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28 mars 2017

Pour un système de pension par répartition

Au Chili, d'importantes manifestations ont eu lieu pour demander un système de pension de retraite qui soient payé par les employeurs, l'État et les employés. Le système actuel, système de pension privé par capitalisation a été imposé par le dictateur putschiste Augusto Pinochet.

Source: Telesur (ici, en espagnol)

26 mars 2017

Les mineurs font la mine

Sur le site du CADTM, Franck Gaudichaud résume les enjeux des mouvements de grève dans les mines au Chili.

Nous rappelons que les mineurs n'ont aucun besoin de propriétaires lucratifs. Nous espérons que les mineurs puissent gérer eux-mêmes leur outil de travail, la nationalisation ayant été, en Angleterre, par exemple, un échec absolu du point de vue du dépassement de l'emploi.

Voici une reproduction du contenu de l'article disponible ici:
Aux mains de deux géants du secteur privé, BHP Billiton et Rio Tinto PLC (capitaux anglo-australiens), Escondida est la plus importante productrice d’«  or rouge  » de la planète, avec l’extraction de 900 000 tonnes par an, soit 20 % de la production chilienne (la nation qui possède la principale réserve mondiale de ce minerai).

Face à l’annonce d’une grève «  illimitée  », le groupe a paralysé les activités du site, affolant les spéculateurs de la bourse de Londres. Malgré les menaces du président de la mine, Marcelo Castillo, et la pression du gouvernement de Michèle Bachelet (socialiste), les mineurs ont maintenu leur mouvement, installant un piquet de grève tournant, un campement à l’extérieur de la mine (à 3 100 mètres d’altitude en plein désert d’Atacama) et en ayant préalablement réuni un important fonds de soutien. Et le ministre des Finances, Rodrigo Valdés, a dénoncé cette lutte  : «  cette grève pourrait affecter plus gravement le produit intérieur brut que les incendies de forêts – les plus graves de l’histoire du Chili – qui ont ravagé le pays fin janvier  ».
C’est après avoir rompu les négociations que le principal syndicat de Escondida s’est lancé dans la grève, avec pour revendication principale la revalorisation des salaires, alors que le prix du cuivre a connu une augmentation de 27 % en 2016, et devrait poursuivre cette montée en flèche d’ici 2020, pour le plus grand profit des actionnaires. «  Le minimum que nous demandons – a répété le dirigeant du syndicat Jaime Thenoux – est de pouvoir maintenir les bénéfices de la convention collective actuelle  », en particulier pour les mineurs qui viennent d’intégrer Escondida.

Une position qui pèse...

La stratégie des entreprises minières est toujours plus de flexibilisation, alors que des milliers d’emplois ont été supprimés par les nombreux sous-traitants. Le syndicat exige quant à lui une augmentation de 7 % des salaires et une prime exceptionnelle de 38 000 dollars par personne.

Si ces mineurs sont souvent qualifiés d’«aristocratie ouvrière» du fait de revenus très élevés en comparaison avec l’immense majorité du peuple chilien, ils doivent supporter des conditions de travail extrêmes. Et c’est surtout la position stratégique qu’ils occupent dans l’économie primo-exportatrice du pays qui donne énormément de poids à leurs résistances.

Dans un contexte de forte atomisation du mouvement syndical, héritage de la dictature mais aussi de 25 ans d’un modèle ultra-libéral (administré en grande partie par les sociaux-libéraux), cette grève pourrait montrer la voie. D’autant que la Centrale unitaire des travailleurs (CUT) reste aux mains d’une bureaucratie très largement cooptée par les partis du gouvernement, à commencer par le Parti communiste…

Désormais, rôde le spectre de la grande grève d’Escondida de 2006, au grand dam des médias conservateurs et du patronat. Ce conflit dur, qui dura 25 jours, avait fait trembler le secteur minier mondial et participé de la revitalisation syndicale en cours dans tout le pays. Salvador Allende en son temps a souligné à quel point le cuivre était le «  salaire du Chili  ». Aujourd’hui à nouveau très largement dans les mains du capital transnational, les appels à la renationalisation des ressources minières, sous contrôle de la population, résonnent avec force.

5 nov. 2016

Grève nationale contre les pensions privées

Les producteurs chiliens dénoncent le système de pensions par capitalisation imposé par la dictature de Pinochet. Ce système de pension condamne la plupart des retraités à une vieillesse misérable.

Le quatre novembre, le pays entier a été animé d'une journée de grève générale pour défendre des salaires-pensions publics et pour les revaloriser.

Inutile de dire que nous sommes de tout cœur du côté de celles et ceux qui se battent pour un salaire sans employeur.

Et souvenons-nous que "el pueblo unido, jamás será vencido" (le peuple uni ne sera jamais vaincu, selon la chanson écrite par les Quilapayún et composé par Sergio Ortega).

Lien vers l'article-communiqué de Telesur (en espagnol) ici.


17 oct. 2016

Manifestation pour les pensions

Au Chili, le système de pension privé a été imposé sous la dictature de Pinochet. Les salariés doivent mettre leur épargne-pension dans des comptes individuels gérés par des entités privées.

Par le truchement de la figure parasitaire de l'investisseur, c'est l'économie chilienne qui est asséchée - aussi bien par le vol de salaire-pension que par le détournement des investissements à l'étranger.

Traduction d'un article de Telesur (ici, en espagnol)

Plus de soixante-dix mille Chilien(nes) ont manifesté ce dimanche dans cinquante ville contre le système de pensions privées imposé en 1981 par la dictature de Pinochet et ce en dépit de fortes pluies sur le pays.

(...)

Les entités privées qui gèrent l'épargne-pension sont connues sous le nom d'Administradoras de Fondos de Pensiones (AFP).

Actuellement, 90,75% des retraités au Chili reçoivent des pensions inférieur à 154.304 pesos (à peu près 200 €) par mois, pour ainsi dire la moitié du salaire minimum dans le pays sud américain, selon un rapport publié par la fondation Sol.

La coordination No+AFP a dénoncé le fait que le système actuel condamne 79% des retraités à recevoir une pension en dessous du salaire minimum.

Six AFP privées concentrent toute l'épargne des travailleurs et travailleuses et 60 % de ces sommes épargnées sont investies dans des entreprises à l'extérieur du pays.

Les Chiliens réclament un système public, solidaire, de distribution dans lequel "chacun contribue selon ses possibilités et reçoit une pension selon ses besoins" [nous parlerions plutôt de droit politique des producteurs et non de besoin].

(...)

Le gouvernement, pour sa part, propose d'augmenter le taux de cotisation de 5% et propose de combattre l'évasion, d'offrir des incitations pour postposer l'âge de la retraite et d'instaurer la cotisation obligatoire pour les travailleurs indépendants.

La question que nous posons, c'est: "à quoi servent les investisseurs parasitaires, pourquoi leur confier les cotisations?" Ils ne servent à rien, font fuir les capitaux du pays, jouent au poker avec les pensions et se servent dans des frais multiples qui obèrent les pensions effectives.

30 mars 2015

Emploi et bidon

TerraEco enquête sur les dégâts de l'industrie minière dans une des régions les plus sèches du monde, au nord du Chili (ici, en libre accès).

La logique du profit et de la rentabilité poussent les entreprises à accaparer les ressources naturelles au détriment d'une oasis devenue ... inhabitable. Décidément, l'emploi et la logique du profit rendent le monde et le travail ... inhabitables.

Extrait
« Quand je viens ici, je me rappelle ce que je voyais avant, cela me rend triste car je sais que je ne le reverrai jamais. » Cheveux auburn taillés court, peau brunie par le soleil, cette mère de cinq enfants se souvient des baignades de sa jeunesse, des moutons de ses parents, de l’ancienne boulangerie qui n’est plus qu’une bicoque ensevelie sous le sable et les ans. « J’ai la rage, j’ai la rage et tellement de nostalgie… »
Contamination à l’arsenic
Comme tous ici, Mariel connaît les noms de ceux qui ont « sucé » l’eau du fleuve, la sève de Quillagua : « SQM et Codelco ». SQM, l’une des plus grandes sociétés minières et chimiques du pays, a racheté les droits d’extraction d’eau des habitants (le marché de l’eau a été libéralisé en 1981). « Les gens de SQM sont arrivés chez les agriculteurs pour leur donner de l’argent et leur faire signer des documents, se souvient Mariel. Nous avions des enfants à nourrir, presque tout le monde l’a fait. » Aujourd’hui, pour la production de ses fertilisants, SQM a racheté 75% des droits d’extraction d’eau du fleuve. « Ils font pousser des fruits et des fleurs partout dans le monde, soulève la mère de famille. Mais chez nous, ils assèchent tout. » Codelco, la seconde société citée par Mariel, est le numéro 1 du cuivre mondial. Cette entreprise d’Etat administre Chuquicamata, la plus grande mine à ciel ouvert de la planète, à trois heures de là. Elle est considérée par les habitants comme responsable de la ruine de Quillagua. Et pour cause… Il y a dix-huit ans, en mars 1997, en raison de violents orages en amont du fleuve, les réservoirs d’eau artificiels, contaminés à 80% par les déchets miniers – arsenic et métaux lourds –, débordent et s’écoulent dans le Loa.

29 mars 2015

Emportés dans un container

Voilà, le principe est simple. On met les saisonniers dans un container et on le ferme à clef la nuit venue.

Selon SoyChile (ici, en espagnol) un groupe de femmes, travailleuses agricoles de l'entreprise Frutícola Atacama qui étaient enfermées, selon les habitants de la région, dans un container-dortoir. Le container a été emmenée par une avalanche de boue. Selon les officiels, on n'a toujours retrouvé aucun container alors que l'entreprise incriminée nie avoir fermé le container.

Ce tragique fait divers - directement lié à la méfiance des employeurs envers les employées.

Les gens du village assurent que la majorité des disparus sont des femmes, ils ont demandé de l'aide aux autorités pour les recherches.


Les parents des femmes ont assuré que l'entreprise où elles travaillaient avait comme politique de fermer avec un cadenas le container pendant la nuit. De ce fait, il leur a été impossible d'échapper à l'avalanche de boue.

L'emploi considère les employés comme du bétail criminel, l'emploi est criminel.

3 janv. 2015

Les Mapuche défendent leurs droits à la terre

Selon un article de Telesur (ici, en espagnol), la communauté Mapuche au Chili a déposé un recours d'interdiction d'exploitation de ressources minières sur leurs terres sans autorisation.

Elles ont déposé leur recours à la court d'appel de Valdivia. Ce recours repose sur la convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail (OIT) ratifiée par le pays en 2008. Malgré l'intérêt de la présidente Michelle Bachelet à reconnaître les droits des peuples indigènes, leur cause ne semble pas avoir beaucoup progressé ces dernières années.

11 oct. 2014

Le droit des Indiens d'Amérique latine

Un long article de Telesur (ici en espagnol) fait le point sur les enjeux autour de la reconnaissance de la spécificité des modes de vie et des besoins des peuples indiens en Amérique latine.

Il s'agit d'un sujet particulièrement important pour nous puisque de nombreux Indiens vivent en dehors de l'emploi, produisent, prospèrent sans patron ni actionnaires depuis des millénaires.

Résumé et traduction

 América Latina tiene que seguir promoviendo la participación plena y efectiva de los pueblos originarios en su derecho a seguir siendo autónomos. (Foto: EFE)
L'Amérique latine doit continuer à promouvoir
- la participation pleine et effective des peuples premiers 
- leur droit à devenir autonomes. 
 L'Amérique latine traverse un processus de changement avec une bonne partie des gouvernements de la région dont les politiques sociales promues par la gestion de l'intégration ont fait reculer les inégalités. Malgré cela, les peuples premiers historiquement exclus et discriminés sont au centre d'enjeux majeurs.

La question de l'inclusion des droits des Indiens est une priorité de la politique de beaucoup de gouvernements d'Amérique latine, l'un des principaux défis auxquels ils sont confrontés par rapport aux inégalités.

Bien que des avancées significatives aient été obtenues dans différents pays, les enjeux demeurent. Selon les données d'une étude de la commission économique de l'Amérique latine et de la Caraïbe, le Cepal (ici, en espagnol), il y a plus de 800 peuples indigènes en Amérique latine avec près de 45 millions d'habitants. Ces peuples se caractérisent par une grande diversité démographique, sociale, territoriale et politique, depuis les peuples volontairement isolés jusqu'à ceux présents dans communautés urbaines.

La situation actuelle des peuples indigènes en Amérique latine ne peut être comprise que comme résultat historique du processus qui a commencé à l'arrivée des Européens il y a plus de cinq siècles, processus par lequel on les a dépossédés des territoires qu'ils habitaient en envahissant leurs espaces de reproduction sociale et culturelle.

(...)


La Cepal signale que "les connaissances ancestrales, les innovations et les pratiques traditionnelles des peuples indigènes pour la conservation et l'utilisation soutenable de la biodiversité, ainsi que le développement des différents modes d'organisation collectifs peuvent permettre de construire un nouveau paradigme de développement fondé sur un changement structurel vers l'égalité et la durabilité".

De ce fait, l'expérience des économies indigènes dans plusieurs pays du continent constituent une des formes d'expression du "buen vivir" (du bien vivre) et une approche pratique du développement s'agissant d'initiatives des communautés elles-mêmes.

L'action indigène dans des domaines comme le tourisme, la production de café - par laquelle on cherche à rendre visible les activités quotidiennes de ces collectivités, contribue à l'amélioration de la qualité de la vie de ses familles, génère de l'emploi, réduit l'impact migratoire et s'intègre à l'économie locale.

Dans cette perspective, si le concept de buen vivir doit servir à une action sociale défensive, il faudrait la lier au thème des droits et de manière prioritaire aux instruments internationaux de droits collectifs fondamentaux: la convention 169 des peuples indigènes de l'OIT et la déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples indigènes.

La relation de ces groupes à leurs terres, à leurs territoires et à leurs ressources naturelles constitue un élément essentiel du droit à l'auto-détermination.

Les réformes constitutionnelles entreprises sur le continent par certains gouvernements attestent les processus de reconnaissance et d'approfondissement de l'autonomie indigène.

Concrètement, il s'agit d'élections directes d'autorités, d'administration de ressources économiques et d'exercice de pouvoirs législatifs, réglementaires, juridiques et exécutif par les organes du gouvernement autonome sur le terrain de sa juridiction.

En Bolivie, par exemple, avec la notion de pluri-nationalité, on a reconnu les peuples indigènes comme entités historiques et politiques distinctes (ici, en espagnol) (autorité, territoire, institutions et aspects cognitifs et spirituels). La plurinationalité est constitutive de l'État et de la société interculturelle.

La Cepal signale en ce sens "qu'on observe ces dix dernières années une tendance croissante à la négociation quant l'administration des ressources naturelles, des territoires et l'application des accords et des réformes pour la transformation structurelle des États qui permette de mettre les peuples indigène à égalité avec le reste de la société."

Le défi principal des Indiens en Amérique latine selon la Cepal, c'est le renforcement des institutions politiques, économiques, sociales, culturelles et spirituelle afin de promouvoir les capacités organisationnelles, les techniques de gouvernement des peuples premiers.

(...)

Il faut signaler à ce sujet, la signature récente d'un décret en Colombie par le président Juan Manuel Santos dans lequel il est décidé que les communautés indigènes pourront se gouverner à un niveau local, qu'elles administreront leurs ressources. Cet exemple illustre le manque d'actualisation des législations puisqu'il aura fallu 23 ans pour traduire la reconnaissance constitutionnelle dans la loi.

L'harmonisation des cadres légaux sur la propriété terrienne, sur les mines et l'extraction de ressources renouvelables ou non, ainsi que l'encadrement des activités forestières et environnementales est un autre défi à relever.

L'application correcte de ce principe éviterait des situations conflictuelles telle que celle des communautés indigènes de la zone de Salitre, au sud du Costa-Rica. Un groupe de propriétaires terriens avait commis des actes délictueux contre les villages indiens de la zone pour reprendre le contrôle des terrains dans le territoires indigènes en vertu de la loi de 1977.

Un autre exemple est celui des Mapuche, au Chili, qui, depuis longtemps, réclament les terres qui sont les leurs par droits ancestraux, terres arrachées d'abord par l'occupation espagnole et, plus récemment, par l'État chilien qui les a confiées à des privés et à des entreprises forestières - l'une des principales industries du pays.

Au sujet de l'intérêt industriel, il faut signaler la lamentable affaire de l'assassinat de onze indiens dans la commune de San Juan Sacatepequez, à l'Ouest du Honduras, en septembre 2014, dans des affrontements avec une entreprise de ciment qui, depuis 2013, tente de construire sans la consultation prévue, une usine et une route sur les terres des Indiens.
Il y a beaucoup de drames de ce genre sur le continent. C'est pour cela qu'il est essentiel de renforcer les systèmes judiciaires de tous les pays pour éradiquer tout type de conception et de pratique raciste dans l'application de la justice.

Garantir la sécurité juridique des territoires indigènes est essentiel pour respecter la déclaration des droits des peuples indigènes de l'Onu, pour éliminer la discrimination et promouvoir la participation pleine et effective des peuples premiers dans leur droit à continuer à être autonomes et à poursuivre leur propre idée du développement économique et social.

28 sept. 2014

Les multinationales accaparent aussi les mers

Sophie Chapelle enquête sur les nuisances de l'accaparement des ressources halieutiques par les multinationales (ça fait de l'emploi!) dans Basta (ici, en français). Inutile de dire que nous défendons l'agriculture vivrière, le salaire paysan (ou pêcheur), que nous entendons interdire la propriété lucrative que les marchés des droits de pêche ne fait qu'alimenter.

Petit extrait de cet remarquable synthèse pour vous mettre en bouche (la suite sur le lien ci-dessus)


Les terres agricoles ne sont pas les seules cibles de puissants intérêts privés, de grandes entreprises ou de gros investisseurs. Littoraux, mangroves ou récifs coralliens sont aussi convoités. Au nom de la défense de l’environnement et de la préservation de la biodiversité, la mise en place de quotas de pêche, de réserves naturelles maritimes ou d’élevages géants favorisent le contrôle des bords de mer et des eaux continentales par une poignée d’acteurs privés. Aux dépens des communautés locales et des millions de petits pêcheurs qui vivent de la mer et voient leurs droits et leurs cultures bafoués. Un nouveau rapport lève le voile sur cet accaparement des mers.
Mais comment donc des intérêts privés peuvent-ils accaparer les océans ? Il ne s’agit pas – encore – de ses fonds marins, mais de ses ressources dont dépendent 800 millions de personnes, habitant les littoraux et vivant de la pêche. Rivages côtiers et eaux continentales, estuaires, lagunes, deltas, zones humides, mangroves, ou encore récifs coralliens, sont concernés. Comment se traduit cette appropriation d’un bien commun ? Un rapport, intitulé « l’accaparement global des océans », vient d’être publié par des organisations internationales, en collaboration avec le Forum mondial des peuples de pêcheurs. Il pointe les nouveaux maux qui menacent la vie des communautés des bords de mer, du Chili à la Thaïlande en passant par l’Europe du Nord ou les côtes africaines.
Ces maux ont pour nom quotas de pêche, conservation du littoral ou aquaculture. Derrière l’argument environnemental et l’impératif écologique, ces nouvelles réglementations contribuent à déposséder les populations de leurs moyens de subsistance, de leurs modes de vie, voire de leurs identités culturelles, au profit des logiques de marché, de l’industrie de la pêche et de gros intérêts privés. Un accaparement qui a aussi des conséquences sur notre manière de nous nourrir.
« ‘L’accaparement des mers’ – sous la forme d’accords d’accès déséquilibrés qui nuisent aux pêcheurs artisanaux, [...] et de détournement des ressources au détriment des populations locales – peut s’avérer une menace aussi sérieuse que ‘l’accaparement des terres’ », lançait dès octobre 2012 Olivier de Schutter, ancien Rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation. [2] Sur les bords de mer, les pêcheurs artisanaux sont ainsi en train de perdre leurs droits établis de longue date. Des droits coutumiers qui leur permettaient d’avoir accès à des zones de pêche et des plans d’eau, ainsi qu’aux terres côtières qui les bordent. En cause, « les modifications des cadres juridiques qui leur imposent un droit de pêche géré par le marché ».

(...)

« Depuis le milieu des années 1980, il y a eu un changement marqué dans les pratiques des États en faveur de la privatisation de la gestion des pêches », observent les auteurs. Comment cela fonctionne-t-il ? L’État accorde des droits de pêche (quotas) permanents aux pêcheurs. Il établit ensuite un marché en vue de permettre aux nouveaux propriétaires d’acheter, de louer ou de vendre leur quota. Cela a conduit à des phénomènes de concentration sans précédent.
En Islande, les dix plus grandes sociétés de pêche détenaient plus de 50% des quotas en 2007. Au Chili, quatre entreprises contrôlent 90% des quotas. Les conséquences sur les pêcheurs artisanaux sont immédiates. Au Danemark, la flotte des pêcheurs artisanaux s’est effondrée en 2005. Ce processus pourrait être accéléré par le Partenariat mondial pour les océans, initié en 2012 par la Banque mondiale, qui vise à privatiser les régimes de droits de propriété sur les ressources halieutiques.

Les autochtones exclus de la conservation du patrimoine marin

La création de « zones de protection marine », telles que les sanctuaires côtiers ou les réserves, participe au phénomène d’accaparement des mers. L’accès à ces zones est interdit ou restreint pour les pêcheurs artisanaux dans un but de « conservation » de la nature. C’est ce qui s’est passé en Tanzanie par exemple, avec la création du parc marin de l’île de Mafia. « Des entreprises touristiques étrangères se sont implantées, bannissant l’accès aux sites terrestres et littoraux, y compris les récifs coralliens les plus productifs, les forêts de mangrove et les plus belles plages – qui étaient auparavant sous les régimes de propriété traditionnelle des communautés locales », souligne le rapport. D’ici 2020, la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique prévoit qu’au moins 10% des aires marines et côtières soient conservées.
Des zones côtières sont également privatisées. En Ouganda, le gouvernement a alloué une partie des terres côtières du lac Victoria à des investisseurs dans le tourisme et l’aquaculture. A peine remis du tsunami de 2004, des communautés de pêcheurs sri-lankais ont subi la mise en œuvre de nouveaux plans d’urbanisme. Des centres touristiques de luxe sont sortis de terre sur un quart de la péninsule de Kalpitiya où vivent quelques 13 000 pêcheurs. Plus de 2 500 familles ont été expulsées de leurs terres et se sont vues refuser l’accès aux zones de pêche. « Les pêcheurs peuvent même être poursuivis pour intrusion illégale. Par exemple, les clôtures de fil de fer barbelé érigées le long de la bande côtière par l’hôtel Bay Watch Eco de l’entreprise Hasan Gaate les empêchent d’accéder à la bande côtière pour pêcher », témoigne un pêcheur. Sur place, le Mouvement national de solidarité pour la pêche lutte pour récupérer leurs terres et regagner l’accès aux zones de pêche.
 (...)

Les conditions de travail associées à ces chaînes sont par ailleurs épouvantables, comme l’a récemment montrée une enquête du Guardian en Thaïlande (voir notre article). Journées de 20 heures, tortures et assassinats sommaires, ouvriers enchaînés pour les empêcher de s’évader, absence de paie pendant des mois, fourniture d’amphétamines pour « tenir le coup »... A l’autre bout de la chaine, les détaillants se fournissant auprès de l’entreprise incriminée refusent de faire le lien avec leurs pratiques commerciales, notamment la pression sur les coûts.

22 sept. 2014

Grève dans les mines

2.000 mineurs faisait la grève ce matin dans la plus grande mine de cuivre du monde dirigée par BHP Billiton (Australie)(selon Telesur, ici, en espagnol). Ils dénoncent le manque de respect de la direction de ses engagements.

Ils veulent appliquer les accords concernant les horaires de travail et les conditions de sécurité.

Cette grève avertissement de 24 heures se reproduira mercredi si la situation ne se débloque pas/

27 avr. 2014

Manifestation contre la privatisation de l'eau

Telesur nous apprend ici, en espagnol, que des Chiliens ont manifesté contre

- la privatisation de l'eau
- le projet de barrage hydro-électrique Alto Maipo.

Ces projets suivent le code de l'eau établi en 1981, sous la dictature de Pinochet.

Il s'agit d'une forme d'enclosure de notre point de vue: les ressources naturelles communes sont privatisées, elles sont rendues rares, chères, difficiles d'accès et les gens appauvris dans leur niveau de vie voire dans leurs ressources financières, sont contraints de brader leur force de travail sous la pression de l'aiguillon de la nécessité.

Nous voulons, au contraire, rendre la vie gratuite, facile, abondante, riche, intéressante, sensible, etc. N'en déplaise aux faiseurs d'hommes d'affaire, aussi étoilés soient-ils.

12 avr. 2014

Le marché des mines au Canada

Alain Deneault et William Sacher partent enquêter au Canada dans le Monde Diplomatique (ici, en français). Ils nous expliquent comment fonctionnent les marchés spéculatifs autour des mines dans ce pays très laxiste, très accueillant envers les actionnaires, les propriétaires lucratifs.

Extrait


Le Canada accueille l’industrie minière à bras ouverts. Mieux : il aménage sa réglementation et sa fiscalité de façon à favoriser son financement et à la protéger sur les plans judiciaire et diplomatique. C’est ainsi qu’Australiens, Israéliens, Suédois, mais aussi Belges, Américains, etc., viennent y enregistrer leurs sociétés d’exploration ou d’exploitation. Pas seulement pour profiter des richesses naturelles du pays, mais aussi pour exploiter celles qu’ils ont acquises en Equateur, au Chili, en Zambie, au Burkina Faso, en Indonésie ou en Roumanie. Près de la moitié des projets miniers cotés au TSX se trouvent hors du Canada, et de nombreuses sociétés inscrites à Toronto ne possèdent aucune concession dans le pays.
Ce qui attire tant les sociétés minières, c’est tout d’abord la facilité avec laquelle une entreprise peut coter en Bourse et mettre en valeur des gisements présumés. Une très large majorité des mille six cents sociétés minières de Toronto sont des juniors, autrement dit des sociétés qui se consacrent exclusivement à l’exploration et à l’identification de nouveaux gisements. Souvent de petite taille, elles ne possèdent pas les ressources financières, techniques, humaines et politiques nécessaires pour exploiter des mines industrielles. Elles tirent donc leurs profits de la spéculation boursière autour de leurs gisements présumés.

Escrocs jamais condamnés

Au Sud, les juniors ont bénéficié des réformes impulsées par la Banque mondiale dans les années 1980 et 1990, qui ont instauré le système du libre-service minier (ou free mining), garantissant aux entreprises un accès illimité aux sous-sols. Lorsque, après un dur labeur de prospection, ou plus souvent grâce à l’achat d’informations auprès d’acteurs locaux, une junior découvre un gisement rentable, elle finit le plus souvent par se vendre à une major, une société d’exploitation, lui cédant ainsi un projet « prêt à développer » au terme d’une juteuse opération boursière. Cette pratique est mondialement intégrée, au point que des entreprises d’Etat chinoises, au même titre que les majors occidentales, achètent aujourd’hui des juniors torontoises en Amérique latine et en Afrique.

31 mars 2014

La lutte fait reculer Monsanto

 Non, pas en Europe - nous sommes probablement trop faibles politiquement, l'Europe, c'est un trop petit ensemble économique pour résister à l'appétit des multinationales - mais dans un ensemble économique beaucoup plus puissant: le Chili.

Selon un article de Servindi sur le Grand Soir (ici).

Extrait

Le retrait de la loi Monsanto sur la privatisation des semences paysannes et la non adhésion à la Convention UPOV 91 sur la protection de l’obtention des végétaux sont célébrées par les citoyens chiliens qui se mobilisent activement en défense de la production agro-écologique et de la culture familiale paysanne.
La pression est née d’un ample mouvement, de la campagne et de la ville, en défense des semences libres de brevets, non transgéniques et contre les pesticides, articulé dans la Campagne « Yo no quiero transgénicos en Chile » RAP-Chile.

La Présidente Bachelet et sa coalition au gouvernement ont annoncé le 17 mars le retrait du projet connu sous la dénomination de Loi Monsanto et qui avait été déposé au parlement en 2009 par la présidente elle-même au cours de sa précédente administration.

L’initiative légale prétendait accorder aux entreprises transnationales, comme Monsanto, Syngenta, Pioneer/Dupont et Bayer, productrices de semences hybrides et transgéniques d’amples garanties au prix des droits des paysans et paysannes et du patrimoine génétique du pays.

30 janv. 2014

Tableau de chasse de Coca-Cola

Le Cadtm fait état des pratiques de la multinationale d'Atlanta ici en traduisant un article de Esther Vivas dans Publico.es. Petit inventaire.

Ces pratiques visent toutes à diminuer les frais de production (salaires et investissements) pour maximiser la part de la valeur ajoutée dévolue aux profits.

Colombie: assassinat de 8 travailleurs et 65 menaces de mort

Pakistan: licenciements abusifs et entrave à la liberté syndicale

Turquie: intimidation et torture de travailleurs

Nicaragua, Guatemala, Russie, Pérou, Chili, Mexique, Brésil et Panama: menaces de licenciement contre les syndicalistes

Colombie, Venezuela, Zimbabwe et Philippines: répression syndicale, menace d'enlèvement et d'assassinat

Inde (Rajasthan, Uttar Pradesh, Kerala, Maharastra), Salvador, Mexique (Chiapas): pillage des ressources hydriques


11 déc. 2013

Notes de lecture sur les Mapuche au Chili

Références:

La transition à la démocratie chilienne à l’épreuve des Mapuche : le «néolibéralisme multiculturel » et ses résistances, Michael Barbut Doctorant en Sciences Politiques, Université Paris 1, CESS, disponible ici.

  • Résumé

Les 3000 communautés Mapuche apparaissent souvent non comme des réprimés mais comme des résistants du fait d'une vision du monde imperméable aux logiques néo-libérales.

L'intériorisation du complexe d'infériorité, de la soi-disant supériorité du modèle de développement libéral a marqué le pas par rapport aux nécessités actuelles de lutte, et d'une organisation communautaire.

1. Contexte

Avant le néo-libéralisme, la colonisation depuis le XIXe siècle avait réduit les terres mapuche au profit de grands propriétaires terriens. Tout au long du XXe, la figure du Mapuche a été entachée de stigmates. Il fallait la 'civiliser'. L'éducation a notamment contribué à faire intérioriser la pseudo infériorité mapuche aux élèves intéressés, à faire en sorte qu'ils se haïssent.

Il y eut alors

Le projet politique de l’Unité Populaire pour les Mapuche, consistant à redistribuer les terres et à fournir une aide technique et financière pour produire ces terres, identifiaient des causes non raciales mais plutôt économiques et sociales, notamment le minifundio, comme causes du malheur mapuche.
Mais l'atomisation du monde mapuche modèle des rêves d'autonomisation en petites propriétés familiales. Les communautés sont en quelque sorte prêtes à accueillir le néo-libéralisme.

Le coup d'État pousse des politiques moralistes de réhabilitation des grands propriétaires terriens. Le climat tourne à la violence.

Les généraux tournent la neuvième région, celle des Mapuche vers la monoculture forestière (pin et eucalyptus) pour l'exportation.

À ce moment-là, les centaines de milliers d'hectare en tenure collective constituent un frein à ces projets. Le décret-loi 2568 de 1979 entend y mettre un terme en donnant accès à un titre de propriété individuelle aux paysans mapuche.

L'opposition de l'Église et d'une organisation culturelle permettra de retarder la privatisation de la terre de vingt ans mais une partie des Mapuche voit cette réforme d'un bon oeil. Il s'agit soi-disant de 'valoriser des terres improductives'.

2. Situation

Les gouvernements considèrent que l'extraction des Mapuche de la pauvreté passe par leur insertion sur le marché. À la fin des années 90, les superficies consacrées à l'eucalyptus pour l'exportation passe de 25% à 40% des terres. La politique incrimine alors les faibles rendements des techniques traditionnelles mapuche sans jamais remettre en question la distribution foncière.

Les Mapuche sont invités à se transformer en entrepreneurs touristiques, à valoriser leur culture, leur gastronomie, leurs vêtements comme des produits à valeur ajoutée.

La faiblesse de la réaction politique sur place s'explique par la destruction de la personnalité mapuche par le principe de performance économique mis en œuvre auparavant.

"Quiero ser otro": les paysans mapuche sont dominés matériellement et symboliquement. Ils posent par exemple les problèmes en terme de développement à l'instar de ceux qui les asservissent.

La parcellisation, l'atomisation de la communauté sera soutenue par ceux qui souhaitent 's'intégrer', 'devenir autre' que les Mapuche qu'ils sont. Il y a une soif de réussir, de briller, de faire carrière dans une société moderne - malgré le fait qu'on est Mapuche.

Les autorités ont recours à des caciques qui transmettent les fonds pour le 'développement' ce qui entretient des pratiques clientélistes, une logique de dépendance et de 'développement'.

L'échec (à quelques exceptions près) de la transformation des Mapuche en entrepreneurs agricoles ou touristiques tient moins de leur bonne volonté que de leur manque de moyens économiques pour y parvenir.

3. Essais de réappropriation

Les mouvements de réappropriations des terres volées des Mapuche sont nés dans les années 80 et se sont diffusés dans les années 90 rencontre un écho dans les consciences les moins engagées mais l'évangélisme fait son lit du fatalisme, du désengagement face à l'injustice.

La politisation mapuche se construit autour des processus de mobilisation contre le néo-libéralisme qui refont communauté:

- il s'agit de reconstruire un collectif pour passer à l'action

- il s'agit de creuser les limites de la loi indigène, des politiques publiques indigènes, d'en explorer les failles

- les jeunes sans titre de propriété sont beaucoup plus indépendants des institutions, ils ont comme alternative les sales boulots de la ville ou la communauté avec une agriculture en crise soumise à l'appauvrissement des sols du fait de la monoculture

- les entreprises d'occupation de terre mettent l'accent sur la mémoire communautaire

- l'organisation collective reconstruit les bases matérielles de son autonomie

- la division sociale des Mapuche, la divergence de leurs intérêt rend la construction d'un projet politique commun difficile.

21 nov. 2013

La lutte des fonctionnaires chiliens valorise leur salaire

Dans cet article en espagnol, nous apprenons que les fonctionnaires municipaux chiliens ont obtenu une reconnaissance salariale au terme d'une grève de 31 jours:

- alignement de leurs allocations sur le public
- reconnaissance de leur fonction
- alignement des prestations de sécurité sociale sur le public
- doublement des allocations des allocations d'ici 2015

Félicitation à eux. Ceci nous démontre en tout cas qu'on peut se battre pour du salaire, pour du salaire socialisé et vaincre. Quand on est décidés et unis, on peut tout.

16 nov. 2013

Au Chili, le secteur minier s'enrichit et appauvrit le pays

Cette petite capsule en espagnol nous explique que le secteur minier au Chili a produit 30 millions de tonnes de cuivre ces dix dernières années. Ce cuivre vaut, aux cours des marchés mondiaux, quelque chose comme 250 milliards de dollars (à peu près 170 milliards d'€).

Cette production de valeur ne bénéficie absolument pas ni aux Chiliens, puisque les impôts acquittés par les multinationales minières restent dérisoires (2,5 milliards d'impôt sur un bénéfice de 20 milliards l'année dernière) et que les bas salaires demeurent extrêmement insuffisants - autour de 400$, de 320€ mensuels, sans prestations sociales.

La logique minière illustre à merveille le vol de vie et de temps à l'oeuvre dans la logique de l'emploi. Alors que les salaires demeurent faméliques, alors qu'aucune part de la valeur ajoutée n'est socialisée - ce qui maintient le travail entièrement sous le joug de l'emploi - la misère prolifère, les profits réalisés sont énormes et les ressources communes sont pillées.

À qui profite le crime?