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17 mai 2015

La pêche au gros

Le Monde dénonce courageusement la surpêche chinoise dans les eaux africaines en relayant un rapport de Greenpeace Afrique (ici). Bravo. Les mauvais esprits auront à coeur de rappeler que les principaux pillards des ressources halieutiques africaines sont européens.

En tout état de cause, cette pêche industrielle se fait au détriment des capacités vivrières des pays touchés, elle condamne les pêcheurs au chômage (et, pire, à l'emploi). Les pêcheurs touchés par le manque de ressources ... doivent s'approvisionner sur les marchés, moyennant finance. Ce phénomène d'appropriation du vivant, de la propriété collective au détriment des intérêts communs est ce que nous appelons l'enclosure à la suite de Polanyi. Il s'agit de faire mourir de faim des populations privées de leurs ressources traditionnelles pour les employer dans les usines à un prix cassé.

Extrait de l'article.
Les compagnies chinoises sont nombreuses à se livrer à la surpêche en toute impunité au large de l’Afrique de l’Ouest. Le constat en soi n’est pas nouveau. Enquête après enquête, Greenpeace Afrique s’efforce d’en mesurer l’impact sur ces eaux longtemps considérées comme un eldorado aux richesses inépuisables. Précisons que les Chinois n’y sont pas seuls.
Après s’être penchée sur les pratiques des navires de l’Union européenne, puis des russes en 2010 et 2012, l’équipe de Greenpeace installée à Dakar consacre cette fois l’intégralité de son dernier rapport à la pêche chinoise. Le document rendu public le 6 mai s’intitule : « Razzia sur les côtes africaines : la face cachée de la pêche chinoise et des sociétés mixtes au Sénégal, en Guinée-Bissau et en Guinée ».
« En 2013, nous avons identifié 462 navires battant pavillon chinois ou appartenant à des propriétaires chinois opérant dans 13 pays du continent, dont 407 sur les côtes atlantiques, témoigne Ahmed Diamé, naturaliste et chargé de campagne « océan » pour l’ONG. Le problème, c’est que lorsqu’ils partent pêcher dans un pays voisin, certains changent de nom et de tonnage en même temps, comme s’ils rétrécissaient au passage. »

Triche sur les tonnages

En effet, la pêche illégale n’est pas seulement le fait de bateaux pirates qui s’approchent des zones côtières durant la nuit, tous feux éteints et sans nom apparent sur leur coque. Cette fois, il s’agit de tricher sur le volume des cargaisons, donc sur les quantités de poissons prélevées.
Ainsi, selon l’ONG, depuis près de trente ans, la plus grande entreprise de pêche lointaine de la Chine, la China National Fisheries Corporation (CNFC), sous-déclare régulièrement le tonnage brut de ses chalutiers. Greenpeace la soupçonne d’avoir, entre 2000 et 2014, sous-estimé de 43 % en moyenne par an ses capacités de stockage de poissons dans ses déclarations aux autorités sénégalaises.
Rien que pour 2014, cette fraude équivaudrait aux captures faites par « six grands navires de pêche industrielle ». Elle correspondrait à un manque à gagner d’environ 566 000 euros de licences de pêche non payées au Sénégal.
Au total, dans les trois pays pris en compte dans cette étude (Sénégal, Guinée-Bissau et Guinée), la CNFC faisait travailler 59 navires de pêche en 2014. Les militants estiment que pour cette seule année, les tonnages que cette société aurait délibérément revus à la baisse pour au moins 44 de ces bateaux équivaudraient à ajouter 22 gros chalutiers supplémentaires dans leurs eaux.

3 mai 2015

Afrique, mode d'emploi

Dans un excellent article, Sabine Cessou résume la situation de l'emploi en Afrique sur RFI (ici, en français et en libre accès).

Au niveau du continent, seul 5 à 10% de la population bénéficie d'une couverture sociale - et les choses ont tendance à se dégrader. Il n'y a pas d'assurance chômage sur le continent (sauf en Côte d'Ivoire)

En voici un résumé (avec le classement économique entre parenthèses)

Afrique du Sud (2)
- un large secteur informel échappe à toute législation
- des immigrés du Zimbabwe, du Malawi et du Mozambique sont mis en concurrence avec les travailleurs locaux, ce qui a tendance à casser les Smigs sectoriels âprement négociés
- de puissants syndicats surveillent les conditions de travail
- la police a ouvert le feu sur les mineurs à Marikana, ce qui a fait 34 morts
- le régime public de retraite financé par l'impôt touche deux millions de personnes
- les médecins ont été augmenté: au minimum, le salaire est passé de 1.300€ à 2.000€ et, au maximum, il s'élève à 6.200€ par mois

Bénin
- valorisation des salaires enseignant: un professeur-médecin a vu son salaire passer de 500 à 1.800€ en 2008

Botswana (4) 

Côte d'Ivoire
- existence de l'assurance chômage

Gabon (9)

Gambie
- le salaire d'un professeur d'université expérimenté s'élève à 700€ par mois

Kenya (6)

Lesotho (10)
- les usines de confection chinoises, premiers employeurs du pays, sont connus pour leur maltraitance: travail à la chaîne, en pauses de neuf heures pour 100$ par mois (il s'agit de femmes à 80%)
- en 2011, les ouvrières ont obtenu le droit au congé maternité

Mali
- montée en puissance des syndicats étudiants après la chute de Moussa Traoré

Maurice (1)
- les ouvriers agricoles de la filière sucre se sont battus depuis les années 30 pour améliorer leur sort
- le droit du travail prévoit des conditions spéciales quand il y a un cyclone
- ce pays se classe globalement en tête des pays sub-sahariens pour le développement économique
- exploitation des immigrés bangladais, ils ont néanmoins pu négocier (!) une semaine de 60 heures pour 205€ par mois.

Namibie (5)

Niger
- restauration de la démocratie impliquant les syndicats

Rwanda (3)
- pays en voie de professionnalisation, il attire les cadres de toute l'Afrique
- assurance maladie obligatoire

Sahel
- faute de revenu, les jeunes sont prêts à risquer leur vie pour aller travailler en Europe

Sénégal
- forte tradition syndicale
- salaires enseignant de 1000 à 2000€, selon le grade et l'ancienneté

Seychelles (7)

Tunisie
- couverture sociale à 84% (c'est la meilleure du continent)

Zambie (8)
- lutte des classes très violente: des responsables de sociétés minières chinoises ont tiré sur des mineurs en grève et des mineurs ont tué un contre-maître

17 févr. 2015

Un syndicat de bonnes

Le Monde (ici, en français) nous fait savoir que les bonnes libanaises (pour la plupart organisée selon le système féodal dit de la kafala, de la tutelle, dans lequel l'employeur a tout pouvoir sur ses employées domestiques) se sont organisées en syndicat. Elles ont tenu leur congrès fondateur.

Respect et amitié à ces courageuses productrices: elles s'organisent alors que la loi ne les protège pas.

Extrait
C’est une première dans le monde arabe : les bonnes à tout faire du Liban se sont syndiquées. Corvéables à merci pour un salaire de misère, parfois battues, voire violées et poussées au suicide, les employées de maison, d’origine asiatique ou africaine, ont décidé de dire « assez ». Dimanche 25 janvier, dans une salle de mariage de la banlieue de Beyrouth, 200 d’entre elles, issues des communautés sri-lankaise, philippine, bangladeshie ou encore sénégalaise, ont participé au congrès fondateur de leur organisation.

Dans une ambiance fiévreuse, où la fierté de redresser la tête se mêlait à la crainte d’être sanctionnée par les autorités, les toutes petites mains de la société libanaise ont élu leurs représentantes. « Leur principale revendication, c’est d’obtenir une réforme de la loi du travail, dont elles sont scandaleusement exclues, explique Castro Abdallah, secrétaire générale de la Fédération nationale des syndicats des ouvriers et des employés au Liban (Fenasol), qui parraine l’initiative. Leur travail doit être mieux encadré, avec des horaires et un salaire décents. Nous autres Libanais, aimerions-nous que nos enfants, qui partent souvent travailler à l’étranger, soient traités comme ces femmes ? »

22 déc. 2014

Des pêcheurs sans poisson

Nous apprenons que les pêcheurs sénégalais vont être privés de leurs ressources halieutiques. Un accord de pêche prévoit de réserver une importante partie du poisson aux pêcheurs industriels européens. Précisons que ces navires de pêche européen industriels mettent au chômage les petits pêcheurs sur le vieux continent en pratiquant un dumping des prix (à ce sujet voir l'article ici).

Extrait de l'article de Matthieu Millecamps sur le site de RFI (ici, en français)

Les navires européens, interdits de pêche au Sénégal depuis 2006, seront bientôt de retour. A partir de 2015, près de 40 bateaux pourront capturer 14 000 tonnes de thonidés par an en échange de compensations financières. Une perspective qui inquiète les pêcheurs artisanaux, tandis que Greenpeace vient de lancer une campagne pour lutter contre les « bateaux monstres ».
(...)
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A Dakar, le port de pêche artisanal de Soumbedioune compte 270 pirogues en activités, qui font vivre plus d'un millier de personnes. RFI/Matthieu Millecamps

Arborant ostensiblement un T-shirt Greenpeace, Issa Fall se fait le porte-parole des pêcheurs artisanaux inquiets, de Soumbedioune et d'ailleurs, en des termes précis : « Toutes les ressources halieutiques d'Afrique de l'Ouest sont dans le rouge. Tout le monde le sait. Et pourtant, on continue de donner des droits de pêche à des navires gigantesques qui vont surconsommer la ressource et détruire les fonds, abimer l'habitat marin. Finalement, c'est nous, ici, qui n'aurons plus rien quand ils auront tout vidé. »

Depuis 2006, les bateaux européens ne pouvaient plus pêcher au large du Sénégal. L'accord, entré en vigueur depuis 1998 et reconduit en 2002, concernait alors 78 navires thoniers et 27 ciblant les espèces démersales (qui vivent en eaux profondes). Avec l'accord signé le 20 novembre 2014 à Bruxelles, les 38 navires européens concernés pourront pêcher 14 000 tonnes supplémentaires par an à partir de 2015. « Essentiellement des thonidés », promet l'accord. Ces accords « sont très importants pour les pays à forte concentration en pêcheries comme le mien, l'Espagne, mais aussi pour l'ensemble de la pêche européenne », insiste José Blanco, eurodéputé espagnol à la tête de la Commission parlementaire sur la pêche. Pour qu'un accord soit signé, il faut nécessairement qu'il soit « équitable et qu'il y ait un intérêt pour chacun », juge-t-il. En l'occurrence, l'accord avec le Sénégal est « équilibré ».

Le Sénégal a obtenu que les poissons pêchés dans ses eaux territoriales soient obligatoirement débarqués à Dakar. Des compensations financières sont également prévues : 13,9 millions d'euros pour les cinq ans que couvre l'accord. Sur ce total, 5,2 millions seront payés par les armateurs européens. Le reste - 1,7 million d'euros par an pendant cinq ans - comprend un volet d'appui qui doit se répartir « dans les trois priorités définies par le partenaire sénégalais lors de la négociation, à savoir : la surveillance des pêches maritimes et la lutte contre la pêche illicite, la recherche scientifique et la pêche artisanale », précise la Direction générale des Affaires maritimes et de la pêche de la Commission européenne (DG Mare). Parmi les projets concrets, qui sont encore au stade de la formalisation, la DG Mare pointe « l'amélioration des conditions sociales et de sécurité des acteurs, la restauration d'écosystèmes dégradés afin de favoriser le développement des juvéniles et la création de zones de pêche et d'aires marines protégées. » 
(...)

Des inquiétudes auxquelles viennent s'ajouter celles de Greenpeace qui a lancé le mois dernier une campagne contre ceux qu'elle qualifie de « bateaux-monstres ». « L'Union européenne est, dans le monde, l'un des principaux responsables de la surpêche », accuse Marie Suzanne Traoré, responsable du dossier à Greenpeace Afrique de l'Ouest. « L'impact de ce type de pêche sur les communautés de pêcheurs artisans du littoral ouest-africain est catastrophique. Ces bateaux-monstres comptent parmi les premiers responsables de l'épuisement des stocks d'espèces pélagique. Il s'agit de ressources stratégiques. Au Sénégal, on a observé une forte baisse du stock de sardinelles, qui sont l'une des seules ressources capables de fournir des protéines animales aux populations démunies ». 

16 juin 2014

L'or appauvrit

 Vous n'êtes pas au Far West, vous n'êtes pas au XIXe, vous êtes maintenant, au Sénégal mais la fièvre de l'or là-bas appelle les gens de la région et au-delà. C'est qu'il y a de l'argent, beaucoup d'argent à faire - à tel point qu'une campagne d'affichage tente de dissuader les enfants d'abandonner l'école pour l'or. Les dégâts écologiques que l'auteur attribue aux seuls Burkinabés sont en tout cas liés à des pratiques de l'orpaillage sans foi ni loi - même si de grasses compagnies doivent y laisser quelques plumes. Les conditions de travail et de vie des migrants orpailleurs sont effroyables. Dakaractu (ici, en français) relaie un reportage de Mamadou Oumar NDIAY publié à l'origine par « Le Témoin » N° 1164 –Hebdomadaire Sénégalais (MAI 2014).

Extrait

C’est surtout le village de Kharakhena (...), qui est le point de convergence de tous les aventuriers de l’or attirés par la perspective de faire fortune rapidement. Village de 700 habitants à peine il y a deux ans, Kharakhena a connu la plus formidable explosion démographique de l’histoire du Sénégal puisque, en moins de 24 mois, sa population a atteint le chiffre incroyable de 60.000 personnes dont les 20.000 s’adonnent à la recherche de l’or ! Comme une traînée de poudre (d’or !) et le téléphone arabe fonctionnant à plein régime, des milliers de prospecteurs venus du Mali et de la Guinée voisines mais aussi de la Mauritanie, de Côte d’Ivoire, du Burkina Faso, ou encore de la Sierra Léone, du Libéria, du Ghana et du Nigeria ont afflué à Kharakhena, transformant la localité en véritable tour de Babel où toutes sortes de dialectes et de langues sont parlées. La rumeur se propageant, déserteurs d’armées régulières voisines, mercenaires des conflits qui ont ensanglanté la sous-région, évadés de prisons et autres djihadistes défroqués sont tous venus reprendre du service à Kharakhena où, bien que tout ce qui brille ne soit pas de l’or, d’importantes quantités du métal jaune sont quand même extraites du sous-sol chaque jour que Dieu fait, sauf le vendredi, jour de repos hebdomadaire chez les Musulmans strictement respecté ici et le lundi, jour du sacrifice au génie de l’or et repos sabbatique que nul ne s’aviserait jamais de transgresser. C’est que dans cette zone de non-droit, dans cet univers sans foi ni loi, dans cette jungle impitoyable où les plus forts broient les plus faibles, il existe tout de même des codes que tout le monde respecte. Par exemple, aucun cordonnier n’a le droit de mettre les pieds dans les « diouras » sous peine de se faire lyncher. Le même sens interdit s’applique aux ramoneurs.
Les autres jours de la semaine, c’est à qui extraira le plus d’or. C’est que le sous-sol de Kharakhena regorge du métal précieux. Environ 1,5 tonne en est extraite chaque année, soit 120 kilogrammes en moyenne chaque mois. En l’absence de statistiques fiables, les autorités en sont réduites aux approximations mais il n’est pas rare de voir des individus chanceux collecter trois à cinq kilos les jours heureux. Située dans le prolongement du plateau malien où se fait l’extraction de l’or, la zone aurifère sénégalaise, que l’on trouve essentiellement dans le département de Saraya, dans la région de Kédougou, est située sur un espace plus restreint. (...) La chance du Sénégal, c’est que son or est situé en surface, en tout cas à une faible profondeur, contrairement au Mali ou au Burkina Faso où il faut aller à environ 100 mètres sous terre pour trouver le métal précieux.

De tout temps, les populations locales se sont livrées à l’orpaillage traditionnel extrayant de faibles quantités d’or qui leur permettaient de survivre à côté de l’agriculture qui est paradoxalement la principale richesse de la région de Kédougou avec les mines de fer de la Falémé. Puis, les cours du métal jaune ayant flambé il y a deux ans, cela a accru la ruée vers l’or. Une ruée d’autant plus intense que des compagnies minières occidentales, à coups de milliards de francs cfa, avaient fini d’effectuer leur travail d’exploration dans la zone. Les orpailleurs de la sous-région ont donc attendu tranquillement que ces sociétés aient fini de déterminer avec précision les endroits où se trouvait l’or pour venir les occuper sans autre forme de procès. C’est ainsi que des périmètres appartenant à des compagnies régulières comme Afri-Gold, disposant donc de permis en bonne et due forme, sont squattées par des milliers de « diouratiguis » (orpailleurs traditionnels) au grand dam des dirigeants de ces compagnies qui ne savent plus à quel saint se vouer.

En effet, en lieu et place de l’orpaillage de subsistance, si on peut l’appeler ainsi, s’est développé un véritable orpaillage de prédation nuisible pour l’environnement, les finances publiques et… la sécurité de la Nation. Une fois l’or détecté avec précision par les compagnies minières, les Burkinabés sont entrés à l’œuvre. Maîtrisant la technique d’extraction par le cyanure et le mercure, ils sont outillés pour exploiter aussi bien ce que les géologues appellent les indices que les gisements à l’image de celui de Sambranbougou qui appartient pourtant à une compagnie minière occidentale. Les dégâts pour la nature de cette forme d’orpaillage sont en tout cas effroyables. En effet, sur la montagne où se trouve le site dit « Kara Kara », qui regorge le plus d’or et qui appartient à la société Afri-Gold, sur cette montagne, donc, des milliers d’arbres ont été arrachés et/ou brûlés quand ils ne servent pas à réaliser des étais pour les mines de fortune, d’où l’appellation de « montagne pelée ». Une véritable politique de la terre brûlée ou de la tabula rasa ! Pis, le cyanure utilisé à grande échelle et qui s’infiltre dans la nappe phréatique représente un risque sanitaire majeur dont les conséquences sanitaires sont encore difficilement mesurables. Sans compter que camionneurs maliens et burkinabés se cachent à peine pour aller laver leurs cargaisons de sable dans la Falémé toute proche, y épandant donc du mercure et du cyanure.
 

Sur le site du « Kara Kara », le spectacle est apocalyptique. C’est comme si des milliers de castors s’étaient mis à creuser la montagne et à ronger ses entrailles.  Une montagne qui ressemble à un gruyère, creusée qu’elle est  de centaines de trous. Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, rouges de poussières, descendent dans ces trous ou en remontent régulièrement, s’ils ne font monter à la surface des seaux remplis de banco contenant quelques poussières d’or. A l’aide de cordes, ils se laissent glisser à l’intérieur de ces trous sombres où ils sont obligés d’utiliser des lampes torches pour pouvoir se mouvoir. L’un d’entre eux, Sénégalais, nous confie : « C’est entre 30 et 35 mètres que nous trouvons le sable dont nous avons besoin. Nous le faisons remonter, l’entassons avant de le transporter chez nous. » Pour quoi faire ? Pour le laver, pardi et en extraire l’or ! Au bord de tous les trous, des bassines remplies d’eau. Quand nous demandons à notre interlocuteur à quoi ils servent, il nous répond : « c’est pour effectuer des tests. Si nous trouvons des traces d’or, alors ça veut dire que nous pouvons continuer à creuser. » Ce qu’il appelle « la maison », ce sont en fait de véritables petits ateliers où se trouvent des concasseurs pour broyer le sable apporté à l’intérieur de sacs ou transporté par ces sortes de charriots motorisés chinois que l’on voit à Dakar et dont des centaines se trouvent à Kharakhena. Sur les lieux, nous avons dénombré au moins une cinquantaine de concasseurs à l’œuvre tandis qu’une noria de camions fait un va-et-vient incessant entre le « dioura » et le fleuve tout proche. 
A voir ce spectacle surréaliste de milliers de « gueules rouges » (...) on ne peut manquer d’être impressionné, voire effrayé. Une véritable cour des miracles !

Et parce que Kharakhena, petit hameau de quelques dizaines de cases, ne pouvait pas accueillir tout ce monde, à ses flancs s’est développé une gigantesque verrue, une hideuse excroissance faite là encore de milliers de huttes en paille mais aussi de bric et de broc dans lesquelles vit un monde interlope à côté des fourmis industrieuses qui s’activent le jour dans les galeries creusées à flanc de montagne. L’argent circulant à flot du fait du commerce de l’or, ces conquistadores d’un genre nouveau dépensent sans compter. Les gargotes et les restaurants de fortune (sans jeu de mots) y poussent donc comme des champignons après la pluie, sans compter les débits de boisson alcoolisée, les chambres de passe, des centaines de prostituées étant venues exercer le plus vieux métier du monde pour le repos du guerrier des orpailleurs. En l’absence de tout contrôle d’hygiène, de police des mœurs et de carnet sanitaire, les maladies sexuellement transmissibles y foisonnent tandis que le taux de séropositivité s’envole.  Sans compter, évidemment, le trafic de drogue. (...)

Quant à l’or, c’est sous le manteau qu’il se vend, loin des yeux et des oreilles indiscrets dans un véritable marché parallèle solidement contrôlé par les Maliens qui brassent des centaines de millions de francs par jour. Puis tout l’or acheté prend la direction du Mali ou du Burkina Faso où il est comptabilisé dans les statistiques d’exportations de ces pays tandis que le Sénégal, où ce métal précieux est pourtant extrait, ne gagne rien, absolument rien, ni impôts et ni taxes, dans ce commerce qui génère un chiffre d’affaires d’une vingtaine de milliards de francs chaque année, rien que dans la zone de Kharakhéna. (...) [L]e Sénégal, lui, laisse filer toutes ses richesses dans les pays voisins

2 juin 2014

Amnesty dénonce les pratiques des compagnies minières

Selon un article de RFI (ici, en français), les compagnies minières, appuyées par le gouvernement, accaparent les terres des paysans.

Extrait

« Dans le sud-est du Sénégal, les communautés rurales des zones minières voient leurs droits à la terre foulés aux pieds alors que le gouvernement octroie des concessions à des compagnies minières sans garantir le respect des droits humains ». C'est ce qui apparaît dans un nouveau rapport d’Amnesty International, résultat d’une enquête réalisée dans la région de Kédougou, une région disposant de gisements importants d’or notamment. L’industrie minière aurifère y est encore nouvelle (une seule concession a atteint la phase de production, d’autres sont en phase d’exploration).

11 nov. 2013

Accaparement

L'accaparement des terres, c'est leur achat par ceux qui ont de l'argent au détriment de ceux qui les cultivent sans titre de propriété. C'est ce que Polanyi appelait l'enclosure.

Agnès Stienne illustre ce phénomène vieux de trois siècle mais toujours actuel.

Mais rassurez-vous: les autorités des pays concernés ont promis ... que l'accaparement créerait des emplois.

28 oct. 2013

Fakir enquête chez les pêcheurs à Boulogne

Je vous mets un article d'enquête journalistique fouillée sur le devenir des pécheurs. A l'instar des agriculteurs, les petits producteurs doivent s'endetter pour s'équiper, ils sont soumis à une concurrence plus industrielle, moins régulée qu'eux.



Ils en conçoivent quelque amertume, comme on peut l'imaginer, se retrouvent, misérables, cassés avant l'âge par l'humidité, orphelin de leurs rêves de mer, de liberté. Ils auront passé leur vie à rembourser des banques, à être contrôlée par une Europe tatillonne avec les humbles et inconditionnelle de la 'libre concurrence'. Les petits pécheurs sont en concurrence avec les chaluts géants qui pèchent en haute mer, chaluts qui ne sont pas soumis à ces contrôles tatillons.

Lien vers l'article en français (et en libre accès):

Fakir - La presse dans les filets du libre échange

et la suite,

Fakir - La pèche dans les filets du libre échange 2/2

Cette distorsion de la 'libre concurrence' au profit des gros - ils pèchent en eaux internationales alors que les petits sont obligés de rester proches de leurs ports d'attache - déprime les revenus de ces petits pécheurs. Eux aussi disparaissent, victimes de cette politique, de la misère qu'elle induit chez eux.

Nous suggérons un salaire pécheur, une socialisation des moyens de production et une limitation sérieuse à l'importation de poissons péchés dans n'importe quelles conditions pour valoriser la qualification des pécheurs, pour favoriser une petite pèche, respectueuse des ressources halieutiques et pour tourner l'économie de la mer vers le vivrier. C'est que les premiers consommateurs de poissons restent ... les Européens.