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31 mars 2017

Drill baby, drill

Rémi Barroux enquête dans le Monde sur une étrange affaire (ici). Total veut explorer une partie du littoral brésilien pour extraire du pétrole. Cela fait hurler les écologistes (et nous) puisque l'exploration mettrait en péril des biotopes fragiles et riches.

Mais cela fait de l'emploi dans un pays où les politiques austéritaires d'un président non élu ont fait 13 millions de chômeurs. Preuve que la logique de l'emploi-chômage amène tout un chacun à sabrer les ressources mêmes dont sa survie dépend.

Extrait
Total sera l’une des deux compagnies, avec BP, à pouvoir explorer cette zone. L’entreprise française a obtenu du gouvernement brésilien en 2013 la concession de cinq blocs. Elle a identifié plusieurs endroits potentiels à forer. « Nous comptons en démarrer deux dans un premier temps, à 1 900 mètres et 2 400 mètres de profondeur, dès que les autorisations du gouvernement brésilien seront définitives », explique le porte-parole du pétrolier.

Le dossier est instruit par Ibama, l’Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles renouvelables, sous l’autorité du ministère de l’environnement. Total espère produire des centaines de milliers de barils quotidiens. Problème : l’exploitation pourrait mettre en péril des écosystèmes fragiles et précieux. Un récif corallien insoupçonné et récemment révélé par les scientifiques se situe à tout juste une vingtaine de kilomètres des futurs puits de forage. La région côtière de l’Amazonie abrite quant à elle une faune et une flore exceptionnelles.

Risque de fuites et d’accidents

Les populations locales et les écologistes redoutent les fuites ou accidents de pétrole qui seraient fatales pour ces biodiversités. Greenpeace a fait de ce dossier sa priorité. Depuis le 27 mars, l’ONG multiplie les actions contre Total ; 3 000 litres de mélasse, symbolisant une marée noire, ont été répandus devant le siège de la compagnie à la Défense (Hauts-de-Seine). Le 1er avril, les militants devaient simuler des projets de forage devant des lieux symboliques en France, comme le Mont-Saint-Michel. Une pétition lancée en ligne « Sauvons le récif de l’Amazone » a recueilli plus de 860 000 signatures.

« Une fuite, même faible, pourrait mettre en danger le récif de l’Amazone, encore peu étudié, ainsi que les côtes de l’Etat brésilien d’Amapa et de la Guyane française », explique Edina Ifticene, chargée de campagne pour Greenpeace France.

L’organisation internationale a mobilisé son navire amiral l’Esperanza, début février, pour une mission d’exploration du récif corallien au large de l’Amazone avec les scientifiques brésiliens qui avaient révélé dans la revue Nature en avril 2016 l’existence de ces coraux. Pour ces chercheurs, le projet de Total menace directement leur découverte. « S’il y a un accident, une fuite, le pétrole détruira le récif, il faut en faire une zone protégée », insistait Ronaldo Francini Filho, professeur de biologie marine à l’université de l’Etat de Paraïba.

Toute l’activité de pêche, le long de la côte brésilienne, pourrait également être atteinte. « On a entendu parler du projet pétrolier dès 2013, mais on manque d’informations », témoigne Pedro Aloisio Pitar, le président de l’association locale des pêcheurs de Calçoene, petite ville de moins de 10 000 habitants dans l’Etat d’Amapa.

Biodiversité exceptionnelle

Au nord de l’Etat, à la frontière avec la Guyane française, Ricardo Motta, le directeur du parc national de Cabo Orange qui abrite dans ses mangroves et forêts, 358 espèces d’oiseaux, jaguars, paresseux, tamanoirs, loutres, tatous et autres singes ou jararaca (serpent de la famille des vipéridés), ne croit guère les compagnies pétrolières quand elles avancent que les courants, en cas de catastrophe, emmèneraient le pétrole loin des côtes.

« Ils nous disent que cela partirait vers la Guyane, les Caraïbes, mais on ne peut jamais savoir ce qui se passera réellement. J’ai déjà récupéré, ici dans le parc, des éléments de fusée lancée par la base française de Kourou, en Guyane, tombé dans l’océan et ramené ici par les courants, raconte Ricardo Motta. Le parc ne présente aucun relief, juste la mangrove et la forêt. En cas d’accident en mer, les importantes amplitudes de marée emporteraient le pétrole loin dans les terres, et celui-ci resterait dans la vase, la terre, les racines, impossible à enlever. La catastrophe serait considérable. ». Le directeur du parc redoute le chantage économique et social des compagnies pétrolières, dans un pays en crise, avec ses 13 millions de chômeurs.
Dans sa petite mairie d’Oiapoque, au nord du parc de Cabo Orange, Maria Orlanda revendique, justement, l’intérêt pour l’emploi du projet pétrolier. « On sait qu’il y a des compagnies pétrolières qui prospectent, c’est un gros avantage, cela peut apporter de l’argent et du travail », se félicite la maire de cette ville de près de 35 000 habitants, membre du PTdoB, le Parti travailliste du Brésil.

Pourtant, les compagnies pétrolières ne se sont jamais engagées à fournir des emplois dans cette région. La main-d’œuvre spécialisée viendra d’ailleurs et le va-et-vient des bateaux ou des navires concernera le port de Belém, à plusieurs centaines de kilomètres plus au sud.

Relation étroite avec l’océan

A quelques dizaines de mètres de la mairie d’Oiapoque siège l’Institut de recherche et de formation indigène. Plusieurs responsables de villages y préparent l’assemblée annuelle qui devait réunir 200 représentants des peuples indigènes de la région, Karipuna, Palikur, (Galibi)-Kali’na…

« L’information sur des forages en mer circule de village en village depuis longtemps, mais on nous dit que c’est loin, qu’il n’y a aucun risque. Ici, avec l’augmentation de la population, nous essayons d’améliorer nos productions agricoles avec l’agroforesterie et notre pêche », témoigne Gilberto Laparra, président du Conseil des peuples indigènes d’Oiapoque. Habitant le petit village de Kuahi, l’homme de 46 ans aimerait que BP et Total se rendent dans les communautés locales, car « la mer pénètre dans les rivières et touche les villages les plus éloignés. Nous vivons en relation étroite avec l’océan, il faut qu’ils voient cela de leurs propres yeux ».

Dans le rapport sur les impacts environnementaux transmis par Total à Ibama en juin 2016, le pétrolier présente différents scénarios et leurs conséquences, notamment sur la biodiversité, les qualités de l’eau et de l’air, les activités de pêche. Le groupe français évoque aussi les risques d’accidents, sur les plates-formes elles-mêmes ou sur les nombreux pétroliers qui croiseront dans la zone. Total récuse l’hypothèse que le pétrole puisse atteindre les côtes brésiliennes en cas de fuite d’un puits, mais admet que la collision et le naufrage de navires entre les plates-formes et le port – Belém ayant été retenu comme base arrière – puisse entraîner une nappe touchant le rivage.

30 mars 2017

Adoption d'une loi interdisant les mines de métaux

Selon Telesur (ici, en espagnol), le parlement salvadorien a adopté une loi qui interdit l'exploration, l'extraction et le traitement des métaux sur le territoire national, ainsi que l'utilisation de mercure et de cyanure.

Cette loi était en discussion depuis 2005 et a pu être votée grâce à la pression de groupes écologistes.

C'est toujours une bonne nouvelle que des gens préfèrent la vie à la logique de l'exploitation, de l'emploi et du profit.

25 janv. 2017

L'or ne se mange pas


Le Monde s'inquiète des pratiques d'orpaillage en Guyane, pratiques qui menacent la bio-diversité locale.

Extrait de l'article disponible ici:

Des cours d’eau marron sale qui se jettent dans le fleuve Maroni, des chantiers boueux qui en labourent les criques et les berges, des parcelles de forêt primaire défrichées : voilà le spectacle qui s’offre aux inspecteurs de l’environnement lorsqu’ils survolent en hélicoptère le parc amazonien de Guyane. Car l’orpaillage illégal n’y a jamais été aussi intense. En décembre 2016, le conseil d’administration de cette immense aire protégée de 3,4 millions d’hectares a rendu public le pire bilan jamais dressé depuis le début des missions régulières de surveillance aérienne lancées en 2008, un an après la création du parc.

Or la recherche d’or dans les zones alluvionnaires et dans des galeries sous la canopée entraîne une série de dommages pour les populations – en particulier amérindiennes dont le mode de vie repose encore directement sur la qualité de leur environnement –, et pour l’exceptionnelle biodiversité de ce territoire d’Amazonie.

Fin novembre, lors de la troisième campagne de survol de 2016, les inspecteurs ont recensé 139 sites actifs d’orpaillage illicite, 10 % de plus qu’en juillet, 24 % par rapport à l’année 2015. Ils ont aussi repéré de nombreux puits de mine, 90 campements d’orpailleurs illégaux, plus un village entier clandestin, ainsi que des pistes tracées dans la forêt pour les quads : les pirogues ne sont plus l’unique moyen de ravitaillement des clandestins.

12 oct. 2016

Un mauvais tuyau

Dans Basta, Samy Archimède est allé enquêter sur un pipe-line conçu pour transporter le pétrole des sables bitumineux à travers la Belle Province (ici).

Extrait

La polémique enfle au Québec autour d’un gigantesque projet d’oléoduc qui traverserait plusieurs centaines de rivières. Dans ses tuyaux, un pétrole issu des très polluants sables bitumineux de l’Alberta, qui sera ensuite acheminé vers l’Europe ou les États-Unis. Déjà recalée par Barack Obama pour son très controversé projet d’oléoduc Keystone XL, l’entreprise canadienne TransCanada voit grandir face à elle un front citoyen mené par les communautés autochtones et les organisations environnementales. Celles-ci redoutent une marée noire dans le Saint-Laurent ou ses affluents. Elles veulent que les gouvernements canadien et québécois tournent le dos aux hydrocarbures, et respectent leurs engagements pris lors de la COP21.

14 sept. 2015

Pillage

Bastamag fait l'inventaire du pillage des ressources au Pérou au profit des multinationales pétrolière (ici). Un cas d'école d'enclosure ou, comme on dit maintenant, d'accaparement.

Extrait
Pollution des eaux et des terres, manque de consultation des populations, appauvrissement des ressources alimentaires, division des communautés indigènes : un nouveau rapport du CCFD et du Secours Catholique critique les activités de deux entreprises françaises, Perenco et Maurel et Prom, en Amazonie péruvienne. Il met en évidence les conséquences désastreuses de l’industrie pétrolière sur les peuples et l’environnement de la région. Les responsabilités des entreprises et de leurs actionnaires, dont la Macif, sont mises en avant, au côté de celle de l’État français accusé de privilégier la défense de ses intérêts économiques au détriment des droits humains et environnementaux.
C’est la face cachée de l’exploitation pétrolière. Celle qu’on préférerait ne pas voir lorsqu’on emplit son réservoir. En plus de participer à l’émission de gaz à effet de serre, donc aux changements climatiques, l’extraction de pétrole contribue directement à la destruction de régions entières, notamment en Amazonie. Et bouleverse les modes de vie des populations. Intitulé « Le baril ou la vie ? », un rapport publié lundi 6 septembre, par le CCFD-Terre solidaire et le Secours catholique, dresse un tableau accablant des conséquences de l’exploitation pétrolière menées par deux entreprises françaises, en Amazonie péruvienne, Perenco et Maurel et Prom (dont Basta ! vous parlait en décembre 2013).
Pollution des eaux et des sols, disparition progressive de la biodiversité : c’est d’abord les conséquences environnementales qui sont pointées du doigt dans ce rapport rédigé avec trois ONG péruviennes. Dans le nord du Pérou, la présence des entreprises françaises, Perenco depuis 2008, aux côtés de PétroVietnam, et Maurel et Prom depuis 2010, associée à Pacific Stratus Energy, a entraîné une destruction de la faune et de la flore. « Tout l’écosystème a été abîmé, détruit. Or, les communautés indigènes se nourrissent traditionnellement de ce qu’ils trouvent dans la forêt et le fleuve », raconte Annie Algalarrondo Alvear, du Secours catholique.

6 juil. 2015

Fraudes pour imposer des barrages

Desinformemonos nous signale des fraudes répétées dans le Nord du Mexique pour imposer des projets de barrages aux populations autochtones qui n'en demande pas tant (ici, en espagnol avec une interview d'un représentant nayeri).

Les autorités manipulent les lois pour voler les terres des paysans et des Indiens qui les occupent depuis des millénaires (il s'agit d'une forme de ce que nous appelons l'enclosure).

Un opposant à un projet hydro-électrique se fait assassiner

Un opposant à un projet hydro-électrique se fait assassiner à Puebla selon Regenaracion (ici, en espagnol).

Le cinq juin dernier le leader de l'opposition à la construction d'un barrage géant sur l'Apulco s'est fait tuer de quatre balles.

Le MIOCUP, l'association qu'il dirigeait, association qui s'oppose au projet, a accusé le gouvernement de l'État d'être l'auteur de cet assassinat. Cette association avait animé la rencontre nationale des indigènes et des paysans en "défense de la terre et du territoire" en mars dernier à Cuetzalan, là où doit se construire ledit barrage. 

À partir de cette rencontre, les organisations se alignées sur le Front Indigène et Paysan du Mexique (Ficam, en espagnol) pour défendre la terre comme bien collectif des peuples et exiger le respect du droit de veto de la consultation populaire pour les autorisations données par le gouvernement fédéral aux méga projets, que ce soient des mines ou de l'hydro-électricité.

(...)

Le texte de la rencontre incrimine les politiques du gouvernement fédéral, l'imposition de projets sans consultation des communautés.

(...)

Au sujet du conflit de ce barrage toujours, on signale dans le texte du 22 juin 2012 que les paysans ont été agressés par un groupe d'hommes armés avec des fusils et des revolvers, certains avec des vestes de la police, et que ce fait demeure impuni jusqu'à aujourd'hui.

(...)

Le gouvernement de cet État est particulièrement autoritaire puisque, dans le cadre de cette stratégie, on peut signaler qu'il a emprisonné les leaders du mouvement d'opposition au gazoduc Morelos.

19 juin 2015

Les sables bitumineux

Basta relaie l'enquête d'un journaliste canadien, Edward Struzik, sur le bilan écologique de l'exploitation des sables bitumineux en Alberta (Canada) (ici, en français).

L'occasion de rappeler que l'emploi et la misère qui l'organise ravage non seulement les existences humaines mais celles de nos autres compagnons de route sur cette terre.

Le bilan est sans appel. Extrait
Nous sommes loin de l’image du derrick perdu dans le désert ou d’une sage plateforme pétrolière émergeant à l’horizon. Voici l’Alberta, province canadienne, où des firmes pétrolières, parmi lesquelles Shell et Total, exploitent à un rythme effréné les gisements de sables bitumineux, du pétrole visqueux contenu dans du sable. Elles espèrent tripler leur production d’ici 2030. Mais à quel prix ! S’il est souvent question de l’impact des sables bitumineux sur le dérèglement climatique, on parle moins de leurs conséquences sur les ressources en eau et la biodiversité locale. Extraction excessive et pollutions commencent à faire sentir leurs effets, jusqu’à l’océan Arctique. Premier volet d’une enquête exclusive réalisée par Edward Struzik, journaliste canadien.
200 kilomètres en aval des exploitations géantes de sables bitumineux du nord de l’Alberta, un aborigène du nom de Joe Wandering Spirit vit dans une cabine d’une seule pièce, avec un chat sauvage et une meute de chiens de traîneau qu’il tient attachés lorsqu’il n’est pas en train de chasser, de poser des pièges ou de pêcher. Ici, au cœur du delta Paix-Athabasca, l’un des plus importants deltas d’eau douce au monde, vivre dans une contrée sauvage moitié terre moitié eau n’est pas sans risques pour un homme vieux de 75 ans comme lui. Chaque année, au moment de la rupture printanière des glaces, les rivières sinueuses du delta peuvent changer abruptement de cours et déborder soudain de leurs rives.
Il y a cinquante ans, lorsque commencèrent les travaux de construction de la première exploitation commerciale de sables bitumineux en Alberta, plus de 400 aborigènes menaient une existence modeste dans cet écosystème marécageux de plus de 3000 kilomètres carré. Les étés dans le delta et dans le lac Athabasca, immédiatement à l’Est, donnaient suffisamment de poissons non seulement pour subvenir à leurs propres besoins, mais aussi pour soutenir une petite pêcherie commerciale. Avec l’automne arrivaient des milliers d’oies et de canards en route vers le sud, qui faisaient étape pendant plusieurs jours dans le delta avant de poursuivre leur migration. L’hiver, il y avait des élans, des caribous et des bisons à chasser. Au retour du printemps, il y avait des œufs de sterne, de goélands, de canards ou d’oies à collecter, et suffisamment de rats musqués pour remplir un bateau en une journée. Les rats musqués et les œufs d’oiseaux constituaient aussi une source fiable de nourriture pour des visons, des lynx, des coyotes, des loups et d’autres prédateurs.
L’importance écologique du delta Paix-Athabasca n’est pas disputée. En 1922, lorsque le gouvernement canadien créa Wood Buffalo, le plus grand parc national du pays, 80% du territoire du delta fut inclus dans son périmètre. En 1982, l’Unesco classa Wood Buffalo et le delta Paix-Athabasca au patrimoine mondial de l’humanité et les désigna parallèlement comme un site Ramsar d’importance internationale.

« Le prix mondial du développement insoutenable »

Aussi important et reconnu qu’il soit au niveau international, le delta est en train de mourir lentement. Le changement climatique, les barrages hydroélectriques, la pollution et les extractions massives de l’eau des rivières pour la fracturation hydraulique et l’exploitation des sables bitumineux affectent si lourdement l’intégrité écologique de la région que Wandering Spirit est maintenant la seule personne qui continue à y vivre tout au long de l’année. La pêcherie commerciale est abandonnée, en raison notamment de lésions et de malformations qui rendaient le poisson invendable. Les truites que l’on pouvait capturer dans la partie aval de la rivière Athabasca ont disparu. De même la plupart des caribous.
Les populations de rats musqués ont décliné si brutalement que les aborigènes ont renoncé à les piéger. Les oiseaux sont eux aussi touchés. Les populations de gibiers d’eau comme les macreuses ou les fuligules ont chuté de 70% ou plus depuis les années 1950. Les œufs de goélands à bec cerclé collectés en 2012 contenaient 139% de mercure de plus qu’en 2009. « Rien sur la planète ne peut être comparé à la destruction en cours dans cette partie du monde », résume David Schindler, un scientifique canadien de renommée mondiale qui étudie la région depuis plus de 20 ans. « S’il y avait un prix mondial du développement insoutenable, les sables bitumineux seraient sûrs de gagner. »

(...)

Zones humides détruites

La baisse du niveau des rivières n’est pas le seul problème à laquelle la région est confrontée. Avant que les entreprises de sables bitumineux n’entrent en scène, au moins la moitié, si ce n’est les deux tiers des territoires aujourd’hui exploités étaient des zones humides boréales typiques du nord de l’Alberta. Ces zones humides, au sud du delta, abritaient un grand nombre d’espèces végétales, parmi lesquelles des orchidées sauvages parmi les plus rares de l’Ouest canadien ; des centaines d’espèces d’oiseaux ; des espèces d’insectes innombrables ; et des grands mammifères comme le caribou des bois, l’élan, le loup ou le grizzly. Personne ne sait l’étendue de la biodiversité qu’elles abritaient, car aucun inventaire n’en a jamais été réalisé, que ce soit avant ou pendant la construction des installations industrielles destinées à l’exploitation des sables bitumineux.

Ce que l’on sait, c’est que ces zones humides, après avoir été minées par les firmes pétrolières, ne filtrent plus l’eau, ne séquestrent plus le carbone et ne nourrissent plus la chaîne complexe de plantes et d’animaux qui en dépendaient auparavant. Outre les émissions de gaz à effet de serre directement issues de la combustion du pétrole extrait en Alberta, les transformations de paysages occasionnés par l’exploitation des sables bitumineux pourraient également générer entre 11,4 et 47,3 millions de tonnes de carbone, selon une étude de la scientifique canadienne Suzanne Bayley. Ces transformations, ajoute-t-elle, réduiront parallèlement la capacité de séquestration du carbone des zones humides de la région de peut-être 7,2 millions de tonnes par an.

1 juin 2015

Le pillage des Wayuu (mais ça fait de l'emploi)

Au nom de l'extractivisme, on sacrifie une communauté indienne indigène, les Wayuu.

Nous rappelons que les actes commis au nom du profit, dans le cadre de la propriété lucrative, sont de la responsabilité desdits propriétaires, nous rappelons que tous les crimes commis par les multinationales sont imputables, en terme de responsabilité juridique et éthique, aux seuls actionnaires, aux seuls propriétaires lucratifs qui retirent des bénéfices desdits actes.

Traduction et extrait de l'article sur la question de Kaos en la red (ici, en espagnol)

Les Wayuu disparaissent lentement du fait de l'exploitation de leurs ressources naturelles par les multinationales. L'extermination de ce peuple se déroule dans l'indifférence générale de la "communauté internationale". Un peuple en voie d'extinction.

2010051517131925_640Quelques chiffres. On estime le nombre des Wayuu à 600.000. Ils vivent de part et d'autre de la frontière entre le Venezuela et la Colombie. En Colombie, ils vivent dans le département de la Guajira, au Nord-Est du pays et, au Venezuela, ils habitent dans l'État de Zulia, au Nord-Ouest de cette nation. Ils occupent un territoire de 15.300 km² et 97% d'entre eux parlent leur langue, le wayuuniaki. Seuls 32% d'entre eux maîtrisent l'espagnol, langue véhiculaire de leurs pays respectifs.

Les Wayuu ont toujours vécu de l'artisanat, de la chasse et de la pèche. Mais, aujourd'hui, leur vie est menacée. Les multinationales alliées au gouvernement néo-libéral pillent leurs ressources naturelles indispensable à leur survie. La rivière Rancheria est d'une importance capitale pour que la communauté puisse survivre. Elle s'en sert pour tirer l'eau de sa consommation de tous les jours mais aussi pour la pèche et pour toute sorte d'activités. Cependant, on ne tient aucun considération des besoins des peuples indigènes. C'est le cas des super-puissantes multinationale BHP Billiton et aussi Anglo América, toutes deux expertes dans l'exploitation des matières premières telles que le diamant, l'or ou le charbon.

Le charbon signe la condamnation à mort de la communauté Wayu. En effet, la plus grande mine à ciel ouvert du monde, El Cerrejón, pompe chaque jour plus de 35.000 litres d'eau dans la rivière Rancheria pour extraire le charbon. De plus, le peu d'eau qui reste aux habitants est polluée et, de ce fait, dangereuse.

(...)

L'épuisement des ressources en eau et leur pollution provoquent une véritable hécatombe humanitaire. L'absence d'enquête et de statistique sur le drame qui se déroule dans cette communauté rend difficile la publication de chiffres précis de l'impact des multinationales sur ces communautés.

Mais, selon la communauté Wayuu, plus de 14.000 enfants sont morts d'inanition. Quelques 36.000 enfants souffrent de malnutrition. Selon le Département Administratif National de Statistique, en 2012, ce sont 38,8% des enfants de moins de cinq ans qui sont morts.

(...)

Ce sont non seulement les humains qui meurent de soif du fait des activités extractives criminelles mais aussi toute la faune et toute la flore sur le point de disparaître. Tous les jours ou presque, les habitants retrouvent des cadavres d'animaux morts de soif. Tout l'écosystème d'une communauté est menacé par l'exploitation des ressources naturelles. Toute une histoire, une culture, une civilisation meurent sans que s'en émeuvent vraiment les "défenseurs des droits de l'homme".

Une habitante Wayuu constate: "c'est un territoire ancestral que nous avons toujours habité. Nous avons notre cimetière ici. Mais, ici, les intérêts de l'industrie prévalent sur les droits humains." Quand les communautés indigènes osent se soulever pacifiquement contre cette situation, l'État n'hésite pas à réprimer brutalement les manifestants comme il l'a toujours fait. 

(...)

La Colombie n'est absolument pas un cas isolé. Tout le continent latino-Américain est confronté à la sauvagerie des multinationales depuis déjà plusieurs décennies.

Il y a eu le cas 

de Chevron qui a détruit littéralement une partie de la forêt amazonienne en territoire équatorien.

de l'entreprise états-unienne Bunge qui vend du sucre à Coca-Cola et qui a déporté des tribus pour récolter davantage de canne.

La liste serait interminable. Pour ce qui est de l'État de Colombie, il ne semble pas pressé d'intervenir. Rappelons-nous que le gouvernement colombien n'a presque rien à faire simplement parce que cela fait déjà plus de cinquante ans que tous les gouvernements successifs ont déroulé le tapis rouge aux investisseurs et aux multinationales. Pour ces multinationales, la Colombie est un paradis minéral: nickel, platine, or, émeraudes, diamants ... une vraie mine d'or. Les multinationales se battent pour se réserver leur part du gâteau. Depuis l'anglaise Anglo-American jusqu'à l'états-unienne Monsanto en passant par l'espagnol Telefónica, les multinationales du monde entier se sont donné rendez-vous depuis des décennies pour piller la Colombie. Selon le site web de la revue Semana, le pays aurait sur son territoire plus de 700 multinationales. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que les chancelleries occidentales soient si obligeantes envers Bogotá ou envers le Mexique ou le Pérou. Ces trois pays ont obéi systématiquement aux ordres des institutions financières internationales en libéralisant leur économie, en vendant leurs bijoux de famille et en recevant à bras ouverts les investisseurs occidentaux. Dans ces pays, le temps semble s'être arrêté. Les temps de l'exploitation minière par les conquistadors espagnols se sont prolongés, aujourd'hui, chez les nouveaux propriétaire de l'économie mondiale: les multinationales. Ces nations semblent être condamné au pillage permanent de leurs richesses naturelles.

Au Pérou, des milliers de paysans ont été expulsés de leurs terres par l'État pour rassasier la multinationale Newmont qui exploite l'or et le cuivre dans la région de Cajamarca. Comme pour la communauté Wayuu, l'exploitation des ressources naturelles pompe des quantités monstrueuses d'eau, ce qui a asséché les terres et a tué les communautés locales obligées d'errer dans les villes. Nombre de paysans qui ont osé protester contre l'hégémonie des multinationales ont été tout simplement fusillés. Il y a à peine deux semaines, un paysan est mort et deux personnes ont été blessées par la police alors qu'ils protestaient contre le nouveau projet minier de l'entreprise Southern dans la province de Islay sur la côte Ouest du pays.

Au Mexique aussi, les multinationales dictent leurs lois. En décembre 2013, le président Enrique Peña Nieto a annoncé la privatisation du secteur pétrolier. Un secteur qui avait été nationalisé en ... 1933. Il ne fait aucun doute que le responsable de la mort des 43 étudiants de Ayotzinapa est le symbole le plus éloquent de la soumission d'une partie du continent latino-américain aux entreprises étrangères.

Depuis les années 1980, l'État mexicain n'a cessé de brader ses richesses et son territoire aux investisseurs étrangers. En 1994, le Mexique a signé sa condamnation à mort en signant le Traité de Libre Échange d'Amérique du Nord.

Quelles sont les conséquences de ces privatisations [ces enclosures] à marche forcée? Quels sont les résultats pour la Colombie en termes de taux de pauvreté, de taux d'inégalité? Quand la majorité des pays de la région ont diminué leur taux de pauvreté, la Colombie ne parvient pas à améliorer les conditions de vie de ses populations les plus pauvres.

Entre 2002 et 2008, alors que l'Argentine, par exemple, réduisait son taux de pauvreté de 45% à 11,3%, la Colombie ne parvenait qu'à le réduire de 8,5%, de 54% à 45%.

Le coefficient de Gini qui mesure les inégalités est le plus élevée d'Amérique latine en Colombie: il se situe à 53,5 en 2012.

Alors que certains pays se soumettent toujours plus à Washington, Madrid ou Londres, d'autres pays, en revanche, ont décidé de choisir leur propre destin, comme le Venezuela ou la Bolivie, pour prendre seulement ces deux exemples.

Maltraités par des années de néolibéralisme qui ne leur avaient amené que de la misère, des inégalités, du chômage, de la faim, les nouveaux dirigeants de ces nations sud américaines, quand ils sont arrivés au pouvoir, ont décidé que les ressources naturelles devaient appartenir au peuple et non aux capitalistes occidentaux. C'est avec cette seule idée que Hugo Chávez a nationalisé les richesses pétrolières du pays.

Evo Morales de son côté fit voter une loi hydrocarbure qui permet à l'État d'acquérir 82% des bénéfices de l'exploitation pétrolière et gazière et qui ne laisse que 18,5% aux multinationales. Avant que cette loi ne passe, les chiffres étaient exactement inversés.

Cette politique volontariste et interventionniste a permis de réduire la pauvreté et les inégalités. En Bolivie, entre 2006 et 2014, la pauvreté est passée de 38% à 18% [ce qui met ce pays au niveau de pauvreté de l'Europe] et le Venezuela s'est déclaré "territoire libéré de l'analphabétisme".

Au-delà de la comparaison entre pays néolibéraux et pays progressistes, se pose une question urgente. À quel type de développement doit se consacrer l'Amérique Latine pour son avenir? Alors que, selon les pays, les bénéfices de l'extraction minière et pétrolière n'aillent pas aux mêmes classes sociales selon les pays, comme nous l'avons vu, le point commun entre tous ces gouvernements, c'est l'insistance sur le modèle productiviste, modèle destructeur non seulement de l'environnement mais aussi des communautés indigènes qui sont les premières à pâtir de ces activités économiques.

La sortie de ce modèle est une urgence pour tous les pays d'Amérique latine [et du monde, merci pour nous].

29 mai 2015

La moitié du bois pillée illégalement

Telesur résume le pillage dont sont victimes les forêts du Panama (ici, en espagnol).

Traduction résumée
Une étude récente du ministère de l'Environnement de ce pays d'Amérique Centrale a mis en évidence l'exploitation d'au moins 50.000 m³ de bois par des trafiquants locaux - il s'agit notamment de cèdre, de pin jaune mais aussi la caoba et le cocobolo qui sont plus précieux. Plus de 96% de ce bois est abattu illégalement, c'est-à-dire 48.000m³ proviennent de la province de Darien (Est) dans laquelle se situe au sein de la plus grande réserve forestière du Panama et d'Amérique Centrale.

Dans cette réserve, le ministère compte 2.638 espèces de fleurs qui constituent 27,7% de toutes les espèces de ce pays. Dans ce parc de Darien, il y a beaucoup de pauvreté et l'argent qui peut rentrer facilement, c'est celui des arbres. Il faut savoir que les Indiens pratiquent le développement durable dans la région au travers de la Embera-Wounaan qui est une concession forestière de 26.720 hectares où ils essaient d'investir et d'exploiter la forêt sans affecter les processus écologiques de la région.

17 mai 2015

Monsanto perd face aux apiculteurs yucatèques

Ce n'est pas en Europe que Monsanto a perdu le droit de faire du profit au détriment des autres êtres vivants, non. L'Europe est sans doute trop faible politiquement. C'est au Mexique.

Extrait de l'article de Vivre au Mexique (ici, en français)
Les apiculteurs de la péninsule du Yucatán ont remporté un procès contre le géant Monsanto, après deux ans de procédures. Ils s’opposaient à la décision du Ministère de l’Agriculture d’autoriser la plantation d’OGM. Le juge a révoqué l’autorisation et demandé que, conformément à la constitution mexicaine, des référendums soient tenus dans les communautés autochtones Santa Elena, Ticul, Oxkutzcab, Tekax, Tzucacab, Peto et Tizimin avant tout changement en la matière.
(En ces temps où la finance semble dicter tous nos faits et gestes, il faut avouer qu’un juge qui rappelle le droit à l’autodétermination des peuples, ça fait plaisir!)
Le Mexique est un des plus grands exportateurs de miel, le 3e au monde, et 40% de cette production a lieu au Yucatán. 25 000 familles en vivent. Avec les difficultés qu’ont les apiculteurs et les incertitudes liées au syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles, phénomène complexe et multifactoriel, on comprend aisément leur inquiétude. De plus, le miel est principalement exporté en Europe, où il perd la certification bio lorsque les abeilles sont sur un territoire où se cultivent des OGM.
La victoire est encore loin d’être définitive, Monsanto, soutenu par les autorités fédérales, a déjà lancé 74 appels contre le jugement. On se rappellera qu’il y a peu ils avaient carrément demandé la destitution du juge qui les avait déboutés! Cependant, c’est un espoir pour les états voisins du Quintana Roo et du Chiapas, où la même question se pose.

1 mai 2015

10.000 Amérindiens occupent ... leurs terres

La lutte entre formes de vie employistes et hors emploi prend diverses formes selon les régions et les époques mais elle passe toujours par une phase d'expropriation des peuples de leurs propres ressources communes, ce que Polanyi appelait l'enclosure en Angleterre ou que l'on appelle aujourd'hui l'accaparement. En voici un exemple amené par Jules Hemerlin dans Basta (ici), en français et en libre accès.

Extraits
Dans les montagnes du sud-ouest de la Colombie, les Nasas sont en lutte pour récupérer des terres promises par l’État il y a plus de 20 ans. Le gouvernement tergiverse, et les industriels installés sur ces terres n’ont pas l’intention de les restituer. Malgré les intimidations et les violences de la police et des groupes paramilitaires, 10 000 Nasas occupent ces terres depuis plusieurs mois.
(...)

En 2013, le gouvernement s’engage à nouveau à restituer 40 000 hectares au rythme de 10 000 ha par an. Finalement, les Nasas se voient proposer en 2014 de récupérer des terres situées à quelques centaines de kilomètres de leur territoire ! En février dernier, le ministre de l’Agriculture a carrément expliqué que 20 000 hectares représentent déjà une superficie exagérée et que le gouvernement n’est pas en mesure de satisfaire cette demande (cela correspond à 0,01% du territoire colombien). Et pourtant, les terres revendiquées appartiennent bel et bien aux Nasas, si l’on en croit les titres de propriété – toujours valides – octroyés au 18ème siècle par la couronne d’Espagne aux conseils nasas.
Industries minières et agro-alimentaires revendiquent les terres et sous-sols
Refusant qu’une partie de leur communauté soit déplacée, les Nasas prennent la décision de cesser les négociations en cours avec le gouvernement jusqu’à ce que ce dernier ne leur cède 20 000 hectares (l’équivalent de la superficie du département de Seine-Saint-Denis). Problème : les terres en question appartiennent aujourd’hui à de grands industriels sucriers colombiens, le sous-sol a été concédé à la multinationale minière sud-africaine AngloGold Ashanti et un projet d’aéroport à vocation militaire a vu le jour sur cette même zone.
Ces dernières semaines, le conflit s’est intensifié. Les Nasas sont entrés dans une phase d’action qu’ils nomment « minga permanente » : s’ils se font expulser, ils reviennent dans les champs de canne à sucre qu’ils rasent pour y pratiquer leur propre agriculture. Armés de leurs bâtons, de pétards et de fusées, les Nasas affrontent les forces de polices, les escadrons anti-émeutes ainsi que des contingents militaires. « L’État a réagi en réprimant très fortement », commente Célia. Selon les organisations autochtones, 151 Nasas ont été blessés. 16 le sont gravement et trois ont été touchés par des tirs d’armes à feu. Quatre autres sont en attente de jugement, accusés par la police d’être des guérilleros infiltrés.

6 avr. 2015

Il n'y plus d'eau pour les gens

En Colombie, selon Kaos en la red (ici, en espagnol), le barrage de la principale rivière de la région et la privatisation de son eau au profit de l'industrie agricole et de la plus grande mine de charbon à ciel ouvert du monde fait mourir de faim et de soif la plus grande communauté indienne de Colombie, les Wayuu.

Cette rivière se situe dans l'extrême nord du pays, dans la péninsule désertique de La Guajira, à un endroit où au moins 37.000 personnes souffrent de malnutrition. On parle de près de 14.000 enfants déjà morts d'inanition.

Selon les services d'accompagnement à la population, il est difficile d'évaluer la tragédie qui frappe les Wayuu. Cette communauté n'a pas de représentation étatique. Les données divulguées par le journal électronique alternatif Las 2 Orillas soulignent que la plupart des enfants indigènes qui meurent dans la région ne parviennent pas à arriver aux centres de soin les plus proches pour êtres soignés. Sans moyen de transports, ces enfants devraient marcher sur des distances énormes à travers le désert.

De la même façon, plus de la moitié des enfants ne sont même pas inscrits dans le registre civil à la naissance et n'ont pas de déclaration de décès à leur mort. Cela rend impossible au gouvernement d'avoir des statistiques réelles de la situation à La Guajira.

Les Wayuu vivent sans accès à l'eau depuis que la rivière Rancheria s'est totalement asséchée. Ses eaux sont aujourd'hui destinées exclusivement aux grandes exploitations agricoles du sud de la région et aux opérations des mines de charbon. Actuellement, dans le lit du fleuve, passent les automobiles et les animaux. De ce fait, les Indiens vivent dans des conditions de misère, ils manquent d'aliments et de services basiques tels qu'un aqueduc, la santé, l'électricité ou l'école.

La région de La Guajira peuplée de 500.000 personnes a reçu ces vingt dernières années plus d'un milliard de dollars pour encourager l'extraction minière (charbon et gaz), outre un montant annuel du budget fédéral. L'essentiel de ces subventions est détourné par des administrations locales corrompues.

Les programmes alimentaires pour les Wayuu ne parviennent généralement pas à leurs destinataires du fait de la corruption.

11 mars 2015

La justice contre le droit

Les Premières Nations réagissent aux attaques économiques qui leur sont faites. Le gouvernement conservateur de Harper entend faciliter et légaliser le pillage des ressources des Indiens. Il faut savoir que ces les Indiens sont traités comme des étrangers dans leur pays, qu'ils sont frappés par la violence, la misère, l'ostracisme social et le chômage. L'idée de leur rendre leurs ressources n'est peut-être pas délirante au vu des dégâts que provoquent leur colonisation.

En mai dernier, Philippe Pataud Célérier revenait sur les luttes des Indiens et les exaction des porteurs d'eau du capitalisme prédateur.

Extrait de l'article (disponible ici, en français)

Le mouvement Idle No More a été lancé fin 2012 par quatre femmes de la Saskatchewan, une province des Prairies (Centre-Ouest). Mmes Sylvia McAdam, Jessica Gordon, Nina Wilson et Sheela McLean dénonçaient l’adoption par le Parlement canadien des lois C-45 et C-38. Votés à la va-vite, sans possibilité de débat, ces deux textes, épais de quatre cents pages chacun, ont des implications considérables. Le premier modifie la loi sur les Indiens, qui date de 1876 : l’Etat peut désormais louer ou acheter les terres d’une réserve sans avoir obtenu l’accord de la majorité des électeurs du conseil de bande — l’organe décisionnaire des réserves —, mais seulement de la majorité des présents. Le second texte limite la portée de la loi sur la protection des eaux navigables à quatre-vingt-dix-sept lacs et soixante-deux rivières, soit moins de 1 % des eaux douces du pays.
Ces mesures visent à garantir aux investisseurs étrangers l’accès aux terres et aux importantes réserves prouvées de pétrole (les troisièmes du monde) issues des sables bitumineux. Ironie de l’histoire, celles-ci se trouvent dans le Moyen et le Grand Nord du Canada, là où se sont réfugiés la majorité des autochtones après avoir été chassés du Sud par les colons européens. La question des droits fonciers se pose avec d’autant plus d’acuité aujourd’hui que les enjeux économiques sont colossaux.

21 janv. 2015

Résistance aux mines

The Nation nous fait savoir que, au Guatemala, le gouvernement (conservateur) et les entreprises minières tirent à balles réelles sur les opposants non-violents.

On note aussi l'usage de gaz lacrymogène, 8.000 militaires, des contrôles pour protéger les intérêts privés des intérêts des propriétaires lucratifs des compagnies minières.

Il va sans dire que les pauvres gens défendent leur droit à la terre, leur droit à conserver leurs ressources - avec notre soutien.

Source The Nation (ici, en anglais).

3 janv. 2015

Les Mapuche défendent leurs droits à la terre

Selon un article de Telesur (ici, en espagnol), la communauté Mapuche au Chili a déposé un recours d'interdiction d'exploitation de ressources minières sur leurs terres sans autorisation.

Elles ont déposé leur recours à la court d'appel de Valdivia. Ce recours repose sur la convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail (OIT) ratifiée par le pays en 2008. Malgré l'intérêt de la présidente Michelle Bachelet à reconnaître les droits des peuples indigènes, leur cause ne semble pas avoir beaucoup progressé ces dernières années.

1 janv. 2015

L'appel de la forêt de Lacandone


Il y a trente ans, les sans terre, les sans salaire, les sans noms, les sans statut déclaraient leur existence dans une forêt perdue au Sud du Mexique. Ils dénonçaient les exactions dont ils étaient victimes, ils dénonçaient les 500 années d'accaparement de terre. Ils déclaraient leur droit inaliénable à la vie, à leur propre forme de vie. Ils s'organisaient en "caracoles", en comités de défense, en force matérielle.

Trente ans plus tard, leur appel sonne étrangement dans la nuit européenne, dans la nuit de la guerre au salaire que nous traversons, nous producteurs dépossédés, assommés par ce qui nous arrive.

Indépendamment du bilan de l'aventure de l'EZLN, la déclaration de la forêt de Lacandone rappelle que, parce qu'elles piquent, les guêpes ne se font pas tuer. Avec humilité, sûrs de notre droit, nous faisons écho à cet appel.

C'est la démocratie, le travail (pas l'emploi, le travail), le droit à la vie, la liberté que les Indiens réclamaient au nom des 500 ans de résistances des leurs.

Au nom de la résistance de nos glorieux ancêtres, c'est notre droit à la vie en marge de la servilité gluante de l'emploi, de l'obéissance, de la soumission aux intérêts criminels du lucre que nous proclamons.

Nous réclamons la démocratie dans le travail, nous réclamons la libération du joug des propriétaires lucratifs dont nous affirmons l'illégitimité. Nous appelons au droit à la vie et aux formes de vie.

Nous appelons à la multiplication des forêts de Lacandone. Nous dénonçons l'attaque qu'est cet article 63§2 comme un acte de guerre lâche contre des mères célibataires et des jeunes désarmés. Nous appelons les chômeurs exclus aujourd'hui à inventer de nouvelles formes de solidarité et nous affirmons leur droit imprescriptible, notre droit à tous, à être reconnus comme producteurs économiques, notre droit au salaire. Nous leur exprimons notre amitié et notre soutien.

Ce sont là les vœux que nous exprimons pour cette année: que la peur change de camp, que la légitimité change de camp - la justice est déjà de notre côté.





Declaración de la Selva Lacandona (Audio original 1 de enero de 1994)
Declaración de la Selva Lacandona HOY DECIMOS ¡BASTA! Al pueblo de México: Hermanos mexicanos: Somos producto de 500 años de luchas: primero contra...

22 déc. 2014

Victoire juridique du droit

Orlan Cazorla nous apprend une nouvelle réjouissante dans Diagonal (ici, en espagnol). Il s'agit d'une victoire judiciaire du droit, une victoire du droit d'usage vivrier contre l'accaparement, le mensonge et la violence des compagnies à profit (et à emploi).

 Résumé et traduction.

La cour suprême de Cajamarca (Pérou) a relaxé Máxima Acuña et sa famille. Elle a prononcé un non-lieu dans l'affaire opposant Máxima Acuña à une entreprise minière, Yanacocha, pour une prétendue appropriation illicite de terrains. Au terme d'une longue instruction qui a duré plus de trois ans, le juge a fini par déclarer fonder le recours en appel contre la sentence antérieure qui les condamnaient à deux ans et huit mois de prison et à une amende de 5.500 sols. 

"Je suis d'accord avec les magistrats qui ont rendu justice. À aucun moment, je n'ai vendu mon terrain mais ils ont profité du fait que je suis une femme humble, une paysanne", affirme, émue, Máxima Acuña en apprenant la sentence.

Bien que l'entreprise de Yanacocha affirmait qu'ils étaient des usurpateurs, qu'ils étaient entrés sur son terrain en frappant la police, l'avocat de la famille Mirtha Vásquez Chuquilín déclara, "tous ces mensonges se sont effondrés, la chambre a finalement établi qu'il n'existait aucune preuve de ce que Yanacocha avançait".


"Je resterai sur mes terres puisque je ne crains plus le délogement dont Yanacocha me menaçait tous les jours" déclara Acuña. La famille avait acheté 18 hectares en 1994 - ce qu'établit un certificat de propriété - alors que l'entreprise achetait à la même communauté 270 hectare près de leur terrain. Depuis ce jour, l'entreprise s'est présentée avec des machines et des policiers pour les expulser. En 2011, l'entreprise minière a intenté un premier procès pour usurpation de terres. Après bien des appels, en août 2014, le juge a émis un prononcé défavorable à la famille, prononcé maintenant annulé. La famille est donc blanchie et ne pourra donc pas être expulsée de ses terres.

La parcelle de la famille se trouve face à l'étang bleu, un des étangs qui pourraient être touchés par le projet minier Conga. Ce projet est actuellement paralysé. Il s'agit d'extraire entre 480.000 et 780.000 tonnes d'or par an et 54.000 tonnes de cuivres pendant une vingtaine d'années avec un investissement estimé à 4,8 milliards de dollars (4 milliards d'€).

Dans le cadre de ce projet, ils envisagent de détruire quatre étangs. Deux seraient vidés pour extraire les minéraux et les deux autres seraient utilisés pour déverser les déchets d'exploitation. Selon une enquête de l'organisation écologiste Environmental Defender Law (ici, en anglais), l'eau de la zone est potable et elle est utile à l'agriculture et aux autres activités telles l'élevage de truites de la région. Le rapport précise dans ses conclusions que le sous-sol des étangs que Yanacocha veut utiliser pour stocker ses déchets toxiques n'est pas imperméable mais que la roche calcaire poreuse exfiltrerait les substances polluantes dans tout le système hydrique. Cela polluerait les sources et les autres ressources aquifères souterraines dans lesquelles les métaux tels que l'aluminium, l'arsenic, le plomb resteraient des années après la fin de l'exploitation. Le projet Conga a suscité une opposition très vive. La police a tué cinq personnes pendant la manifestation de 2012. Máxima a recueilli 116.512 signatures de soutien. Les signataires demandent en outre l'abrogation de la loi qui permet aux forces de police d'opérer sous contrat privé, comme force de sécurité des entreprises minières.

10 déc. 2014

L'art de la tronçonneuse

Amy Goodman reçoit l'auteure d'un rapport sur la situation au Pérou, Julia Urrunaga (ici, en anglais ou en espagnol) sur la célèbre radio de la toile Democracy now!

Pour l'auteure du rapport, la fraude et la corruption menacent la forêt vierge au Pérou. Plus de la moitié du pays est recouvert de forêt vierge (60%), soit une superficie supérieure à celle de la France.

La disparition de cette forêt crée un problème pour le bilan CO2 mais aussi pour la biodiversité. Les communautés indigènes sont peu ou pas soutenues par le gouvernement. Elles se font tuer et spolier de leurs ressources traditionnelles. Elles ne reçoivent pas d'indemnisation en justice. Plus de 300.000 arbres ont été illégalement abattus - ces arbres sont consommés aux États-Unis.

L'intégralité du rapport est disponible en ligne ici, en anglais.

9 déc. 2014

900 morts pour la terre

In memoriam et en hommage à toutes celles, à tous ceux qui ne se résignent pas

Elisabeth Sneiter résume l'enquête de Global Witness dans Reporterre (ici, en français et en libre accès). Le rapport fait le tour du monde et compte 900 morts. Mais il en manque un dans ce rapport: Rémi Fraisse a bel et bien été tué en France parce qu'il défendait la nature contre la gestion techno-capitaliste.

Le rapport examine les massacres connus de défenseurs des droits environnementaux et territoriaux. Il montre une nette augmentation de ces morts violentes à partir de 2002 parallèlement à l’intensification de la concurrence pour les ressources naturelles.

- Evolution du nombre d’assassinats de défenseurs de l’environnement -

Le rapport souligne également la grave pénurie d’information et de suivi de ce problème, ce qui signifie que le total est probablement beaucoup plus élevé que les chiffres disponibles.
Les conflits sur l’exploitation forestière industrielle, l’exploitation minière et les droits fonciers sont les principaux motifs des meurtres, et les zones les plus dangereuses sont l’Amérique latine, et la zone Asie Pacifique, zones sur lesquelles se concentre l’étude.
Aucune information semble-t-il sur la Chine ou la Russie.
« Nous voyons encore et encore de petites élites puissantes vendre la terre, les forêts et les autres ressources, qui appartiennent au pays dans son ensemble, et en particulier à ceux qui y vivent, dans des transactions secrètes avec les grandes entreprises, » dit Oliver Courtney, chargé de campagne pour Global Witness à Londres.
Au Brésil, les principaux défenseurs de la forêt tropicale José Cláudio Ribeiro da Silva et son épouse, Maria do Espírito Santo, auraient été abattus en Amazonie brésilienne en 2011, après des années de campagne contre l’abattage illégal et les expulsions forcées.
Le Brésil est le pays le plus meurtrier au monde pour les communautés de défense des ressources naturelles, avec 448 décès entre 2002 et 2013, suivi par 109 au Honduras et 58 au Pérou. En Asie, les Philippines sont le pays plus meurtrier avec 67, suivi par la Thaïlande à 16. Plus de 80 % des décès enregistrés étaient en Amérique latine et centrale.
Isolete Wichinieski, coordinateur national du groupe brésilien Commisão Pastoral da Terra, a déclaré : « Ce qui nourrit la violence, c’est l’impunité. » En douze ans, il n’y a eu que dix condamnations pour homicide au Brésil. Les conflits les plus violents ont lieu dans des zones nouvellement déboisées où les communautés sont d’abord confrontées à des bûcherons illégaux, suivis de près par les éleveurs de bétail et les cultivateurs de soja.
Au Honduras, le deuxième pays le plus dangereux, 93 paysans de la région fertile Bajo Aguán ont été assassinés depuis 2010 dans des conflits pour les terres avec l’agro-industrie qui élargit ses plantations de palmiers à huile.
En Asie, l’activiste thaïlandais Prajob Naowa-opas, qui a lutté pour sauver sa communauté située au centre de la Thaïlande contre le déversement illégal de déchets toxiques, a été tué par un tireur en plein jour en février dernier.
« Le meurtre de sang-froid de Prajob est un exemple de plus de l’échec fondamental des autorités thaïlandaises à protéger les militants qui risquent leur vie en défendant leurs communautés », avait déclaré Brad Adams, directeur pour l’Asie de Human Rights Watch, à l’époque.
Dans l’ensemble, le rapport montre qu’il est plus important que jamais de protéger l’environnement, et il invite les gouvernements nationaux et la communauté internationale à agir d’urgence pour protéger la nature et les citoyens qui la défendent.