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21 nov. 2016

Délinquence multinationale

RFI nous apprend que deux multinationales coréennes sont contraintes d'enquêter sur les conditions de travail de ses employés en Asie du sud-est (en ligne ici)

Extrait
Deux géants mondiaux de l’électronique sont contraints d’ouvrir une enquête sur les conditions de travail dans leurs usines en Malaisie. Ce sont des employés népalais des filiales de Panasonic et Samsung qui ont lancé l’alerte. Ces derniers ont confié au journal britannique The Guardian être payés avec des salaires de misères pour des horaires indûs. Ils affirment aussi avoir été arnaqués au moment de leur embauche.
C’est le lumpen-proletariat de l’économie mondialisée. Non seulement les travailleurs migrants employés dans les filiales de Panasonic et Samsung en Malaisie travaillent dans des conditions qui ne respectent pas les normes locales et internationales en matière de droit du travail, mais ils seraient en plus contraints de payer pour travailler.
« Frais à l'embauche »
C’est en tous cas ce que raconte la trentaine de témoins rencontrés par nos confrères du Guardian. Avec une escroquerie digne des réseaux de passeurs clandestins et un piège qui se referme dès le pays de départ au moment du recrutement : tous ces migrants népalais affirment en effet avoir payé de soi-disant « frais à l’embauche » allant jusqu’à un peu plus de 1 000 euros. Puis c’est l’engrenage. Une fois arrivé en Malaisie, leur employeur confisque leur passeport, une pratique que la loi malaisienne pourtant interdit. Et les voilà contraints à faire des heures supplémentaires non payées, pour rembourser leur « dette ».

3 déc. 2014

Les enfants semi-conducteurs

Le Huffington Post (ici, en français) traduit un article de son équivalent coréen sur les problèmes de santé des enfants des ouvriers des usines de semi-conducteurs de Samsung.

Nous rappelons que, selon la théorie néo-classique elle-même, les employés sont contraints pour survivre de vendre leur force de travail par l'aiguillon de la nécessité, parce qu'ils ne disposent pas d'autres ressources pour vivre.

Extraits

Ces dernières années, Samsung Corporation a dû faire face à diverses accusations troublantes sur la santé de certains de ses employés sud­coréens, pays où se trouve le siège de la société. D’anciens ouvriers et leurs familles, ainsi que des syndicalistes, ont déclaré que les conditions de travail dans ses usines de semi­conducteurs avaient entraîné une recrudescence de maladies telles que la leucémie et d’autres types de cancer chez certains employés.

(...)

"Une photo du premier anniversaire de mon fils? Je n’en ai aucune. J’étais trop occupée à supplier les médecins de le sauver quand il était hospitalisé". Kim Hee­eun, 42 ans, mesure 1 m 75. Elle a grandi sur l’île de Wando, dans la province de Jeolla, où elle a vécu jusqu’à la fin de ses études secondaires. C’était une jeune fille robuste, et elle était rarement malade. Aujourd’hui, elle pleure quand elle parle de son fils Gunoo, né en 1999, de l’avenir douloureux de cet adolescent de 15 ans, et de la souffrance qui ne la quittera plus jusqu’à la fin de ses jours.
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"Je prie pour qu’il ne soit pas malade et qu’il grandisse normalement." Note dans un album photo que Kim Hee­eun a abandonné à la naissance de Gunoo. Crédit photo : Kim Hee­eun.
Gunoo souffre de diarrhées continuelles depuis sa naissance, qui ne sont pas liées à son environnement, au moment où il s’alimente ou aux personnes qui l’entourent. La nourriture passe dans son système digestif et se transforme aussitôt en excréments. Gunoo n’aime pas les toilettes publiques, surtout à l’école, parce qu’il a peur des traces qu’il pourrait laisser derrière lui du fait de son état. Il doit toujours aller aux toilettes avant de se rendre à l’école le matin, et avant d’aller assister à ses cours du soir. Ce qui est un processus des plus ordinaires pour la plupart d’entre nous est pour lui honteux et douloureux. On ne sait si cela entraînera d’autres complications.
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Gunoo, âgé de trois mois. Il vomissait constamment sa nourriture. Son estomac était boursouflé et il souriait rarement. Crédit photo : Kim Hee­eun.

7 nov. 2014

Samsung - bilan de compétences

Basta résume le palmarès de Samsung en matière de violation des droits du travail et des droits humains. Les discours éthique de la compagnie sud-coréenne n'ont pas suffit à convaincre les limiers du journal indépendant. Nous non plus, d'ailleurs, nous n'avons pas été convaincus.

Extrait de l'article en ligne ici

Les premières révélations sur la présence d’enfants de moins de 16 ans dans des usines chinoises de Samsung datent de 2012. La marque coréenne s’est alors empressée de minimiser ou dénier la réalité des faits, qui sont en contradiction totale avec ses engagements éthiques. Dans son rapport sur sa politique de « développement durable » de 2014, modestement intitulé « Harmonie globale », le conglomérat coréen affirme avoir fait procéder depuis à des vérifications dans les usines de ses fournisseurs chinois, et n’y avoir trouvé aucun cas problématique. Problème réglé ?
Hélas pour Samsung, des nouvelles enquêtes dans ces mêmes usines menées en juillet et août 2014 ont à nouveau découvert, assez facilement, des enfants sur les chaînes de production. « Après avoir prétendument inspecté des centaines de fournisseurs chinois, Samsung a déclaré ne pas avoir trouvé un seul enfant au travail. Et pourtant dans une seule usine fournissant Samsung, nous avons identifié plusieurs enfants employés sans contrats de travail, travaillant 11 heures par jours et payés pour seulement 10 heures », dénonce l’ONG China Labor Watch, qui a mené ces enquêtes [2].

Le travail des enfants, partie émergée de l’iceberg

Le travail des enfants ne constitue que la forme la plus extrême et la plus frappante de la situation d’exploitation généralisée qui règne dans les usines de l’industrie électronique. Les grandes marques comme Apple, Samsung et Nokia (Microsoft) font fabriquer leurs appareils par des sous-traitants peu connus du grand public. Ceux-ci exploitent des usines notamment en Chine, mais aussi dans le reste de l’Asie, voire en Amérique latine (voir le dossier Industries électroniques de l’Observatoire des multinationales). Les ONG comme China Labor Watch envoient régulièrement des enquêteurs dans ces usines pour dénoncer les atteintes systématiques aux droits des travailleurs et travailleuses qui y sévissent : faiblesse des salaires, horaires à rallonge, problèmes de santé et de sécurité au travail, absence de contrats, management autoritaire... Le cas des sous-traitants d’Apple – Foxconn, Jabil Circuit et, plus récemment, NXP – a particulièrement défrayé la chronique ces dernières années, mais aucune marque n’est épargnée par ces problèmes.
Confrontée à des allégations d’atteintes sérieuses aux droits des travailleurs dans les usines chinoises, Samsung se contente de recourir à un système d’audits sociaux de ses fournisseurs. Mais l’inefficacité de tels audits semblent désormais avérée – particulièrement dès lors que les donneurs d’ordre, c’est-à-dire les grandes marques, ne changent fondamentalement rien à leurs propres pratiques commerciales. Samsung a été classée comme l’une des marques les moins éthiques du monde par l’organisation anglaise Ethical Consumer, et est réputée pour sa culture antisyndicale. Ce qui ne l’empêche en rien de continuer à communiquer allégrement sur sa « responsabilité sociale ». Comme le notent les ONG françaises Peuples Solidaires et Sherpa, « Samsung consacre des moyens énormes à sa publicité mais derrière ses déclarations, ne fait pas grand chose pour améliorer concrètement la situation des ouvriers et ouvrières chinoises ».

2 sept. 2014

Grèves massives dans l'automobile

Solidarité ouvrière (ici), l'organe du PCF nous emmène en Corée du Sud où décidément, les producteurs luttent pour augmenter les salaires et améliorer les conditions d'emploi.


Extrait
   
La Corée du sud est un modèle régulièrement avancé par le patronat français, tel Pierre Gattaz en décembre dernier : « la Corée du sud, elle, a fait le pari de l'entreprise ». Pas un hasard : heures de travail à rallonge, cadences infernales, précarisation, répression anti-syndicale. Mais les travailleurs coréens ne se laissent plus faire et engagent la riposte.
 
Le mouvement de grèves qui touche l'industrie automobile est une première. Non que le secteur soit calme ces dernières années : ainsi, c'est la troisième année de suite que Hyundai connaît des mouvements de grève, et Renault a connu huit grèves partielles depuis le début de l'année.
 
La nouveauté, c'est que ces grèves ont pris une forme coordonnée, entre les salariés de Hyundai et Kia. Le 14 août, 70 % des 47 000 syndiqués de Huyndai ont voté la grève, rejoint par les 30 000 syndiqués de Kia. Ce 22 août, une grève de 4 heures a été organisée chez Hyundai et Kia.
 
Ce sont désormais les ouvriers de Renault (propriétaire de Samsung Motors) qui partent pour un mouvement de grève. Ils ont refusé le 29 août un plan de la direction – après plusieurs grèves perlées, partielles depuis juillet – bien inférieur à leurs attentes.
 
Déjouer le piège patronal : intégrer les bonus réguliers au salaire
 
L'enjeu, c'est l'intégration des bonus octroyés sur une base régulière comme paye régularisée. La Cour suprême en décembre 2013 a donné raison aux syndicats en incitant les entreprises à intégrer les bonus réguliers au salaire.
 
Pour le patronat sud-coréen, payer les travailleurs en bonus réguliers a plusieurs avantages :
 
1 – il pousse les travailleurs à accepter une sur-exploitation par des « incitations à la production », supposant une intensification des cadences, des heures supplémentaires ;
 
2 – cela introduit de même une logique d'intéressement à la performance de l'entreprise, patrons et ouvriers étant dans le même bâteau pour augmenter la production, être « compétitif » ;
 
3 – enfin, cela permet d'éviter aux patrons du secteur de payer les cotisations sociales patronales assujetties au salaire, donc de rogner sur les avantages sociaux des salariés : les congés payés, les allocations maladie, les retraites bien entendu.
 
La lutte actuelle montre que les syndicats ne sont plus dupes et les avances du patronat proposant de sérieuses revalorisations des bonus ont rencontré, pour l'instant une fin de non-recevoir.
 
« Si l'entreprise continue, on lancera une grève illimitée »
 
Ainsi, le 29 août, les salariés de Renault ont refusé une hausse de 48 € du salaire mensuel, accompagné de « bonus lié à la production » de plusieurs centaines d'euros. Ils réclament une hausse de 90 € du salaire, après un gel des salaires de deux ans.
 
Chez Hyundai et Kia, les salariés ont refusé le plan de la direction consistant à accorder de nouveaux bonus en échange d'heures supplémentaires le week-end. Les travailleurs réclament une hausse du salaire de 100 € par mois, ainsi que la garantie d'être employé jusqu'à 60 ans.
 
Les syndicats ont durci le ton, si on suit la déclaration commune à la fin du mois de juillet de Lee Gyeong-hun, responsable du syndicat à Hyundai et Kim Jong-seok, son homologue à Kia :
 
« La Cour suprême a confirmé l'an dernier que les bonus réguliers devaient devenir salaire régulier, mais Hyundai-KIA a dit qu'il ne l'accepterait pas … Si l'entreprise veut s'embourber dans une catastrophe avec ces négociations malhonnêtes, on lancera une grève illimitée ».
 
Lutte de classes en Corée du sud :
 
un syndicat de classe et de masse face à un patronat intransigeant
 
Les deux syndicats présents dans les entreprises font partie du KMWU (Syndicat des travailleurs de la métallurgie coréenne), la première fédération de la puissante et combative Confédération coréenne des syndicats (KCTU).
 
La KCTU compte 700 000 syndiqués, elle est une des deux grandes confédérations syndicales mais représente une alternative à la FKTU proche du pouvoir et du patronat. Elle est connue pour ses positions de lutte de classe, illustrées par les grandes grèves des années 1990.
 
Le patronat sud-coréen, lui, n'hésite pas à brandir le bâton après la carotte.
 
Alléguant de pertes de 50 millions d'euros dans les usines Hyundai et Kia (après la grève de 4 heures), le chaebol (monopole sud-coréen) prétend même que les syndicats lui ont coûté depuis 1987 (la fin de la dictature!) la somme de 11 milliards d'euros.
 
Face à ce péril syndical, Hyundai envisage deux solutions : l'embauche de travailleurs temporaires en substitution des travailleurs réguliers, la délocalisation.
 
A titre d'exemple, Hyundai délocalise une partie importante de sa production en Chine, envisageant de passer dans les prochaines années de 500 000 à 1 million de voitures produites dans le pays voisin. Actuellement, le groupe sud-coréen ne produit plus que 40 % de ses autos au pays.
 
Pourtant, Hyundai est loin de se porter mal : après avoir réalisé 1 milliard d'euros de profits en 2012, il a encore augmenté ses marges atteignant les 1,3 milliard en 2013. Selon les analystes, l'année 2014 devrait être marquée pour Hyundai par des profits records.
 

10 juil. 2014

Un sous-traitant de Samsung emploie des enfants

Selon une information relayée par RFI (ici, en français),

C’est une mauvaise semaine pour Samsung, le géant sud-coréen de l’électronique : après un vol monumental (36 millions de dollars) dans une usine au Brésil, et l’annonce de profits trimestriels en baisse, une ONG américaine accuse un fournisseur chinois du fabricant de smartphones de faire travailler des enfants dans ses usines. Ces accusations ne sont pas les premières pour l’entreprise sud-coréenne, qui avait promis de mettre fin à ces pratiques.
Au moins cinq enfants, et sans doute beaucoup plus, ont travaillé pour Shenyang, un fournisseur chinois de Samsung, accuse l’ONG américaine China Labor Watch dans un rapport rendu public.
Selon son enquête, menée par un militant déguisé en ouvrier, ces enfants âgés de 14 à 15 ans travaillent souvent 11 heures la nuit, assemblant des composants de smartphone, pour 90 centimes d’euros (1,20 dollars) de l'heure – soit la moitié du salaire d'un adulte. L’ONG affirme que les ouvriers de cette usine basée dans le sud de la Chine ne reçoivent pas de formation en sécurité ni d'équipements de protection.

9 juin 2014

La répression contre les travailleurs s'attaque au mort

In memoriam

Nous apprenons le suicide d'un syndicaliste en Corée du sud.

Explications de la campagne Agissez maintenant! (ici, en français)

La première organisation syndicale de masse dans le groupe Samsung, la section des employés des services électroniques qui compte environ 1600 membres, affiliés au Syndicat Coréen des ouvriers métallurgistes, est en grève illimitée. Ces travailleurs revendiquent l’arrêt de la répression et le respect de leur syndicat, la sécurité de l’emploi dans les trois centres où il est davantage présent, un salaire décent et une première convention collective. Au cours de cette grève, le 17 mai, YEOM Ho-seokle, 33 ans, président d’une section locale, s’est immolé en protestation à la répression continuelle exercée par Samsung. Lors d’une veillée funèbre, le 18 mai, 300 officiers de police ont pris d’assaut la chambre mortuaire, aspergeant 50 de ses proches endeuillés de gaz lacrymogène et arrêtant 25 d’entre eux. Ils ont enlevé le corps et l’ont incinéré contrairement au dernier vœu du défunt qu’il reste intacte jusqu’à la résolution du conflit pour que son sacrifice serve la cause de l’élargissement des droits syndicaux à Samsung, qui pratique une gestion du personnel dite « sans syndicat ». La police et le procureur ont emprisonné WI Young-il et LA Du-shik, respectivement président et vice-président d’autres sections locales du même syndicat pour résistance à la police lors du raid.

2 mai 2014

Bilan du premier mai


Le Matin (ici, en français) fait le bilan des enjeux du premier mai de cette année. Résumé.

 Au Cambodge, les syndicats ont appelé à manifester pour soutenir les ouvriers du textile - ils gagnent généralement moins de 100€ par mois.

En Indonésie, en Malaisie mais aussi dans les économies parmi les plus développées de la région, à Hong Kong, Singapour, Séoul ou Taïwan, il s'agit de dénoncer l'inflation qui augmente les inégalités.

En France, les syndicats manifestent en ordre dispersé.

En Espagne, le chômage record stimulera des manifestations dans plus de 70 villes.

À Moscou, les syndicats organiseront des manifestations sur la place rouge, comme à l'époque soviétique.

Les défilés sont attendus en Grèce ou en Italie, pays marqués par l'austérité la plus brutale.

La place Taksim a été transformée en camp retranché avec 40.000 policiers déployés. L'enjeu politique en Turquie demeure vif après la répression des manifestations place Taksim ce printemps.



26 janv. 2014

Le Diplo met en ligne un article sur l'empire Samsung

Article en libre accès ici.

Extrait
Il faut travailler au moins douze heures par jour ; participer aux activités caritatives afin de développer l’esprit de solidarité, dixit le management ; puis, éventuellement, retourner au travail avant d’aller se coucher. Six jours sur sept. Le septième, les ouvrières sont si fatiguées qu’elles dorment sur place et rentrent rarement dans leur famille. « On se lève Samsung, on mange Samsung, on travaille Samsung, on s’entretient Samsung, on dort Samsung », résume Kab-soo, heureuse d’en être partie après avoir amassé un petit pécule et trouvé un autre emploi un peu moins dur.
Bien sûr, ces jeunes filles ont le droit de sortir le soir. « Nous ne sommes pas en Chine », me réplique, un peu vexé, un ex-cadre du groupe. Cependant, reconnaît-il, ce n’est pas très bien vu. Et si, par égarement, elles rentrent après le couvre-feu (minuit), elles reçoivent un « carton rouge » qui ne sera effacé que lorsqu’elles auront dûment participé aux activités caritatives maison.
La fatigue est telle que les indisciplines sont rares. Pourtant, encapuchonnées dans leur costume de Bunny, les travailleuses résistent à cette robotisation. Interdites de maquillage, elles mettent des faux cils. Couvertes jusqu’aux yeux du bonnet réglementaire, elles trouvent des façons élégantes de le porter, raconte Lee Kyung-hong, jeune cinéaste documentariste qui les a filmées pendant trois ans … après leur départ de l’entreprise, car il leur est totalement interdit de parler tant qu’elles y sont employées.

4 janv. 2014

Grève des cheminots coréens

Selon un article du journal de la LCR (ici), les cheminots coréens font grève pour le moment.

La grève (extrait)

Cette fois-ci, la polémique autour de la privatisation de KTX (Korea Train Express, l’équivalent du TGV français) a mis le feu aux poudres contre les politiques du gouvernement actuel. Le point de départ remonte au conflit entre le patronat de Korail et le syndicat KRWU sur ce sujet controversé. Le patronat voulait tenir un conseil d’administration le 10 décembre 2013 pour établir une nouvelle filiale « indépendante » pour exploiter la nouvelle ligne de KTX en provenance de Suseo. Cette ligne, encore en construction et prévue pour 2015, sera très rentable : elle avait été planifiée pour alléger la saturation des voies et améliorer ainsi le service de KTX. Le syndicat KRWU, qui considère ce dispositif comme le prélude à la privatisation de Korail, s’est opposé à cette décision et a lancé l’appel à une grève illimitée le 9 décembre 2013.

(...) Le lendemain, le 5 novembre, un projet de nouvel AMP (Accord plurilatéral sur les Marchés Publics) de l’OMC était ratifié à huis clos lors du conseil de ministres sans même avoir été débattu au sein de l’Assemblée nationale. Cet accord comprend l’ouverture des marchés publics sud-coréens aux entreprises étrangères, y compris les chemins de fer. Comme ces entreprises étrangères possèdent des techniques et des savoirs-faire plus avancés par rapport à Korail, il est facile d’imaginer la suite : la privatisation et l’ouverture aux capitaux étrangers tels que Alstom France, Veolia et Siemens ne pourra qu’aggraver le niveau de vie de la classe dominée.

En conséquence, la grève s'étend (extrait):

Paradoxalement, la violence répressive des gouvernements dirigés par LEE Myung-bak et PARK Geun-hye a indéniablement contribué à donner corps à la contestation populaire. Aujourd’hui, le ras-le-bol social s’exprime principalement à travers la mobilisation des travailleurs du rail contre la privatisation des chemins de fer. Toutefois, cette lutte déterminée doit permettre d’ouvrir la voie à la remise en cause de la privatisation généralisée des services publics, très avancée en Corée du Sud. Un exemple frappant est le marché de l’éducation privée qui soumet les adolescents à des pressions de réussite scolaire si fortes qu’elles les poussent au suicide. Çà et là, quelques mobilisations éparses mettent déjà en avant des revendications qui dépassent la question du rail. Elles montrent le début d’une prise de conscience plus générale, et laissent espérer la possibilité d’une extension de la lutte à d’autres secteurs de la population.
Tous nos vœux de succès aux producteurs et aux productrices coréennes, à la liberté et aux salaires, tous nos vœux de succès contre les propriétaires et contre l'emploi.

6 déc. 2013

Une génération qui renonce au travail


 Face à la pression du marché de l'emploi, de plus en plus de Coréens renoncent tout simplement à rechercher du travail.

La réalité est trop dure pour ces jeunes qui abandonnent le rêve de l'ascension sociale, de la réalisation personnelle dans le travail. Certains essaient autre chose, d'autres s'enferment littéralement chez eux.

Ces 'neet' (not in education, in employment or training, équivalents japonais) savent le prix social de leur renoncement et inquiètent les autorités qui craignent les dérives de leur désœuvrement. Pour le sociologue Choi Tae-sop, il faut remettre en cause les structures sociales qui excluent ces jeunes.

  • Mise en perspective
 Nous sommes d'accord avec le sociologue et soulignons la première force de violence d'exclusion sociale, l'emploi. C'est l'emploi et sa logique de compétition de tous contre tous qui amène la sphère productive dans la soumission la plus servile, dans la prolétarisation des tâches, qui exclut les producteurs des décisions économiques.

25 oct. 2013

La représentativité syndicale

Je suis tombé sur un article de soutien (en français) envers un syndicat enseignant sud-coréen.



Les autorités reprochent à ce syndicat de représenter les enseignants retraités et sans emploi. Nous félicitons bien sûr le KTU, le syndicat en question, de sa démarche et appelons tous les syndicats à faire de même.

L'absence de représentation des malades, des invalides ou des retraités pose effectivement un sérieux problème démocratique. Ces producteurs hors emploi ne sont pas représentés lorsqu'il s'agit de prendre des décisions les concernant.

La sécurité sociale, par exemple, est gérée 'paritairement' en Belgique ou en France. Les partenaires sociaux représentés sont l'État, les organisations patronales réactionnaires (les patrons qui veulent entreprendre sans passer leur temps à faire du bénéfice ou à entretenir de malsaines relations de subordination ne sont pas représentés) et les syndicats.

Comme les syndicats organisent leur représentation dans des élections professionnelles dans les entreprises, seuls les travailleurs en contrat stable dans de grandes entreprises sont représentés par les syndicats qui sont, du coup, tentés d'adopter une ligne politique ajustée sur les seuls intérêts de cette catégorie de producteurs, font l'impasse sur les retraités, les malades, les chômeurs et les précaires.

La chose devient cruciale quand le gouvernement entend réduire le salaire social, la cotisation, au nom de la 'compétitivité', de l'emploi ou d'autres fadaises du même tonneau. Les employés en CDI, en bonne santé, dans de grosses boîtes, peuvent admettre faire des concessions sur ce qu'ils ne perçoivent pas (à tort) comme leur intérêt vital. Du coup, les syndicats peuvent signer ce genre d'accord sans se prendre de déculottée aux élections sociales suivantes. La retraite constitue une exception intéressante: comme elle concerne aussi bien les producteurs représentés par les syndicats, ces derniers se montrent beaucoup plus fermes et ... font parfois reculer les réformes les plus fétides. Par contre, pour les allocations de chômage, les choses se passent tout à fait différemment: les syndicats ne sont pas poussés par leur base électorale à être fermes, du coup, ils ne le sont pas et les réformes fétides en matière de chômage passent beaucoup plus rapidement.

Inutile de préciser que nous sommes favorables à une représentation proportionnelle de tous les producteurs dans les syndicats. Des secteurs comme le textile seraient majoritairement constitués de producteurs sans emploi, ce qui les rendraient certainement moins conciliants envers tous les plans d'activation (lire, de harcèlement) ou d'accompagnement (vers la misère) qu'ils signent gentiment aujourd'hui, sans faire de vagues.

Tous les producteurs doivent être représentés ensemble car leurs intérêts sont les mêmes. J'en veux pour preuve qu'un chômage moins 'généreux' pousse les salaires poche vers le bas et qu'une situation de plein emploi avec de bons salaires pousse vers le haut les allocations de chômage.

Nous appelons tous les syndiqués à se battre sur le point de la représentation de tous les producteurs; nous interpellons les syndicats pour qu'ils réorganisent les élections sociales de telle sorte que cette représentation soit effective.

Au moins, qu'un syndicat jaune, qui trahisse un partie des producteurs (sans emploi) se prenne un veste aux élections. C'est le strict minimum.

Toute notre sympathie et tout notre soutien au syndicat coréen, lequel a l'insigne honneur de déranger les autorités, ce dont peu de syndicats européens peuvent malheureusement se targuer.

2 mars 2010

Bad Apple

Un article du Figaro résume ici (en français) l'audit mis en ligne par Appel. Édifiant, les joies de la sous-traitance et du jeu de la déresponsabilisation.

Extrait

Apple admet que des employés ont été embauchés en dessous de l'âge légal minimum, dans un audit interne qui survient après une série d'événements qui ont attiré l'attention sur ses sous-traitants.
Ce week-end, Apple a mis en ligne sur son site Internet le résultat d'un audit annuel dans lequel il reconnaît que des enfants ont travaillé dans certaines usines, détenues par des sous-traitants, où sont assemblés ses produits. D'après ce rapport, au moins onze jeunes travailleurs ont été embauchés à quinze ans, soit un an avant l'âge minimum légal, avant d'être révoqués. Si la localisation des trois usines concernées n'a pas précisée, la plupart des iPhone et des Mac sont fabriqués en Chine. Apple a aussi recours à des sous-traitants en République Tchèque, aux Philippines, à Singapour, en Corée du Sud et en Thaïlande.
Outre le travail d'enfants, Apple fait aussi état d'un nombre important d'entorses aux principes de «responsabilité» qu'il a édictés dans les 102 usines contrôlées par ses inspecteurs, où des entretiens en face à face ont été menés. Il s'agit le plus souvent d'horaires de travail excessifs et de paies inférieures au salaire minimum. Des employés ont travaillé sans interruption six jours par semaine ou dépassé soixante heures hebdomadaires. Le calcul des heures supplémentaires n'aurait parfois pas été respecté sur la moitié des sites. Dans les conclusions de ce rapport, Apple rappelle que les sous-traitants violant de manière répétée sa charte de bonne conduite peuvent être écartés.