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25 janv. 2017

Licenciement de gréviste

Au Bangladesh, les grévistes sont tout simplement licenciés quand ils ne sont pas arrêtés.

À preuve, cet article de RFI (ici, en français)
Au Bangladesh, après la fermeture de plusieurs usines textiles pour cause de grève des ouvriers, l’activité reprend. Tous les ouvriers n'ont cependant pas pu retourner à leur poste. Plusieurs centaines d'entre eux ont été congédiés.

La police a annoncé que 1 500 ouvriers ont été mis à la porte. Mais à en croire la Fédération bangladaise des travailleurs de l'industrie et de l'habillement ce serait plutôt 3 500 salariés qui auraient perdu leur emploi.

Cette grève jugée illégale par la police a également conduit à l'arrestation de plusieurs dizaines de personnes, dont des leaders syndicaux et un journaliste qui couvrait la mobilisation.

9 juin 2015

Une mondialisation de la faim

AlgerieFocus (ici, en français) nous fait part d'un fait-divers curieux: des ouvriers immigrés de la construction sont tout simplement privés de salaire et de nourriture à Alger et à Oran par une société chinoise.


Extrait
Pour réaliser ces chantiers, l’entreprise chinoise a décidé de recruter des ouvriers du Bangladesh. Ce pays asiatique est réputé pour sa main-d’oeuvre bon marché. L’entreprise chinoise dont le siège social en Algérie est situé à Staoueli, à l’ouest d’Alger, a recouru au bureau de recrutement bangladais Bonanza. Ce dernier propose de trouver pour l’entreprise chinoise pas moins de 300 ouvriers bangladais. Le marché est conclu avec l’entreprise chinoise et fin 2013, les managers chinois déposent une demande pour obtenir une autorisation de travail auprès du bureau de la main-d’oeuvre étrangère relevant du ministère du Travail. Après une année d’attente et de procédure, 86 ouvriers bangladais bénéficient de cette autorisation et rejoignent les deux chantiers en Algérie.
Le contrat prévoit un salaire de 300 dollars par mois en plus d’une prise en charge qui comprend l’hébergement et les repas.Mais, à leur grande surprise, à partir de février 2015, ces ouvriers bangladais reçoivent des salaires nettement inférieurs à 300 Dollars. La cause? Des ponctions sur salaires ont été effectuées par l’entreprise chinoise qui a refusé de payer les jours de pluie pendant lesquels les chantiers étaient paralysés.  Les ouvriers Bangladais contestent ces ponctions et protestent car ces mesures n’ont guère été prévues par le contrat les liant à l’entreprise chinoise présente en Algérie.
(...)
Le conflit se généralise et Zheijang Construction décide de punir les ouvriers contestataire en les privant tout simplement de salaires. Les responsables chinois vont jusqu’à réduire la nourriture des ouvriers bangladais.
“Et depuis deux jours, ces pauvres ouvriers ne reçoivent plus aucune nourriture alors qu’auparavant, ils avaient droit à un seul sac de riz”, relate Khaled Goussanem du cabinet d’avocats Goussanem et Aloui qui a été chargé par le bureau de recrutement Bonanza de défendre les droits des ouvriers bangladais livrés à eux-mêmes à Alger et Oran. “Ils vivent dans des conditions inhumaines. Ils dorment sur des planches en bois et utilisent tous des toilettes communes. Ils sont traités comme des esclaves”, dénonce cet avocat algérien qui vient d’interpeller l’inspection générale du ministère du Travail.

29 mai 2015

Les employés dans la fosse

Nous apprenons l'existence de filières de trafic d'êtres humains, d'immigrés par SudInfo (ici, en français). Ces trafics d'êtres humains sont utilisés pour des activités lucratives, les humains sont employés pour faire de l'argent.

Extrait

Cent trente-neuf fosses et 28 camps servant au trafic d’êtres humains ont été découverts dans une région reculée de Malaisie frontalière avec la Thaïlande, a déclaré lundi un haut responsable de la police.
Le chef de la police nationale Khalid Abu Bakar a détaillé devant la presse les découvertes des autorités, au lendemain de l’annonce par la Malaisie qu’elle avait mis au jour sur son territoire, pour la première fois depuis le début de la crise régionale des migrants, des fosses susceptibles de renfermer les dépouilles d’exilés du Bangladesh et de Birmanie.
Les autorités "ont découvert 139 tombes présumées. Elles ne savent pas combien de corps contient chacune des tombes", a dit le chef de la police.
Il a expliqué que les camps avaient une capacité suffisante pour renfermer des centaines de personnes. Le plus grand d’entre eux était susceptible d’abriter jusqu’à 300 migrants, un autre avait une capacité d’une centaine de personnes tandis que les autres sites pouvaient enfermer une vingtaine de migrants.
Ces découvertes viennent confirmer le caractère tragique du trafic d’êtres humains en Asie du Sud-Est.
Après la découverte début mai de charniers dans le sud de la Thaïlande, les autorités de ce pays avaient décidé de sévir contre la traite d’êtres humains. Les filières se sont retrouvées désorganisées et des milliers de migrants ont été abandonnés en mer par les passeurs.

17 févr. 2015

Un syndicat de bonnes

Le Monde (ici, en français) nous fait savoir que les bonnes libanaises (pour la plupart organisée selon le système féodal dit de la kafala, de la tutelle, dans lequel l'employeur a tout pouvoir sur ses employées domestiques) se sont organisées en syndicat. Elles ont tenu leur congrès fondateur.

Respect et amitié à ces courageuses productrices: elles s'organisent alors que la loi ne les protège pas.

Extrait
C’est une première dans le monde arabe : les bonnes à tout faire du Liban se sont syndiquées. Corvéables à merci pour un salaire de misère, parfois battues, voire violées et poussées au suicide, les employées de maison, d’origine asiatique ou africaine, ont décidé de dire « assez ». Dimanche 25 janvier, dans une salle de mariage de la banlieue de Beyrouth, 200 d’entre elles, issues des communautés sri-lankaise, philippine, bangladeshie ou encore sénégalaise, ont participé au congrès fondateur de leur organisation.

Dans une ambiance fiévreuse, où la fierté de redresser la tête se mêlait à la crainte d’être sanctionnée par les autorités, les toutes petites mains de la société libanaise ont élu leurs représentantes. « Leur principale revendication, c’est d’obtenir une réforme de la loi du travail, dont elles sont scandaleusement exclues, explique Castro Abdallah, secrétaire générale de la Fédération nationale des syndicats des ouvriers et des employés au Liban (Fenasol), qui parraine l’initiative. Leur travail doit être mieux encadré, avec des horaires et un salaire décents. Nous autres Libanais, aimerions-nous que nos enfants, qui partent souvent travailler à l’étranger, soient traités comme ces femmes ? »

3 déc. 2014

Des employés modèles

Ufunk partage les photos de GMB Akash (ici, en français).

Ce sont des enfants qui travaillent au Bangladesh. Ce pays accuse un déficit primaire de plus de 4%. Alors, messieurs les économistes à gage, est-ce que les bangladeshis vivent au-dessus de leurs moyens?














5 mai 2014

L'art du faible - Notes de lecture

L'Ifpo (ici, en français en libre accès) partage le premier chapitre de Assaf Dahdah, L'Art du faible. Les citations sont en paragraphe décalé.

Il y est question des conditions de vie et d'installation des migrantes éthiopiennes (notamment) au Liban.

Cette migration a la particularité d’être encadrée par la pratique dite de la kafala qui place les travailleurs étrangers sous la responsabilité légale d’un tuteur, l’employeur. Dans le cas précis de la domesticité, ce dernier est garant de la présence de la migrante en tant que travailleuse domestique. La migrante doit vivre chez son employeur dont elle dépend entièrement, à charge pour lui d’assurer le salaire, de la loger décemment et de subvenir à ses besoins élémentaires. Ce système se base sur un partenariat entre les autorités publiques de contrôle des migrations et les agences de recrutement privées qui représentent la partie visible de cette économie de la domesticité. Pour partir au Liban, Les femmes passent par le biais d’intermédiaires locaux, généralement des agences, qu’elles paient. Les prestataires libanais leur versent aussi une rétribution pour chaque femme recrutée.

Photo 4 : Une agence de recrutement de domestiques étrangères à Hamra.
Une agence de recrutement de domestiques étrangères à Hamra. @Dahdah
Les classes moyennes libanaises qui recherchent des domestiques s'adressent à des agences intermédiaires qui facturent une assurance pour leurs services: entre 1500€ pour une Éthiopienne et 3000€ pour une Philippine, sans compter

une franchise de 1000 dollars US (750 euros) que l’employeur place à la Banque de l’habitat et qu’il récupérera lors du départ de la migrante, le coût du permis de travail et de séjour à renouveler tous les ans, soit environ 600 dollars US (450 euros). Ainsi que l’assurance médicale en principe obligatoire dont le coût annuel s’élève à environ 90 dollars US (70 euros). Elle peut être contractée dans de nombreux commerces qui font à la fois office de centre de téléphonie internationale et de transferts monétaires.
 Les migrantes doivent aussi indemniser, éventuellement à crédit, les agences de recrutement qui se font donc payer deux fois. Les tarifs changent selon les pays d'origine du fait des frais de transport et des
 « représentations ethno-professionnelles » entourant cette migration. Les Philippines, « Mercédès Benz des domestiques , sont ainsi considérées comme propres, instruites, parlant l’anglais et s’occupant bien des enfants ; les Sri Lankaises sont reconnues pour bien faire le ménage et être « dures à la tâche » ; enfin les Éthiopiennes semblent, comme les Sri Lankaises, pâtir de la couleur de leur peau, et sont considérées par des Libanais et Libanaises interrogés comme des femmes têtues, sans éducation ni instruction.
Ce classement "ethno-professionnel" affecte directement les salaires. Les Éthiopiennes ont particulièrement mauvaise presse et sont en butte au mépris, à la haine au quotidien. Il se recrée une relation du type colonisateur-colonisé.
 
Les circuits d'immigration parallèles se multiplient: les anciens aident les nouveaux-venus à passer sans payer de frais d'agence.

À l'arrivée à l'aéroport, les migrantes ne peuvent quitter l'aéroport que accompagnées par leur employeur qui devient leur tuteur légal.
 
Photo 6 : Panneau dans le hall de l’aéroport international de Beyrouth (2009).
À l'aéroport @Dahdah
Le salaire des domestiques est fixé par l'employeur. Généralement, il s'élève à 200$ par mois [150€] alors que le salaire minimum au Liban est de 500$, [350€]. La domestique doit être logée chez son employeur, il doit la nourrir.
 Selon le nouveau contrat de travail dit « unifié », une domestique ne doit pas travailler plus de dix heures par jour, elle doit pouvoir dormir huit heures de suite et bénéficier d’une journée de repos par semaine. Ces conditions censées être des obligations pour l’employeur ne peuvent faire l’objet d’aucune vérification par les autorités compétentes. 
En conséquence, les abus sont nombreux, les femmes exploitées s’enfuient de chez leurs employeurs et plus que les dénonciations, les morts répétées de domestiques au Liban – meurtres et suicides – ont poussé certains gouvernements – notamment éthiopien et philippin en 2006 – à interdire la migration de travail vers le Liban. Toutefois cette interdiction n’a pas été suivie d’effet. Les migrantes éthiopiennes comme philippines continuent de venir travailler au Liban par des chemins détournés 
Carte A
Carte A
 
 
Mais l'interdiction n'a pas fait baisser le nombre de migrantes. Elles cherchent à s'affranchir de la domesticité pour travailler à leur propre compte,
 nombreuses sont les femmes qui souhaitent partir vivre en Europe, et surtout en Grèce où se trouvent déjà de nombreuses Éthiopiennes qui ont vécu et travaillé au Liban.
 Moukarbel et Jureidini distinguent deux catégories de femmes sans employeur: les runaways n'ont plus de tuteur, de kafil dans la clandestinité et les free lancers, des femmes de ménage qui travaillent pour un salaire horaire entre 3 et 5 dollars de l'heure avec un prête-nom complaisant, dûment rétribué.
Ainsi, il devient fréquent de voir des migrantes travailler dans les « boutiques ethniques » ou dans les commerces libanais. Elles sont généralement embauchées de manière illégale puisque leur permis de séjour ne fait état que d’une présence au Liban censée se limiter à la domesticité. Dans les commerces éthiopiens ou philippins, notamment dans les salons de coiffure, la responsable est souvent une migrante. Certaines ont obtenu la nationalité libanaise suite à un mariage avec un Libanais. Elles emploient soit des femmes qui étaient présentes au Liban en tant que domestique, soit des femmes qu’elles font venir depuis leur pays d’origine dans le cadre d’un contrat de domesticité, généralement une amie, parfois une sœur ou une cousine.
Dans ce contexte d'illégalité, les arrestations arbitraires se multiplient. Parfois, les femmes restent en prison plusieurs mois avant d'être renvoyées vers leur pays d'origine. Cette situation a créé une mobilisation pour le respect des droits de l'homme.

Mais des migrantes passent les mailles du filet et se retrouvent dans certains quartiers de Beyrouth.
Le cas des femmes qui travaillent pour des entreprises d’entretien est particulier en cela que ces entreprises ont en principe des autorisations spéciales pour employer des migrantes. Il en est a priori de même pour les secteurs de l’hôtellerie, de la restauration mais aussi dans les hôpitaux dans lesquels travaillent les migrants en tant qu’agents d’entretien, femmes de chambre ou en cuisine. Il est cependant difficile de dire si tous les employeurs recrutent des migrantes de manière légale tant la loi est de ce point de vue ambiguë et appliquée au cas par cas, parfois en fonction des relations de chaque entrepreneur. En effet, le clientélisme et la corruption au Liban sont généralisés : ainsi quiconque, ayant des relations avec des responsables de l’administration ou des autorités chargées du contrôle des migrations et du travail, peut contourner la loi. 

Les mariages mixtes soulignent les inégalités administratives entre hommes et femmes, entre certaines régions (Syrie, Palestine) qui ouvrent à l'acquisition de la nationalité et d'autre qui la ferment.
La nationalité libanaise se base essentiellement sur le principe du jus sanguinis, ou droit du sang. Il ne s’applique officiellement que pour les hommes, autrement dit seul un Libanais peut transmettre la nationalité libanaise à son épouse après un an de mariage et ipso facto à leurs enfants. En revanche, une Libanaise « ne peut donner la nationalité ni à son mari ni à ses enfants, ce qui montre bien par où passe le canal de l’identité du groupe ».
Néanmoins, selon le ministère de l’Intérieur, il existe des règles d’exception concernant les femmes étrangères venues dans le cadre de la domesticité et qui se marient avec un homme libanais. Les autorités ont conditionné l’octroi de la nationalité libanaise à ces femmes uniquement après la naissance d’un voire deux enfants issus de cette union. Cette règle ne s’applique pas aux femmes étrangères originaires des pays arabes, plus particulièrement des pays du Golfe, ou des pays occidentaux. 
Un grand nombre de commerces ethniques (...) sont donc souvent la propriété de Libanais mariés à des Éthiopiennes, Philippines ou Sri Lankaises, ou qui emploient des migrantes. Les femmes sont alors chargées de la gestion du commerce. Nous assistons d’une certaine manière à la mise en place d’une économie qui articule intérêts économiques et nuptialité, dans le contexte d’une migration fortement marquée par le genre. 

Hiérarchisation sociale et ethnique, et rapports de domination deviennent ainsi le quotidien de milliers de migrantes dès leur arrivée sur le territoire libanais. Les restrictions sociales, spatiales et financières qui leur sont imposées ainsi que les violences dont elles sont souvent les victimes, poussent dès lors de nombreuses femmes à sortir du cadre légal pour se réfugier dans la clandestinité ou aux limites de la légalité. S’insérer dans les marges de la ville, fuir vers l’Europe ou finir en prison pour être renvoyées vers leur pays d’origine, est ainsi le sort de centaines de migrantes éthiopiennes, philippines, bangladeshies ou sri lankaises.
 Celles qui restent à Beyrouth en tant que femme de ménage, agent d’entretien, serveuse, vendeuse, coiffeuse ou prostituée, sont alors visibles dans les interstices de l’espace urbain. Les domestiques demeurent quant à elles « invisibilisées », depuis l’espace domestique où elles travaillent jusque dans les espaces publics où leur présence varie selon les temporalités et les espaces considérés.

22 avr. 2014

Sous-traitance, mal traitance

Olivier Petitjean dans Basta enquête (ici) sur les donneurs d'ordre des ateliers de confection du Rana Plaza. Un bâtiment s'était écroulé en faisant plus de mille morts au Bangladesh le 24 avril 2013. Les consommateurs s'étaient émus et les donneurs d'ordre, les compagnies qui sous-traitent leur production là-bas avaient été interpellées. Pour autant, un an après, l'enquête fouillée du journal révèle

- la persistance du recours systématique à la sous-traitance, ce recours déresponsabilise les donneurs d'ordre, les marques qui sous-traitent leur production là-bas

- la pression des grandes enseignes (Carrefour, Auchan, Camaïeu, Leclerc, etc.) sur les prix impose un flux tendu et des pratiques d'emploi esclavagistes aux sous-traitants

- la participation des enseignes responsables à des fonds de soutien aux ouvrières peine à suivre (les propriétaires lucratifs sont radins mais, surtout, ils ont peur de reconnaître leur responsabilité en versant ne fût-ce qu'un écot symbolique)

- plus de 150 marques ont signé un accord sur la sécurité des ouvriers au Bangladesh qui ouvre la voie à l'inspection des sites de production

- les salaires ont été augmentés (ils ont été portés de 28 à 50$ alors que le minimum vital est évalué à 250$) par la loi mais demeurent insuffisants

15 avr. 2014

Des nouvelles du Rana Plaza

Olivier Petitjean dans l'Observatoire des multinationales rencontre une rescapée du drame et deux syndicalistes (ici, en français).

Extrait

Qu’est-ce qui a changé concrètement dans le secteur textile au Bangladesh depuis l’effondrement du Rana Plaza ?
Shahidul Islam Shahid : Il y a eu plusieurs développements au Bangladesh suite à la catastrophe du Rana Plaza et à celle de Tazreen quelques mois auparavant. Le principal est que des centaines de milliers d’ouvriers et d’ouvrières du textile sont descendus dans les rues pour manifester, contraignant le gouvernement du Bangladesh à adopter un « Plan d’action » pour la sécurité des travailleurs. Dans ce cadre, le gouvernement a lancé un programme d’inspection de toutes les usines textiles, pour évaluer les risques d’incendie ou d’effondrement. Ces inspections ont mené à la fermeture de 200 usines. D’autre part, toujours suite à cette mobilisation, le salaire minimal des ouvriers du textile a été augmenté de 77% [d’environ 28 euros à 50 euros par mois, NdE ]. Le gouvernement a également levé toutes les restrictions sur le droit des ouvriers textiles à se réunir et à se syndiquer, et il a introduit plusieurs amendements favorables aux travailleurs dans le code du travail du Bangladesh. Enfin, un fonds de compensation et de réhabilitation des victimes du Rana Plaza et de leurs familles a été mis en place.
Il y a aussi eu des développements au niveau international. Le premier est bien sûr la signature de l’Accord sur la sécurité des usines au Bangladesh par un grand nombre de multinationales occidentales. D’autre part, le président Obama a annoncé un plan d’action pour le Bangladesh et suspendu l’application du « système de préférences généralisées » (SPG) pour les marchandises du Bangladesh sur le marché américain. L’Union européenne a également menacé de suspendre l’application du SPG si les conditions de travail des ouvrières du textile ne s’amélioraient pas au Bangladesh.
Sur le terrain, pour les ouvrières qui travaillent dans les usines, y a-t-il des changements concrets ?
Shahidul Islam Shahid : Certaines choses ont changé. Auparavant, les portes des usines étaient tout le temps fermées à clé, ce qui contribuait à augmenter le nombre de victimes en cas d’accident. Maintenant, elles restent ouvertes. Les directeurs d’usine sont devenus plus prudents et plus soucieux de la sécurité des ouvrières, alors qu’ils refusaient d’aborder ces problèmes. Il y a une raison très simple à cela : tous les propriétaires des usines du Rana Plaza – sauf ceux de nationalité philippine – sont aujourd’hui en prison.
En France, on parle seulement de ce que font (ou ne font pas) les grandes marques occidentales pour les conditions de travail au Bangladesh. Vous semblez suggérer que c’est avant tout la mobilisation des ouvriers et ouvrières qui a permis d’obtenir des changements.
Safia Parvin : Effectivement, suite au drame du Rana Plaza, il y a eu une vague de syndicalisation dans notre organisation. C’est un phénomène qui concerne toute l’industrie textile du pays. Les ouvrières se sont radicalisées, et elles n’ont plus peur.
Shahidul Islam Shahid : Les changements sont le résultat d’une combinaison des deux facteurs : la mobilisation des ouvrières et l’influence des donneurs d’ordre. Les grandes marques occidentales sont celles qui ont le plus profité de la sueur et du sang des ouvrières. Elles doivent donc prendre leurs responsabilités et s’occuper des victimes et des autres ouvrières, au même titre que les propriétaires bangladais des usines.

22 mars 2014

Les droits syndicaux malmenés au Bangladesh

Extrait de CQFD

"Rien n’a changé dans les oubliettes du prêt-à-porter. Début févier, l’ONG Human Rights Watch, après enquête dans vingt et une usines, publiait un rapport détaillant le coût des libertés syndicales dans le textile au Bangladesh : menaces, insultes, licenciements sans solde, ouvrières agressées sexuellement ou battues par des malfrats à la solde des patrons."
http://cqfd-journal.org/Un-droit-syndical-pour-rire

17 mars 2014

Réveil des luttes en Asie

En lien, une vidéo en français, ici de la série Les Grands Reportages.

Les ouvriers chinois dénoncent les dangers que leur font courir leurs employeurs, ils réclament une sécurité sociale, du temps libre ou un salaire.

On ne peut s'empêcher de faire le parallèle avec les aspirations des gens ici ou ailleurs.

Comme les syndicats ne font pas leur travail de défense des ouvriers, ce sont des avocats aux pieds nus qui le prennent en charge, comme ils peuvent, dans le silence de la résistance et de l'engagement.

Les patrons répercutent les gains salariaux (ils en sont à 200€) et augmentent les prix ou délocalisent au Cambodge (50€ de salaire) puis au Bangladesh.

Mais, dans tous ces pays, les luttes sociales rudement réprimées paient et, peu à peu, s'ébauchent un droit et une lutte sociales.

23 nov. 2013

Un SMIC dans le textile au Bangladesh

Nous apprenons dans cet article (Terraeco) que les ouvriers du textile au Bangladesh ont obtenu un salaire minimum. Il peut paraître dérisoire mais c'est une avancée sociale majeure que de déterminer un minimum. Il y a lieu d'espérer que les producteurs du Bangladesh sont au début du processus de lutte pour les salaires et contre l'emploi (de nuit, de week-end, des enfants puis des personnes âgées et, enfin, des producteurs dans leur ensemble).


Nous citons:
Le 13 novembre 2013, après avoir battu le pavé pendant plusieurs semaines, les ouvriers bangladais du textile ont obtenu un salaire minimum mensuel de 68 dollars (50 euros) pour les quatre millions d’ouvriers du secteur. Cette augmentation est le fruit d’un accord entre les producteurs de vêtements et Sheikh Hasina, la Première ministre du Bangladesh. « Cette hausse, qui a été obtenue grâce au courage des manifestants, mérite d’être soulignée. Mais les syndicats demandaient un salaire moyen de 100 dollars, soit environ 74 euros, car en raison de l’inflation et des prix des matières premières, un tel revenu ne permet pas à un ouvrier de faire vivre sa famille dignement », regrette Nayla Ajaltouni, coordinatrice du collectif « Ethique sur l’Etiquette », qui revient du Bangladesh.
Toutes nos félicitations à ces productrices et tous nos vœux de lutte victorieuse de là-bas et d'ailleurs.

25 oct. 2013

Des ouvrières de ... douze ans

Info express, glanée sur la toile.




On a retrouvé des ouvrières de ... douze ans qui fabriquaient des jeans de marque Old Navy au Bangladesh. Cette marque appartient à Gap inc.

la vidéo en anglais
Vidéo de Democracy Now, en anglais, avec transcription


Inutile de dire que nous sommes déjà particulièrement préoccupés par l'emploi et sa nature productiviste déshumanisante chez les adultes, alors, a fortiori, chez les enfants! Nous appelons au jeu, au droit de vivre, au droit à l'innocence et à l'improductivité. Nous dénonçons la logique du gain comme contre-productive, comme criminelle. La bête de l'appât du gain qui mange le temps humain n'a aucune limite, ni nuit, ni dimanche, ni enfant, ni vieillesse, ni maladie.

Au bout du compte, la question lancinante, c'est pour quoi?
Deuxième question non moins lancinante, faudra-t-il que l'Europe, les États-Unis et autre Japon se mettent au diapason pour être concurrentiels?


Amitié et soutien chagrin à ces camarades trop jeunes pour ne pas être libres.

Ce qu'ils font à l'une d'entre nous, c'est à chacun d'entre nous qu'ils le font.

Grève dans le textile au Bangladesh

Nous apprenons que les ouvriers, que les ouvrières du textile font grève pour réclamer un salaire minimum (de 78€ par mois).



Si la somme peut paraître dérisoire en regard de la valeur ajoutée créée par leur travail, nous tenons à exprimer notre solidarité entière envers ce mouvement, nous tenons à saluer le courage et la ténacité des grévistes dans un pays où la grève ne fait pas partie des actions anodines de la vie.

Ils se battent pour du salaire, ce qui est au centre de nos préoccupations sur la plateforme,
ils se battent pour moins d'emploi - moins de temps de travail - ce qui est également au coeur de notre démarche,
ils se battent pour leur dignité, pour le statut universel du producteur, nous les appuyons pleinement.

 FranceTV - Grève au Bangladesh

Rappelons que ces grèves coûtent des jours de salaire à des ouvrières notoirement sous-payées, qu'elles se font à leurs frais.

Et n'oubliez pas, ce qu'ils font à l'un d'entre nous, ils le font à chacun d'entre nous.

Les marques ne remboursent pas les dégâts

Rappelons les faits: en avril dernier, un immeuble, le Rana Plaza, s'est effondré. Il s'agissait d'un atelier de confection textile au Bangladesh. L'effondrement a provoqué plus de mille morts. Cet effondrement était lié à l'utilisation de matériaux de mauvaise qualité pour construire les bâtiments, il était lié à la mauvaise façon générale de ces ouvrages.



Cet effondrement fait suite à une longue série mais ne la termine pas. Les effondrements sont fréquents dans le secteur, les incendies aussi. Les conditions de travail sont épouvantables dans le secteur au Bangladesh et les pouvoirs locaux, trop contents des intéressements que lui concède les patrons du secteur, ferment les yeux avec une constance admirable.

Et c'est un massacre. Pour le moment ont lieu des pourparlers pour l'indemnisation des victimes à Genève. Une vingtaine de marques impliquées n'ont pas jugé utile de se déplacer, une dizaine sont présentes mais ne parviennent pas à un accord. Je cite l'article:

"L’effondrement en avril du Rana Plaza, immeuble de neuf étages d’ateliers de confection dans la banlieue de Dacca, a fait 1.129 morts, et l’incendie de l’usine Tazreen en novembre dernier 110 morts.
Mercredi, les débats, menés à huis-clos, ont porté sur les usines Tazreen, jeudi sur le Rana Plaza et sur la création d’un fonds de compensation pour le Bangladesh.
Ces discussions à huis-clos ont eu lieu à l’Organisation internationale du travail (OIT) qui reste neutre dans cette affaire, a précisé à l’AFP un porte-parole de l’organisation, Hans von Rohland.
Les 11 marques et revendeurs qui se sont rendus à Genève sont pour la plupart européens, dont Primark, Bon Marché, Camaïeu et Store Twenty One, ont indiqué dans un communiqué les organisations représentant les travailleurs.
En revanche, une vingtaine --dont Walmart, Benetton et  Mango-- ont refusé de répondre aux invitations insistantes à participer aux discussions, «démontrant un mépris total» pour les victimes, ont dénoncé les organisations."

Lien:
AFP - Libération

Je rappelle le fonctionnement du circuit: les marques sous-traitent à des négriers. Les négriers embauchent dans des conditions apocalyptiques à l'autre bout du monde des gens qui crèvent de faim. Les marques ne sont plus que des financiers qui vendent une image de marque et les producteurs se partagent une partie infime de la plus-value (de l'ordre de 1%).



Il s'agit bien sûr de travailleuses qualifiées voire douées. Elles ont un véritable savoir-faire et le mépris de leur sécurité n'est qu'un reflet du mépris dans lequel elles sont tenues. Nous tenons ce mépris de la vie des nôtres et de leurs qualifications pour criminel, nous soulignons qu'il est commis pour augmenter les marges des actionnaires des marques et des propriétaires locaux des usines, nous appelons à une lutte déterminée, résolue et méthodiques contre ces pratiques ultra-employiques.

Lien d'une émission radio sur le sujet:

Mermet au Bangladesh - émission dure

Et n'oubliez pas, ce qu'ils font à l'une des nôtres, c'est à nous tous qu'ils le font.