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3 mai 2015

Afrique, mode d'emploi

Dans un excellent article, Sabine Cessou résume la situation de l'emploi en Afrique sur RFI (ici, en français et en libre accès).

Au niveau du continent, seul 5 à 10% de la population bénéficie d'une couverture sociale - et les choses ont tendance à se dégrader. Il n'y a pas d'assurance chômage sur le continent (sauf en Côte d'Ivoire)

En voici un résumé (avec le classement économique entre parenthèses)

Afrique du Sud (2)
- un large secteur informel échappe à toute législation
- des immigrés du Zimbabwe, du Malawi et du Mozambique sont mis en concurrence avec les travailleurs locaux, ce qui a tendance à casser les Smigs sectoriels âprement négociés
- de puissants syndicats surveillent les conditions de travail
- la police a ouvert le feu sur les mineurs à Marikana, ce qui a fait 34 morts
- le régime public de retraite financé par l'impôt touche deux millions de personnes
- les médecins ont été augmenté: au minimum, le salaire est passé de 1.300€ à 2.000€ et, au maximum, il s'élève à 6.200€ par mois

Bénin
- valorisation des salaires enseignant: un professeur-médecin a vu son salaire passer de 500 à 1.800€ en 2008

Botswana (4) 

Côte d'Ivoire
- existence de l'assurance chômage

Gabon (9)

Gambie
- le salaire d'un professeur d'université expérimenté s'élève à 700€ par mois

Kenya (6)

Lesotho (10)
- les usines de confection chinoises, premiers employeurs du pays, sont connus pour leur maltraitance: travail à la chaîne, en pauses de neuf heures pour 100$ par mois (il s'agit de femmes à 80%)
- en 2011, les ouvrières ont obtenu le droit au congé maternité

Mali
- montée en puissance des syndicats étudiants après la chute de Moussa Traoré

Maurice (1)
- les ouvriers agricoles de la filière sucre se sont battus depuis les années 30 pour améliorer leur sort
- le droit du travail prévoit des conditions spéciales quand il y a un cyclone
- ce pays se classe globalement en tête des pays sub-sahariens pour le développement économique
- exploitation des immigrés bangladais, ils ont néanmoins pu négocier (!) une semaine de 60 heures pour 205€ par mois.

Namibie (5)

Niger
- restauration de la démocratie impliquant les syndicats

Rwanda (3)
- pays en voie de professionnalisation, il attire les cadres de toute l'Afrique
- assurance maladie obligatoire

Sahel
- faute de revenu, les jeunes sont prêts à risquer leur vie pour aller travailler en Europe

Sénégal
- forte tradition syndicale
- salaires enseignant de 1000 à 2000€, selon le grade et l'ancienneté

Seychelles (7)

Tunisie
- couverture sociale à 84% (c'est la meilleure du continent)

Zambie (8)
- lutte des classes très violente: des responsables de sociétés minières chinoises ont tiré sur des mineurs en grève et des mineurs ont tué un contre-maître

12 avr. 2014

Le marché des mines au Canada

Alain Deneault et William Sacher partent enquêter au Canada dans le Monde Diplomatique (ici, en français). Ils nous expliquent comment fonctionnent les marchés spéculatifs autour des mines dans ce pays très laxiste, très accueillant envers les actionnaires, les propriétaires lucratifs.

Extrait


Le Canada accueille l’industrie minière à bras ouverts. Mieux : il aménage sa réglementation et sa fiscalité de façon à favoriser son financement et à la protéger sur les plans judiciaire et diplomatique. C’est ainsi qu’Australiens, Israéliens, Suédois, mais aussi Belges, Américains, etc., viennent y enregistrer leurs sociétés d’exploration ou d’exploitation. Pas seulement pour profiter des richesses naturelles du pays, mais aussi pour exploiter celles qu’ils ont acquises en Equateur, au Chili, en Zambie, au Burkina Faso, en Indonésie ou en Roumanie. Près de la moitié des projets miniers cotés au TSX se trouvent hors du Canada, et de nombreuses sociétés inscrites à Toronto ne possèdent aucune concession dans le pays.
Ce qui attire tant les sociétés minières, c’est tout d’abord la facilité avec laquelle une entreprise peut coter en Bourse et mettre en valeur des gisements présumés. Une très large majorité des mille six cents sociétés minières de Toronto sont des juniors, autrement dit des sociétés qui se consacrent exclusivement à l’exploration et à l’identification de nouveaux gisements. Souvent de petite taille, elles ne possèdent pas les ressources financières, techniques, humaines et politiques nécessaires pour exploiter des mines industrielles. Elles tirent donc leurs profits de la spéculation boursière autour de leurs gisements présumés.

Escrocs jamais condamnés

Au Sud, les juniors ont bénéficié des réformes impulsées par la Banque mondiale dans les années 1980 et 1990, qui ont instauré le système du libre-service minier (ou free mining), garantissant aux entreprises un accès illimité aux sous-sols. Lorsque, après un dur labeur de prospection, ou plus souvent grâce à l’achat d’informations auprès d’acteurs locaux, une junior découvre un gisement rentable, elle finit le plus souvent par se vendre à une major, une société d’exploitation, lui cédant ainsi un projet « prêt à développer » au terme d’une juteuse opération boursière. Cette pratique est mondialement intégrée, au point que des entreprises d’Etat chinoises, au même titre que les majors occidentales, achètent aujourd’hui des juniors torontoises en Amérique latine et en Afrique.