Affichage des articles dont le libellé est Canada. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Canada. Afficher tous les articles

19 oct. 2016

Monsanto en procès

Dans Libération (ici) Coralie Schaub nous rend compte du procès "pour de faux mais avec de vrais professionnels" contre la multinationale.

Extrait
Un gros cœur rouge est imprimé sur son haut noir. Elle est grande, se tient droite, elle s’avance à la barre, prend une profonde inspiration et se lance : «C’est un honneur d’ouvrir la longue marche des victimes de Monsanto. Vous allez entendre beaucoup de chiffres, aussi je me suis permis de mettre un visage sur les statistiques.» Sabine Grataloup tend aux juges une série de photos. L’une montre un nouveau-né intubé, les mains attachées, une sonde dans l’estomac. Une autre, une bouille au sourire doux, de beaux yeux bleus… et un gros trou dans le cou. «Voici Théo, mon fils. Il y a neuf ans, il est né avec une malformation grave de l’œsophage. Il a dû être opéré en urgence pour séparer les systèmes digestif et respiratoire. Son larynx aussi était malformé, on lui a donc aussi fait une trachéotomie. Depuis sa naissance, il a subi cinquante opérations.»
Elle évoque la «somme énorme de souffrances accumulées», les difficultés que Théo a toujours pour respirer ou parler, le risque vital permanent, le handicap social, la famille meurtrie.

Cathédrale

Sabine Grataloup ne s’exprime pas devant une juridiction classique. Samedi, cette Iséroise est venue témoigner devant le Tribunal international Monsanto dans le cadre d’un procès citoyen sans reconnaissance officielle organisé à La Haye, aux Pays-Bas, à deux pas de la Cour pénale internationale (CPI). Mais elle s’adresse à de vrais juges.
(...)
Les juges le savent, leur mission est de livrer une opinion juridique sur six questions. La firme Monsanto a-t-elle, par ses activités, porté atteinte au droit à un environnement sûr, propre, sain et durable ? A-t-elle porté atteinte au droit à l’alimentation ? Au droit à la santé ? Aux libertés d’expression et de recherche scientifique ? S’est-elle rendue complice de crimes de guerre en produisant le défoliant «agent orange» utilisé par l’armée américaine au Vietnam ? Enfin, ses activités pourraient-elles constituer un écocide, soit le fait de détruire l’environnement au point de compromettre la vie sur Terre ?
(...)
Damián Verzeñassi, un docteur en santé publique argentin qui a mené une vaste enquête épidémiologique dans son pays, atteste à la barre d’une hausse spectaculaire des cancers, fausses couches et malformations congénitales. Entre 2010 et 2014, ces dernières concernaient 17,9 naissances sur 1 000, contre 8,8 sur 1 000 entre 2000 et 2004. «La majorité des malformations touchent la ligne médiane du corps», observe-t-il, citant les effets du glyphosate, qui interdit l’expression normale de gènes permettant la constitution de notre morphologie. Les mêmes malformations qui touchent Théo, Martina, les amphibiens du professeur Carrasco… Ou les porcelets d’un éleveur danois venu lui aussi témoigner, photos à l’appui, où l’on voit des animaux nés avec des moignons en guise de pattes, sans anus, sans yeux ou avec deux têtes.
Devant les juges, défilent encore apiculteurs mayas, agriculteurs australiens, burkinabés, indiens ou canadiens, tous très remontés contre Monsanto, accusée de «collusion» avec des gouvernements qui protégeraient davantage les intérêts privés que leurs citoyens. Seuls les Sri Lankais ont réussi à obtenir l’interdiction du glyphosate dans leur pays après la mise en lumière du lien entre le produit et une épidémie de maladie rénale responsable de la mort de 24 800 producteurs de riz entre 1994 et 2014.
La cour rendra son avis consultatif au plus tôt le 10 décembre, journée internationale des droits de l'Homme. Le petit Théo, lui, n’attendra pas jusque-là pour subir sa 51e opération. Ce sera ce jeudi, à l’hôpital Necker à Paris.

12 oct. 2016

Un mauvais tuyau

Dans Basta, Samy Archimède est allé enquêter sur un pipe-line conçu pour transporter le pétrole des sables bitumineux à travers la Belle Province (ici).

Extrait

La polémique enfle au Québec autour d’un gigantesque projet d’oléoduc qui traverserait plusieurs centaines de rivières. Dans ses tuyaux, un pétrole issu des très polluants sables bitumineux de l’Alberta, qui sera ensuite acheminé vers l’Europe ou les États-Unis. Déjà recalée par Barack Obama pour son très controversé projet d’oléoduc Keystone XL, l’entreprise canadienne TransCanada voit grandir face à elle un front citoyen mené par les communautés autochtones et les organisations environnementales. Celles-ci redoutent une marée noire dans le Saint-Laurent ou ses affluents. Elles veulent que les gouvernements canadien et québécois tournent le dos aux hydrocarbures, et respectent leurs engagements pris lors de la COP21.

19 juin 2015

Les sables bitumineux

Basta relaie l'enquête d'un journaliste canadien, Edward Struzik, sur le bilan écologique de l'exploitation des sables bitumineux en Alberta (Canada) (ici, en français).

L'occasion de rappeler que l'emploi et la misère qui l'organise ravage non seulement les existences humaines mais celles de nos autres compagnons de route sur cette terre.

Le bilan est sans appel. Extrait
Nous sommes loin de l’image du derrick perdu dans le désert ou d’une sage plateforme pétrolière émergeant à l’horizon. Voici l’Alberta, province canadienne, où des firmes pétrolières, parmi lesquelles Shell et Total, exploitent à un rythme effréné les gisements de sables bitumineux, du pétrole visqueux contenu dans du sable. Elles espèrent tripler leur production d’ici 2030. Mais à quel prix ! S’il est souvent question de l’impact des sables bitumineux sur le dérèglement climatique, on parle moins de leurs conséquences sur les ressources en eau et la biodiversité locale. Extraction excessive et pollutions commencent à faire sentir leurs effets, jusqu’à l’océan Arctique. Premier volet d’une enquête exclusive réalisée par Edward Struzik, journaliste canadien.
200 kilomètres en aval des exploitations géantes de sables bitumineux du nord de l’Alberta, un aborigène du nom de Joe Wandering Spirit vit dans une cabine d’une seule pièce, avec un chat sauvage et une meute de chiens de traîneau qu’il tient attachés lorsqu’il n’est pas en train de chasser, de poser des pièges ou de pêcher. Ici, au cœur du delta Paix-Athabasca, l’un des plus importants deltas d’eau douce au monde, vivre dans une contrée sauvage moitié terre moitié eau n’est pas sans risques pour un homme vieux de 75 ans comme lui. Chaque année, au moment de la rupture printanière des glaces, les rivières sinueuses du delta peuvent changer abruptement de cours et déborder soudain de leurs rives.
Il y a cinquante ans, lorsque commencèrent les travaux de construction de la première exploitation commerciale de sables bitumineux en Alberta, plus de 400 aborigènes menaient une existence modeste dans cet écosystème marécageux de plus de 3000 kilomètres carré. Les étés dans le delta et dans le lac Athabasca, immédiatement à l’Est, donnaient suffisamment de poissons non seulement pour subvenir à leurs propres besoins, mais aussi pour soutenir une petite pêcherie commerciale. Avec l’automne arrivaient des milliers d’oies et de canards en route vers le sud, qui faisaient étape pendant plusieurs jours dans le delta avant de poursuivre leur migration. L’hiver, il y avait des élans, des caribous et des bisons à chasser. Au retour du printemps, il y avait des œufs de sterne, de goélands, de canards ou d’oies à collecter, et suffisamment de rats musqués pour remplir un bateau en une journée. Les rats musqués et les œufs d’oiseaux constituaient aussi une source fiable de nourriture pour des visons, des lynx, des coyotes, des loups et d’autres prédateurs.
L’importance écologique du delta Paix-Athabasca n’est pas disputée. En 1922, lorsque le gouvernement canadien créa Wood Buffalo, le plus grand parc national du pays, 80% du territoire du delta fut inclus dans son périmètre. En 1982, l’Unesco classa Wood Buffalo et le delta Paix-Athabasca au patrimoine mondial de l’humanité et les désigna parallèlement comme un site Ramsar d’importance internationale.

« Le prix mondial du développement insoutenable »

Aussi important et reconnu qu’il soit au niveau international, le delta est en train de mourir lentement. Le changement climatique, les barrages hydroélectriques, la pollution et les extractions massives de l’eau des rivières pour la fracturation hydraulique et l’exploitation des sables bitumineux affectent si lourdement l’intégrité écologique de la région que Wandering Spirit est maintenant la seule personne qui continue à y vivre tout au long de l’année. La pêcherie commerciale est abandonnée, en raison notamment de lésions et de malformations qui rendaient le poisson invendable. Les truites que l’on pouvait capturer dans la partie aval de la rivière Athabasca ont disparu. De même la plupart des caribous.
Les populations de rats musqués ont décliné si brutalement que les aborigènes ont renoncé à les piéger. Les oiseaux sont eux aussi touchés. Les populations de gibiers d’eau comme les macreuses ou les fuligules ont chuté de 70% ou plus depuis les années 1950. Les œufs de goélands à bec cerclé collectés en 2012 contenaient 139% de mercure de plus qu’en 2009. « Rien sur la planète ne peut être comparé à la destruction en cours dans cette partie du monde », résume David Schindler, un scientifique canadien de renommée mondiale qui étudie la région depuis plus de 20 ans. « S’il y avait un prix mondial du développement insoutenable, les sables bitumineux seraient sûrs de gagner. »

(...)

Zones humides détruites

La baisse du niveau des rivières n’est pas le seul problème à laquelle la région est confrontée. Avant que les entreprises de sables bitumineux n’entrent en scène, au moins la moitié, si ce n’est les deux tiers des territoires aujourd’hui exploités étaient des zones humides boréales typiques du nord de l’Alberta. Ces zones humides, au sud du delta, abritaient un grand nombre d’espèces végétales, parmi lesquelles des orchidées sauvages parmi les plus rares de l’Ouest canadien ; des centaines d’espèces d’oiseaux ; des espèces d’insectes innombrables ; et des grands mammifères comme le caribou des bois, l’élan, le loup ou le grizzly. Personne ne sait l’étendue de la biodiversité qu’elles abritaient, car aucun inventaire n’en a jamais été réalisé, que ce soit avant ou pendant la construction des installations industrielles destinées à l’exploitation des sables bitumineux.

Ce que l’on sait, c’est que ces zones humides, après avoir été minées par les firmes pétrolières, ne filtrent plus l’eau, ne séquestrent plus le carbone et ne nourrissent plus la chaîne complexe de plantes et d’animaux qui en dépendaient auparavant. Outre les émissions de gaz à effet de serre directement issues de la combustion du pétrole extrait en Alberta, les transformations de paysages occasionnés par l’exploitation des sables bitumineux pourraient également générer entre 11,4 et 47,3 millions de tonnes de carbone, selon une étude de la scientifique canadienne Suzanne Bayley. Ces transformations, ajoute-t-elle, réduiront parallèlement la capacité de séquestration du carbone des zones humides de la région de peut-être 7,2 millions de tonnes par an.

11 mars 2015

La justice contre le droit

Les Premières Nations réagissent aux attaques économiques qui leur sont faites. Le gouvernement conservateur de Harper entend faciliter et légaliser le pillage des ressources des Indiens. Il faut savoir que ces les Indiens sont traités comme des étrangers dans leur pays, qu'ils sont frappés par la violence, la misère, l'ostracisme social et le chômage. L'idée de leur rendre leurs ressources n'est peut-être pas délirante au vu des dégâts que provoquent leur colonisation.

En mai dernier, Philippe Pataud Célérier revenait sur les luttes des Indiens et les exaction des porteurs d'eau du capitalisme prédateur.

Extrait de l'article (disponible ici, en français)

Le mouvement Idle No More a été lancé fin 2012 par quatre femmes de la Saskatchewan, une province des Prairies (Centre-Ouest). Mmes Sylvia McAdam, Jessica Gordon, Nina Wilson et Sheela McLean dénonçaient l’adoption par le Parlement canadien des lois C-45 et C-38. Votés à la va-vite, sans possibilité de débat, ces deux textes, épais de quatre cents pages chacun, ont des implications considérables. Le premier modifie la loi sur les Indiens, qui date de 1876 : l’Etat peut désormais louer ou acheter les terres d’une réserve sans avoir obtenu l’accord de la majorité des électeurs du conseil de bande — l’organe décisionnaire des réserves —, mais seulement de la majorité des présents. Le second texte limite la portée de la loi sur la protection des eaux navigables à quatre-vingt-dix-sept lacs et soixante-deux rivières, soit moins de 1 % des eaux douces du pays.
Ces mesures visent à garantir aux investisseurs étrangers l’accès aux terres et aux importantes réserves prouvées de pétrole (les troisièmes du monde) issues des sables bitumineux. Ironie de l’histoire, celles-ci se trouvent dans le Moyen et le Grand Nord du Canada, là où se sont réfugiés la majorité des autochtones après avoir été chassés du Sud par les colons européens. La question des droits fonciers se pose avec d’autant plus d’acuité aujourd’hui que les enjeux économiques sont colossaux.

10 févr. 2015

Investigation cash

Souffrances psychiques et sociales, dépressions, suicides ...

Les voies de l'actionnariat, de la propriété lucrative n'ont décidément rien à voir avec la justice ou la simple responsabilité.

L'équipe de Cash Investigation de la fonction publique signe une enquête courageuse: même les ministres sont mis devant leur langue de bois.

Nous avons bien sûr plein d'idées pour nous débarrasser des actionnaires et des employeurs (voir nos blogues): c'est que, à force de vouloir des dividendes, ils empêchent le travail bien fait, détruisent la planète et notre santé mentale.
Quant aux retraités de la fonction publique canadienne, nous avons une piste très simple pour qu'ils puissent profiter de leurs vieux jours sans mettre la société à feu et à sang: la cotisation. Cette solution a en outre l'avantage de les mettre à l'abri des aléas boursiers.
Revoir Cash Investigation en replay. Retrouvez également l'ensemble des magazines de France Télévisions sur francetv info
francetvinfo.fr

1 févr. 2015

Des prostituées persécutées

Michelle Chen enquête sur une nouvelle législation au Canada pour les travailleuses et les travailleurs du sexe (Dans The Nation, ici, en anglais).

Nous rappelons que nous considérons les prostituées comme des travailleuses comme les autres. Nous entendons, pour elles comme pour les autres travailleurs, défendre le salaire déconnecté de l'emploi. Si une travailleuse souhaite réaliser des prestations sexuelle, c'est son droit mais ce droit doit être exercé en toute indépendance sans que n'intervienne la nécessité, le chantage à la misère ou la pression financière. Tant que la misère intervient, tant que l'argent manque à certaine, l'interdiction de la prostitution est indécente.

Pour que la prostitution soit acceptable, il faut qu'elle soit librement consentie (quitte à ce qu'elle n'existe plus) et, pour être librement consentie, la prostitution ne doit pas être générée par un manque d'argent, par l'envie ou le besoin de gagner de l'argent. Seul le salaire inconditionnel peut rendre la prostitution acceptable (quitte à en marginaliser la pratique - ou pas, d'ailleurs).

Résumé, extrait et traduction de l'article
Depuis décembre 2014, une loi interdit la prostitution de manière draconienne, le C36 ou "Acte de protection de la société et des personnes exploitées". Le but proclamé de cette loi est de protéger les travailleuses du sexe, de policer leur industrie. Les avocats des travailleuses disent que cette loi entend en finir avec la demande sous un prétexte fallacieux de sécurité publique.

Sous couvert de protection des prostituées, cette loi rend la pratique de la prostitution plus difficile et plus dangereuse selon Robyn Maynard, une activiste.

La loi C36 interdit d'acheter du sexe [sans procurer de revenu de substitution aux prostituées!]. Un client peut se voir infliger une amende de 500 dollars ou plus et jusqu'à cinq ans de prison ferme. Selon le groupe d'avocat Pivot Legal Society, cependant, la criminalisation des clients a déplacé les travailleuses du sexe vers des zones isolées où les clients sont moins susceptibles de se faire pincer par la police. Les travailleuses du sexe ont moins l'occasion (ou n'ont plus l'occasion du tout) de jauger leurs clients ou de négocier les termes de la transaction comme elles sont sous la pression de clients désireux d'en finir le plus vite possible.

De la même façon, les restrictions sur les "communications" liées à la vente de sexe - notamment les publicités en ligne ou imprimées - selon Pivot, "vont limiter significativement les possibilités des travailleurs du sexe à travailler en sécurité à l'intérieur". Cela pourrait toucher particulièrement les travailleuses les plus âgées qui ont tendance à faire leur publicité sur des supports imprimés traditionnels plutôt que dans le cyberespace en roue libre.

Comme beaucoup d'entre elles ne sont pas capables de placer des publicités dans des publications et ont moins d'endroit pour travailler, les travailleuses sont confrontées à des situations plus dangereuses.

Les rues sont plus hostiles aux travailleuses du sexe puisque leur interdit de travailler dans les rues où on peut s'attendre "raisonnablement" à croiser des enfants, telles que des plaines de jeu ou des centres médicaux. Ceci ferme les espaces publics aux travailleuses du sexe pour éviter "d'exposer" les enfants. 

La loi restreint les droits d'association des travailleuses dans un arrangement commercial ou de travailler collectivement - ce qui contribue à les déstabiliser et affaiblit leur contrôle des conditions de travail.

Les travailleurs les plus vulnérables à cette politique agressive sont les plus marginalisés, les pauvres, les transgenres, les migrants ou les gens de couleur - les gens que la base sociale rend invisibles et qui font face maintenant au bannissement de l'espace public. Pivot a dénoncé le climat de criminalisation dans une lettre de protestation au ministre de la justice canadien, la stigmatisation a provoqué "une épidémie de violence envers les travailleurs du sexe dans les communautés de Colombie Britannique".

2 déc. 2014

Le béluga met l'industrie pétrolière hors d'état de nuire

Selon un article du Monde (ici en français), avec toutes nos félicitations aux somptueux cétacés.

Extrait


Le secteur de Cacouna au Québec est prisé par les femelles bélugas pour mettre bas.
Le secteur de Cacouna au Québec est prisé par les femelles bélugas pour mettre bas. | REUTERS/CHINA DAILY
Les protecteurs du béluga ont obtenu gain de cause auprès du gouvernement canadien, lundi 1er décembre. Cette baleine blanche arctique a été classée « en voie de disparition » dans le fleuve Saint-Laurent par les autorités. En conséquence, un projet de terminal pétrolier dans le fleuve ne verra pas le jour au large de Cacouna, sur la rive sud, au nord de la ville de Québec, une zone prisée par les bélugas pour mettre bas.
La colonie de cétacés, qui compte aujourd'hui moins d'un millier d'individus, contre plus de 10 000 dans le passé, « fait face maintenant à un risque de disparition considérablement plus élevé » que lors du précédent rapport la concernant, a annoncé lundi le Comité sur la situation des espèces en péril du Canada (Cosepac) qui remettait ce document au ministère de l'environnement.
1,1 MILLION DE BARILS PAR JOUR



Le projet d'oléoduc de TransCanada devait traverser le Canada depuis l'Alberta vers l'embouchure du fleuve Saint-Laurent.En conséquence, la société TransCanada, qui cherche à transporter par cette voie maritime le pétrole de l'Ouest canadien, a décidé « d'arrêter » ses travaux menés à Cacouna, a-t-elle annoncé dans un communiqué. Elle souhaitait y opérer d'ici à 2018 un terminal pétrolier connecté au mégaoléoduc Energie Est bâti pour l'occasion.

21 oct. 2014

Le pétrole n'aime pas le béluga

Le Monde (ici, en français) nous apprend que les bélugas et les intérêts pétroliers s'opposent dans la belle Province.
 
La logique des industriels est celle de l'emploi à tout prix. Les bélugas ne sont que des externalités pour eux.

Une précision tout de même, techniquement, le béluga est un dauphin puisqu'il a des dents et non une baleine (les baleines ont des fanons).

Extrait


Un béluga dans la baie de Chevery, dans le golfe du Saint-Laurent, au large des côtes canadiennes.


[Cacouna], ce bourg de 2 000 âmes est pourtant au centre d’une polémique opposant l’industrie des sables bitumineux aux défenseurs de l’environnement et à un mouvement citoyen qui prend de l’ampleur au Québec. Les premiers cherchent à ouvrir une nouvelle brèche pour l’exportation du pétrole de l’Ouest canadien vers l’Atlantique, au grand dam de ceux qui ne veulent pas voir le fleuve Saint-Laurent devenir une « autoroute pétrolière », avec risques de marée noire et de perturbation d’écosystèmes aussi riches que fragiles. En ligne de mire, le sort incertain d’une colonie de bélugas, espèce protégée car en voie de disparition.
Les rivages de Cacouna, particulièrement prisés par ces petites baleines blanches pour mettre bas, doivent accueillir une partie des infrastructures d’un mégaprojet, baptisé Energie Est. Le géant canadien de la distribution d’hydrocarbures TransCanada veut construire, au large du port existant, des quais pouvant accueillir jusqu’à cinq pétroliers géants par semaine. Le futur terminal pétrolier serait relié aux gisements de sables bitumineux de l’Alberta, dans l’Ouest, par un super-oléoduc de 4 600 kilomètres ...

18 sept. 2014

Les peuples premiers contre les multinationales

Le journal progressiste The Nation fait le point sur les luttes qui opposent les Indiens et les industriels de la mine au Canada (ici, en anglais).

Résumé et traduction d'un front entre le lucre et la survie.

Les résidus de l'exploitation minière laissent une soupe toxique avec de l'arsenic, du mercure ou des hydrocarbures cancérigènes. 1600 canards sont morts après avoir atterri dans un de ces bassins de résidus en 2008.
 
C'est l'épicentre de l'opération sables bitumineux de l'Athabasca, dans le nord de l'Alberta, Canada, juste à l'extérieur de la ville-champignon huile de Fort McMurray. C'est le troisième plus grand gisement prouvé de pétrole brut et le plus grand projet industriel sur terre si coûteux et destructeur de l'environnement qu'il est considéré comme une ressource limite, viable que parce que les sources de pétrole conventionnel sont en déclin.  
Le journaliste s'est rendu à Walk fin juin dans le cadre de la guérison de l'exploitation des sables bitumineux, dans laquelle les militants des Nations Premières ont conduit 250 participants sur une boucle de quatorze kilomètres, du producteur de pétrole aux opérations de Syncrude. L'air était nocif et l'ampleur de la destruction presque impossible à rendre, mais les batteurs Dénés nous ont motivés avec leur rythme constant.
 
Les résidus sont un sous-produit du traitement des sables bitumineux, un résidu des eaux usées rejetées à collecter dans des piscines si vastes et nombreuses qu'elles peuvent être vues de l'espace. Ces bassins de résidus ne sont pas sûrs: une étude d'Environnement Canada de février dernier a confirmé que ces étangs s'infiltraient dans la rivière Athabasca, qui se jette dans la-Mackenzie plus grand réseau fluvial au Canada, avant de se déverser dans l'océan Arctique. Fort Chipewyan, un hameau à distance en aval de Fort McMurray, s'est fait connaître du public en 2006, lorsque son seul médecin, John O'Connor, a rendu public le taux élevé de cancers rares dans la communauté. Santé Canada l'a accusé de faute quand O'Connor a suggéré que cela pourrait être lié à la pollution des sables bitumineux.


Shell a proposé l'expansion de la mine Jackpine et la mine de la rivière Pierre sur le territoire traditionnel de la Première nation Athabasca Chipewyan, qui comprend Fort Chipewyan. 
L'APN [Assemblée des Premières Nations - la représentation politique des Indiens du Canada] affirme que les projets vont détruire sa vie culturelle avec l'écosystème lui-même.
«Nous avons une ligne à ne pas franchir, selon le conseil de nos aînés, et nous nous y tenons", a déclaré Deranger. «Ce n'est pas une question d'argent. Il s'agit de la protection et de la préservation de notre terre, de notre culture et de notre identité."

* * *

C'est la ligne de front dans la lutte contre l'exploitation des sables bitumineux. Quand la plupart des Premières Nations du Canada [des Indiens] ont cédé leurs territoires à la couronne britannique à la fin du XIXe siècle, ils l'ont fait en échange, non seulement de réserves mais aussi du droit de chasser et de pêcher sur leurs terres traditionnelles à perpétuité. Nombre de ces terres sont maintenant menacées par le développement rapide de l'industrie minière.

Les dernières années ont vu une avalanche de poursuites judiciaires contre l'exploitation des sables bitumineux sur la base de ces droits, avec l'APN qui se défend actuellement contre de
difficiles projets spécifiques tels que l'expansion Jackpine et la mine de la rivière Pierre, et contre les politiques gouvernementales, comme le Plan régional de Basse-Athabasca. Certaines des poursuites se bornent à demander une indemnisation pour les dommages déjà causés, mais la plupart cherchent à faire reconnaître légalement les droits des autochtones sur ces territoires traditionnels (pas simplement sur leurs réserves). Il s'agit de consulter les Indiens sur l'approbation de projet et sur leur développement.
En fait, les communautés autochtones à travers le Canada accumulent ​​une série de victoires juridiques contre le secteur des mines. Et ces succès juridiques ne sont pas seulement importants pour les communautés autochtones.

Cette restauration de sauvegardes environnementales partit de Idle No More [Cesser l'inactivité - ils se battent aussi pour le travail et contre l'emploi, semble-t-il], un mouvement indigène de la base lancé en 2012 pour protester contre le projet de loi C-38 de Stephen Harper, qui a imposé des dispositions favorables aux entreprises dans des dizaines de textes de loi, allant de l'évolution des réglementations environnementales à la pure et simple abrogation des justes salaires et les heures de travail [l'employisme est anti-écologique].
Fondamentalement, il a également violé les droits issus de traités autochtones et menacé l'environnement dans leurs terres traditionnelles. En quelques semaines, ce qui a commencé comme une grève de la faim par un seul chef de l'Ontario a fait boule de neige, de la même façon que le mouvement Occupy, dans un mouvement national, grâce à une campagne de médias sociaux qui ont propagé les images et inspiré de nouvelles manifestations à travers le Canada, qui dépassent de loin les centres métropolitains des communautés rurales éloignées, y compris la région subarctique. Des actions de solidarité ont eu lieu aux États-Unis, et même à Londres, Berlin, Stockholm et au Caire.
"Notre nation demande ceci: nous avons besoin d'un moratoire sur tous les nouveaux développements de projet jusqu'à ce que nous déterminions les impacts de ces projets sur les traités et les droits ancestraux», a déclaré Deranger. "Le minimum, pour les Nations Première, c'est d'être en mesure de continuer la chasse au canard. Pour cela, il faut que le fleuve continue à couler, que le climat, les écosystèmes nécessaires soient garantis pour que cette activité puisse continuer. De même avec la pêche, la chasse au caribou, ou la chasse au bison. Les seuils de pollution qui sont proposés par le secteur de l'énergie du gouvernement sont pensés pour la stabilité de l'écosystème, et non pour la pérennité des droits culturels. "
(...)
L'oléoduc Keystone XL est crucial pour l'expansion de l'exploitation des sables bitumineux précisément à cause de ce mouvement [contre cet oléoduc]. Pour un réel retour sur investissement, l'industrie de l'énergie et le gouvernement doivent transporter le pétrole des sables bitumineux vers les côtes pour le vendre sur le marché mondial, mais l'infrastructure des sables bitumineux actuel du Canada tourne déjà à pleine capacité, et le succès croissant de la résistance indigène permet la construction des méga-pipelines de plus en plus improbables.
L'expansion de l'oléoduc Keystone XL agissant comme une soupape de pression, permettrait la poursuite du développement. Mais dans le même temps, le pétrole des sables bitumineux est déjà expédié par chemin de fer à d'autres raffineries à travers les États-Unis et alors que le rail est un moyen beaucoup plus de transport beaucoup plus dangereux (comme en témoigne le déraillement catastrophique à Lac-Mégantic, au Québec, l'an dernier, qui a détruit le centre-ville et a tué quarante-deux personnes), son utilisation augmentera probablement si l'expansion de l'oléoduc Keystone XL n'est pas approuvé.
Comme l'infrastructure d'extraction s'étend au-delà des frontières nationales, la résistance a emboîté le pas. Les militants et les résidents tout au long de la route Keystone XL convergent régulièrement sur ​​Washington, tandis que 210 manifestants de la Bay Area ont été arrêtés lors du premier anniversaire d'un incendie 2012 à Richmond - celui de la raffinerie de Chevron, un emplacement dans la région de la baie recevant déjà le pétrole des sables bitumineux. Mais ce n'est pas simplement un cas de NIMBY [pas dans mon jardin en anglais, pas chez moi]. Les militants américains reconnaissent que résister aux géants de la finance et du pétrole nécessite une approche internationale: chaque grande société pétrolière américaine détient une participation dans les sables bitumineux de l'Alberta, et les frères Koch sont les plus grands acteurs non-Canadiens. Pendant ce temps, les habitants indigènes d'Amazonie poursuivent un procès contre Chevron pour les dommages environnementaux devant un tribunal canadien.
"Nous avons des alliances à travers le pays, nous avons territoires des traités qui sont interconnectés, et nous faisons face à un gouvernement qui veut mettre ce produit toxique dans les ports. Cela doit passer à travers notre territoire et traverser nos terres, mais ils devront en finir avec nous d'abord ", a déclaré le grand chef Derek Nepinak de l'Assemblée des chefs du Manitoba, quand je lui ai parlé en marge de la marche. (...)
* * *
Les sables bitumineux de Cold Lake sont l'une des frontières du développement des sables bitumineux de l'Alberta. Contrairement à l'extraction dans la région de l'Athabasca, la plupart des gisements de Cold Lake font partie des 80 pour cent des sables bitumineux de l'Alberta qui ne peuvent pas être extraits par l'exploitation minière sur place mais doivent faire appel à des méthodes de forage qui, au moins pour l'instant, impliquent d'injecter de la vapeur à haute pression dans le sol. Le secteur de l'énergie affirme que ces méthodes sont plus sûres et moins néfastes pour l'environnement, car elles contournent la nécessité de mines à ciel ouvert, la modernisation des installations d'énergie et beaucoup d'eau ou bassins de résidus. Mais ces méthodes sont loin d'avoir prouvé leur caractère inoffensif.
Comme le développement se produit in situ en grande partie hors de vue, il ne provoque pas la même réaction viscérale que les ravages causés par l'exploitation minière. Ses effets résiduels persistent cependant. La fuite CNRL a tué des dizaines d'animaux, mais bien avant qu'elle ne se produise, les membres de la Nation Cree avait déjà remarqué une baisse du nombre d'animaux. Une étude de 2010 Université de l'Alberta a montré que les troupeaux de caribous sur les terrains de chasse traditionnels des Cree avaient chuté de 70 pour cent depuis 1996.
(...)
Le procès des Cree (région du Cold Lake) est réglé et aura sur les effets cumulatifs sur le développement des sables bitumineux (et non pas seulement le bien-fondé des projets individuels), ainsi que des mécanismes de régulation laxistes du gouvernement et le manque de transparence autour de l'approbation du projet et le développement. «Nous avons le droit de donner notre consentement informé", a déclaré Lameman. «Notre consentement signifie que notre permission, et nous allons définir ce que le consentement ressemble." Déjà, la communauté a commencé à voir des résultats: «Depuis que nous avons lancé le litige," Lameman ajouté, "l'industrie vient à nous [plus tôt] parce qu'ils ne veulent pas traiter avec nous plus tard ".
Le secteur de l'énergie a également commencé à reconnaître les avantages de la consultation des Premières Nations à des stades antérieurs sur l'investissement dans des projets qui pourront finalement être arrêtés. (...)

* * *

C'est là qu'est le site Syncrude. Inutile de dire que Butcher a perdu tous ses pièges. Peu de temps après, Syncrude a rasé la cabine de son grand-père. Personne n'a informé son grand-père, comme cela était d'usage quand l'entreprise a été réalisée: le secteur de l'énergie et le gouvernement avaient conclu des accords entre eux et étaient allés de l'avant avec leurs plans, sans prendre aucunement en considération la communauté.
Avant longtemps, les gens ont commencé à remarquer les changements: quelque chose n'allait pas avec le poisson, qui goûtait le pétrole; la neige qu'ils fondaient en hiver pour avoir de l'eau potable était maintenant couverte de suie; et l'eau de la rivière rendait les gens malades.  
(...)

Il a fallu attendre le milieu des années 1980 pour que tout change à Fort McKay. Bien que deux décennies de développement eussent pollué l'écosystème, ce qui a rendu impossible de vivre de la terre, la communauté avait au moins pu compter sur l'économie de piégeage pour mener une vie tranquille. Quand les activistes des droits des animaux en Europe ont réussi à marginaliser le commerce de la fourrure, Fort McKay n'a pas eu d'autre choix que de coopérer avec le secteur de l'énergie.
(...)

9 sept. 2014

Catastrophe écologique

Basta (ici, en français et en libre accès) nous signale une catastrophe écologique survenue au Canada. Ce pays a "libéralisé", "déréglementé" le secteur pour ... pour favoriser l'économie, bien sûr. Mais pourquoi favoriser l'économie? Parce que c'est bon pour l'emploi!

Extrait.

Des lacs et des cours d’eau pollués, des produits toxiques massivement déversés dans la nature, des communautés indiennes affectées : l’accident qui s’est produit cet été dans une mine d’or et de cuivre de Colombie-Britannique a été qualifié de « plus grande catastrophe minière jamais survenue au Canada ». De nombreuses alertes avaient pourtant été émises sans que l’entreprise minière ne renforce la sécurité de ses installations. Et le Canada n’a cessé d’affaiblir ses réglementations écologiques pour faciliter son « boom » minier.
L’accident s’est produit le 4 août. La digue d’un bassin de décantation d’une importante mine d’or et de cuivre de Mount Polley, dans la province de Colombie-Britannique au Canada s’est rompue. Des milliards de litres d’eaux usées et de boues toxiques se sont déversées dans les lacs et les cours d’eau environnant. L’état d’urgence a été décrété localement, assorti d’une interdiction de consommer l’eau du réseau.
La rupture de la digue est survenue malgré un rapport officiel de 2011 alertant le propriétaire de la mine, Imperial Metals, sur la nécessité de trouver une solution durable pour évacuer les eaux usées s’accumulant dans le bassin. Le rapport, commandé par deux tribus des « Premières nations » et payé par Imperial Metals, notait également que la mine n’avait « ni plan de surveillance ni plan d’urgence détaillés » ! Dans le même temps, le ministère de l’Environnement de la province a déclaré avoir averti Imperial Metals en mai dernier - pour la cinquième fois ! -, après que des inspections aient révélé que les niveaux des eaux usées dans le bassin de décantation dépassaient la limite autorisée. Des eaux usées qui présentaient aussi une concentration anormalement élevée de plusieurs substances, dont le sélénium, très toxique.

7 août 2014

Catastrophe écologique ... mais ça fait de l'emploi

Le Monde nous informe ici que, suite à une rupture de barrage, l'activité minière a encore provoqué une importante pollution de l'eau au Canada. Rappelons que le Canada est un pays particulièrement accueillant pour les compagnies minières et particulièrement peu regardant sur le respect des normes environnementales: des compagnies minières qui opèrent à l'étranger mettent leur siège social dans ce pays connu pour sa mansuétude à leur égard.

Extrait de l'article du Monde

La rupture, lundi, d'une digue d'un bassin de décantation d'eaux usées d'une mine de cuivre et d'or en Colombie-Britannique provoque mercredi 6 août une pollution sur un important réseau hydrographique de cette province de l'Ouest canadien, où l'état d'urgence a été décrété localement.

Compte tenu de la toxicité des produits utilisés par la mine du mont Polley, exploitée par le groupe Imperial Metals et située entre les lacs Polley et Quesnel, il est strictement interdit aux populations de la région de consommer et d'utiliser l'eau du bassin hydrographique en aval du lac Quesnel ou de s'y baigner, a rappelé mercredi le district régional de Cariboo, situé dans les Rocheuses, au nord-ouest de Vancouver. Dans un communiqué, le district « a déclaré l'état d'urgence localement » afin de prendre toutes les mesures de sécurité nécessaires et d'ajouter des capacités d'infrastructures à la ville de Likely, en aval du lac Quesnel.

12 juin 2014

Retour vers le 19e

Najib Touaibia fait le point sur le secteur minier mondial sur le site Mondialisation (ici, en français).

Extrait

Les mineurs meurent toujours aux quatre coins du monde, par centaines en même temps, agonisent dans des conditions à peine imaginables à des km de profondeur, piégés par leur gagne-pain… les « gueules noires » n’ont pas changé de siècle, sont plus que jamais sacrifiées sur l’autel des profits et de la spéculation financière.
Dans le secteur, l’argent coule à flot, les rendements sont de plus en plus élevés, les profits faramineux, les conditions fiscales paradisiaques, les protections juridiques plutôt blindées… L’industrie minière est ainsi avant tout un champ de bataille spéculative. En première ligne, il y a les compagnies qui explorent (juniors), repèrent, découvrent, estiment les réserves de charbon de cuivre, de coltan, de cobalt, de fer, d’or, d’uranium, de diamants… et qui entrent ensuite sur les marchés pour proposer leurs concessions au plus offrant. Elles cèdent alors leurs droits ou se font tout simplement acheter par des sociétés d’exploitation (majors), celles qui vont investir pour extraire les réserves disponibles et investir encore pour explorer à nouveau les ressources estimées. « Les premières provoquent beaucoup de désordre social, environnemental, politique en faisant miroiter aux Etats et aux marchés des exploitations juteuses », explique Alain Deneault, enseignant en sciences politiques, à l’Université de Montréal (1). Les secondes se mettent à l’œuvre en tirant abondement profit aux moindres coûts de main-d’œuvre, de protection de droits sociaux, de préservation de l’environnement et de sécurité du travail.

Les sièges de plus de 75% de ces sociétés mondiales d’exploration ou d’exploitation minière sont domiciliés au Canada. Et pour cause, elles y trouvent les conditions idéales pour se livrer à une spéculation sans retenue. Le Canada est « un pays offshore, un havre, une sorte de « Suisse des mines », coupable de beaucoup de passivité et de complaisance vis-à-vis de ce secteur, qu’il attire en lui aménageant une législation dégagée de toute contrainte.
(...)

Derrière cette face cachée de l’industrie minière, il y a les drames à répétition dans un secteur par ailleurs infesté d’exploitations clandestines aux risques incalculables. La Chine figure en tête dans cette hécatombe. Quatorze des 21 accidents qui se sont produits depuis 1990, provoquant plus de cent morts, ont eu lieu dans ce pays. Durant ces 14 années, des centaines de mineurs ont également disparus sous terre au Congo, au Pakistan, en Ukraine, en Nouvelle-Zélande, en Sierra Leonne, en Tanzanie, au Soudan, aux Philippines, au Mexique, en Colombie, en Bosnie, aux Etats-Unis… La dernière catastrophe en date a fait près de 300 morts en Turquie. Trimer au fond d’une mine, et où que ce soit, n’a finalement jamais cessé d’être un jeu de cache-cache avec la mort en contrepartie d’un salaire de misère.

3 mai 2014

L'accord de libre échange Europe-Canada

Au rayon des traités négociés en loucedé, contraires aux intérêts de la plupart des gens, des travailleurs, au rayon des traités qui nous ramènent au servage  dans le monde du travail, une perle intéressante rapportée par le collectif stop tafta

Le CETA, (ou AECG accord de libre-échange entre l'Europe et le Canada), sur le même principe que le TAFTA, aurait sur les citoyens des deux pays les même effets :
Et les Canadiens n'en veulent pas plus que nous...
Ici, l'AECG vu par les Canadiens :

Photo : Le CETA, (ou AECG accord de libre-échange entre l'Europe et le Canada), sur le même principe que le TAFTA, aurait sur les citoyens des deux pays les même effets :
Et les Canadiens n'en veulent pas plus que nous...
Ici, l'AECG vu par les Canadiens :

__"Une entente commerciale avec l’Union européenne (UE) serait bien si elle signifiait plus de bons emplois et de meilleurs services sociaux. Mais comme pour toutes les ententes de libre-échange, ce n’est pas le but. Tel qu’il est actuellement libellé, l’AÉCG constituera une menace pour nos services publics, nos emplois, notre environnement, notre alimentation, notre culture, nos télécommunications, notre eau et nos ressources – même nos droits démocratiques !"__

http://fileserver.cfsadmin.org/file/tradejustice/2660c56db578f72436ef35495f7819a12d470daf.pdf

Une entente commerciale avec l’Union européenne (UE) serait bien si elle signifiait plus de bons emplois et de meilleurs services sociaux. Mais comme pour toutes les ententes de libre-échange, ce n’est pas le but. Tel qu’il est actuellement libellé, l’AÉCG constituera une menace pour nos services publics, nos emplois, notre environnement, notre alimentation, notre culture, nos télécommunications, notre eau et nos ressources – même nos droits démocratiques !

http://fileserver.cfsadmin.org/file/tradejustice/2660c56db578f72436ef35495f7819a12d470daf.pdf

21 avr. 2014

Logés par leur patron

Radio Canada (ici, en français) nous parle des étranges pratiques de Mac Do avec les travailleurs migrants. L'employeur est aussi le propriétaire immobilier ... pratiques abusives garanties.

Extrait

Des travailleurs étrangers temporaires béliziens à Edmonton clament que McDonald's les a forcés à partager un appartement dispendieux, tout en déduisant le loyer de leurs paies.
« Nous nous sentions comme des esclaves », lance l'ex-employé Jamie Montero, qui est arrivé du Belize avec quatre autres travailleurs étrangers temporaires en septembre dernier. « Nous n'avons signé aucun contrat pour habiter dans l'immeuble à appartements où nous étions. Nos contrats ont été signés par McDonald's. Toutes nos factures de services publics étaient au nom de McDonalds. »
McDonald's logeait les travailleurs béliziens dans un immeuble à appartements du centre-ville d'Edmonton, même s'ils travaillaient dans l'extrémité sud de la ville. La compagnie a signé un bail de six mois et s'attendait, selon les travailleurs, à ce que ceux-ci demeurent locataires durant ce temps. « C'était trop loin du lieu de travail et c'était très cher », affirme M. Montero, selon qui il lui fallait une heure et demie pour se rendre au travail en transport en commun.
« Ils ont même dit que si nous quittions notre appartement pour aller en louer un autre, la compagnie déduirait quand même le loyer de nos salaires », soutient un autre employé, qui a demandé à ne pas être nommé parce qu'il travaille encore chez McDonald's.
Les baux montrent que McDonald's payait un total de 2359 $ [1.560€]par mois pour l'appartement et ne payait pas pour les services publics ou d'autres frais. Cependant, elle déduisait 280 $ [185€] aux deux semaines sur les paies de cinq employés, récoltant ainsi 3030 $ [2.000€] par mois. Cela laisse entendre qu'elle percevait 671 $ [443€] de plus que le prix du loyer.
Le loyer a expiré à la fin février. Depuis, les travailleurs béliziens ont trouvé un appartement plus abordable.

12 avr. 2014

Le marché des mines au Canada

Alain Deneault et William Sacher partent enquêter au Canada dans le Monde Diplomatique (ici, en français). Ils nous expliquent comment fonctionnent les marchés spéculatifs autour des mines dans ce pays très laxiste, très accueillant envers les actionnaires, les propriétaires lucratifs.

Extrait


Le Canada accueille l’industrie minière à bras ouverts. Mieux : il aménage sa réglementation et sa fiscalité de façon à favoriser son financement et à la protéger sur les plans judiciaire et diplomatique. C’est ainsi qu’Australiens, Israéliens, Suédois, mais aussi Belges, Américains, etc., viennent y enregistrer leurs sociétés d’exploration ou d’exploitation. Pas seulement pour profiter des richesses naturelles du pays, mais aussi pour exploiter celles qu’ils ont acquises en Equateur, au Chili, en Zambie, au Burkina Faso, en Indonésie ou en Roumanie. Près de la moitié des projets miniers cotés au TSX se trouvent hors du Canada, et de nombreuses sociétés inscrites à Toronto ne possèdent aucune concession dans le pays.
Ce qui attire tant les sociétés minières, c’est tout d’abord la facilité avec laquelle une entreprise peut coter en Bourse et mettre en valeur des gisements présumés. Une très large majorité des mille six cents sociétés minières de Toronto sont des juniors, autrement dit des sociétés qui se consacrent exclusivement à l’exploration et à l’identification de nouveaux gisements. Souvent de petite taille, elles ne possèdent pas les ressources financières, techniques, humaines et politiques nécessaires pour exploiter des mines industrielles. Elles tirent donc leurs profits de la spéculation boursière autour de leurs gisements présumés.

Escrocs jamais condamnés

Au Sud, les juniors ont bénéficié des réformes impulsées par la Banque mondiale dans les années 1980 et 1990, qui ont instauré le système du libre-service minier (ou free mining), garantissant aux entreprises un accès illimité aux sous-sols. Lorsque, après un dur labeur de prospection, ou plus souvent grâce à l’achat d’informations auprès d’acteurs locaux, une junior découvre un gisement rentable, elle finit le plus souvent par se vendre à une major, une société d’exploitation, lui cédant ainsi un projet « prêt à développer » au terme d’une juteuse opération boursière. Cette pratique est mondialement intégrée, au point que des entreprises d’Etat chinoises, au même titre que les majors occidentales, achètent aujourd’hui des juniors torontoises en Amérique latine et en Afrique.

22 déc. 2013

Lock-out d'Ikea au Canada

Ikea pratique le lock-out dans sa filiale de Richmond, en Colombie Britannique (voir ici). Les ouvriers ne touchent plus de salaire depuis le mois de mai. Ce lock-out, ce blocage patronal, fait suite aux mouvements de grève contre la précarisation et la déflation salariale envers les nouveaux embauchés.

Le lock-out est une pratique patronale simple: le patron cesse toute production, il arrête de payer les salaires. Il agit au nom de la propriété lucrative, le patron s'arroge le droit d'abusus sur l'outil de production.

Les employés sont poussés par l'aiguillon de la nécessité, par la misère ou par la faim alors que le patron n'obère ses profits que de manière provisoire.

Cette façon de s'arroger la propriété de l'outil de production jusqu'à son sabotage, ce que nous appelons l'abusus, est liée au droit de la propriété. Il s'agit d'un abus de pouvoir manifeste puisque tout ce qui est la propriété du patron a été payé par les plus-values, par le surtravail des producteurs. Le vol initial du fruit du travail se double d'un sabotage.

Les producteurs sont réduits à la misère et doivent alors céder aux exigences patronales sauf à trouver la parade: le lock out est toujours local (sinon le capital disparaît), si la grève est générale, le rapport de force s'inverse. Le propriétaire voit son bien disparaître rapidement et doit réagir en obéissant aux injonctions des ouvriers.