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19 oct. 2016

Monsanto en procès

Dans Libération (ici) Coralie Schaub nous rend compte du procès "pour de faux mais avec de vrais professionnels" contre la multinationale.

Extrait
Un gros cœur rouge est imprimé sur son haut noir. Elle est grande, se tient droite, elle s’avance à la barre, prend une profonde inspiration et se lance : «C’est un honneur d’ouvrir la longue marche des victimes de Monsanto. Vous allez entendre beaucoup de chiffres, aussi je me suis permis de mettre un visage sur les statistiques.» Sabine Grataloup tend aux juges une série de photos. L’une montre un nouveau-né intubé, les mains attachées, une sonde dans l’estomac. Une autre, une bouille au sourire doux, de beaux yeux bleus… et un gros trou dans le cou. «Voici Théo, mon fils. Il y a neuf ans, il est né avec une malformation grave de l’œsophage. Il a dû être opéré en urgence pour séparer les systèmes digestif et respiratoire. Son larynx aussi était malformé, on lui a donc aussi fait une trachéotomie. Depuis sa naissance, il a subi cinquante opérations.»
Elle évoque la «somme énorme de souffrances accumulées», les difficultés que Théo a toujours pour respirer ou parler, le risque vital permanent, le handicap social, la famille meurtrie.

Cathédrale

Sabine Grataloup ne s’exprime pas devant une juridiction classique. Samedi, cette Iséroise est venue témoigner devant le Tribunal international Monsanto dans le cadre d’un procès citoyen sans reconnaissance officielle organisé à La Haye, aux Pays-Bas, à deux pas de la Cour pénale internationale (CPI). Mais elle s’adresse à de vrais juges.
(...)
Les juges le savent, leur mission est de livrer une opinion juridique sur six questions. La firme Monsanto a-t-elle, par ses activités, porté atteinte au droit à un environnement sûr, propre, sain et durable ? A-t-elle porté atteinte au droit à l’alimentation ? Au droit à la santé ? Aux libertés d’expression et de recherche scientifique ? S’est-elle rendue complice de crimes de guerre en produisant le défoliant «agent orange» utilisé par l’armée américaine au Vietnam ? Enfin, ses activités pourraient-elles constituer un écocide, soit le fait de détruire l’environnement au point de compromettre la vie sur Terre ?
(...)
Damián Verzeñassi, un docteur en santé publique argentin qui a mené une vaste enquête épidémiologique dans son pays, atteste à la barre d’une hausse spectaculaire des cancers, fausses couches et malformations congénitales. Entre 2010 et 2014, ces dernières concernaient 17,9 naissances sur 1 000, contre 8,8 sur 1 000 entre 2000 et 2004. «La majorité des malformations touchent la ligne médiane du corps», observe-t-il, citant les effets du glyphosate, qui interdit l’expression normale de gènes permettant la constitution de notre morphologie. Les mêmes malformations qui touchent Théo, Martina, les amphibiens du professeur Carrasco… Ou les porcelets d’un éleveur danois venu lui aussi témoigner, photos à l’appui, où l’on voit des animaux nés avec des moignons en guise de pattes, sans anus, sans yeux ou avec deux têtes.
Devant les juges, défilent encore apiculteurs mayas, agriculteurs australiens, burkinabés, indiens ou canadiens, tous très remontés contre Monsanto, accusée de «collusion» avec des gouvernements qui protégeraient davantage les intérêts privés que leurs citoyens. Seuls les Sri Lankais ont réussi à obtenir l’interdiction du glyphosate dans leur pays après la mise en lumière du lien entre le produit et une épidémie de maladie rénale responsable de la mort de 24 800 producteurs de riz entre 1994 et 2014.
La cour rendra son avis consultatif au plus tôt le 10 décembre, journée internationale des droits de l'Homme. Le petit Théo, lui, n’attendra pas jusque-là pour subir sa 51e opération. Ce sera ce jeudi, à l’hôpital Necker à Paris.

9 sept. 2016

Une grève de 180 millions de personnes

Un article de NewsMonkey (ici) nous rapporte que, en Inde, il y a eu une des plus grande grève de l'histoire. Dans le silence des médias et des éditocrates employistes. Il s'agit de défendre le salaire et la fonction publique.

La cause de leur colère? La privatisation d'une partie du secteur public qui devrait rapporter 8,3 milliards de dollars au gouvernement.
"Nous allons prouver que cette grève est la plus grande que le monde ait déjà vue", a déclaré Ramen Pandey, du Congrès national indien des syndicats.

Banques, enseignants, usines, postes...

Organisée par une dizaine de syndicats, cette grève a bloqué des milliers de banques gérées par l'Etat, des bureaux gouvernementaux et des usines. Les transports publics ont été fortement perturbés. Des enseignants, des employés de la poste, des mineurs, des ouvriers du bâtiments ont également participé à cette grève.
S'il y a eu grève, c'est parce que le ministre des Finances Arun Jaitley a refusé d'augmenter le salaire minimum des travailleurs non qualifiés. Les travailleurs demandait que le salaire passe de 6,396 roupies (96 dollars) par mois à 9.100 roupies (136 $). Ils refusent également que le gouvernement ferme certaines usines et revende une partie des entreprises publiques à des entreprises privés, dont certaines ne sont pas indiennes.

14 août 2015

Du rap contre les dégâts d'Unilever

Une rappeuse indienne, Sofia Ashraf, s'engage pour dénoncer les méfaits de la multinationale Unilever dans son pays (voir l'article de TV5 Monde ici, en français).

Nous rappelons que cette multinationale est la propriété d'actionnaires qui entendent retirer des dividendes en menant des activités criminelles.


13 juin 2015

Les enfants esclaves

Il ne faut pas oublier que les taux de profit capitalistes sont possibles parce que, aux marges de l'économie, il y a des zones où l'esclavagisme, le travail des enfants sont possibles. Ce mode d'exploitation, en théorie étranger au capitalisme, lui est toujours lié.

De la même façon que les trafiquants de bois d'ébène pullulaient alors qu'Adam Smith s'interrogeait sur l'origine de la richesse des nations, ils prolifèrent toujours aujourd'hui, en sous traitants zélés d'actionnaires avides (et utilement sourds, aveugles et muets face aux conséquences de leur propre avidité).

 Extrait de l'article de RFI (ici, en français) sur les cinq millions d'enfants esclaves indiens

Environ 5 millions d'enfants de moins de 14 ans sont employés en Inde, principalement dans l'agriculture et dans de petites usines clandestines. Dans ce pays, la loi n'interdit pas le travail de ces mineurs, sauf dans les métiers les plus dangereux, comme les mines ou ceux qui requièrent des produits chimiques. Cependant, un projet de loi interdisant complètement l'emploi des moins de 14 ans a été approuvé par le gouvernement et pourrait être présenté au Parlement dans les mois qui viennent.
Cela fait trois ans qu'un projet de loi interdisant l'emploi des moins de 14 ans attend d'être présenté au Parlement. En mai dernier, le cabinet a approuvé ce texte qui interdit tout travail d'un mineur de moins de 14 ans, sauf quand il assiste sa famille. Or, cette formulation doit être précisée pour éviter les abus, estime Bhuwan Ribbu, de l'ONG Bachpan Bachao Andolan, fondé par le prix Nobel de la paix 2014, Kailash Sathyarti.
« Si je suis assis dans le magasin de mon père quand il est parti déjeuner, je ne suis pas un enfant travailleur. Mais si un homme fait travailler l'enfant de son cousin ou son neveu du village dans son épicerie familiale, cela est un abus. La famille doit seulement englober les parents et les tuteurs. Il faudra en plus ajouter une définition du travail infantile : car si mon père me fait travailler dans son usine et m'empêche d'aller à l'école, cela doit être puni par la loi. »
80% des enfants travaillent à la campagne, principalement dans les champs, et même si la loi est votée, il faudra du temps pour la faire appliquer dans ces régions éloignées où la police et la justice sont peu efficaces.

13 mai 2015

Esclaves en solde

Ahguapas reprend un rapport du Center for Research on Multinational Corporations sur les multinationales qui utilisent une main-d’œuvre avec un statut d'esclave (ici, en espagnol).

Extrait et traduction
Il s'agit d'ateliers où les salaires quotidiens descendent jusqu'à 1,3€, d'ateliers où on travaille 68 heures par semaine, sans contrat, dans une atmosphère insalubre, sans droit de base comme l'assistance médicale.

Les enfants et les adolescentes de l'état indien de Tamil Nadu - beaucoup d'entre elles ont à peine 15 ans - représentent 60% des 400.000 travailleurs du secteur. 

Les multinationales :

Zara y Bershka (Inditex), El Corte Inglés, Cortefiel y Carrefour España,
Primark, Calvin Klein, Benetton, Walmart, Mothercare, H&M, C&A o Timberland,

3 mars 2015

L'Inde investit dans le salaire

Selon le Monde (ici, en français) le gouvernement de Modi est en passe d'investir massivement dans les salaires socialisés et les infrastructures publiques.

Soyons clairs, nous n'avons pas de sympathie particulière pour Modi mais, si le gouvernement tient sa ligne politique, il va se passer en Inde ce qui s'est passé dans tous les pays qui ont investi dans les salaires (socialisés): l'économie va croître, la prospérité se répandre, comme la pression sur les producteurs va s'alléger, les conditions de travail et de production vont s'améliorer.

Extrait de l'article

L'Inde va créer un système de sécurité sociale universelle et accroître fortement ses investissements dans les infrastructures, a annoncé samedi 28 février le ministre des finances, Arun Jaitley, lors de la présentation du budget 2015-2016.
Le gouvernement de Narendra Modi propose la création d'un « système de sécurité sociale universelle pour tous les Indiens, spécialement le pauvres et les défavorisés », a-t-il dit devant le parlement.
« Une large proportion de la population indienne est démunie de couverture assurance – santé, accident ou vie. Et de façon inquiétante, notre population jeune vieillit, et va aussi manquer d'une retraite. »
Le gouvernement propose un système qui comportera notamment une couverture en cas d'accident allant jusqu'à 200 000 roupies (2 400 euros) pour une cotisation de 12 roupies par an. Il prévoit de renforcer le système de cotisation retraite avec un abondement allant jusqu'à 50 % pour les plus faibles revenus.

7 janv. 2015

Grève contre la privatisation

En Inde selon le Monde (ici, en français). Les mineurs font grève contre la privatisation de leurs mines. Cette privatisation s'inscrit dans le cadre d'une guerre au salaire (sous prétexte d'austérité ou de rigueur budgétaire).

Nous rappelons que la grève est un choix coûteux et courageux pour les grévistes puisqu'ils renoncent à leur salaire. Nous rappelons que la guerre au salaire envisagée par le gouvernement n'a jamais montré la moindre efficacité économique. C'est au contraire la relance par les salaires qui peut résoudre les crises économiques.

Extrait
Des centaines de milliers de mineurs ont entamé, mardi 6 janvier, une grève de cinq jours pour protester contre la libéralisation du secteur du charbon. Selon Gurudas Dasgupta, secrétaire général du syndicat All India Trade Union Congress, cette grève serait la plus suivie en Inde depuis 1977.

Quelques mois après avoir promis de l’électricité sans coupure aux Indiens, le premier ministre indien risque de les plonger dans le noir.
- 60 % des mines de charbon sont à l’arrêt
- À partir de samedi, des centrales thermiques pourraient connaître des pénuries de charbon
- Au 1er janvier, les centrales à charbon indiennes ne disposaient que de neuf jours de réserve, et 20 d’entre elles n’en possédaient suffisamment que pour fonctionner quatre jours.
En Inde, c’est, jusqu’à présent, l’entreprise publique Coal India, premier producteur au monde de charbon (près de 370 000 mineurs), qui possédait un quasi-monopole sur l’extraction et la production de ce minerai, depuis la nationalisation du secteur en 1972.
Une loi, passée par le gouvernement le 12 décembre 2014 à la chambre basse du Parlement, prévoit d’ouvrir le secteur de l’exploitation et de la production à toutes les entreprises. Pour rentrer en application, cette loi doit encore obtenir l’aval de la chambre haute du Parlement.
Les syndicats redoutent également la cession de parts de l’entreprise publique depuis que le gouvernement a engagé un plan de privatisations afin de réduire son déficit budgétaire.

21 sept. 2014

Les esclaves du Golfe

The Nation publie un pensum sur les conditions de travail dans la région du Golfe persique (ici, en anglais). C'est édifiant - pourtant, on ne peut pas dire que les employeurs manquent de liquidité, de marge.

Résumé et traduction

Le Qatar compte 1,8 millions de travailleurs immigrés pour une population de 300.000 personnes. Les travailleurs immigrés sont régulièrement privés de salaire, ils sont souvent piégés dans un système de dette permanente; ils sont exposés à des conditions de travail dangereuses et sont privés du droit d'association. À peu près 1000 travailleurs immigrés sont morts au Qatar depuis 2012 selon le gouvernement.

Le cheikh Tamim bin Hamad Al Thani du Qatar a promis de nouvelles réformes pour garantir les droits des travailleurs immigrés. Il reste à passer aux actes.

La pratique du recours à la main d'oeuvre immigrée est largement répandue dans les monarchies du Golfe Persique où les élites royales, commerciales et les particuliers ont accumulé de hauts niveaux de richesse en dépit de la faible force de travail locale. Le Qatar, par exemple, soutenu par ses exportations de pétrole a le PIB par habitant le plus élevé du monde. Par leurs exportations énergétiques et par les services financiers, les cinq autres membres du Conseil de Coopération du Golfe (CCG), le Bahreïn, le Koweït, Oman, l'Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis, ont constitué des réserves financières considérables. Cette richesse a permis aux pays du Golfe d'octroyer des prestations sociales substantielles pour leurs nationaux.

Cette richesse a permis aussi à ces pays d'investir dans des investissements, dans des travaux d'infrastructures massifs mais la région manque de main d’œuvre native. La demande de main d’œuvre immigrée est donc très forte dans la région. L'explosion de la construction dans le Golfe a été nourri par un afflux massif de travailleurs, d'abord d'Asie, qui occupent aussi les emplois de domestique et les autres jobs mal payés. Ces travailleurs étrangers ont été conduits dans le Golfe par le manque de perspectives économiques dans leurs pays respectifs et par l'idée qu'on peut gagner un revenu régulier en travaillant dans le Golfe. Mais beaucoup se sont réveillé dans un cauchemar.

Esclavage contractuel

Le kafala ou "parrainage" est un élément clé du dispositif de travail. Le système utilise des hommes de paille qui voyagent à travers l'Asie du Sud-Est. Ils vendent le droit de travailler dans le Golfe aux candidats à l'émigration. Une fois endettés envers les hommes de paille qui "parrainent" le droit des travailleurs à se rendre dans le Golfe, les travailleurs doivent rembourser leur dette au parrain en travaillant de longues heures - souvent dans la construction, à des températures qui peuvent atteindre 50°C.

Le barrière physique sur ces travailleur est brutale. Entre 2010 et 2012, 700 travailleurs indiens sont morts au Qatar et les autorités népalaises ont déclaré que des centaines de leurs propres compatriotes sont morts là aussi. Selon des estimations du l'ITUC (la confédération internationale des syndicats), sans réforme, sans renforcement des codes du travail de la région, quelques 4.000 travailleurs pourraient mourir dans les projets du secteur de la construction liés à la seule coupe du monde 2022. Le rapport (ici, en anglais) de l'ITUC mentionne le fait qu'on refuse souvent aux ouvriers l'accès à l'eau ou à l'ombre et que l'abri qui leur est dévolu est insalubre et inhumain.

 Cependant, comme il leur faut une permission de leur parrain pour chercher un nouvel employeur, les travailleurs immigrés sont souvent piégés dans leur emploi. Ceci assure que leurs salaires dérisoires sont utilisés pour rembourser la dette occasionnée par leur trajet. Sans citoyenneté, sans aucun droit politique, ils sont incapables de quitter le pays - leurs passeports sont souvent saisis par les autorités à leur arrivée - ces travailleurs immigrés sont piégés dans ce qui ne peut se décrire que comme un esclavage virtuel ou un asservissement contractuel.

Les femmes immigrées employées comme travailleuses domestiques pour les résidents des riches pays du Golfe sont particulièrement exposées à l'exploitation. Recluses dans des foyers familiaux et interdites du droit de sortie, elles sont souvent piégées chez des employeurs qui suspendent leur paie et les soumettent à des épisodes effroyables de violence physique et sexuelle.

Elles ne peuvent pas faire grand chose selon ce rapport d'avril 2014 d'Amnesty International (ici, en anglais):

Les femmes qui ont été violentées physiquement ou violées font face à des obstacles majeurs pour obtenir justice. Aucunes des femmes auxquelles les chercheurs ont parlé ont vu leurs bourreaux assignés en justice ou condamné. Dans un cas abominable, une travailleuse domestique s'est cassé les jambes et  s'est fracturé une rotule quand elle est tombée par la fenêtre alors qu'elle tentait d'échapper à un employeur qui allait la violer. Son agresseur l'a alors violée alors qu'elle gisait sur le sol, blessée et incapable de bouger. Il n'a appelé une ambulance que par la suite.
Quand les enquêteurs l'ont interrogée six mois après l'agression, elle était encore en chaise roulante. Malgré ses blessures effroyables, le procureur a classé l'affaire en raison du "manque de preuve" et elle est retournée au Philippines l'année dernière. Son employeur n'a jamais dû rendre de compte.

  Alors que certaines réformes ont été mises sur la table par les dirigeants des pays du Golfes, leur formulation a été très vague et de ce fait sans substance.

Un phénomène régional

Des cas de figure sont récurrents à travers le Golfe. En Arabie Saoudite, la centrale économique de la région, les organisations de droits de l'homme ont prouvé des violations du droit du travail à large échelle, violations qui incluent une durée excessive du travail, du vol de salaire et de la violence contre les travailleuses domestiques.

La décapitation de Rizana Nafeek, une Sri-lankaise de 24 ans, serveuse à Dawadmi en janvier 2013 a été un cas particulièrement flagrant. Elle a été accusée d'avoir tué par strangulation le bébé de quatre mois de son employeur. Les preuves contre Nafeek se limitaient à une "confession" qu'elle a signée après son arrestation. Cette confession, selon Nafeek, a été faite sous contrainte et sans l'assistance d'un traducteur. Pour compliquer l'affaire, la famille de Nafeek a déclaré qu'elle avait menti sur son âge dans son formulaire de demande de passeport - ce qui signifie que, au moment des faits, en 2005, elle n'avait que 17 ans et était donc mineure selon les standards des lois internationales. Elle a été jugée sans défense légale et elle a été ensuite tuée sous les protestations véhémentes du gouvernement sri-lankais.

Le gouvernement des Émirats Arabes Unis, où le nombre de travailleurs immigrés est huit fois plus élevé que le nombre de nationaux, a entrepris de déporter les travailleurs qui font grève, d'héberger les travailleurs dans des conditions misérables et de voler les passeports des employés. Comme la gène de la FIFA au sujet de la coupe du monde au Qatar, les institutions académiques et culturelles occidentales qui ont établi des opérations dans les Émirats ont été plusieurs fois embarrassées par le traitement émirati des travailleurs immigrés.

(...)


Au Koweït, on a rapporté des problèmes du même genre. Là, les deux millions de travailleurs immigrés cohabitent avec 1,8 millions de nationaux. De même, au Bahreïn ou les travailleurs immigrés font face à des tensions politiques depuis le soulèvement avorté de 2011, quand les manifestations de chiites contre la monarchie régnante au Qatar ont été réprimée par des troupes d'Arabie Saoudite et d'autre pays du Golfe.

Perspectives de réforme

 En réponse au critiques qui se multiplient contre les préparations de la coupe du monde, le gouvernement qatari a promis des réformes pour les travailleurs immigrés, notamment un changement du système de kafala au profit d'un système qui permettrait aux travailleurs immigrés de quitter le pays ou de changer d'emploi plus facilement.

Cependant, l'ITUC et d'autres sont très sceptiques envers ces réformes. Un porte-parole d'ITUC a déclaré que les travailleurs immigrés au Qatar n'avaient toujours "pas liberté d'association, pas de salaire minimum et pas de système de respect effectif du travail. Aucune des lois ne semblent s'appliquer aux travailleurs domestiques."

De plus, les travailleurs immigrés devront toujours demander un visa de sortie pour quitter le pays, la décision de savoir si et quand les travailleurs peuvent retourner chez eux appartenant aux autorités de l'État. Ceci signifie que près de 1,8 millions des résidents qataris sont piégés là, virtuellement sans aucune protection légale, à discrétion de l'État.

Malheureusement, alors que ces faits soulignent le besoin impératif de réforme, beaucoup d'observateurs des droits de l'homme sont pessimistes. L'économie qatarie est devenue massivement dépendante des travailleurs immigrés, notamment dans la construction. Sans ces travailleurs, le "miracle" qatari d'urbanisation débridée aurait été impossible. Comme le nombre de travailleurs immigrés augmente, les coûts d'une réforme réelle augmentent eux aussi.

(...)
Mais les autorités du Golfe ne sont pas à l'abri des pressions. Par exemple, cette année, l'Arabie Saoudite et l'Indonésie ont signé un accord pour accorder des droits supérieurs aux travailleurs indonésiens. Ils ont le droit de conserver leur passeport, de communiquer avec les membres de leur famille, d'être payés tous les mois et d'avoir du repos. Cet accord suit l'interdiction indonésienne d'août 2011 d'envoyer des travailleurs émigrés en Arabie Saoudite du fait des rapports de violations terrifiantes des droits du travail sur les Indonésiens dans le pays. 

3 sept. 2014

Microsoft rachète Nokia, les employés paient

Selon un reportage de Periodico Diagonal (ici, en espagnol) le rachat de Nokia par Microsoft n'a pas fait que des heureux.

Le relatif confort dont jouissaient les travailleurs de la multinationale finlandaise dans des pays où les employés sont particulièrement maltraités (Inde et Vietnam) a vécu après le rachat finalisé en avril dernier par la compagnie du milliardaire philanthrope. Microsoft va licencier près de la moitié des 12.000 travailleurs indiens. La compagnie va embaucher au Vietnam où les salaires sont particulièrement bas et où les syndicats sont tout simplement interdits.

27 août 2014

La guerre des graines

Nous vous partageons ce beau documentaire sur la guerre des graines.


Documentaire "La guerre des graines" - 52'

Cette vidéo montre deux logiques agricoles qui se font la guerre:

- les graines brevetées sont la propriété de grands groupes et enrichissent leurs actionnaires. Elles doivent être achetées chaque année aux compagnies privées, sont stériles, uniformes. Les agriculteurs dépendent des groupes agro-industriels qui peuvent augmenter leur prix ou changer leurs produits. Les récoltes nécessitent beaucoup d'intrants chimiques - ce qui rend le travail d'agriculteur dangereux - les rendements sont supérieurs mais, sur le long terme, les graines uniformes appauvrissent davantage les sols et sont susceptibles d'être emportées en totalité par des maladies. Comme les semences sont parfaitement uniformes, elles résistent moins bien aux prédateurs, aux moisissures. Les semences brevetées rendent le travail agricole répétitif. L'agriculteur doit investir et prendre des risques de nature spéculative puisqu'il achète ses semences à un moment donné et ne sait pas quelle valeur aura sa récolte au moment où elle sera mure.

- les graines libres sont choisie par l'agriculteur selon des procédés qui lui sont propres parmi les graines de sa récolte. Il les échange, peut mélanger les variétés cultivée dans le champ pour améliorer la résistance globale de la récolte aux maladies et aux parasites. Le choix se fait au toucher, au sentir, selon le temps de travail qui est propre à l'agriculteur. Les rendements à court terme sont moindres mais, à long terme, comme il ne faut pas de pesticides ou d'engrais pour nourrir des plantes plus rustiques, les dépenses sont moindres, le temps de travail est réapproprié.

Inutile de dire que les semences brevetées constituent un danger sanitaire pour les populations qui les mangent du fait des intrants chimiques qu'elles requièrent (sans parler des OGM dont les effets sont carrément inconnus ou sujets à controverse) et pour les agriculteurs. Les semences libres, triées par l'agriculteur présentent infiniment moins de risque.

L'Europe entend légiférer pour limiter l'usage des semences libres et encourager les semences à brevet parce que ... c'est bon pour les affaires et les affaires, c'est bon pour l'emploi.

21 août 2014

On liquide tout

Julien Bouissou fait le point dans Le Monde (ici) sur l'évolution de la situation en Inde. Le gouvernement ultra-employiste multiplie les permis d'exploitation au détriment de l'environnement. Il s'agit d'attirer l'investisseur, l'employeur, à tout prix - au prix de la santé, des ressources naturelles ou du mode de vie traditionnel, peu importe. La braderie bat son plein selon le quotidien vespéral.

Extraits.

La presse indienne vient ainsi de révéler que le Conseil national de la faune et de la flore a donné son feu vert, les 12 et 13 août, à près de 140 projets tels que la construction d'un barrage hydroélectrique et celle d'un oléoduc dans le nord-est du pays. Du jamais-vu en si peu de temps.

Ce déluge d'autorisations intervient quelques jours après un changement de gouvernance au sein de l'organisme. Les sièges traditionnellement réservés à cinq ONG de protection de l'environnement y sont désormais occupés par les représentants d'une agence environnementale dépendante du gouvernement de l'Etat du Gujarat, fief du premier ministre.

(...)

Le gouvernement espère aussi accélérer le rythme de délivrance des autorisations en les regroupant dans un guichet unique, alors qu'aujourd'hui elles doivent être obtenues auprès de nombreuses autorités comme les comités de contrôle anti-pollution ou le Conseil national de la faune et de la flore. « C'est justement parce que chaque autorité est spécialisée qu'elle est compétente. Si on les supprime, l'environnement va en pâtir », redoute Himanshu Thakkar, du Réseau des rivières, des barrages et des populations en Asie du Sud.

L'autre stratégie mise en place consiste à confier des responsabilités accrues aux Etats régionaux. Ces derniers livrent plus volontiers bataille pour attirer les investissements que pour protéger l'environnement. Le gouvernement fait donc le pari qu'ils donneront facilement leur feu vert à des projets miniers ou d'infrastructure. Les Etats régionaux pourraient avoir le droit d'autoriser ou non l'ouverture de mines de sable dont la superficie est inférieure à 20 hectares, contre 5 hectares actuellement.

« Les inconditionnels de la croissance l'ont emporté. Ce que le gouvernement ne comprend pas, c'est qu'en détruisant les ressources naturelles, l'économie va en pâtir un jour », constate avec amertume Himanshu Thakkar. D'autres regrettent que la protection de l'environnement devienne le bouc émissaire du ralentissement de la croissance. « Le ministre de la défense bloque également de nombreux projets d'infrastructure au nom de la sécurité nationale », note Shibani Ghosh, avocate et chercheuse auprès du Centre for Policy Research, un think tank basé à New Delhi.
Nous sommes bien sûr de tout cœur avec ceux qui luttent contre cette politique aberrante et nous rappelons que le dollar (ou la roupie) ne se mange pas.

14 août 2014

Un Modi répété

Un article de Sindhu Menon publié et traduit par Equal Times (ici) a trait aux mesures politiques prise par le nouveau premier ministre indien. Il était déjà à la tête d'un état, le Rajasthan, et y a pratiqué une politique des plus employistes ... avec les dégâts sociaux et environnementaux que l'on imagine.

Extraits.


Modi a dévoilé des initiatives visant à augmenter les investissements directs étrangers dans certains secteurs industriels à haute intensité de main d’œuvre, ainsi que l’investissement public dans l’infrastructure.
Lors de sa campagne électorale, Modi a également parlé de ses projets visant à encourager la « création d’actifs » et à permettre aux entreprises d’évoluer dans un environnement « plus propre ».

Les syndicats indiens sont en revanche profondément préoccupés par l’exemple donné par le BJP dans l’État du Rajasthan au Nord de l’Inde, où un cortège de réformes du droit du travail, visant à rendre l’État de 69 millions d’habitants plus favorable aux employeurs, vient d’être approuvé.
 
Les réformes, présentées par le ministre principal du Rajasthan et membre du BJP Vasundhara Raje Scindia sans consultation avec les syndicats, ont été unanimement qualifiées de « catastrophiques » pour les travailleurs par les centrales syndicales.
Au cours de son mandat de ministre principal du Gujarat entre 2001 et 2014, les efforts menés par Modi en faveur d’une flexibilité accrue du marché du travail, en particulier sous la forme des Zones économiques spéciales, ont été sous le feu des critiques des représentants syndicaux.
Les réformes engagées au Rajasthan ont pour effet d’amender trois législations du travail capitales : Factories Act (loi sur les usines), Contract Labour Act (loi sur le travail sous contrat) et Industrial Disputes Act (loi sur les différends industriels).
 
(...)Jusqu’à présent, seules les entreprises employant au maximum 100 personnes étaient autorisées à licencier des travailleurs ou fermer leurs portes sans l’aval du gouvernement fédéral.

Les amendements relèvent ce plafond à 300 travailleurs.

(...)

Éradication des syndicats

Les amendements compliquent également les conditions d’enregistrement des syndicats en portant de 15% à 30% le pourcentage des travailleurs affiliés au syndicat sollicitant son enregistrement.

(...)

[Les associations d'employeurs] font également pression en faveur de mesures plus contraignantes relatives aux grèves et exigent la suppression d’une autre disposition essentielle de la loi Industrial Act obligeant les employeurs à donner un préavis de 21 jours avant toute modification des conditions de travail, mesure qui, d’après les employeurs, occasionne un système de production inefficace et rigide.

Il est toutefois utile de rappeler à cet égard qu’environ 86% de la main d’œuvre indienne de 460 millions de personnes travaille dans l’économie informelle et que la vaste majorité de ces travailleurs est privée de véritable protection juridique.

11 août 2014

Nous pouvons les faire reculer

Parfois, à la faveur d'une mobilisation populaire décidée et efficace, il est possible de faire reculer les politiques. Il faut dire que la décision du parti nationaliste hindou, le BJP, de permettre la culture d'OGM en plein champ contrevenait à ses promesses. Il faut dire aussi que cette décision employiste à l'extrême n'est que suspendue mais ne boudons pas notre plaisir: les cultures OGM restent très encadrées en Inde.

Extrait de l'article d'Ingrid Therwath dans le Courrier International (ici):

Le gouvernement indien vient de céder à la pression de la société civile. Et de reculer sur les essais en plein champ de plusieurs variétés d'OGM. En effet, le 15 juillet, le gouvernement indien avait donné son feu vert pour la mise en culture en plein champ, à des fins expérimentales, de 21 plantes, dont le coton, le riz, la moutarde et l'aubergine.
Une décision prise contre l'avis de plusieurs commissions scientifiques, et en dépit de toutes les promesses faites pendant la campagne par le Bharatiya Janata Party (BJP, Parti du peuple indien, formation national-hindouiste, au pouvoir depuis mai 2014), comme le rappelait quelques jours plus tard un éditorial de Jansatta, un grand quotidien en hindi :
"Dans son programme électoral, le BJP s'était engagé à ce qu'aucune décision ne soit prise pour étendre les expérimentations sans évaluation scientifique préalable. Encore une fois, le ministère de l'Environnement s'est assis sur ces promesses et sur les recommandations des scientifiques. [...] Le ministre de l'Environnement, Prakash Javdekar, qui enthousiasme les milieux industriels, ne s'inquiète pas [des dangers des OGM] et a déjà pris pas mal de mesures antiécologiques", s'insurgeait le journal. Et "le but est évidemment d'ouvrir la voie à une généralisation de cette pratique" et de satisfaire les grosses entreprises comme Monsanto.
Les agriculteurs – et notamment les producteurs d'aubergines, premier légume consommé dans le pays – se sont mobilisés, et de nombreuses manifestations ont eu lieu pour protester contre cette mesure. Deux groupes en particulier, le Swadeshi Jagran Manch, un groupe de pression en faveur du nationalisme économique, et le Bharatiya Kisan Sangh, un syndicat paysan, se sont dressés contre cette décision. Ils sont parvenus, le 29 juillet, à la faire suspendre, au moins de façon provisoire.

18 mai 2014

Modi garanti 100% employiste

Selon un article de l'Humanité (ici, en français), le nouveau premier ministre nationaliste indien s'est illustré par une gestion du Gujarat très favorable aux gros employeurs, moins favorable aux humbles paysans et aux ressources communes. Extrait

Entre août et décembre 2012, il y aurait eu 40 suicides de fermiers endettés

 Le Gujarat tant vanté par Modi se révèle être l’État où les écarts de richesses ont le plus augmenté ces dernières années. Et si le revenu par tête a crû plus vite qu’ailleurs, 89 % des hommes et 98 % des femmes travaillent dans le secteur informel. Les paysans toucheraient par ailleurs 69 roupies en moyenne par jour et les travailleurs urbains 108 roupies, plaçant l’État respectivement au 14e et au 7e rang sur l’ensemble des vingt principaux États. Autre argument de campagne du BJP pour illustrer la qualité de vie qui règne au cœur de son État : aucun suicide de paysan ne serait à recenser ces dernières années contrairement à une moyenne annuelle nationale alarmante. Entre août et décembre 2012, il y aurait eu 40 suicides de fermiers endettés. Narendra Modi n’a ainsi cessé d’encourager l’implantation des grandes compagnies et des lobbies au détriment des petits paysans majoritaires. En Inde, « les travailleurs agricoles et les familles propriétaires de très petites exploitations (moins d’un hectare) représentent plus de 80 % de la population rurale pauvre totale et 74 % de la population sous-alimentée, et ce chiffre est en augmentation », note Praveen Jha, chercheur au Centre for Economic Studies and Planning à la Jawaharlal Nehru University de New Delhi. Ces petites parcelles sont néanmoins vitales et, dans ce contexte, les expulsions se révèlent fatales.

 Au Gujarat, l’insécurité alimentaire et la surexploitation des ressources menacent gravement la production vivrière. Les grands industriels n’ont d’ailleurs eu de cesse de chanter les louanges de Narendra Modi pendant la campagne. Ce dernier a cédé les surfaces agricoles et les forestières aux grandes compagnies pour une bouchée de pain. L’entreprise Maruti Suzuki aurait déjà fait main basse sur 750 hectares en dépit du mouvement d’opposition. De même, Tata a récupéré 1 100 acres de terres pour développer son projet de voitures Nano, un flop commercial avec des ventes quatre fois inférieures aux objectifs de la firme (227 000 véhicules vendus). Grâce aux largesses de Modi, le géant de l’automobile a pourtant déboursé seulement 900 roupies par mètre carré au lieu des 10 000 pratiqués habituellement et a en plus bénéficié d’un prêt au taux ridiculement bas de 0,01 %.

Les Sikhs en Italie

Le blogue Dormirajamais (ici, en français) traduit un article de Il Manifesto (ici, en italien) sur les conditions de travail des immigrés sikhs dans la péninsule. Ils doivent se procurer de la drogue pour tenir le coup. Extrait d'un reportage qui a interpellé jusqu'au parlement.


Nous sommes au cœur de l’Union européenne, dans les anciens Marais pontins, à quelques dizaines de kilomètres au sud de Rome. Là-bas, des amphétamines et de l’opium sont vendus aux travailleurs-esclaves sikhs pour leur faire supporter fatigue et douleurs. Ce reportage fait suite à un dossier accablant paru dans In migrazione.
La pilule qui aide à supporter la fatigue coûte à peine dix euros, au marché noir de l’esclavagisme pontin. Singh a deux possibilités: faire fondre directement le contenu dans la bouche ou le mélanger au chai, le thé des sikhs. Il choisit la seconde solution parce que «si je la mange ça fait plus mal, à l’estomac et à la gorge». Ainsi, de bon matin, «la substance», comme l’appellent les Indiens de Bellafarnia, efface la fatigue et les douleurs de la veille et prépare la lutte quotidienne de celui qui va commencer « dopé comme un cheval », me dit Marco Omizzolo, un jeune sociologue auteur d’un dossier avec l’association In migrazione, qui est un J’accuse à l’encontre des petits patrons et des caporaux du sud du Latium.
Indiens sikhs au travail dans les champs des Marais pontins © Andrea Sabbadini
Singh n’est pas un prénom: les sikhs religieux portent tous ce même nom de famille, qui veut dire «lion», tandis que les femmes se font appeler Kaur, «princesse». Quoi qu’il en soit, les nombreux Singh des Marais Pontins travaillent presque tous dans les campagnes des environs, pour les cultures maraîchères intensives, sous le soleil ou dans des serres brûlantes qui se transforment en chambres à gaz quand on les oblige à répandre des agents chimiques sans aucune protection. Soumis aux vexations et aux abus de pouvoir, exploités au-delà du vraisemblable, contraints à appeler «patron» leurs employeurs, sous payés, ils courent le risque de se faire voler leur salaire misérable quand ils rentrent chez eux à bicyclette. Comment faire face à tout cela? B. Singh raconte dans un italien laborieux: «Je travaille de 12 à 15 heures par jour à la récolte des courgettes et des pastèques ou avec le tracteur pour planter d’autres fruits et légumes. Tous les jours, samedi et dimanche compris. Je ne crois pas que ce soit juste: trop de fatigue et peu d’argent. Pourquoi les Italiens ne travaillent pas de la même manière? Au bout de quelques temps j’ai commencé à avoir mal au dos, aux mains, au cou, aux yeux aussi à cause de la terre, de la sueur, des substances chimiques. Je tousse toujours. Le patron est gentil mais il paie peu et il veut que tu travailles tout le temps, même le dimanche. Après six ou sept ans à vivre comme ça, je n’en peux plus. C’est pourquoi je prends une petite substance pour ne pas ressentir la douleur, une ou deux fois pendant les pauses au travail. Je la prends pour ne pas ressentir la fatigue, sinon je ne pourrais pas travailler autant à la campagne. Tu comprends? Je travaille trop, trop de douleurs aux mains.»

16 avr. 2014

Monsanto a poussé 284.000 paysans au suicide

Explique Vandana Shiva s'exprimait en août dernier au Brésil, relayée par le blogue de Michel Collon, lui-même relayé par Informaction (ici, en français).

C'est un parcours tortueux mais voici quelques extraits d'une spoliation de la propriété commune au profit des intérêts financiers d'actionnaires anonymes.


Monsanto a réussi à prendre le contrôle de la production du coton en Inde avec l’appui de gouvernements soumis, néo-libéraux et aujourd’hui 90% de la production dépend des semences et des poisons. Ce qui a entraîné une destruction du mode paysan de production du coton et l’endettement généralisé des producteurs. La conjonction de l’usage de produits toxiques qui ont mené à la dépression et à la honte de la dette, ont poussé depuis 1995 284.000 paysans indiens au suicide. Un véritable génocide occulté par les grands médias du monde entier et dont le coupable principal est l’entreprise privée Monsanto.

 (..)

En ce qui concerne l’action des entreprises transnationales qui opèrent dans l’agriculture – Monsanto, Bungue, Syngenta, Cargill – Vandana explique qu’elles contrôlent la production et le commerce mondial de la soja, du maïs, du colza et du blé, martelant via la publicité que l’humanité dépend des aliments produits par l’agro-business. En réalité l’humanité se nourrit de centaines d’autres végétaux et sources de protéines qu’elles écartent et n’ont pas encore pu contrôler. 

Pour la chercheuse “ces entreprises qui promeuvent les OGM n’ont rien inventé et n’ont rien développé. La seule chose qu’elles ont faite fut d’opérer des mutations génétiques qui existent dans la nature pour rentabiliser la vente de leurs produits agro-toxiques.”

Elle a expliqué que Monsanto a réussi à prendre le contrôle de la production du coton en Inde avec l’appui de gouvernements soumis, néo-libéraux et qu’aujourd’hui 90% de la production dépend des semences et des poisons. Ce qui a entraîné une destruction du mode paysan de production du coton et l’endettement généralisé des producteurs. La conjonction de l’usage de produits toxiques qui ont mené à la dépression et à la honte de la dette, ont poussé depuis 1995 284.000 paysans indiens au suicide. Un véritable génocide occulté par les grands médias du monde entier et dont le coupable principal est l’entreprise privée Monsanto.

Malgré tout ce sacrifice en vies humaines, Monsanto reçoit dans son pays 200 millions de dollars annuels, perçoit des royalties pour l’usage de semences génétiquement modifiées de coton.

10 avr. 2014

Les petites mains des bases de l'oncle Sam

Le Grand Soir (ici) nous parle des conditions de travail des ouvriers occupés aux tâches de soutien pour l'armée américaine sur ses nombreuses bases militaires de par le monde.

Extrait

Le New-York Times a ébruité l’affaire il y a quelques jours : quelque 37.000 travailleurs, pour la plupart originaires d’Inde, du Népal, des Philippines et de l’Ouganda, sont employés par l’armée américaine pour des tâches de soutien (préparation des repas, triage des déchets, lessives, etc.). Ils travaillent beaucoup (jusqu’à douze heures par jour), bénéficient de très peu de jours de congé et sont rétribués une misère (150 à 500 dollars mensuels). Dans le même temps et pour des tâches similaires, les employés étasuniens relevant du département de la défense sont payés jusqu’à 67.000 dollars par an pour les meilleurs avec des journées n’excédant pas dix heures de travail.
L’armée a depuis longtemps eu recours au recrutement d’étrangers dans ses missions de soutien pour des raisons économiques évidentes. Ces pratiques qui peuvent ressembler à un trafic d’êtres humains ont littéralement éclaté lors de la guerre en Irak, lorsque les affaires entre les principales entreprises d’ingénierie (parmi lesquelles Fluor Corporation et KBR) et le département de la défense des États-Unis battaient leur plein. Nombre de scandales ont éclaté, et l’Union américaine pour les libertés civiles (American Civil Liberties Union) a d’ailleurs publié en 2012 un rapport intitulé « les Victimes de complaisance » répertoriant tous les abus que pouvaient subir les travailleurs migrants sur les bases militaires étasuniennes.

12 mars 2014

Les bases US sous-traitent

Les bases militaires US se sont multipliées à travers le monde. Amy Goodman est allée interroger un enquêteur d'Al Jezeera (ici, en anglais) sur les conditions de travail des sous-traitants du tiers monde. Ils sont appâtés par des intermédiaires qui leur promettent monts et merveille et, une fois les commissions payées par des dettes exorbitantes, les contrats, les salaires sont beaucoup moins alléchants que ce qui était prévu.

Extrait (nous traduisons):

ANJALI KAMAT: Nous avons fait une enquête de cinq mois. Il faut bien comprendre que ce phénomène n'est pas nouveau. Depuis plus de 10 ans, l'armée américaine a privatisé de plus en plus de fonctions - notamment logistiques. Nous l'avons vu en Irak et Afghanistan. Ce qui est intéressant, c'est qu'il y a eu reconnaissance du trafic d'êtres humains au plus haut niveau. Les boulots les plus mal payés ont été rempli par des ressortissants du tiers-monde. Ce sont souvent des travailleurs d'Asie ou d'Afrique, en Afghanistan ou en Irak. Cela a été reconnu en septembre 2012. Le président Obama a signé un décret interdisant l'utilisation de commission pour des contrats militaires. (...)

Nous avons donc voulu savoir si cela continuait. Mon collègue Sam et d'autres collègues d'Al Jezeera avons donc pris contact avec beaucoup de travailleurs, anciens et actuels, pour voir quelles étaient leurs expériences. Nous avons parlé à 75 travailleurs. 90% ont dû payer des commissions. Nous parlons de commissions de l'ordre de 1000 à 5000$. Dans le cas de l'Afghanistan, ce sont des travailleurs qui sont originaires d'Inde ou du Népal. Ils viennent d'emplois dans lesquels ils sont payés entre 100 ou 200$ par mois. Ils ont donc dû contracter des dettes énormes pour payer les commissions, des prêts usuraires dont les taux peuvent aller jusqu'à 35 ou 40%. Ils sont donc endettés.

5 mars 2014

Les Adivasi conjurent leur invasion

C'est une invasion moderne à laquelle doivent résister les peuples indiens regroupés sous ce nom (article de Wikipédia sur les Adivasi ici). Ils vivent dans la forêt mais leurs ressources - forêts, eau potables, terres - sont pillées par les entreprises, par les bulldozers au nom du progrès. Alors que leur source sert à remplir des bouteilles de Coca-Cola, leurs rivières sont asséchées ou souillées.

Ils ont réalisé une petite chanson pédagogique (ici, sous-titrée en anglais). Le phénomène est bien connu, il s'agit d'une enclosure, d'une extension de la propriété privée au détriment des économies communes, des économies de village.


6 déc. 2013

Aux confins de l'emploi et de l'esclavage

Cet article est un résumé, des notes de lecture, d'une enquête de Médiapart.

Le journaliste de Médiapart nous parle du livre de Malek Chebel qui se limite malheureusement à l'étude du monde arabe, faisant l'impasse sur l'Inde, les États-Unis, Singapour ou la Chine, par exemple, où ces pratiques sont également monnaie courante. Pour lui, les pratiques esclavagistes sont liées à un fait de culture - opinion dont nous lui laissons la responsabilité, opinion que nous ne partageons pas tant les cas d'esclavages de tous type sont répandus par le monde.


Le Qatar s'est illustré récemment pour ses traitements esclavagistes des ouvriers népalais dans la construction de stades pour la coupe du monde de football (voir ici).

Le néo-esclavage salarié n'est pas inscrit dans le droit mais est une pratique de fait dans de nombreux pays.

Extrait:

Malek Chebel estime à 3 millions le nombre de ces esclaves modernes : elles sont un million de bonnes au Maroc, dont un nombre important d’enfants, ils sont encore 100 000 ouvriers d’Inde, du Pakistan ou de Chine travaillant 13 heures de travail par jour à Dubaï pour 200 euros par mois…
 Le néo-esclavage revêt toutefois des formes très différentes, du travailleur népalais sur les chantiers du Qatar, à la petite bonne au Maroc, jusqu’aux ventes d’enfants à Bamako. Au Liban, par exemple, il est possible de se procurer une bonne dans une agence spécialisée pour 300 dollars par mois (la moitié revenant à la domestique, l’autre pour la société). En principe, il s’agit donc d’une vente de services, mais dans les faits, le traitement de ces domestiques s’apparente le plus souvent - mais pas toujours bien sûr-, à de l’esclavage. De même, dans les consciences, il semblerait que cette mentalité néo-esclavagiste soit encore prégnante, preuve en est que la communauté sri lankaise, la plus importante communauté étrangère du pays, n’a aucune existence publique, et que les scandales de maltraitance et de viols sont fréquents. Détail révélateur, le mot Sri lankais est devenu une sorte de terme générique pour désigner tout domestique. J’ai d’ailleurs longtemps été persuadée, enfant, qu'il s'agissait d'un synonyme pour femme de ménage.
À l'instar des classes propriétaires européennes, les classes aisées ont le sentiment de faire une bonne action en donnant du travail aux pauvres.