions de la fraude fiscale, réembauchent avec des salaires de 200 euros par mois, soit 2 euros par heure, avec assurance partielle, sans aucun droit du travail, ce qui équivaut à des conditions de semi-esclavage et de galère.
Ces femmes limogées et sacrifiées sur l’autel de l’anthropophagie de la Troïka, ces femmes de 45 à 57 ans, souvent monoparentales, divorcées, veuves, endettées, ayant à leur charge des enfants ou maris chômeurs ou des personnes handicapées, se trouvant devant l’impossibilité de toucher prématurément leur retraite et cela après plus de 20 ans de travail, et dépourvues de toute possibilité de retrouver du boulot, ont alors décidé de ne pas se laisser faire. Elles ont pris leur vie en mains !

Et voilà qu’une poignée de femmes décident de bousculer les routinières formes de lutte des syndicats traditionnels. Quelques-unes prennent l’initiative de s’organiser par et pour elles-mêmes, un noyau des femmes de ménage qui avaient déjà lutté et gagné 10 ans plus tôt pour obtenir des contrats de longue durée. Elles ont travaillé comme des fourmis, tissant patiemment une toile d’araignée à l’échelle du pays…

Et comme ces servantes du ministère des Finances ont été jetées dans la rue et que faire la grève n’a plus de sens dans leur cas, elles ont décidé de faire un mur humain avec leur corps dans la rue, devant l’entrée principale du Ministère des Finances à la Place de « Syntagma », la place devant le Parlement, la place la plus emblématique du pouvoir…


(...)


Elles occupent et bloquent l’accès au Ministère, et surtout elles pourchassent les membres de la Troïka quand ils veulent entrer au Ministère (!) les obligeant à fuir en courant et à prendre la porte de service, ensemble avec leurs gardes du corps. Elles affrontent et se battent corps à corps avec les unités spéciales de la police. Tous les jours, elles inventent des nouvelles actions, qui sont reprises par les médias, elles alertent toute la population : en somme elles brisent l’isolement.
Et voici que, ce qui d’habitude était représenté par une statistique sans vie et sans âme, par le chiffre du record du chômage, de la pauvreté, voici que ces « abstractions » s’humanisent, acquièrent un visage, deviennent des femmes en chair et en os, qui en plus ont une personnalité et une volonté politique propre. Elles s’appellent Litsa, Despina, Georgia, Fotini, Dimitra… Et avec leur exemple, leur courage, leur persévérance, leur rage de vaincre, elles redonnent espoir à toutes les victimes de l’austérité…


16 mai 2014

L'austérité n'est pas inévitable

Dans MyEurop (ici, en français) Effy Tselikas nous raconte la lutte victorieuse (à présent) des femmes de ménage licenciées par un ministre grec au nom de l'austérité. Extrait pour vous mettre en bouche.

Après 10 mois de combat, quatre cents femmes de ménage licenciées par le ministère des finances garderont finalement leur emploi. Le résultat d'une longue et symbolique lutte, opposant une Grèce laborieuse et solidaire à un État austéritaire. Récit.

Ce vendredi 16 mai, l'ambiance est guillerette sur les trottoirs du ministère des finances, à Athènes. La nouvelle est tombée à l’aube : par décision du Tribunal de première instance, 397 des 465 femmes de ménage, dont la "mise en disponibilité" se terminait cette semaine, devront être réintégrées à l'effectif du ministère.
Demain, leur avocat viendra leur en faire l’annonce officielle devant le ministère. Rappelons les faits : l'été dernier, ces fonctionnaires, déjà pas les mieux loties, apprennent à la télévision qu’elles sont mises en disponibilité. Autrement dit, elles devront vivre pendant 8 mois avec 75% de leur salaire et, au bout de ce tunnel, le licenciement. Face aux protestations, le ministère des finances – leur employeur -, et celui de la réforme administrative - qui vise la suppression de 15 000 postes de fonctionnaires en un an - se renvoient la balle.
Le ministre de la réforme, Kyriakos Mitsotakis, joue le rôle du clown blanc. Son message : je vous comprends, je compatis, mais j’ai les mains liées. Quant à Giannis Stournaras, ministre des finances, il endosse celui du contre-pitre: il ne les recevra que 6 mois plus tard pour leur avouer crûment qu’il "faut un certain nombre de départs" et que, rapportent les femmes de ménages, celles-ci sont "les moins fortes, les moins susceptibles d’être soutenues, ce sont donc (elles) qu’on a donc ciblé en priorité".

© Effy Tselikas
"Elles"? Des femmes, 50 ans en moyenne, mères de famille, grands-mères souvent, veuves, divorcées, très peu diplômées. Autant dire que leur chance de retrouver un emploi en Grèce aujourd'hui est nulle.
Licencier ces femmes de ménage rapporte pas mal d'argent:

La décision judiciaire ne met pas fin au combat. Les élections municipales et européennes de ce mois de mai vont peut-être faire avancer les choses. Une des licenciées, Dimitra Manoli, est d’ailleurs candidate sur la liste européenne du SYRIZA, la gauche radicale, en bonne place pour être élue, juste derrière une autre travailleuse de ce secteur, Konstantina Kouneva.
L’histoire de cette syndicaliste d’origine bulgare, vitriolée par des gros bras des sociétés de nettoyage pour sa lutte, avait ému toute l’Europe. Le secteur de la propreté en Grèce est au cœur des privatisations. Partout, dans les ministères, les municipalités, on vire ces employées pour les remplacer par des sociétés de nettoyage, qui emploient des précaires, corvéables à merci.

29 avr. 2014

La charte sociale européenne

  • La charte

Nous informons nos aimables lecteurs que 47 pays ont signé la charte sociale européenne en 1961. Cette charte a force de loi dans les pays signataires et stipule, notamment:

  • structure de soins accessible et efficace pour l’ensemble de la population ;
Ceci interdit spécifiquement tout recours à des mutuelles (complémentaires, obligatoires) payantes et imposent un financement de la santé par la seule cotisation (ou par l'impôt).
  • politique de prévention des maladies, y compris garantie d’un environnement sain ;
Ceci interdit spécifiquement toute activité économique, industrielle susceptible de dégrader ledit environnement.
  • élimination des risques en milieu professionnel pour assurer en droit et en pratique la santé et la sécurité au travail ;
  • protection de la maternité.
  • interdiction du travail forcé ;
Ceci exclut toute forme d'esclavage, notamment l'emploi sous la menace du chômage.
  • interdiction du travail des enfants ;
  • conditions de travail spécifiques entre 15 et 18 ans ;
  • droit de gagner sa vie par un travail librement entrepris ;
  • politique économique et sociale pour assurer le plein emploi ;
Tous les pays où le taux de chômage excède les 5% contreviennent à cet article.
  • conditions de travail équitables en matière de rémunération et de durée du travail ;
Ceci implique l'abolition de la rémunération à la tâche, à la force de travail et impose la qualification du travailleur comme source de salaire.
  • protection contre le harcèlement sexuel et moral ;
Ceci impose la fin de la fonction social d'employeur, de son pouvoir sur ses employés: on peut organiser l'activité de production de manière hiérarchique mais personne ne peut s'arroger le droit disposer de la carrière d'autrui puisque ce type de pouvoir permet le harcèlement sexuel et moral.
  • liberté de constituer des syndicats et des organisations d’employeurs pour défendre leurs intérêts économiques et sociaux ; liberté individuelle d’y adhérer ou non ;
Cette liberté est fortement limitée dans certains pays. En Belgique, par exemple, le seuil du nombre d'adhérents pour pouvoir prétendre s'organiser en syndicat rend la création de nouveaux syndicats techniquement impossible.
  • promotion de la consultation paritaire, de la négociation collective, de la conciliation et de l’arbitrage volontaire ;
La consultation paritaire impose la représentation de toute les parties au pro rata de leur importance. Les chômeurs, les retraités ou les invalides doivent, par exemple, être représentés dans toutes les décisions qui les concernent, qu'elle soient relatives aux prestations de la sécurité sociale ou aux cotisations sociales.
  • protection en cas de licenciement ;
Ceci impose d'attacher le salaire à la personne et non au poste de travail.
  • droit de grève ;
  • accès à l’emploi pour les personnes handicapées.
Par ailleurs, la charte détaille les droits humains que les signataires doivent respecter. Ces droits sont eux aussi rarement compatible avec la vente forcée de la force de travail dans l'emploi:
  • protection contre la violence et la maltraitance ;
 La violence du vol du temps des travailleurs par les propriétaires lucratifs est interdites. La maltraitance de la mise en minorité de l'emploi est interdite.
  • interdiction de toute forme d’exploitation (sexuelle ou autre) ;
 Tout surtravail est un vol, toute plus-value liée au travail d'autrui est un vol et sont des formes d'exploitation interdites.
  • protection juridique de la famille (égalité des époux entre eux et vers les enfants, protection des enfants en cas de rupture) ;
Ceci impose un droit à un salaire personnel inconditionnel.
  • droit à la sécurité sociale, à l’assistance sociale et à des services sociaux ;
Cet article est directement violé par le harcèlement institutionnel des chômeurs, en France, en Belgique ou en Allemagne (entre autres).
  • droit à la protection contre la pauvreté et l’exclusion sociale ;

  • Les recours
Nous citons le site de l'organisation (ici, en français)
Organisations habilitées à saisir le Comité :
– Pour tous les Etats qui ont accepté la procédure :
  1. Confédération européenne des syndicats (CES), BUSINESSEUROPE (ex-UNICE) et Organisation internationale des employeurs (OIE).
  2. Les organisations non gouvernementales (ONG) dotées du statut participatif auprès du Conseil de l’Europe et inscrites sur une liste établie à cette fin par le Comité gouvernemental ;
  3. Les organisations d’employeurs et les syndicats de l’Etat concerné ;
  4. – Pour les Etats qui, en plus, acceptent cette possibilité :
  5. Les ONG nationales.
Le dossier de la réclamation doit contenir les éléments d’information suivants :
  1. les nom et coordonnées de l’organisation réclamante ;
  2. la preuve que la personne qui introduit et signe la réclamation est habilitée à engager l’organisation réclamante ;
  3. l’Etat mis en cause ;
  4. les dispositions de la Charte dont la violation est alléguée ;
  5. l’objet de la réclamation, c’est-à-dire le ou les points sur lesquels l’Etat mis en cause n’aurait pas respecté la Charte, ainsi que les arguments pertinents ; avec documents à l’appui.
À bon entendeur ...

  •  Les États signataires
 Albanie, Andorre, Arménie, Autriche, Azerbaïdjan, Belgique, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Croatie, Chypre, République tchèque, Danemark,
Estonie, Finlande, France, Géorgie, Allemagne, Grèce, Hongrie, Islande, Irlande, Italie, Lettonie, Liechtenstein, Lituanie, Luxembourg, Malte, Moldavie, Monaco, Monténégro, Pays-Bas, Norvège, Pologne, Portugal, Roumanie, Russie, Saint-Marin, Serbie, Slovénie, Espagne, République slovaque, Suède, Suisse, Macédoine, Turquie, Ukraine, Grande-Bretagne,