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27 déc. 2016

Les employées de maison arrachent des conditions de travail "décentes"

La régression sociale employiste à l'échelle du monde n'empêche pas, çà et là, de réelles avancées juridiques sur le front de l'emploi. À preuve, la ratification guinéenne de la convention de l'OIT qui protège les travailleuses domestiques.

Extraits de l'article de Jeune Afrique (ici, en français)

Les députés guinéens se sont majoritairement prononcés lundi en faveur de la ratification de la Convention 189 de l’Organisation internationale du travail (OIT), qui protège les travailleuses et travailleurs domestiques. À la satisfaction générale des employés de maison, dont un certain nombre ont investi le Parlement et entonné l’hymne national « Liberté », aussitôt le vote terminé. Après l’Afrique du Sud et l’Île Maurice, la Guinée devient ainsi le troisième pays africain à reconnaître et à réglementer le travail domestique.

(...)

Salématou Kaba, femme de ménage d’un commis de l’État guinéen, qui habite dans le quartier Camayenne, dans la commune de Dixinn, travaillait de « 7h à 20h, parfois 21h. Malgré tout, mon employeur n’était pas reconnaissant ». Il refuse de ramener son temps de travail à huit heures par jour. Salématou a dû démissionner pour s’occuper de son foyer et de sa fille de six mois. Bien que, reconnait-elle, son salaire était au-dessus du Smig guinéen qui atteint à peine 45 euros.

Toutefois, « le salaire seulement ne peut être source de motivation, il faut d’autres conditions », rappelle la jeune maman qui n’avait qu’un jour de repos par semaine. « Je n’avais pas de congé de maternité ni de congé annuel. Je travaillais du matin au soir. »

Avec la ratification de la convention 189, Salématou Kaba espère une amélioration de ses conditions de travail. « Les avantages de la ratification sont énormes : le temps de travail sera réglementé, nous bénéficierons de congés de maternité et annuel, d’un enregistrement à la caisse nationale de sécurité sociale. Les sévices corporels et les injures auxquels étaient exposés certains d’entre nous vont baisser aussi », veut croire la femme de ménage.

(...)

Quant à la syndicaliste Asmaou Bah Doukouré, son combat sera maintenant de sensibiliser et d’informer les travailleurs domestiques sur leurs droits mais aussi leurs devoirs, afin qu’ils soient à même de défendre leur cause.
 Avec toute notre sympathie, donc.

17 mai 2015

La pêche au gros

Le Monde dénonce courageusement la surpêche chinoise dans les eaux africaines en relayant un rapport de Greenpeace Afrique (ici). Bravo. Les mauvais esprits auront à coeur de rappeler que les principaux pillards des ressources halieutiques africaines sont européens.

En tout état de cause, cette pêche industrielle se fait au détriment des capacités vivrières des pays touchés, elle condamne les pêcheurs au chômage (et, pire, à l'emploi). Les pêcheurs touchés par le manque de ressources ... doivent s'approvisionner sur les marchés, moyennant finance. Ce phénomène d'appropriation du vivant, de la propriété collective au détriment des intérêts communs est ce que nous appelons l'enclosure à la suite de Polanyi. Il s'agit de faire mourir de faim des populations privées de leurs ressources traditionnelles pour les employer dans les usines à un prix cassé.

Extrait de l'article.
Les compagnies chinoises sont nombreuses à se livrer à la surpêche en toute impunité au large de l’Afrique de l’Ouest. Le constat en soi n’est pas nouveau. Enquête après enquête, Greenpeace Afrique s’efforce d’en mesurer l’impact sur ces eaux longtemps considérées comme un eldorado aux richesses inépuisables. Précisons que les Chinois n’y sont pas seuls.
Après s’être penchée sur les pratiques des navires de l’Union européenne, puis des russes en 2010 et 2012, l’équipe de Greenpeace installée à Dakar consacre cette fois l’intégralité de son dernier rapport à la pêche chinoise. Le document rendu public le 6 mai s’intitule : « Razzia sur les côtes africaines : la face cachée de la pêche chinoise et des sociétés mixtes au Sénégal, en Guinée-Bissau et en Guinée ».
« En 2013, nous avons identifié 462 navires battant pavillon chinois ou appartenant à des propriétaires chinois opérant dans 13 pays du continent, dont 407 sur les côtes atlantiques, témoigne Ahmed Diamé, naturaliste et chargé de campagne « océan » pour l’ONG. Le problème, c’est que lorsqu’ils partent pêcher dans un pays voisin, certains changent de nom et de tonnage en même temps, comme s’ils rétrécissaient au passage. »

Triche sur les tonnages

En effet, la pêche illégale n’est pas seulement le fait de bateaux pirates qui s’approchent des zones côtières durant la nuit, tous feux éteints et sans nom apparent sur leur coque. Cette fois, il s’agit de tricher sur le volume des cargaisons, donc sur les quantités de poissons prélevées.
Ainsi, selon l’ONG, depuis près de trente ans, la plus grande entreprise de pêche lointaine de la Chine, la China National Fisheries Corporation (CNFC), sous-déclare régulièrement le tonnage brut de ses chalutiers. Greenpeace la soupçonne d’avoir, entre 2000 et 2014, sous-estimé de 43 % en moyenne par an ses capacités de stockage de poissons dans ses déclarations aux autorités sénégalaises.
Rien que pour 2014, cette fraude équivaudrait aux captures faites par « six grands navires de pêche industrielle ». Elle correspondrait à un manque à gagner d’environ 566 000 euros de licences de pêche non payées au Sénégal.
Au total, dans les trois pays pris en compte dans cette étude (Sénégal, Guinée-Bissau et Guinée), la CNFC faisait travailler 59 navires de pêche en 2014. Les militants estiment que pour cette seule année, les tonnages que cette société aurait délibérément revus à la baisse pour au moins 44 de ces bateaux équivaudraient à ajouter 22 gros chalutiers supplémentaires dans leurs eaux.

12 mars 2015

Les récoltes de la honte


L'infatigable équipe de Cash investigation a fait l'enquête sur les producteurs alimentaires.

Le système de concurrence génère le pire des esclavages chez les producteurs.

Le système de la vente, du marketing, voile l'esclavage de celles et ceux qui produisent. Et le tour est joué.

Par exemples, les saisonniers en Italie - pour la plupart des Africains sans papier - sont logés dans des taudis ou des tentes. On leur vole une grande partie de leur paie. Mais les grandes enseignes sont satisfaites: les chartes sont respectées.

Les chalutiers industriels pèchent en Afrique de l'Ouest. Ils pillent les ressources locales, logent les ouvriers dans des conditions abominables et, bien sûr, volent aussi une grande partie des paies misérables.

16 juin 2014

L'or appauvrit

 Vous n'êtes pas au Far West, vous n'êtes pas au XIXe, vous êtes maintenant, au Sénégal mais la fièvre de l'or là-bas appelle les gens de la région et au-delà. C'est qu'il y a de l'argent, beaucoup d'argent à faire - à tel point qu'une campagne d'affichage tente de dissuader les enfants d'abandonner l'école pour l'or. Les dégâts écologiques que l'auteur attribue aux seuls Burkinabés sont en tout cas liés à des pratiques de l'orpaillage sans foi ni loi - même si de grasses compagnies doivent y laisser quelques plumes. Les conditions de travail et de vie des migrants orpailleurs sont effroyables. Dakaractu (ici, en français) relaie un reportage de Mamadou Oumar NDIAY publié à l'origine par « Le Témoin » N° 1164 –Hebdomadaire Sénégalais (MAI 2014).

Extrait

C’est surtout le village de Kharakhena (...), qui est le point de convergence de tous les aventuriers de l’or attirés par la perspective de faire fortune rapidement. Village de 700 habitants à peine il y a deux ans, Kharakhena a connu la plus formidable explosion démographique de l’histoire du Sénégal puisque, en moins de 24 mois, sa population a atteint le chiffre incroyable de 60.000 personnes dont les 20.000 s’adonnent à la recherche de l’or ! Comme une traînée de poudre (d’or !) et le téléphone arabe fonctionnant à plein régime, des milliers de prospecteurs venus du Mali et de la Guinée voisines mais aussi de la Mauritanie, de Côte d’Ivoire, du Burkina Faso, ou encore de la Sierra Léone, du Libéria, du Ghana et du Nigeria ont afflué à Kharakhena, transformant la localité en véritable tour de Babel où toutes sortes de dialectes et de langues sont parlées. La rumeur se propageant, déserteurs d’armées régulières voisines, mercenaires des conflits qui ont ensanglanté la sous-région, évadés de prisons et autres djihadistes défroqués sont tous venus reprendre du service à Kharakhena où, bien que tout ce qui brille ne soit pas de l’or, d’importantes quantités du métal jaune sont quand même extraites du sous-sol chaque jour que Dieu fait, sauf le vendredi, jour de repos hebdomadaire chez les Musulmans strictement respecté ici et le lundi, jour du sacrifice au génie de l’or et repos sabbatique que nul ne s’aviserait jamais de transgresser. C’est que dans cette zone de non-droit, dans cet univers sans foi ni loi, dans cette jungle impitoyable où les plus forts broient les plus faibles, il existe tout de même des codes que tout le monde respecte. Par exemple, aucun cordonnier n’a le droit de mettre les pieds dans les « diouras » sous peine de se faire lyncher. Le même sens interdit s’applique aux ramoneurs.
Les autres jours de la semaine, c’est à qui extraira le plus d’or. C’est que le sous-sol de Kharakhena regorge du métal précieux. Environ 1,5 tonne en est extraite chaque année, soit 120 kilogrammes en moyenne chaque mois. En l’absence de statistiques fiables, les autorités en sont réduites aux approximations mais il n’est pas rare de voir des individus chanceux collecter trois à cinq kilos les jours heureux. Située dans le prolongement du plateau malien où se fait l’extraction de l’or, la zone aurifère sénégalaise, que l’on trouve essentiellement dans le département de Saraya, dans la région de Kédougou, est située sur un espace plus restreint. (...) La chance du Sénégal, c’est que son or est situé en surface, en tout cas à une faible profondeur, contrairement au Mali ou au Burkina Faso où il faut aller à environ 100 mètres sous terre pour trouver le métal précieux.

De tout temps, les populations locales se sont livrées à l’orpaillage traditionnel extrayant de faibles quantités d’or qui leur permettaient de survivre à côté de l’agriculture qui est paradoxalement la principale richesse de la région de Kédougou avec les mines de fer de la Falémé. Puis, les cours du métal jaune ayant flambé il y a deux ans, cela a accru la ruée vers l’or. Une ruée d’autant plus intense que des compagnies minières occidentales, à coups de milliards de francs cfa, avaient fini d’effectuer leur travail d’exploration dans la zone. Les orpailleurs de la sous-région ont donc attendu tranquillement que ces sociétés aient fini de déterminer avec précision les endroits où se trouvait l’or pour venir les occuper sans autre forme de procès. C’est ainsi que des périmètres appartenant à des compagnies régulières comme Afri-Gold, disposant donc de permis en bonne et due forme, sont squattées par des milliers de « diouratiguis » (orpailleurs traditionnels) au grand dam des dirigeants de ces compagnies qui ne savent plus à quel saint se vouer.

En effet, en lieu et place de l’orpaillage de subsistance, si on peut l’appeler ainsi, s’est développé un véritable orpaillage de prédation nuisible pour l’environnement, les finances publiques et… la sécurité de la Nation. Une fois l’or détecté avec précision par les compagnies minières, les Burkinabés sont entrés à l’œuvre. Maîtrisant la technique d’extraction par le cyanure et le mercure, ils sont outillés pour exploiter aussi bien ce que les géologues appellent les indices que les gisements à l’image de celui de Sambranbougou qui appartient pourtant à une compagnie minière occidentale. Les dégâts pour la nature de cette forme d’orpaillage sont en tout cas effroyables. En effet, sur la montagne où se trouve le site dit « Kara Kara », qui regorge le plus d’or et qui appartient à la société Afri-Gold, sur cette montagne, donc, des milliers d’arbres ont été arrachés et/ou brûlés quand ils ne servent pas à réaliser des étais pour les mines de fortune, d’où l’appellation de « montagne pelée ». Une véritable politique de la terre brûlée ou de la tabula rasa ! Pis, le cyanure utilisé à grande échelle et qui s’infiltre dans la nappe phréatique représente un risque sanitaire majeur dont les conséquences sanitaires sont encore difficilement mesurables. Sans compter que camionneurs maliens et burkinabés se cachent à peine pour aller laver leurs cargaisons de sable dans la Falémé toute proche, y épandant donc du mercure et du cyanure.
 

Sur le site du « Kara Kara », le spectacle est apocalyptique. C’est comme si des milliers de castors s’étaient mis à creuser la montagne et à ronger ses entrailles.  Une montagne qui ressemble à un gruyère, creusée qu’elle est  de centaines de trous. Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, rouges de poussières, descendent dans ces trous ou en remontent régulièrement, s’ils ne font monter à la surface des seaux remplis de banco contenant quelques poussières d’or. A l’aide de cordes, ils se laissent glisser à l’intérieur de ces trous sombres où ils sont obligés d’utiliser des lampes torches pour pouvoir se mouvoir. L’un d’entre eux, Sénégalais, nous confie : « C’est entre 30 et 35 mètres que nous trouvons le sable dont nous avons besoin. Nous le faisons remonter, l’entassons avant de le transporter chez nous. » Pour quoi faire ? Pour le laver, pardi et en extraire l’or ! Au bord de tous les trous, des bassines remplies d’eau. Quand nous demandons à notre interlocuteur à quoi ils servent, il nous répond : « c’est pour effectuer des tests. Si nous trouvons des traces d’or, alors ça veut dire que nous pouvons continuer à creuser. » Ce qu’il appelle « la maison », ce sont en fait de véritables petits ateliers où se trouvent des concasseurs pour broyer le sable apporté à l’intérieur de sacs ou transporté par ces sortes de charriots motorisés chinois que l’on voit à Dakar et dont des centaines se trouvent à Kharakhena. Sur les lieux, nous avons dénombré au moins une cinquantaine de concasseurs à l’œuvre tandis qu’une noria de camions fait un va-et-vient incessant entre le « dioura » et le fleuve tout proche. 
A voir ce spectacle surréaliste de milliers de « gueules rouges » (...) on ne peut manquer d’être impressionné, voire effrayé. Une véritable cour des miracles !

Et parce que Kharakhena, petit hameau de quelques dizaines de cases, ne pouvait pas accueillir tout ce monde, à ses flancs s’est développé une gigantesque verrue, une hideuse excroissance faite là encore de milliers de huttes en paille mais aussi de bric et de broc dans lesquelles vit un monde interlope à côté des fourmis industrieuses qui s’activent le jour dans les galeries creusées à flanc de montagne. L’argent circulant à flot du fait du commerce de l’or, ces conquistadores d’un genre nouveau dépensent sans compter. Les gargotes et les restaurants de fortune (sans jeu de mots) y poussent donc comme des champignons après la pluie, sans compter les débits de boisson alcoolisée, les chambres de passe, des centaines de prostituées étant venues exercer le plus vieux métier du monde pour le repos du guerrier des orpailleurs. En l’absence de tout contrôle d’hygiène, de police des mœurs et de carnet sanitaire, les maladies sexuellement transmissibles y foisonnent tandis que le taux de séropositivité s’envole.  Sans compter, évidemment, le trafic de drogue. (...)

Quant à l’or, c’est sous le manteau qu’il se vend, loin des yeux et des oreilles indiscrets dans un véritable marché parallèle solidement contrôlé par les Maliens qui brassent des centaines de millions de francs par jour. Puis tout l’or acheté prend la direction du Mali ou du Burkina Faso où il est comptabilisé dans les statistiques d’exportations de ces pays tandis que le Sénégal, où ce métal précieux est pourtant extrait, ne gagne rien, absolument rien, ni impôts et ni taxes, dans ce commerce qui génère un chiffre d’affaires d’une vingtaine de milliards de francs chaque année, rien que dans la zone de Kharakhéna. (...) [L]e Sénégal, lui, laisse filer toutes ses richesses dans les pays voisins