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27 déc. 2014

Un projet en marge de l'emploi

Basta relaie un appel d'Italie (ici, en français). Il s'agit d'un appel à l'investissement (que nous souhaitons voir financé par cotisations) pour lancer un projet de production économique sans employeur et avec beaucoup d'idéal. Le site pour soutenir le projet est ici (en italien).

Comment transformer une ancienne usine de pièces automobiles en un espace de recyclage, de conditionnement de produits alimentaires... et de culture ? C’est le pari que se sont lancés les anciens employés de l’usine Maflow, de Milan, en Italie, suite à sa fermeture, en 2012. Objectif : créer une communauté de travailleurs en autogestion, où le travail est partagé, et sans exploitation, à l’image de ce qu’ont réalisé les ouvriers argentins après la crise de 2001. Ils lancent aujourd’hui un appel à soutien pour continuer leur projet.
Nous sommes les travailleurs licenciés de Maflow, une entreprise multinationale à capitaux majoritairement italiens qui avait des usines un peu partout dans le monde. Sur le site de Trezzano sul Naviglio, à Milan, en Italie, nous étions 330 à travailler. La faillite de l’usine n’est pas le résultat de la crise industrielle mais de la spéculation : elle a été fermée en décembre 2012.
En février 2013, nous avons décidé de reprendre ce site industriel au titre des indemnités pour le travail que nous avons perdues, pour les machines qui ont été déménagées et pour les commandes qui seront désormais honorées en Pologne, et ce, même si elles sont le résultat de notre travail passé. Nous avons immédiatement créé un nouveau projet, une communauté inclusive désireuse de prendre en charge notre héritage historique : la récupération de 30 000 m² d’espace libre pour construire une « citadelle d’une autre économie » où les activités sociales et productives trouveront un point de rencontre et de soutien mutuel intégrant chômeurs et immigrants.

Quel est notre objectif ?

Durant ces 18 premiers mois, nous avons déjà beaucoup fait mais c’est désormais le moment le plus important de notre pari : nous devons relancer la production afin de nous donner de vrais salaires qui nous permettront de vivre décemment.
Nous voulons gagner ce pari ! Nous sommes déterminés à prouver qu’une usine autogérée, sans maître et sans exploitation, est possible. Mais pour ce faire, nous avons un besoin immédiat de machines pour démarrer la production. Grâce à notre travail, nous avons remis en marche le système électrique industriel. Nous avons maintenant besoin d’un système d’air comprimé qui est nécessaire pour pouvoir alimenter les machines et outils de recyclage comme les presses, tournevis, machines à enduire. Cette infrastructure est indispensable à toute activité industrielle.
Pour acheter et installer ces compresseurs, nous avons besoin d’un apport initial minimum de 15 000 euros qui rendrait notre projet possible !

18 août 2014

Usines récupérées - 3. Rome et Milan

Nous terminons notre rapide tour d'horizon européen des usines récupérées avec l'article de Diagonal (ici, en espagnol).

Traduction et résumé.

Les usines Officine Zero et Ri-Maflow sont en voie de récupération.

En Italie, beaucoup d'expériences ont réussi à gérer la production de manière différente, à investir leurs bénéfices et à se transformer en coopérative. Mais, deux expériences innovantes se détachent, surgies des résistances aux politiques néo-libérales: Officine Zero à Rome et Ri-Maflow à Milan.


Le projet de reconversion de l'Officine Zero est né de la lutte de l'usine RSI, un atelier de réparation de chemin de fer situé dans le quartier de Casalbertone, à un kilomètre de Tiburtina, la nouvelle gare de trains à grande vitesse de la capitale. L'usine a fait faillite en 2011 à cause de la crise dans le secteur des chemins de fer publics qui ont peu à peu diminué la production et licencié une bonne partie du personnel.

Le 20 février 2012, les 33 derniers ouvriers licenciés ont décidé d'occuper l'usine et ont exigé le paiement de leurs salaires. Pendant cette lutte, ils ont reçu un appui marqué des réseaux sociaux, des centres sociaux occupés et du mouvement étudiant. L'usine s'est ouverte à la société et elle a entamé un processus politique en assemblées nommé "l'idée folle", un projet de lutte et de travail en commun entre les différentes sections de travail à partir de l'appui à la lutte ouvrière contre le patronat et avec l'objectif de créer un processus de récupération collective et coopérative de l'espace.

Le résultat de ces assemblées, c'est le projet Officine Zero, c'est la recherche d'un autre modèle de relations sociales et professionnelles, basé sur l'autogestion et la coopération.

La construction d'une alternative concrète s'articule entre divers projets de l'usine: ateliers artisanaux, réutilisation et recyclage des machines qui ont été récupérées et réactivées par les anciens ouvriers de l'usine et les nouveaux coopérants du projet et un espace de travail en commun. De plus, il y a une maison étudiante autogérée et une cantine populaire. La chambre du travail autonome et précaire est également née, avec le projet d'une assistance légale gratuite, forme d'expérimentation du syndicalisme urbain, organisé par en bas et basé sur la solidarité, la lutte commune et la connexion entre travailleurs et précaires.
Dans le projet de Ri-Maflow, cette idée de réutilisation et de recyclage est aussi fondamentale. Il se situe à Trezzano sul Naviglio, près de Milan. Cette usine a été prise par les ouvriers pour éviter l'évacuation des installations, pour éviter qu'on emmène les machines. La majorité des ouvriers licenciés participent à la coopérative et ont ouvert l'usine à la communauté locale lors de la foire de la seconde main qui s'est transformé en un espace fondamental de l'économie solidaire.

5 mai 2014

Une expérience d'autogestion à Milan

et Marie Chambrial dans Basta (ici, en français) nous emmènent en Italie dans une usine récupérée. Sans angélisme, sans diabolisation, enquête et témoignages.

Extrait

Dans la banlieue industrielle de Milan, des ouvriers tentent de relancer une activité dans leur ancienne usine de pièces automobiles. Ateliers et chaînes de production accueillent désormais un centre de recyclage, une vente de produits locaux équitables, un studio de musique ou une fabrique de liqueur de citron. Le tout en autogestion. Un pari qui commence à payer, mais qui montre les difficultés de construire un projet coopératif parti de rien, et sans aucun soutien institutionnel.

« Piano piano », les 30 000 m2 de l’usine Maflow, désertée fin 2012, ont repris vie. L’histoire de cette fabrique de pièces automobiles de la banlieue de Milan aurait pourtant pu se terminer comme beaucoup d’autres. Le processus est déjà vu maintes fois. Une usine mise en faillite malgré une activité prospère. Le rachat - en liquidation judiciaire - par un groupe qui lorgne sur les machines et les brevets. Puis la délocalisation des machines vers la Pologne, deux ans plus tard. Mais à la Maflow un nouveau chapitre est en train de s’écrire. Les trois ans de lutte et la rencontre avec des militants politiques ont rendu possible l’occupation de l’immense usine, sa remise sur pied après le pillage de son réseau électrique, et la relance de petites activités.
Un an après le lancement du projet « Ri-maflow », fondé sur le principe du recyclage, 23 personnes y travaillent, dont une moitié d’anciens ouvriers de l’usine. Le week-end, un marché aux puces fait vivre le lieu et ramène des clients devant un petit bar récupéré dans un hôpital de Milan. Des anciens de l’usine ont développé un groupe d’achat équitable de produits agricoles de la plaine du Pô. Un studio de musique a pris ses quartiers dans la salle des tests des composants automobiles. À côté, un atelier de réparation de vélos, une petite production de liqueur de citron Limoncello, une salle de concert et un atelier d’artistes. De quoi faire vivre les lieux et tenter de constituer un capital pour relancer une activité de recyclage de matériel informatique et domestique, qui elle aussi a démarré sur une partie des locaux.