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19 oct. 2016

Monsanto en procès

Dans Libération (ici) Coralie Schaub nous rend compte du procès "pour de faux mais avec de vrais professionnels" contre la multinationale.

Extrait
Un gros cœur rouge est imprimé sur son haut noir. Elle est grande, se tient droite, elle s’avance à la barre, prend une profonde inspiration et se lance : «C’est un honneur d’ouvrir la longue marche des victimes de Monsanto. Vous allez entendre beaucoup de chiffres, aussi je me suis permis de mettre un visage sur les statistiques.» Sabine Grataloup tend aux juges une série de photos. L’une montre un nouveau-né intubé, les mains attachées, une sonde dans l’estomac. Une autre, une bouille au sourire doux, de beaux yeux bleus… et un gros trou dans le cou. «Voici Théo, mon fils. Il y a neuf ans, il est né avec une malformation grave de l’œsophage. Il a dû être opéré en urgence pour séparer les systèmes digestif et respiratoire. Son larynx aussi était malformé, on lui a donc aussi fait une trachéotomie. Depuis sa naissance, il a subi cinquante opérations.»
Elle évoque la «somme énorme de souffrances accumulées», les difficultés que Théo a toujours pour respirer ou parler, le risque vital permanent, le handicap social, la famille meurtrie.

Cathédrale

Sabine Grataloup ne s’exprime pas devant une juridiction classique. Samedi, cette Iséroise est venue témoigner devant le Tribunal international Monsanto dans le cadre d’un procès citoyen sans reconnaissance officielle organisé à La Haye, aux Pays-Bas, à deux pas de la Cour pénale internationale (CPI). Mais elle s’adresse à de vrais juges.
(...)
Les juges le savent, leur mission est de livrer une opinion juridique sur six questions. La firme Monsanto a-t-elle, par ses activités, porté atteinte au droit à un environnement sûr, propre, sain et durable ? A-t-elle porté atteinte au droit à l’alimentation ? Au droit à la santé ? Aux libertés d’expression et de recherche scientifique ? S’est-elle rendue complice de crimes de guerre en produisant le défoliant «agent orange» utilisé par l’armée américaine au Vietnam ? Enfin, ses activités pourraient-elles constituer un écocide, soit le fait de détruire l’environnement au point de compromettre la vie sur Terre ?
(...)
Damián Verzeñassi, un docteur en santé publique argentin qui a mené une vaste enquête épidémiologique dans son pays, atteste à la barre d’une hausse spectaculaire des cancers, fausses couches et malformations congénitales. Entre 2010 et 2014, ces dernières concernaient 17,9 naissances sur 1 000, contre 8,8 sur 1 000 entre 2000 et 2004. «La majorité des malformations touchent la ligne médiane du corps», observe-t-il, citant les effets du glyphosate, qui interdit l’expression normale de gènes permettant la constitution de notre morphologie. Les mêmes malformations qui touchent Théo, Martina, les amphibiens du professeur Carrasco… Ou les porcelets d’un éleveur danois venu lui aussi témoigner, photos à l’appui, où l’on voit des animaux nés avec des moignons en guise de pattes, sans anus, sans yeux ou avec deux têtes.
Devant les juges, défilent encore apiculteurs mayas, agriculteurs australiens, burkinabés, indiens ou canadiens, tous très remontés contre Monsanto, accusée de «collusion» avec des gouvernements qui protégeraient davantage les intérêts privés que leurs citoyens. Seuls les Sri Lankais ont réussi à obtenir l’interdiction du glyphosate dans leur pays après la mise en lumière du lien entre le produit et une épidémie de maladie rénale responsable de la mort de 24 800 producteurs de riz entre 1994 et 2014.
La cour rendra son avis consultatif au plus tôt le 10 décembre, journée internationale des droits de l'Homme. Le petit Théo, lui, n’attendra pas jusque-là pour subir sa 51e opération. Ce sera ce jeudi, à l’hôpital Necker à Paris.

9 juin 2015

Monsanto chassé du Burkina-Faso

Nous apprenons sur Jeune Afrique (ici) que le Burkina-Faso renonce aux OGM de la firme Monsanto. Cette décision est d'autant plus remarquable qu'elle est prise alors que les institutions européennes prennent des décisions opposées, persuadées de l'inéluctabilité de la chose.

Extrait

L'interprofession du coton, au Burkina Faso, a décidé d'arrêter, progressivement et d'ici à trois ans, l'utilisation des semences OGM de la firme américaine Monsanto, a appris "Jeune Afrique".
Les producteurs ne sont plus les seuls à grogner contre le coton génétiquement modifié de Monsanto. L’interprofession, qui regroupe notamment la Société burkinabè des fibres textiles (Sofitex), leader public du secteur, Faso Coton (détenu par IPS) et la Société cotonnière du Gourma (Socoma, filiale du groupe français Geocoton), a décidé d’arrêter, progressivement et d’ici à trois ans, l’utilisation des semences OGM de la firme américaine, a appris Jeune Afrique.
En cause : les rendements, moins élevés que ce qui était annoncé dans le contrat, et la qualité de la fibre de coton, qui n’est pas au rendez-vous. En plus de dénoncer leur contrat avec Monsanto, les acteurs sont en train d’évaluer le montant des indemnités qu’ils vont lui réclamer, en fonction des pertes liées à la culture du coton transgénique depuis 2008.

27 déc. 2014

Des privatisations mises en cause

Selon RFI (ici, en français), le gouvernement de transition au Burkina-Faso met en cause les privatisations de complaisance de ses prédécésseurs.

Extrait
Au Burkina Faso, le gouvernement entend réexaminer tous les dossiers des sociétés privatisées sous l’ancien régime. Il s’agit de voir si toutes les procédures de privatisation ont été faites dans le respect de la loi. Si des irrégularités sont constatées, certaines sociétés pourraient revenir sous la gestion de l’Etat par l’expropriation des actifs et non la nationalisation.
Pour le gouvernement de transition, il ne s’agit pas de nationaliser les entreprises privatisées, mais plutôt d’analyser les différents dossiers et de corriger certaines injustices. D'ailleurs, René Bagoro tient à rassurer : « Il ne s’agit pas pour nous d’ouvrir une chasse aux sorcières mais de restituer à l’Etat urbain burkinabè ce qui lui revient », explique le ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme.
Tant qu'à faire, nous appelons à ne pas s'arrêter en si bon chemin et à socialiser l'intégralité de la valeur ajoutée. Après tout, ils nous ont tout pris.

28 sept. 2014

Des inspecteurs en grève pour le salaire

Selon AllAfrica (ici, en français), et avec notre amical soutien,

Les contrôleurs et inspecteurs du travail ne veulent pas rester en marge de la relecture de la grille salariale des agents de la Fonction publique. Ils l'ont exprimé au cours d'un sit-in à la Direction régionale du travail et de la sécurité sociale du Centre à Ouagadougou, entamé hier mardi 18 février 2014 et prévu pour prendre fin aujourd'hui et ce, dans toutes les directions régionales du travail et de la sécurité sociale du territoire national. Dans leur plateforme revendicative, ils réclament, entre autres, l'application du décret d'application de l'article 392 du Code du travail portant prestations en nature des contrôleurs et inspecteurs du travail.
« Décret d'application de l'article 392 du Code du travail : une injustice qui n'a que trop duré ! » ; « Les inspecteurs et contrôleurs réclament le décret relatif à l'article 392 du Code de travail depuis 2008 » ; « On est fatigué ! » « Halte aux traitements injustes faits aux inspecteurs et contrôleurs du travail ». Voilà, entre autres, ce que l'on pouvait lire sur les banderoles attachées au-rez-de-chaussée de l'immeuble de la e-gouvernance abritant la Direction régionale du travail et de la sécurité sociale du Centre, à Ouagadougou, le mardi 18 février 2014. Le Secrétaire général (SG) du Syndicat autonome des contrôleurs et inspecteurs du travail (SYNACIT), Hamidou Belem, a donné les raisons du mécontentement des manifestants en ces termes : « Nous sommes réunis ce matin pour protester auprès du gouvernement de n'avoir pas pris en compte des préoccupations relatives à la relecture de la grille salariale en cours et la prise en compte d'un décret prévu par le Code du travail au profit des inspecteurs du travail ».
Selon lui, l'article 392 alinéa 2 du Code du travail voté depuis 2008 dont il est question stipule que « les prestations en nature des inspecteurs du travail sont fixées par voie règlementaire », sans définir ce qu'est la prestation en nature. Le SYNACIT entend, par ce sit-in de 48 heures et ce, de 8h à 12h, donner un contenu bien défini à ce décret qui n'a pas jusque-là été pris par l'Etat. Pour lui, « à voir l'esprit du Code, ce sont des prestations qui doivent revaloriser le corps des contrôleurs et inspecteurs du travail ». Le SG du SYNACIT et ses collègues semblent déterminés à aller jusqu'au bout de leur objectif car ils comptent mener d'autres formes de manifestation si toutefois une réponse favorable ne génère pas de ce sit-in. « On pourrait reconduire les sit-in, aller en grève jusqu'à ce que le gouvernement nous prenne en compte dans la relecture de la nouvelle grille indemnitaire », a-t-il confié.

16 juin 2014

L'or appauvrit

 Vous n'êtes pas au Far West, vous n'êtes pas au XIXe, vous êtes maintenant, au Sénégal mais la fièvre de l'or là-bas appelle les gens de la région et au-delà. C'est qu'il y a de l'argent, beaucoup d'argent à faire - à tel point qu'une campagne d'affichage tente de dissuader les enfants d'abandonner l'école pour l'or. Les dégâts écologiques que l'auteur attribue aux seuls Burkinabés sont en tout cas liés à des pratiques de l'orpaillage sans foi ni loi - même si de grasses compagnies doivent y laisser quelques plumes. Les conditions de travail et de vie des migrants orpailleurs sont effroyables. Dakaractu (ici, en français) relaie un reportage de Mamadou Oumar NDIAY publié à l'origine par « Le Témoin » N° 1164 –Hebdomadaire Sénégalais (MAI 2014).

Extrait

C’est surtout le village de Kharakhena (...), qui est le point de convergence de tous les aventuriers de l’or attirés par la perspective de faire fortune rapidement. Village de 700 habitants à peine il y a deux ans, Kharakhena a connu la plus formidable explosion démographique de l’histoire du Sénégal puisque, en moins de 24 mois, sa population a atteint le chiffre incroyable de 60.000 personnes dont les 20.000 s’adonnent à la recherche de l’or ! Comme une traînée de poudre (d’or !) et le téléphone arabe fonctionnant à plein régime, des milliers de prospecteurs venus du Mali et de la Guinée voisines mais aussi de la Mauritanie, de Côte d’Ivoire, du Burkina Faso, ou encore de la Sierra Léone, du Libéria, du Ghana et du Nigeria ont afflué à Kharakhena, transformant la localité en véritable tour de Babel où toutes sortes de dialectes et de langues sont parlées. La rumeur se propageant, déserteurs d’armées régulières voisines, mercenaires des conflits qui ont ensanglanté la sous-région, évadés de prisons et autres djihadistes défroqués sont tous venus reprendre du service à Kharakhena où, bien que tout ce qui brille ne soit pas de l’or, d’importantes quantités du métal jaune sont quand même extraites du sous-sol chaque jour que Dieu fait, sauf le vendredi, jour de repos hebdomadaire chez les Musulmans strictement respecté ici et le lundi, jour du sacrifice au génie de l’or et repos sabbatique que nul ne s’aviserait jamais de transgresser. C’est que dans cette zone de non-droit, dans cet univers sans foi ni loi, dans cette jungle impitoyable où les plus forts broient les plus faibles, il existe tout de même des codes que tout le monde respecte. Par exemple, aucun cordonnier n’a le droit de mettre les pieds dans les « diouras » sous peine de se faire lyncher. Le même sens interdit s’applique aux ramoneurs.
Les autres jours de la semaine, c’est à qui extraira le plus d’or. C’est que le sous-sol de Kharakhena regorge du métal précieux. Environ 1,5 tonne en est extraite chaque année, soit 120 kilogrammes en moyenne chaque mois. En l’absence de statistiques fiables, les autorités en sont réduites aux approximations mais il n’est pas rare de voir des individus chanceux collecter trois à cinq kilos les jours heureux. Située dans le prolongement du plateau malien où se fait l’extraction de l’or, la zone aurifère sénégalaise, que l’on trouve essentiellement dans le département de Saraya, dans la région de Kédougou, est située sur un espace plus restreint. (...) La chance du Sénégal, c’est que son or est situé en surface, en tout cas à une faible profondeur, contrairement au Mali ou au Burkina Faso où il faut aller à environ 100 mètres sous terre pour trouver le métal précieux.

De tout temps, les populations locales se sont livrées à l’orpaillage traditionnel extrayant de faibles quantités d’or qui leur permettaient de survivre à côté de l’agriculture qui est paradoxalement la principale richesse de la région de Kédougou avec les mines de fer de la Falémé. Puis, les cours du métal jaune ayant flambé il y a deux ans, cela a accru la ruée vers l’or. Une ruée d’autant plus intense que des compagnies minières occidentales, à coups de milliards de francs cfa, avaient fini d’effectuer leur travail d’exploration dans la zone. Les orpailleurs de la sous-région ont donc attendu tranquillement que ces sociétés aient fini de déterminer avec précision les endroits où se trouvait l’or pour venir les occuper sans autre forme de procès. C’est ainsi que des périmètres appartenant à des compagnies régulières comme Afri-Gold, disposant donc de permis en bonne et due forme, sont squattées par des milliers de « diouratiguis » (orpailleurs traditionnels) au grand dam des dirigeants de ces compagnies qui ne savent plus à quel saint se vouer.

En effet, en lieu et place de l’orpaillage de subsistance, si on peut l’appeler ainsi, s’est développé un véritable orpaillage de prédation nuisible pour l’environnement, les finances publiques et… la sécurité de la Nation. Une fois l’or détecté avec précision par les compagnies minières, les Burkinabés sont entrés à l’œuvre. Maîtrisant la technique d’extraction par le cyanure et le mercure, ils sont outillés pour exploiter aussi bien ce que les géologues appellent les indices que les gisements à l’image de celui de Sambranbougou qui appartient pourtant à une compagnie minière occidentale. Les dégâts pour la nature de cette forme d’orpaillage sont en tout cas effroyables. En effet, sur la montagne où se trouve le site dit « Kara Kara », qui regorge le plus d’or et qui appartient à la société Afri-Gold, sur cette montagne, donc, des milliers d’arbres ont été arrachés et/ou brûlés quand ils ne servent pas à réaliser des étais pour les mines de fortune, d’où l’appellation de « montagne pelée ». Une véritable politique de la terre brûlée ou de la tabula rasa ! Pis, le cyanure utilisé à grande échelle et qui s’infiltre dans la nappe phréatique représente un risque sanitaire majeur dont les conséquences sanitaires sont encore difficilement mesurables. Sans compter que camionneurs maliens et burkinabés se cachent à peine pour aller laver leurs cargaisons de sable dans la Falémé toute proche, y épandant donc du mercure et du cyanure.
 

Sur le site du « Kara Kara », le spectacle est apocalyptique. C’est comme si des milliers de castors s’étaient mis à creuser la montagne et à ronger ses entrailles.  Une montagne qui ressemble à un gruyère, creusée qu’elle est  de centaines de trous. Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, rouges de poussières, descendent dans ces trous ou en remontent régulièrement, s’ils ne font monter à la surface des seaux remplis de banco contenant quelques poussières d’or. A l’aide de cordes, ils se laissent glisser à l’intérieur de ces trous sombres où ils sont obligés d’utiliser des lampes torches pour pouvoir se mouvoir. L’un d’entre eux, Sénégalais, nous confie : « C’est entre 30 et 35 mètres que nous trouvons le sable dont nous avons besoin. Nous le faisons remonter, l’entassons avant de le transporter chez nous. » Pour quoi faire ? Pour le laver, pardi et en extraire l’or ! Au bord de tous les trous, des bassines remplies d’eau. Quand nous demandons à notre interlocuteur à quoi ils servent, il nous répond : « c’est pour effectuer des tests. Si nous trouvons des traces d’or, alors ça veut dire que nous pouvons continuer à creuser. » Ce qu’il appelle « la maison », ce sont en fait de véritables petits ateliers où se trouvent des concasseurs pour broyer le sable apporté à l’intérieur de sacs ou transporté par ces sortes de charriots motorisés chinois que l’on voit à Dakar et dont des centaines se trouvent à Kharakhena. Sur les lieux, nous avons dénombré au moins une cinquantaine de concasseurs à l’œuvre tandis qu’une noria de camions fait un va-et-vient incessant entre le « dioura » et le fleuve tout proche. 
A voir ce spectacle surréaliste de milliers de « gueules rouges » (...) on ne peut manquer d’être impressionné, voire effrayé. Une véritable cour des miracles !

Et parce que Kharakhena, petit hameau de quelques dizaines de cases, ne pouvait pas accueillir tout ce monde, à ses flancs s’est développé une gigantesque verrue, une hideuse excroissance faite là encore de milliers de huttes en paille mais aussi de bric et de broc dans lesquelles vit un monde interlope à côté des fourmis industrieuses qui s’activent le jour dans les galeries creusées à flanc de montagne. L’argent circulant à flot du fait du commerce de l’or, ces conquistadores d’un genre nouveau dépensent sans compter. Les gargotes et les restaurants de fortune (sans jeu de mots) y poussent donc comme des champignons après la pluie, sans compter les débits de boisson alcoolisée, les chambres de passe, des centaines de prostituées étant venues exercer le plus vieux métier du monde pour le repos du guerrier des orpailleurs. En l’absence de tout contrôle d’hygiène, de police des mœurs et de carnet sanitaire, les maladies sexuellement transmissibles y foisonnent tandis que le taux de séropositivité s’envole.  Sans compter, évidemment, le trafic de drogue. (...)

Quant à l’or, c’est sous le manteau qu’il se vend, loin des yeux et des oreilles indiscrets dans un véritable marché parallèle solidement contrôlé par les Maliens qui brassent des centaines de millions de francs par jour. Puis tout l’or acheté prend la direction du Mali ou du Burkina Faso où il est comptabilisé dans les statistiques d’exportations de ces pays tandis que le Sénégal, où ce métal précieux est pourtant extrait, ne gagne rien, absolument rien, ni impôts et ni taxes, dans ce commerce qui génère un chiffre d’affaires d’une vingtaine de milliards de francs chaque année, rien que dans la zone de Kharakhéna. (...) [L]e Sénégal, lui, laisse filer toutes ses richesses dans les pays voisins

17 mai 2014

Les enfants orpailleurs

Au pays des hommes intègres, Souleymane KANAZOE sur le site Sidwaya (ici, en français) nous emmène chez les enfants orpailleurs, chez les enfants chercheurs d'or.

C'est le sacro-saint aiguillon de la nécessité cher aux libéraux qui contraint ces miséreux à brader leur jeunesse - sans faire valoir quelque droit social que ce soit. Reportage dans ce paradis de la concurrence libre et non faussée, paradis sans charges sociales et sans contraintes administratives, reportage dans ce paradis de l'emploi.

Extraits
Le travail des enfants sur les sites d’orpaillage au Burkina Faso entrave leur épanouissement et leur développement. A cela, s’ajoutent les conditions dangereuses auxquelles les enfants sont souvent soumis et qui affectent leur santé. En dépit des efforts du gouvernement burkinabè et de ses partenaires, les sites d’orpaillage attirent toujours de nombreux enfants. Un tour dans la région du Centre-Nord a permis de se rendre compte de l’ampleur du phénomène.
 Depuis l’avènement du boom minier au Burkina Faso il y a quelques années, de nombreux sites surtout traditionnels ont poussé comme des « champignons » sur toute l’étendue du territoire. Mais c’est surtout l’exploitation des enfants mineurs sur ces sites qui pose problème, étant donné qu’ils travaillent dans des conditions difficiles et dangereuses. En effet, l’orpaillage est considéré comme une activité à risques en raison des conditions de travail, de sécurité et d’hygiène auxquelles font face les orpailleurs, en particulier les enfants mineurs.
Le gouvernement burkinabè a entrepris de nombreuses initiatives visant la protection des enfants et surtout, la prévention du phénomène. Il a adopté le décret 2009-369/PRES/PM/MTSS/MS/MASSN, portant détermination de la liste des travaux dangereux interdits aux enfants au Burkina Faso. Cet instrument juridique complète l’engagement du pays dans la ratification des différents traités et conventions, au niveau national et international, qui visent la protection des enfants et la promotion de leurs droits. Mais force est de constater que sur le terrain, l’Etat a du mal à mettre de l’ordre dans le secteur de l’orpaillage. Le travail précoce des enfants est ainsi devenu une réalité patente sur les sites. C’est le constat que l’équipe de reportage du Carrefour Africain a fait en se rendant sur le site de Sahouia, à 30 km de la commune rurale de Korsimoro dans la province du Sanmatenga. De nombreux mineurs, aussi bien des garçons que de filles dont l’âge est compris entre 8 et 17 ans, y travaillent. Le besoin d’une force de travail à moindre coût pour l’exploitation des sites en serait la raison. Le vannage, le lavage et le concassage sont les trois activités dominantes chez les enfants, mais la descente dans les trous est aussi pratiquée, surtout par les adolescents de 15-17 ans. Des propos corroborés par le témoignage d’un orpailleur ayant requis l’anonymat qui affirme que « les enfants sont quasiment à tous les niveaux de l’extraction artisanale tels le pilage, la descente dans les galeries, le concassage, le vannage, la restauration, la vente de l’eau, le portage des minerais vers les hangars ».
Salif Sankara, 16 ans est arrivé sur le site depuis maintenant trois mois. Il dit avoir travaillé sur un autre site avant celui de Sahouia. « J’ai entendu parler du site de Sahouia et j’ai décidé de venir y travailler car j’ai des amis qui y travaillent », explique-t-il. Pourquoi travaille-t-il sur le site ? A cette question, Salif Sankara répond qu’il veut avoir l’argent pour s’offrir ce dont il a besoin dans la vie. « Avoir de l’argent, c’est vivre bien », confie-t-il avec un sourire. Quant à savoir si ses parents sont au courant qu’il travaille sur le site, il répond par l’affirmatif avant d’ajouter que ceux-ci n’y ont pas vu d’inconvénient. Comme Salif, nombreux sont les jeunes qui délaissent leurs familles pour investir les sites aurifères.
Il n’est pas rare également de voir des filles passer la journée à tamiser du sable à la recherche de la moindre trace d’or. Devant nous, deux enfants d’environ 13 ans malaxent de la boue de terre contenue dans des bassines. Debout, la main droite tenant une boite pleine d’eau tandis que la main gauche malaxe sans relâche la boue suivant une technique bien maîtrisée, à la recherche de pépites d’or. Des gestes mécaniques répétés à longueur de journée, presque sans repos. D’autres enfants travaillent sur la roche sortie des puits. Avec les mortiers fabriqués avec du matériel de récupération, ils pilent la roche et avalent de la poussière à longueur de journée. Ils n’ont ni cache-nez ni lunettes de protection.
(...)
Les mineurs, une main d’œuvre à moindre coût
L’une des précarités à laquelle les enfants sont confrontés sur les sites d’orpaillage est l’insuffisance de revenus pour couvrir les besoins primaires. En termes de gains journaliers, la majorité des enfants travaillant sur les sites ont des revenus dérisoires au regard de la durée et des conditions de travail. En effet sur les différents sites (Sahouia et Ronguin), la majorité des mineurs affirme travailler sans véritablement savoir combien elle va percevoir comme « salaire ». Des informations font ainsi état de ce qu’en termes de revenus journaliers, des enfants percevraient moins de 1000FCFA [1,5 €] ; des gains très dérisoires au regard de la durée et des conditions de travail. Par ailleurs, une étude sur le travail des enfants dans les mines au Burkina Faso, effectuée en 2011 a montré que quatre enfants sur six qui travaillent sur les sites miniers ont des gains très dérisoires. L’étude précise également que les revenus obtenus par ces enfants en une semaine de travail qui est de l’ordre de 4500 FCFA [7 €] servaient à satisfaire leurs besoins vitaux comme se nourrir. Ainsi donc les enfants travaillent essentiellement pour satisfaire leurs besoins alimentaires.
(...)
Par ailleurs, le travail de l’orpaillage se caractérise par une pénibilité des différentes activités au regard des faibles capacités et d’endurance physique des enfants. Ceux-ci sont utilisés aussi dans le creusage des puits de profondeur variable et reliés par des galeries. Le risque d’éboulement y est très élevé. Ils sont dépourvus de système de ventilation et ils y descendent à l’aide d’une corde attachée du dehors à un piquet de fer coincé entre des sacs de terre superposés. La nourriture leur est envoyée à l’aide de cette corde. Ils travaillent accroupis avec pioches et barres de fer et une torche fixée au front, ils morcellent les roches avant de les envoyer à l’extérieur par la même corde. Pour communiquer avec l’extérieur, on transmet le message par personne interposée de manière verticale. Selon certaines informations recueillies sur place, dans les galeries, on peut passer des heures sans voir le jour. Le travail dans les galeries est ardu et se fait au péril de la vie. Les activités y sont diversifiées. Il y a ceux qui posent les dynamites, un travail réservé aux plus courageux. En outre, les orpailleurs qui parviennent à trouver de l’or se comptent sur le bout des doigts. Qu’à cela ne tienne, les chercheurs d’or s’esquintent. Ils respirent la poussière, la fumée, l’odeur des produits chimiques. Sur le site d’orpaillage de Ronguin (province du Bam) dans la commune de Sabcé, il est impressionnant de voir des enfants d’à peine une dizaine d’années.

12 avr. 2014

Le marché des mines au Canada

Alain Deneault et William Sacher partent enquêter au Canada dans le Monde Diplomatique (ici, en français). Ils nous expliquent comment fonctionnent les marchés spéculatifs autour des mines dans ce pays très laxiste, très accueillant envers les actionnaires, les propriétaires lucratifs.

Extrait


Le Canada accueille l’industrie minière à bras ouverts. Mieux : il aménage sa réglementation et sa fiscalité de façon à favoriser son financement et à la protéger sur les plans judiciaire et diplomatique. C’est ainsi qu’Australiens, Israéliens, Suédois, mais aussi Belges, Américains, etc., viennent y enregistrer leurs sociétés d’exploration ou d’exploitation. Pas seulement pour profiter des richesses naturelles du pays, mais aussi pour exploiter celles qu’ils ont acquises en Equateur, au Chili, en Zambie, au Burkina Faso, en Indonésie ou en Roumanie. Près de la moitié des projets miniers cotés au TSX se trouvent hors du Canada, et de nombreuses sociétés inscrites à Toronto ne possèdent aucune concession dans le pays.
Ce qui attire tant les sociétés minières, c’est tout d’abord la facilité avec laquelle une entreprise peut coter en Bourse et mettre en valeur des gisements présumés. Une très large majorité des mille six cents sociétés minières de Toronto sont des juniors, autrement dit des sociétés qui se consacrent exclusivement à l’exploration et à l’identification de nouveaux gisements. Souvent de petite taille, elles ne possèdent pas les ressources financières, techniques, humaines et politiques nécessaires pour exploiter des mines industrielles. Elles tirent donc leurs profits de la spéculation boursière autour de leurs gisements présumés.

Escrocs jamais condamnés

Au Sud, les juniors ont bénéficié des réformes impulsées par la Banque mondiale dans les années 1980 et 1990, qui ont instauré le système du libre-service minier (ou free mining), garantissant aux entreprises un accès illimité aux sous-sols. Lorsque, après un dur labeur de prospection, ou plus souvent grâce à l’achat d’informations auprès d’acteurs locaux, une junior découvre un gisement rentable, elle finit le plus souvent par se vendre à une major, une société d’exploitation, lui cédant ainsi un projet « prêt à développer » au terme d’une juteuse opération boursière. Cette pratique est mondialement intégrée, au point que des entreprises d’Etat chinoises, au même titre que les majors occidentales, achètent aujourd’hui des juniors torontoises en Amérique latine et en Afrique.

10 déc. 2013

Libéralisme militaire en Centrafrique

  • Résumé et commentaire d'un article de l'Humanité.

Extrait:
Aujourd’hui s’ouvre à Paris le sommet de l’Élysée sur la paix et la sécurité en Afrique. La France veut se repositionner sur les terrains économiques et militaires. En prônant la poursuite de politiques néolibérales tournant le dos au développement.
Le livre blanc de la défense défend pourtant un autre point de vue.
Extrait

Le livre blanc sur la défense et la sécurité, rendu public le 29 avril, pérennise d’ailleurs un maintien global des crédits militaires. Plus question donc d’un désengagement des troupes françaises basées sur le continent. Au contraire. La zone sahélo-saharienne, le golfe de Guinée et la Corne de l’Afrique deviennent des « zones proches d’intérêt prioritaire ». Quant aux diverses bases françaises, elles sont regroupées sous le vocable de « points d’appui militaires en Afrique » dans lesquels apparaît la « zone Mali-Niger-Burkina Faso », directement issue de l’intervention au Mali.
Benoît Hazard, anthropologue spécialiste de l'Afrique de l'Est, résume la situation comme suit:
Extrait

Cette stratégie française s’inscrit dans les politiques de domination menées à l’échelle mondiale par les grandes puissances, en concurrence avec les pays émergents, à commencer par la Chine. À la guerre en kaki se superpose la guerre en col blanc en quelque sorte. « Dans nombre de pays qui composaient autrefois son pré carré, la France n’a plus la main sur le terrain économique et dans le domaine de l’extraction des richesses minières et énergétiques. De nouvelles élites africaines n’hésitent plus à jouer de la concurrence entre les grandes puissances et les pays émergents. D’où cette volonté de Paris de se repositionner dans une nouvelle configuration géopolitique, via l’implication militaire directe dans des conflits locaux »
 Mais cette stratégie sert la vieille idéologie de la colonisation rebaptisée néo-libéralisme dans l'urgence.
Extrait.
L’ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, a déployé le volet concomitant : « Afrique-France, pour un nouveau modèle économique. » Les quinze propositions formulées s’inscrivent toutes dans le cadre de politiques néolibérales que sont souvent contraints de mener les pays d’Afrique subissant des pressions politiques autant qu’économiques. Tout est résumé par cette phrase de Moscovici : « L’une des conclusions de ce rapport, c’est qu’il faut donner au secteur privé toute sa place, lui laisser davantage la parole. » Une façon de justifier la poursuite de politiques d’ajustement structurel qui depuis des décennies, sous la houlette du FMI et de la Banque mondiale, brisent les services publics, seuls points d’appui pour des politiques de développement au service des populations. Dans tous les domaines, l’étau de la dépendance économique se resserre à mesure que le secteur privé, représenté par des multinationales occidentales, étend ses tentacules dans tous les domaines.

  • Commentaires

 Nous rappelons à toutes fins utiles que ces politiques cachent mal l'enclosure, le pillage des ressources naturelles partagées, la destruction des modes de production économiques vivriers, l'asservissement de la main-d’œuvre à l'emploi par la misère sont des crimes employiques et doivent être condamnés comme tels, sans considération pour le blabla ethno-colonialiste ou chrématisticien des criminels.

  • Pour Oulala! l'intervention en Centrafrique obéit à une logique de pillage

La France interviendra donc militairement. Mais en faveur de qui ? D’un gouvernement lui-même issu d’un putsch. La France n’est pas à une contradiction près. En revanche, lorsque des intérêts économiques majeurs sont en jeu, la logique est remisée au placard. Comme on peut le lire sur le site officiel du ministère des affaires étrangères, l’Élysée a directement en ligne de mire les ressources naturelles de son ancienne colonie : « En dépit de l’instabilité politique et des risques sécuritaires, Air France, Bolloré (logistique et transport fluvial), Castel (boissons et sucre), Total (stockage et distribution des produits pétroliers), CFAO (distribution automobile) ont maintenu leurs implantations en RCA. L’arrivée en 2007 de France Télécom dans la téléphonie mobile marque un certain intérêt des investisseurs français. Les pillages consécutifs à la prise de Bangui par les rebelles le 24 mars ont fortement perturbé l’activité des entreprises françaises ».
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La France interviendra donc militairement. Mais en faveur de qui ? D’un gouvernement lui-même issu d’un putsch. La France n’est pas à une contradiction près. En revanche, lorsque des intérêts économiques majeurs sont en jeu, la logique est remisée au placard. Comme on peut le lire sur le site officiel du ministère des affaires étrangères, l’Élysée a directement en ligne de mire les ressources naturelles de son ancienne colonie : « En dépit de l’instabilité politique et des risques sécuritaires, Air France, Bolloré (logistique et transport fluvial), Castel (boissons et sucre), Total (stockage et distribution des produits pétroliers), CFAO (distribution automobile) ont maintenu leurs implantations en RCA. L’arrivée en 2007 de France Télécom dans la téléphonie mobile marque un certain intérêt des investisseurs français. Les pillages consécutifs à la prise de Bangui par les rebelles le 24 mars ont fortement perturbé l’activité des entreprises françaises »
La France interviendra donc militairement. Mais en faveur de qui ? D’un gouvernement lui-même issu d’un putsch. La France n’est pas à une contradiction près. En revanche, lorsque des intérêts économiques majeurs sont en jeu, la logique est remisée au placard. Comme on peut le lire sur le site officiel du ministère des affaires étrangères, l’Élysée a directement en ligne de mire les ressources naturelles de son ancienne colonie : « En dépit de l’instabilité politique et des risques sécuritaires, Air France, Bolloré (logistique et transport fluvial), Castel (boissons et sucre), Total (stockage et distribution des produits pétroliers), CFAO (distribution automobile) ont maintenu leurs implantations en RCA. L’arrivée en 2007 de France Télécom dans la téléphonie mobile marque un certain intérêt des investisseurs français. Les pillages consécutifs à la prise de Bangui par les rebelles le 24 mars ont fortement perturbé l’activité des entreprises françaises ». - See more at: http://www.oulala.info/2013/11/republique-centrafricaine-la-france-peut-achever-les-travaux-de-pillage/#sthash.Qs51ABxP.dpuf
La France interviendra donc militairement. Mais en faveur de qui ? D’un gouvernement lui-même issu d’un putsch. La France n’est pas à une contradiction près. En revanche, lorsque des intérêts économiques majeurs sont en jeu, la logique est remisée au placard. Comme on peut le lire sur le site officiel du ministère des affaires étrangères, l’Élysée a directement en ligne de mire les ressources naturelles de son ancienne colonie : « En dépit de l’instabilité politique et des risques sécuritaires, Air France, Bolloré (logistique et transport fluvial), Castel (boissons et sucre), Total (stockage et distribution des produits pétroliers), CFAO (distribution automobile) ont maintenu leurs implantations en RCA. L’arrivée en 2007 de France Télécom dans la téléphonie mobile marque un certain intérêt des investisseurs français. Les pillages consécutifs à la prise de Bangui par les rebelles le 24 mars ont fortement perturbé l’activité des entreprises françaises ». - See more at: http://www.oulala.info/2013/11/republique-centrafricaine-la-france-peut-achever-les-travaux-de-pillage/#sthash.Qs51ABxP.dpuf
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