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8 mars 2015

L'austérité contre les femmes (1)

Ana Vilenica nous explique dans le Courrier des Balkans pourquoi les femmes sont particulièrement visées par les politiques employistes austéritaires.

Extraits de l'article disponible ici en français.


Les femmes sont les premières à être licenciées, les premières à être touchées par les mesures de privatisation de la santé et des services sociaux. L’État abandonne ses responsabilités à la « société civile », tout en tenant un discours nataliste culpabilisateur. Le néolibéralisme mène directement au retour des modèles traditionnels et patriarcaux et distribue le rôle des femmes et celui des hommes.

L’adoption de la politique d’austérité et le débat public qu’elle suscite ont encore une fois confirmé la conception inégalitaire des sexes, de la place et du rôle respectif des femmes et des hommes dans la société serbe.
L’exaltation de la maternité et du patriarcat par les courant libéraux créent la conviction que la maternité serait inhérente à la condition féminine. Ce discours a pour conséquence directe la raréfaction des femmes sur le marché du travail, qu’elles aient choisi de devenir mère ou non. Les femmes qui ne souhaitent pas ou ne peuvent pas devenir mère sont ainsi traitées d’« hédonistes improductives » (?!) ou de fainéantes, et celles qui, ayant choisi de devenir mère, bénéficient d’allocation congé parental, sont qualifiées de parasites. Parallèlement au développement de ce type de discours, se met en place une politique d’austérité qui influence directement le pouvoir d’achat des femmes, leur indépendance, leur mobilité, leur sécurité financière ainsi que leur santé mentale et physique.
Le montant de la prime à la naissance accordée aux femmes enceintes a été diminué de plus de moitié (au lieu de 400 euros, elles reçoivent maintenant environ 160 euros). En avril, on a supprimé l’aide financière exceptionnelle en cas de grossesse gémellaire. On durcit aussi les conditions d’obtention des allocations congé parental dont beaucoup de femmes dépendent. Les mesures d’austérité influent de façon négative sur la puériculture en général. Les aides financières allouées à partir du second enfant ainsi que les places prioritaires en crèche ou les facilités alloués aux parents ayant un crédit immobilier ont été annulées. Un gros problème subsiste quant au prix exorbitant des crèches publiques, dont les tarifs sont fixés de façon illégale à cause d’un manque de subventions publiques.
Les femmes supportent le poids de l’austérité
Cette situation a pour conséquence d’inciter à la création de crèches privées très chères et dont ne peuvent bénéficier qu’une poignée de privilégiés. Ceux ou celles qui n’ont pas les moyens d’utiliser ces services privés doivent compter sur l’aide des grands-parents. Il va de soi que la conséquence de cette situation est un retour vers les rôles traditionnels des femmes et des hommes au sein du groupe familial et la promotion du modèle de la mère/femme au foyer.
Chaque jour, un très grand nombre de femmes se retrouve au chômage. Selon les chiffres officiels, le chômage des femmes est 16% plus élevé que celui des hommes et on dénote un grand écart de salaire entre les sexes. Le chômage touche plus particulièrement les mères d’enfants en bas âge et les femmes de plus de 50 ans. Le comportement des employeurs dans le secteur privé, où travaillent 47% de femmes, influent directement sur le choix de devenir parent, par la pression et la dissuasion. Il arrive aussi très souvent que les femmes enceintes soient renvoyées ou qu’on ne leur verse pas leurs allocations à temps. Les réformes de la loi du travail n’en finissent pas de relativiser les droits des femmes, femmes que l’on encourage maintenant à retourner travailler après trois mois de congé maternité.
Les mesures d’austérité dans le secteur de la santé touchent aussi plus brutalement les femmes que les hommes. Le manque d’investissement dans les infrastructures hospitalières, la réduction des subventions publiques pour des examens préventifs, le manque de personnel médical et l’augmentation du rythme de travail, ne font qu’aggraver la mauvaise qualité des soins de santé. Cela a pour conséquence le développement des cliniques privées qui font progresser les inégalités.

(...)

La crise du capitalisme et les mesures d’austérité ont une indéniable dimension genrée. Les femmes ont toujours été celles qui souffrent le plus durant les crises du capitalisme et qui, de par leur investissement et leur travail, sont sommées de prendre la relève de l’État démissionnaire. Les services sociaux se retirent, et ce sont les femmes qui prennent le relai, en prenant sur leurs épaules une grande quantité de travail indispensable mais dénigré (le travail à la maison, la garde des enfants ou la prise en charge des personnes âgées).
Les médias jouent un grand rôle dans la création de ce climat général. Le quotidien Politika publiait il y a quelques semaines un article assez révélateur titré « Près de la moitié des Belgradoises trentenaires sont sans enfant ». Cet article, ouvertement dénonciateur, a suscité un grand nombre de critiques, qui ont a leur tour été dénoncées par un second article dans le même quotidien intitulé « Le nouvel ordre féministe » moquant la place et les choix des femmes. Un autre texte mérite notre attention. Intitulé « Il était plus difficile d’être mère à l’époque du socialisme », cet article use du révisionnisme historique pour dépeindre la maternité au temps du socialisme comme répressive, et met de côté toutes les victoires gagnées par les femmes sur le chemin de l’égalité entre les sexes.
Durant la période socialiste, les femmes avaient toutes le droit à une sécurité sociale gratuite, les services sociaux étaient accessibles et la sécurité de l’emploi était garantie après un congé parental d’un an. A cette époque, l’émancipation des femmes était liée à l’idéal de l’emploi garanti pour tous les citoyens et à celui de la prise en charge des tâches familiales par l’État. Cet idéal n’a malheureusement jamais été atteint pour des questions économiques et à cause d’un manque de volonté politique. Même si ce système n’était pas parfait, il était néanmoins plus égalitaire que celui dans lequel nous vivons aujourd’hui.
La conception néolibérale de la maternité et de la place des femmes dans la société se construit justement sur les ruines de ce système socialiste, et le discours officiel qui porte ce projet participe à la création d’une réalité déformée, qui empêche toute alternative de voir le jour.

4 mars 2015

Les acquis communautaires

Les négociations pour adhérer à l'eldorado européen n'ont pas fait que des heureux dans les Balkans. En Serbie et en Bosnie-Herzégovine, les droits sociaux ont fondu comme peau de chagrin pour se mettre au diapason des acquis communautaire. L'Europe, là-bas, ça veut dire exploitation, dégradation des conditions de travail et de salaire, ça veut dire une vie pourrie par l'emploi et sa logique de soumission adipeuse.

Quant aux contempteurs moralisateurs de tous les tyrans, on a surtout entendu leur silence sur les violations répétées de la démocratie en Serbie au nom de l'employisme le plus délirant.

Extrait de l'article de Radio Slobodna Evropa obligeamment traduit par Chloé Billon sur le Courrier des Balkans (ici, en français)
À la différence du Monténégro, il n’existe en Serbie quasiment aucun dialogue social, ce dont souffre la grande majorité des travailleurs de ce pays. Non seulement le salaire minimum n’est que de 170 euros, mais l’État ignore les autres partenaires sociaux, ce que commente pour Radio Slobodna Evropa Zlatan Zec, de la Confédération syndicale Nezavisnost (indépendance) à Belgrade.
« Des lois essentielles sont adoptées sans consultation des partenaires sociaux. Sur 190 lois adoptées par le Parlement serbe, 150 l’ont été selon la procédure d’urgence, sans aucune consultation, sans aucun débat public. Le taux de pauvreté ne cesse d’augmenter, et le salaire minimum de diminuer. Le salaire minimum pour un emploi à temps plein et une productivité standard est inférieur au seuil de pauvreté. »
La Bosnie-Herzégovine, à cause de sa situation socio-économique catastrophique, a quant à elle été l’année dernière le théâtre d’une véritable révolte sociale des citoyens, qui ont des jours durant réclamé aux autorités cantonales et fédérales des démissions et des changements.
Si des démissions ont bien eu lieu, les changements, eux, se font toujours attendre, nous explique Selvedin Šatorović, vice-président de la Fédération des syndicats indépendants de Bosnie-Herzégovine.
« Notre gros problème, ce sont les modifications qui doivent être apportées à la législation du travail, et dont le but est de poursuivre la destruction des droits des travailleurs. La suppression planifiée des conventions collectives et des CDI ne fera que compliquer encore davantage la situation en Bosnie-Herzégovine et diminuer toujours plus le salaire moyen, actuellement de 430 euros par mois », souligne M. Šatorović.

18 oct. 2014

Used in Europe (1)

Used In Europe sort un atlas interactif d'Europe ici, sur la violation des droits du travail sur le vieux Continent, en anglais.

Albanie
Trafic humain et exploitation sexuelle - surtout avec des Philippines.

Arménie
Crise économique majeure, exploitation. Trafic humain pour exploitation sexuelle et travail forcé.

Autriche
Pays prospère dans lequel la main d’œuvre immigrée est soumise à toute sorte d'esclavage et de trafic humain

Bosnie-Herzégovine
Trafic, arnaque par les employeurs

Bulgarie
Exploitation dans l'industrie du sexe et dans le textile

Espagne
Exploitation dans la construction et l'agriculture - salaires dérisoires et violence

Grèce
Trafic dans l'industrie du sexe et dans l'agriculture

Hongrie
Les Hongrois sont victimes du trafic humain de l'industrie du sexe, de l'agriculture aux Pays-Bas. Le gouvernement ne participe pas à la lutte contre l'exploitation et le trafic d'êtres humains.

Monténégro
Mendicité forcée pour les mineurs

Portugal
Trafic d'êtres humains et travail forcé dans l'agriculture et dans le travail domestique

Roumanie
Travail forcé dans la construction, sans protection de sécurité

Serbie
Exploitation dans l'industrie du sexe, dans la construction et dans la mendicité forcée de travailleurs immigrés

Turquie
Les Syriens travaillent de manière forcée dans les usines, sans protection. Mais le trafic humain touche aussi bien l'industrie du sexe ou la mendicité obligatoire.

2 oct. 2014

En Serbie, ce sont les salaires qui paieront la crise

Là aussi, serait-on tentés d'écrire. À en croire le Courrier des Balkans (ici, en français), le premier ministre est fermement décidé à faire la guerre aux salaires pour faire des économies (avec l'approbation du FMI).

Il s'agit de politique monétaristes anti-salariales traditionnelles (baisse des salaires et des retraites) inscrites dans le consensus de Washington. Comme elles diminuent les salaires, elles ont pour effet de contracter la demande, l'économie productive et le PIB. Comme ces mesures sont prises pour maintenir la valeur de l'argent, elles ont exactement l'effet opposé à celui auquel elles prétendent aboutir: elles augmentent l'endettement.

Extrait.

Vendredi 19 septembre, le premier ministre serbe Aleksandar Vučić a présenté à la télévision son nouveau programme d’austérité qui vise à faire 700 millions d’euros d’économie par ans. Ce programme qui est présenté comme une réforme économique majeure consiste en grande partie à faire des coupes dans les salaires du secteur public ainsi que dans les retraites.
Vučić a ainsi présenté son programme : « Il s’agit de mesures globales qui nous permettront d’économiser 700 millions d’euros l’année prochaine. Les fonctionnaires aux salaires les plus bas ne seront pas touchés par ces baisses de salaire. Tous ceux qui ont un salaire mensuel en dessous de 25 000 dinars (210 euros) verront leurs salaires inchangés. Cette mesure s’appliquera aussi aux retraites inférieures à 25 000 dinars ».
Il y a près de 113 000 salariés de la fonction publique qui touchent moins de 200 euros par mois en Serbie et très exactement 1 038 000 personnes qui perçoivent une retraite inférieure à cette somme, ce qui équivaut à 60,2% des retraités du pays. Tous les autres verront leurs salaires et leurs retraites diminuer progressivement. Les plus petites retraites seront diminuées de 5%, tandis que celles qui sont supérieures à 100 000 dinars (850 euros) seront diminuées de 15 à 16%.
Mesures « provisoires »
Ces changements doivent être mis en place dès novembre prochain après une dernière approbation du FMI. Les coupes dans les salaires et les retraites devraient permettre, selon les calculs du ministère des Finances, d’économiser 400 millions d’euros. Le premier ministre a ajouté que les mesures d’austérité seront appliquées à toutes les entreprises publiques, et que les subventions seront diminuées pour un grand nombre d’entre elles, telle que les Chemins de fer de Serbie. Vučić d’ajouter qu’il n’y aura plus non plus de subventions dans le secteur agricole.
Si l’on en croit les propos encourageant du Premier ministre, ces mesures ne seraient que provisoires : « si nous atteignons nos objectifs avec les mesures prévues, je projette d’augmenter dès 2016 les retraites et les salaires des fonctionnaires dans les secteurs de la santé et de l’éducation ». Tandis que Vučić s’efforce à convaincre l’opinion publique que la croissance économique repartira en 2016, et sera doublée par rapport aux prévisions des institutions internationales qui sont de 1,35% par an, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement s’empresse de contrecarrer ces annonces prometteuses et affirme que la Serbie est tombée en 2014 en récession, avec un recul de son activité économique de 0,5%, au lieu de la croissance prévue de 1%.
Le but de ces coupes dans les dépenses publiques et d’une éventuelle augmentation des impôts est bien entendu de faire baisser le déficit fiscal et, par là même, les futurs emprunts. Ce processus devrait soi-disant ralentir la croissance de la dette avant que celle-ci ne diminue. Mais il est évident que les baisses de salaires ne vont que faire que diminuer le pouvoir d’achat, ceux qui consomment déjà peu continueront à consommer peu, et ceux qui pouvaient se permettent de faire des folies n’ouvriront tout simplement plus leur porte-monnaie.

13 août 2014

Le TINA version XIXe

En Croatie et en Serbie, les élites libérales mettent le droit social en pièce. Les travailleurs réagissent dans ces deux pays selon un article de Stefan Aleksić sur le Courrier des Balkans (ici, en français). Cette situation de divorce entre des élites libérales et des travailleurs en colère contre le retour du XIXe n'est malheureusement pas exotique pour les Européens ou les États-uniens.

Extrait.


Une forme inattendue de « fraternité et unité » croato-serbe renait de ses cendres en cette année 2014. Un quart de siècle après l’éclatement de la Yougoslavie et la fin du socialisme, ces concepts reviennent au devant de la scène grâce au concours involontaire des élites politiques des deux pays qui ont, presque le même jour, décidé d’adopter de scandaleuses nouvelles lois sur le travail.

En Croatie comme en Serbie, un large front d’opposition s’est créé, réunissant un grand nombre d’acteurs de la société civile comme le Front féminin pour le droit du travail et les questions sociales (Ženska fronta za radna i socijalna prava) en Croatie et ou le forum de la gauche radical serbe Levi Samit, pour essayer de préserver les derniers acquis des luttes ouvrières. En face, les deux parlements, comme en miroir, de façon tout aussi arrogante l’un que l’autre, ignorent la colère des citoyens.

En Serbie, l’adoption de ce projet de loi sur le travail peut être considéré comme une atteinte directe au processus démocratique : la loi a été votée sans aucun débat public, selon une procédure accélérée (au même titre que les quarante autres lois adoptées par le parlement le mois dernier), pratiquement sans consultation de la population ni des travailleurs. L’État a même eu la grossièreté de la faire passer en procédure nocturne, afin d’ôter aux acteurs sociaux toute possibilité de réagir.

Ces nouvelles législations adoptées en rafale dans toute la région, au nom de la flexibilité du marché, vont précariser les conditions de travail. Les licenciements seront entièrement libéralisés et les travailleurs auront moins de possibilités légales de défendre leurs intérêts. On permettra une extension quasi illimitée des heures de travail sans compensation, on annulera l’indemnisation du travail en trois)huit, et en permettant ce qu’on appelle « l’emprunt » de travailleurs, on laissera une grande marge aux agences d’intérim, tandis que d’un autre côté, les contraintes imposées aux employeurs ne seront que très vaguement définies. En clair, ces nouvelles lois sont un pas de plus vers la précarisation de la force de travail et la généralisation de l’insécurité sociale. Ces changements peuvent avoir pour conséquence un manque de perspective professionnelle et un blocage total de la mobilité sociale.

Retour au capitalisme du XIXe siècle

Comme l’on pouvait s’y attendre de la part des gouvernements néolibéraux dans les Balkans, la loi est présentée comme étant une « nécessité ». La libéralisation serait indispensable pour une meilleure efficacité de l’économie, et la libéralisation du travail serait une tendance mondiale sans laquelle on serait laissé en marge du monde moderne. Mais cette idéologie hystérique du Out with the old, in with the new masque en fait un retour en arrière complet sur les avancées de la civilisation contemporaine, telles que la protection des travailleurs face aux choix arbitraires des employeurs, les huit heures de travail quotidien, l’organisation syndicale, la protection sociale, ou enfin et surtout, l’idée même que l’État doit être au service de ses citoyens.

Il s’agirait donc plutôt de mesures qui restaurent les mécanismes d’exploitation capitaliste du XIXe siècle, et de l’instauration d’un État autoritaire qui a pour fonction le maintien des hiérarchies sociales et la reproduction du rapport de force capitaliste. Ce serait donc plutôt l’idéologie du « Out with the new, in with the old »...

7 août 2014

Un rapport contre les salaires

Un rapport serbe s'attaque aux salaires au nom de l'austérité, de la rigueur budgétaire et autres fadaises. Curieusement, il propose d'amputer les salaires et les retraites de 15%. Pourquoi 15% et pas 20, 30, 60%? Pourquoi ne pas supprimer tout bonnement les salaires? Les comptes publics seraient certainement au beau fixe et les entreprises seraient heureuses? C'est le consensus de Washington qui frappe, ces techniques de guerre au salaire ont été expérimentées cent fois, partout dans le monde, pour assainir les comptes publics et n'ont ... jamais montré la moindre efficacité. Pas grave, dans une crise de Shaddokisme aiguë, on continue: on ne sait pas pourquoi on pompe mais on continue à pomper.

Extrait de l'article du Courrier des Balkans (disponible en français ici):

Le Conseil fiscal, un organisme d’Etat indépendant, propose d’amputer de 15 % les salaires et les retraites. Pour l’institution, il s’agit d’une mesure « nécessaire pour une consolidation fiscale » en Serbie. 
  Le rapport du Conseil auprès du Parlement serbe précise que c’est la seule mesure qui aura de l’effet dès 2015 et permettra d’économiser 800 millions d’euros. L’autre option serait d’augmenter la TVA de 2%.Vladimir Vukčević, un membre du Conseil, préconise aussi une augmentation de 15% des tarifs d’électricité, « pour donner un peu d’air frais à l’entreprise nationale de l’énergie et mettre un terme à ses pertes financières qui sont renflouées par l’Etat ». La Serbie doit faire 2 milliards d’euros d’économie pour réduire son déficit fiscal de 8,3% actuellement à 3% en 2017.

18 juil. 2014

La guerre aux salariés ... au nom de l'emploi

Une brève du Courrier des Balkans (ici, en français) nous apprend que la majorité profite des vacances pour brader le droit social. Une saine réaction a amené 10.000 personnes à défendre leurs salaires et une grève générale. L'argument pour faire la guerre aux salaires des pensions et aux droits des travailleurs? Mais oui, vous l'avez deviné: c'est l'emploi. Si on appelait l'emploi "Germinal", ce serait peut-être plus clair, non?

Extrait

Cela faisait plus d’une décennie que la Serbie n’avait pas connu cela : une grève générale ! Tous les syndicats serbes, enfin réunis, sont vent debout contre les amendements à la législation du travail et à la nouvelle loi sur les fonds de pension et de retraite.
Le débat parlementaire, entamé mardi 15 juillet, se poursuit encore, et la présidente du parlement, Maja Gojković, a affirmé que les amendements pourraient être adopté très rapidement. Afin d’empêcher que le débat ne prenne fin aussi rapidement, plus de 4.000 personne selon la police - 10.000 selon les organisateurs - ont défilé jeudi dans les rues de Belgrade.

Des membres de la Confédération des syndicats autonomes de Serbie (SSSS), des Syndicats indépendants unis, de Nezavisnost, du syndicat de la Police et des militants d’organisation radicales de gauche ont ainsi formulé leur revendications au ministre du Travail, Aleksandar Vulin, et au Premier ministre Aleksandar Vučić. 

Les grévistes, qui avaient déjà installé mardi dernier un campement provisoire dans le parc des pionniers, situé devant le Parlement serbe, se disent « prêts à tout » pour ne pas laisser passer les amendements. Les syndicats regrettent surtout le manque de dialogue avec les autorités. Ils accusent le gouvernement de vouloir faire adopter les amendements sans débat public. Beaucoup voient ces manifestations comme la dernière chance pour amorcer des négociations.
Ljubsav Orbović, secrétaire général de la Confédération des syndicats autonomes de Serbie, explique : « Ce n’est pas pare que le SNS a gagné les élections que le gouvernement peut faire ce qu’il veut. Cette loi arrache son pain au travailleur pour le donner aux patrons. Ils nous accusent d’être des paresseux, mais ce n’est pas vrai, et nous ne sommes pas contre les réformes. Nous sommes pour les réformes, mais nous ne voulons juste pas qu’elles soient adoptées sans notre consentement et sans dialogue ».

Alors que les travailleurs et les syndicats crient haut et fort que les nouveaux amendements sont une porte ouverte aux licenciements en masse, les députés du SNS affirment que ces changements représentent une chance pour les jeunes qui sont aujourd’hui lourdement touchés par le chômage.

25 juin 2014

Yumco en grève depuis six mois

Le courrier des Balkans (ici, en français) enquête sur le mouvement de grève à l'usine de Yumco contre la privatisation. Le mouvement a tourné à l'affrontement quand les grévistes ont été exclus des négociations.

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1706 employés travaillent aujourd’hui pour Yumco
Des affrontements ont eu lieu entre les ouvriers en grève depuis six mois et la police, appuyée par des agents de sécurité privés. L’usine de Yumco fait partie des 153 entreprises en cours de restructuration, que le gouvernement Vučić a prévu privatiser d’ici la fin de l’été. 
Les affrontements ont commencé vendredi 13 Juin, lorsque la direction a exclu les délégués syndicaux d’une réunion prévoyant la privatisation de l’usine de textile. Cela violant non seulement les droits syndicaux, mais aussi la loi des privatisations – selon laquelle tous les actionnaires, travailleurs y compris, peuvent participer au processus de négociations des anciennes propriétés sociales. C’est ainsi que le patronat a vu Snežana Veličković, déléguée syndicale de l’ASNS (Association des Syndicats libres et indépendants), débouler, furieuse, dans la salle de réunion. Les évènements s’accélèrent : les grévistes bloquent la direction au neuvième étage de la tour « Yumco », tandis qu’une cohorte de 70 policiers débarque dans l’usine. Parmi de nombreuses blessées, cinq d’entre elles sont parties aux urgences. Mardi, les grévistes trouvent une barricade de gardes privés qui leur bloque l’accès à l’amphithéâtre.
 
 
Et concernant les travailleurs ? « Nous leur devons seulement quatre mois de salaires, entre 2003 et 2004. Or pour qu’on les rembourse, l’usine doit se remettre à produire. » Des propos qui non seulement contredisent ceux des grévistes, déclarant ne pas avoir été payés depuis juillet 2013 – mais qui plus encore, les criminalisent. Car les ouvriers sont en effet accusés de faire grève dans l’objectif de mettre l’usine en faillite et de bénéficier de plans sociaux… une combine pour gagner de l’argent sans travailler. Selon l’un des responsables, le « Le problème est dans leur tête. C’est le virus du communisme »  
(...)
 Ainsi, quelle place pour un Etat de droit ? Comment les ouvriers et ouvrières peuvent-ils légitimer leurs paroles, leur grève, et leurs souffrances, face aux pleins pouvoirs du patronat ? Car la radicalisation de la grève n’est pas seulement due à un cri du ventre, à l’incapacité de payer les factures, d’envoyer les enfants à l’université, ou d’aller à la mer. L’engagement extrême, souvent pénible, des grévistes (blocage de l’autoroute sous la pluie, nuits passées dans l’usine) relève aussi d’un appel au secours : le combat contre le vol de leurs salaires et droits du travail, est aussi celui contre le viol de leur dignité. 

(...)

Mais l’exemple de Yumco ne révèle-t-il pas le caractère illégitime intrinsèque aux privatisations... dont on vante pourtant les mérites au nom de la transition démocratique, alignée au modèle européen ?

29 avr. 2014

La charte sociale européenne

  • La charte

Nous informons nos aimables lecteurs que 47 pays ont signé la charte sociale européenne en 1961. Cette charte a force de loi dans les pays signataires et stipule, notamment:

  • structure de soins accessible et efficace pour l’ensemble de la population ;
Ceci interdit spécifiquement tout recours à des mutuelles (complémentaires, obligatoires) payantes et imposent un financement de la santé par la seule cotisation (ou par l'impôt).
  • politique de prévention des maladies, y compris garantie d’un environnement sain ;
Ceci interdit spécifiquement toute activité économique, industrielle susceptible de dégrader ledit environnement.
  • élimination des risques en milieu professionnel pour assurer en droit et en pratique la santé et la sécurité au travail ;
  • protection de la maternité.
  • interdiction du travail forcé ;
Ceci exclut toute forme d'esclavage, notamment l'emploi sous la menace du chômage.
  • interdiction du travail des enfants ;
  • conditions de travail spécifiques entre 15 et 18 ans ;
  • droit de gagner sa vie par un travail librement entrepris ;
  • politique économique et sociale pour assurer le plein emploi ;
Tous les pays où le taux de chômage excède les 5% contreviennent à cet article.
  • conditions de travail équitables en matière de rémunération et de durée du travail ;
Ceci implique l'abolition de la rémunération à la tâche, à la force de travail et impose la qualification du travailleur comme source de salaire.
  • protection contre le harcèlement sexuel et moral ;
Ceci impose la fin de la fonction social d'employeur, de son pouvoir sur ses employés: on peut organiser l'activité de production de manière hiérarchique mais personne ne peut s'arroger le droit disposer de la carrière d'autrui puisque ce type de pouvoir permet le harcèlement sexuel et moral.
  • liberté de constituer des syndicats et des organisations d’employeurs pour défendre leurs intérêts économiques et sociaux ; liberté individuelle d’y adhérer ou non ;
Cette liberté est fortement limitée dans certains pays. En Belgique, par exemple, le seuil du nombre d'adhérents pour pouvoir prétendre s'organiser en syndicat rend la création de nouveaux syndicats techniquement impossible.
  • promotion de la consultation paritaire, de la négociation collective, de la conciliation et de l’arbitrage volontaire ;
La consultation paritaire impose la représentation de toute les parties au pro rata de leur importance. Les chômeurs, les retraités ou les invalides doivent, par exemple, être représentés dans toutes les décisions qui les concernent, qu'elle soient relatives aux prestations de la sécurité sociale ou aux cotisations sociales.
  • protection en cas de licenciement ;
Ceci impose d'attacher le salaire à la personne et non au poste de travail.
  • droit de grève ;
  • accès à l’emploi pour les personnes handicapées.
Par ailleurs, la charte détaille les droits humains que les signataires doivent respecter. Ces droits sont eux aussi rarement compatible avec la vente forcée de la force de travail dans l'emploi:
  • protection contre la violence et la maltraitance ;
 La violence du vol du temps des travailleurs par les propriétaires lucratifs est interdites. La maltraitance de la mise en minorité de l'emploi est interdite.
  • interdiction de toute forme d’exploitation (sexuelle ou autre) ;
 Tout surtravail est un vol, toute plus-value liée au travail d'autrui est un vol et sont des formes d'exploitation interdites.
  • protection juridique de la famille (égalité des époux entre eux et vers les enfants, protection des enfants en cas de rupture) ;
Ceci impose un droit à un salaire personnel inconditionnel.
  • droit à la sécurité sociale, à l’assistance sociale et à des services sociaux ;
Cet article est directement violé par le harcèlement institutionnel des chômeurs, en France, en Belgique ou en Allemagne (entre autres).
  • droit à la protection contre la pauvreté et l’exclusion sociale ;

  • Les recours
Nous citons le site de l'organisation (ici, en français)
Organisations habilitées à saisir le Comité :
– Pour tous les Etats qui ont accepté la procédure :
  1. Confédération européenne des syndicats (CES), BUSINESSEUROPE (ex-UNICE) et Organisation internationale des employeurs (OIE).
  2. Les organisations non gouvernementales (ONG) dotées du statut participatif auprès du Conseil de l’Europe et inscrites sur une liste établie à cette fin par le Comité gouvernemental ;
  3. Les organisations d’employeurs et les syndicats de l’Etat concerné ;
  4. – Pour les Etats qui, en plus, acceptent cette possibilité :
  5. Les ONG nationales.
Le dossier de la réclamation doit contenir les éléments d’information suivants :
  1. les nom et coordonnées de l’organisation réclamante ;
  2. la preuve que la personne qui introduit et signe la réclamation est habilitée à engager l’organisation réclamante ;
  3. l’Etat mis en cause ;
  4. les dispositions de la Charte dont la violation est alléguée ;
  5. l’objet de la réclamation, c’est-à-dire le ou les points sur lesquels l’Etat mis en cause n’aurait pas respecté la Charte, ainsi que les arguments pertinents ; avec documents à l’appui.
À bon entendeur ...

  •  Les États signataires
 Albanie, Andorre, Arménie, Autriche, Azerbaïdjan, Belgique, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Croatie, Chypre, République tchèque, Danemark,
Estonie, Finlande, France, Géorgie, Allemagne, Grèce, Hongrie, Islande, Irlande, Italie, Lettonie, Liechtenstein, Lituanie, Luxembourg, Malte, Moldavie, Monaco, Monténégro, Pays-Bas, Norvège, Pologne, Portugal, Roumanie, Russie, Saint-Marin, Serbie, Slovénie, Espagne, République slovaque, Suède, Suisse, Macédoine, Turquie, Ukraine, Grande-Bretagne,

18 avr. 2014

Accaparement des terres en Europe

Basta nous emmène dans l'enquête du Transnational Institute sur l'accaparement des terres agricoles en Europe, ce que nous appelons l'enclosure. L'article de Sophie Chapelle disponible ici rappelle également le rôle nuisible de la PAC, de la politique agricole commune qui, en subventionnant les exploitations agricoles à l'hectare, favorise les plus grosses.

Nous préconisons un salaire paysan à la qualification et la socialisation des outils de production, leur gestion par les intéressés, par les travailleurs impliqués.

Extrait

Les phénomènes de concentration et d’accaparement des terres ne concernent pas que l’Afrique ou l’Asie. Les gros propriétaires terriens sont aussi très actifs au sein de l’Union européenne. C’est ce que montre une infographie publiée le 14 avril par l’organisation Transnational Institute basée à Amsterdam. Les données sont effarantes : 3 % des plus grandes exploitations agricoles contrôlent 50 % des terres dans l’Union européenne ! A l’instar de ce qui se joue en France (voir notre enquête), ces exploitations s’agrandissent au détriment des petites fermes. Entre 2003 et 2010, le nombre de fermes inférieures à 10 hectares (ha) a par exemple diminué d’un quart. Dans le même temps, les exploitations de plus de 50 ha se sont étendues sur 7 millions d’ha, soit la surface de l’Irlande !



Cette course aux hectares agricoles touche d’abord les pays d’Europe de l’Est. La Hongrie, la Roumanie et la Serbie sont les pays européens les plus convoités par les investisseurs étrangers. 500 000 hectares en Serbie, soit 15 % du foncier agricole, ont ainsi été accaparés par des sociétés commerciales, relève le Transnational Institute (voir également notre article sur la Roumanie). A ces phénomènes de concentration et de financiarisation des terres agricoles, se mêle le problème de l’artificialisation des terres. Entre 2005 et 2010, la surface agricole a perdu 227 200 hectares en France, soit la superficie du Luxembourg récupérée au profit du bétonnage et de zones commerciales. Mais dans ce domaine, c’est l’Allemagne qui caracole en tête.

7 avr. 2014

L'intérim à défaut d'autre chose

Selon le site Le Courrier des Balkans (ici), la pratique de l'intérim se généralise en Serbie faute d'emploi stable. Nous rappelons que l'emploi, le chômage et la précarité sont les faces d'une même pièce, celle qui délègue au propriétaire d'entreprise le soin de décider qui pourra occuper quel poste de travail et qui lui laisse la mainmise sur la production (qui produit quoi, comment et pourquoi).

Extrait

Le travail intérimaire est de plus en plus fréquent en Serbie, selon le principe de recrutement par une agence qui conclut avec l’entreprise intéressée des contrats à durée déterminée de six ou 12 mois. L’agence paie le salaire, les impôts, les contributions, certifie le livret de santé et offre les services d’une personne à une entreprise selon les besoins de cette dernière, contre une commission dont le montant n’est pas connu du travailleur. La période de travail terminée, l’intérimaire est « renvoyé » à l’agence et se trouve à la rue du jour au lendemain.
On ne sait pas exactement le nombre de personnes employées par intérim en Serbie, mais d’après les syndicats et l’Union des employeurs, elles sont estimées à 50 000. Pour les syndicalistes c’est un retour à l’esclavage car les droits des travailleurs sont dégradés. Les employeurs n’aiment pas trop en parler mais disent toutefois que ce n’est pas illégal. Ils se servent des moyens à leur portée, comme le font les plus grandes compagnies énergétiques et de télécommunications.

6 mars 2014

Des grèves pour le salaire

D'après le Courrier des Balkan (ici).

Extrait

A l’instar de la Bosnie-Herzégovine voisine, qui connaît une révolte citoyenne sans précédent depuis son indépendance, la Serbie est agitée par de nombreuses grèves. En cause, les retards récurrents dans le paiement des salaires, le manque d’accès à la sécurité sociale et aux aides des employés des usines en cours de privatisation. Les grévistes annoncent l’intensification de leur mouvement à l’approche des élections législatives, le 16 mars.

25 janv. 2014

Les syndicats font reculer le gouvernement

Non, non, pas en France ou en Belgique ou en Espagne, non. En Serbie. Belle victoire cependant puisque la simple menace d'une grève générale le 23 janvier a fait reculer le gouvernement et l'a contraint à abroger sa réforme du droit du travail (ici).

Il s'agissait d'amputer les pensions, les indemnités de chômage et de maladie en en modifiant le mode de calcul. Pleine victoire pour le salaire, pour les salaires socialisés que nous saluons sans réserve (en espérant qu'il n'y ait pas de recul par la suite).

Cette victoire prouve que, avec des syndicats décidés, il y a moyen de faire plier un gouvernement anti-social et ses réformes soi-disant inévitables.

24 janv. 2014

À Sotchi aussi, les JO réduisent la main d'oeuvre en esclavage

 On apprend dans un article du courrier des Balkans (ici) que des Serbes et des Bosniaques ont été embauchés pour construire des infrastructures olympiques en Russie avec des visas ... de touristes. Une fois ceux-ci expirés, les travailleurs ont été maltraité, sous-nourris et ... pas payés.

Une version moderne de l'esclavage, l'emploi sans salaire. L'affaire s'est bien terminée puisque le gouvernement serbe a ramené les ouvriers chez eux.

Extrait
105 ouvriers du bâtiment de Serbie et 18 de Bosnie-Herzégovine qui travaillaient sur les chantiers des Jeux olympique de Sotchi ont été expulsés par les autorités russes car ils n’avaient pas de permis de travail, seulement un visa de touriste. Non payés depuis des mois, ces travailleurs avaient été réduits en quasi-esclavage.
C’est au cours d’un contrôle sur le site des constructions olympiques que le Service fédéral d’immigration a « découvert » la situation de ces travailleurs qui étaient en Russie depuis des mois et les a placé en détention. Le gouvernement de Serbie a alors décidé d’envoyer un avion à Sotchi pour rapatrier les travailleurs sans papiers. Ils sont arrivés à Belgrade mardi 21 janvier.
« Nous n’avons pas été payés, nous n’avons même pas pu parler aux autorités russes des conditions inhumaines dans lesquels nous avons été retenus… Nous n’avons pas mangé pendant trois jours, nous étions sous la pluie, personne ne nous a parlé », explique l’ouvrier Goran Nikolić. Un autre, Slobodan Babić, a ajoute : « ce qui est arrivé, c’est que nous avons travaillé, tout le monde criait… À la fin, nous avons fini le travail, mais sans toucher d’argent ».

Nous rappelons que des cas d'esclavage ont été rapporté aussi bien pour le mondial de foot au Brésil (ici et ici) que pour les JO du Qatar (ici).