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1 oct. 2016

Grève dans les prisons US

Kanyakrit Vongkiatkajorn dans Mother Jones fait le point sur les enjeux des grèves de prisonniers aux États-Unis (ici, en anglais).

Extrait-résumé-traduction

Dans au moins trois états, des prisonniers ont organisé des arrêts de travail ou des actions de protestation pour améliorer leur salaire et leurs conditions de travail.

Les organisateurs de la grève espéraient la participation de prisonniers dans 21 états. À ce stade, ils affirment que 24.000 prisonniers ont raté le travail.

- En Floride, des mouvements de protestation ont émergé dans quatre établissements la semaine dernière et un petit groupe de prisonniers a refusé de suivre les ordres dans un établissement. Les prisons ont été mises en arrêt mais ont repris leurs activités normales le 12 septembre.

- À Kinross Correctional au Michigan, des prisonniers ont refusé de se rendre au travail en cuisine, ce qui a contraint des geôliers à fournir de la nourriture pré-emballée pour les (petits)-déjeuners. Quatre cents détenus ont manifesté pacifiquement dans la cour pendant plusieurs heures. Quelques 150 prisonniers considérés comme des organisateurs sont transférés dans d'autres prisons dans l'état.

- À Atmore, Alabama, des détenus du Holman Correctional Institute ne se sont pas présentés au travail le neuf septembre mais y sont retournés le lendemain.

- En Caroline du Sud, les détenus ont diffusé une liste de demandes qui comprenait une revendication à des salaires honnêtes, à de la formation et à des programmes de réhabilitation un peu plus sensés.

 - En Alabama, des prisonniers qui faisaient partie du Free Alabama Movement - une organisation qui a aidé à lancer la grève - ont diffusé une "déclaration de liberté" qui appelait à l'abolition du travail gratuit des prisonniers.
Comment fonctionne le travail en prison?

La grève que des activistes considèrent comme l'une des premières grèves coordonnées à l'échelle nationale parmi les prisonniers, est menée pour combattre les conditions de travail dans les prisons ou ce qu'ils appellent "l'esclavage moderne". Le treizième amendement a aboli l'esclavage mais a laissé une exception pour les personnes reconnues coupables de crime. Cela signifie que les prisonniers peuvent être mis légalement au travail sans paie ou avec une petite paie. Tous les détenus médicalement aptes doivent effectuer des travaux obligatoires tels que l'entretien, le nettoyage, la cuisine. Les détenus peuvent être rémunérés pour ces travaux - habituellement entre 12 et 40 centimes de l'heure. Mais dans certains état, notamment au Texas, en Arkansas et en Géorgie, on ne paie pas du tout les détenus. Certains détenus peuvent participer à des programmes de travail - tels les programmes des Industries de la prison fédéral, UNICOR  ou PIE qui paient des salaires et généralement forment à des qualifications professionnelles. Dans les programmes UNICOR, les salaires varient entre 23 centimes et 1,15 dollars de l'heure. Cependant, seuls sept pourcents des détenus sont employés par les programmes de l'industrie de la prison fédérale.

Critiques principales du travail en prison


Malgré certains avantages, les détenus et leurs avocats disent que le système de travail en prison actuel doit être dépassé.

- Tous les prisonniers en bonne santé sont obligés de travailler. Au Texas, les détenus qui refusent de travailler perdent tous leurs privilèges et sont enfermés dans leur cellule 24 heures sur 24.

- Il n'y a pas de moyens légaux pour les prisonniers de demander de meilleurs salaires ou de meilleures conditions de travail. Bien que les prisonniers ne soient pas systématiquement exclus du code du travail, la cour les considère rarement comme des employés. Les syndicats hésitent à représenter les travailleurs en prison parce que le travail carcéral produit des marchandises qui sont en compétition avec celles d'autres industries.

- Les bas salaires des prisonniers sont l'objet de taxes et de déductions. Dans le PIE, les détenus sont censés être payés de vrais salaires. Mais jusqu'à 80% de ces salaires partent en taxes et en déductions, notamment des déductions pour le fonds de compensation des victimes. De plus, si un détenu veut prendre part à un programme de travail, certains états prélèvent un pourcentage de son salaire pour couvrir les coûts du programme. Alors que le travail en prison peut faire faire des économies à des états, les prisonniers peuvent devoir payer des frais et des amendes. Certains états chargent leurs prisonniers per diem ce qui amènent certains prisonniers à être endettés le jour de leur libération.

- Il y a peu de normes de sécurité pour les prisonniers. En 2010, le bureau de contrôle gouvernemental a accusé le système carcéral de cacher de dangereuses pratiques dans une usine de détenus de recyclage de déchets électroniques.

4 juil. 2015

L'empire esclavagiste US

Chris Hedges nous emmène en prison aux États-Unis (ici, en anglais). Les conditions de détention y sont épouvantables. Les conditions de travail aussi.

Extraits et traduction (nous nous concentrons sur les conditions de travail même si l'article a un intérêt plus large pour qui s'intéresse aux conditions de détention outre-Atlantique).

Les trois prisonniers qui ont mené des mouvements de blocage dans les prisons de l'Alabama en janvier 2014 ont passé les 18 derniers mois en cellules d'isolement. Les autorités échaudées par les mouvements qui ont traversé trois prisons de l'état et par les vidéos et les images qui ont circulé témoignant des abus diffusées sur la toile ont déclaré que les trois hommes resteraient indifiniment en cellule d'isolement. Les prisonniers grévistes ne peuvent avoir accès à la télévision ou à la lecture. Ils passent au moins trois jours par semaine sans pouvoir quitter leur minuscule cellule. Ils mangent leur viande assis sur leur toilette métallique. Ils ne peuvent se doucher que tous les deux jours malgré des températures dépassant régulièrement les 30°C.

Les hommes sont devenus les symboles d'un mouvement de résistance croissant au sein des prisons états-uniennes. Les arrêts de travail des prisonniers et leur refus de coopérer avec les autorités en Alabama sont inspirés des actions qui ont secoué le système carcéral de l'État de Géorgie en décembre 2010. Les meneurs de grève expliquent que c'est la seule marge de manœuvre qui reste aux 2,3 millions de prisonniers aux États-Unis. En refusant de travailler - une tactique qui contraindrait les autorités pénitentiaires à des embauches compensatoires ou à une augmentation de salaire des prisonniers pour qu'ils retournent travailler - le néo-esclavage qui caractérise le système carcéral peut être cassé. Les prisonniers s'organisent actuellement en Arizona, en Californie, en Floride, en Illinois, en Ohio, en Pennsylvanie, au Mississippi, au Texas, en Virginie et à Washington.

"Nous devons bloquer les prisons", Council, connu sous le nom de Kinetic, l'un des fondeurs du Free Alabama Movement, me parle au téléphone. Il est en prison depuis 21 ans, condamné à perpétuité incompressible. "Nous n'allons plus travailler gratuitement. Tout le travail dans les prisons, depuis le nettoyage jusqu'à la tonte en passant par le travail en cuisine est presté par des prisonniers. [Presque aucun prisonnier] en Alabama n'est payé. Sans nous, les prisons qui sont des empires esclavagistes, ne peuvent fonctionner. Les prisons en même temps nous facturent une série de frais, comme ceux de nos cartes d'identification ou les menottes et nous infligent de nombreuses amendes, notamment pour recel de contrebande. Ils nous font payer le prix fort pour le téléphone et l'intendance. Les prisons prennent chaque année de plus en plus d'argent aux prisonniers et à leurs familles. L'État nous prend des millions de dollars de travail gratuit et nous impose des frais et des amendes. Il y a des frères qui travaillent en cuisine 12 à 15 heures par jour depuis des années sans avoir jamais été payé."

"Nous ne croyons pas dans le processus politique", dit Ray, condamné à la perpétuité incompressible. "Nous ne cherchons pas de politicien qui réforme la loi. Nous ne donnons plus d'argent aux avocats. Nous ne croyons pas dans la justice. Nous ne comptons que sur les mouvements à l'intérieur et à l'extérieur des prisons et à la dénonciation des entreprises qui exploitent le travail carcéral et financent les autoroutes écoles-prison. Nous avons boycotté McDonald's la première fois. McDonald's utilise des prisonniers pour transformer le bœuf dans les boulettes et pour emballer le pain, le lait et les poulets. Nous avons appelé une campagne de boycott nationale contre McDonald's. Nous avons identifié cette entreprise pour dénoncer toutes les autres. Il y a trop d'entreprises qui exploitent le travail en prison pour essayer de les serrer toutes ensemble".

"Nous n'allons pas appeler à des manifestations devant les sièges de parlement", continue Ray. "Les assemblées appartiennent aux entreprises. Aller là la bouche en cœur ne nous aidera pas. Ces politiciens y sont pour l'argent. Si vous combattez l'incarcération de masse, les gens incarcérés ne sont pas à l'assemblée d'État. Ils ne sont pas dans les parcs. Ils sont en prison. Si vous voulez combattre pour les gens en prison, il faut se joindre à eux en prison. La panacée pour combattre le système carcéral, cette empire de 500 milliards de dollars, est la grève de travail. Et nous avons besoin de gens qui viennent dans les prisons pour que les gars à l'intérieur reçoivent du soutien de l'extérieur pour fermer les prisons. Dès que nous recommençons à travailler, les prisons redeviennent des endroits de correction et de réhabilitation plutôt que des sources de profit pour des grosses boîtes."

Les trois prisonniers ont déclaré que, tant que le complexe carcéro-industriel ne serait pas démantelé, il n'y aurait pas de réforme de la prison. "Avoir un président noir ne veut rien dire" ajoute Ray. "Les politiciens qui orchestrent ce système sont soit directement impliqués comme hommes d'affaire - beaucoup d'entre eux sont millionnaires ou même milliardaires - ou sont contrôlés par des millionnaires ou milliardaires. Nous ne sommes pas aveuglés par les titres officiels. Nous regardons ce qui se passe derrière la scène. Nous avons remarqué un effort coordonné des frères Koch, de l'ALEC (American Legislative Exchange Council) et des comités d'action politique qui voient dans les prisons de bonnes affaires. Leur but est d'augmenter les gains. Une fois que vous regardez les choses comme ça, cela n'a pas d'importance d'avoir un président noir ou blanc. C'est pourquoi les politiques n'ont pas changé. Les lois, telles les condamnations incompressibles ont été mises en place par les gros industriels pour avoir accès à de la main-d’œuvre bon marché. Les lois anti-terroristes ont été passées pour fermer l'accès à la justice pour que les gens restent plus longtemps en prison. De gros industriels financent les campagnes électorales. De gros industriels écrivent les lois et les législations. Et Obama prend de l'argent de ces gens. Il est aussi dévoué à ce système qu'ils le sont."

Dans les prisons d'Alabama, comme dans presque toutes les infrastructures de ce genre à travers les États-Unis, les prisonniers font presque tous les métiers, notamment la cuisine, le nettoyage, l'entretien, la lessive et même la barbe du personnel. Dans la prison St. Clair, il y a aussi une usine chimique, une compagnie d'ameublement et un garage pour véhicules de l'État. D'autres prisons de l'Alabama comprennent des imprimeries ou des centres de recyclage, on y fait des plaques d'immatriculation, des sommiers métalliques, on y exploite des carrières de sable et des fermes piscicoles. Seuls quelques centaines des 26.200 prisonniers d'Alabama - les prisons sont prévues pour 13.130 personnes - sont payés au travail; ils gagnent 17 à 71 cents de l'heure (13 à 60 centimes d'euro). Les autres sont des esclaves.

(...)

25 févr. 2014

Morts et blessés sur les champs de pétroles texans

Résumé et traduction d'un article de Steven Hsieh dans The Nation (ici, en anglais).

Le Houston Chronicle a publié une enquête exhaustive des blessés et des accidents parmi les travailleurs du pétrole et du gaz au Texas.

De 2007 à 2012, il y a eu 664 morts sur les puits aux États-Unis, dont 40% au Texas. En 2012, 79 travailleurs ont perdu des membres, 82 ont été écrasés, 92 ont été brûlés et 675 ont eu des os cassés en travaillant sur les champs de pétrole.

 Le manque d'inspecteurs fédéraux est épinglé (économie d'impôts oblige). Normalement, l'inspection du travail (Occupational Safety and Health Administration) ne doit enquêter que sur les accidents mortels ou provoquant au moins trois hospitalisations. De ce fait, seuls 150 des 18 mille accidents de travail du secteur ont été soumis à enquête.


4 nov. 2013

Les Koch ont des fuites au Texas

Un article d'Alternet (en anglais) nous apprend que les frères Koch ont fait installer des oléoducs qui fuient. Ce n'est pas une première puisque cette fuite fait suite à une longue série.

Les frères Koch sont des milliardaires, propriétaires lucratifs d'industries dans les secteurs du pétrole, de la chimie, de la finance. Ils se sont distingués par leur lobbying intense contre toute réglementation écologique aux États-Unis. Ils financent notamment des think tanks comme le Cato Institute, libertarien et conservateur pour freiner, décourager et saboter toute législation écologique.

Par rapport à l'employisme, il est intéressant de constater que les deux frères sont des propriétaires directs, sans société à actions. De ce fait, ils doivent assumer directement leurs responsabilités de propriétaires et le font en tentant d'arranger les lois, tout simplement.

On constate que l'esprit du lucre n'a pas de limite. Il s'arroge le droit de s'accaparer, de détruire, de gaspiller les ressources communes au nom du droit à la propriété. Cette notion de propriété est tout à fait abusive - nous lui opposons la propriété d'usage ou la propriété sociale. Mais la logique du gain, de la rapacité touche aussi bien les ressources naturelles que l'humain. Les producteurs sont traités de la même façon au nom d'un pseudo droit à la propriété. En fait, dans l'esprit du droit, la propriété ne peut entraver le droit à la vie, à la liberté ou à l'activité - ce que fait le pillage employique.