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3 oct. 2016

Ladrerie employiste

Nous apprenons que l'Arabie Saoudite - royaume de la piété wahhabite, s'il en est - passe au calendrier grégorien (chrétien, donc).

La raison? Les années grégoriennes sont plus longues de onze jours. À salaire inchangé, bien sûr, pour les fonctionnaires saoudiens. Une baisse de salaire de plus de 3%.

Et tant pis pour la piété, donc.

Source: Jeune Afrique

Si les Saoudiens doivent désormais s’accommoder du calendrier grégorien, les fonctionnaires du Royaume se retrouvent pénalisés avec ce nouveau système. En effet, le calendrier hégirien est divisé en 12 mois de 29 ou 30 jours et compte onze jours de moins que son équivalent grégorien… Ce qui signifie que les fonctionnaires travailleront 11 jours de plus mais avec un salaire équivalent.
Avec cette mesure, Riyad cherche à couper dans la dépense publique dans un pays où 80% de la population occupe un emploi de fonctionnaire.
La semaine dernière, le gouvernement avait déjà annoncé d’autres mesures symboliques avec une réduction des salaires des ministres à hauteur de 20% et une baisse de 15% des indemnités annuelles accordées aux parlementaires.
Moralité: un employeur public est aussi ladre qu'un employeur privé.

30 juil. 2015

La misère crée aussi de l'esclavage

C'est la conclusion à tirer d'un article de RFI (ici, en français) sur des Mauritaniennes emmenées comme esclave en Arabie Saoudite. Rappelons que les saoudiens s'érigent en modèles de vertu dans le monde musulman et entendent y imposer leur bigoterie. Visiblement, la vertu de l'Arabie Saoudite n'est pas irréprochable.

Extrait

Le sort d'environ 200 jeunes Mauritaniennes parties travailler en Arabie saoudite mais qui auraient en fait été réduites en esclavage suscite des inquiétudes. L'alerte est venue d'une de ces jeunes femmes qui a pu contacter sa mère et l'ACFC (Association des femmes chefs de famille). Agée de 25 ans, cette jeune femme que nous appellerons Coumba leur a raconté les sévices qu'elle subit, comme plusieurs de ses compatriotes.
Elle croyait partir enseigner, mais une fois en Arabie saoudite, Coumba a été forcée de faire le ménage des heures durant, battue et séquestrée, a-t-elle raconté à sa mère, grâce à un téléphone caché à ses employeurs. Des sévices subis par au moins trois de ses compatriotes, dont l'une, selon Coumba, a été violée.
Soutenue par la défenseur des droits humains et présidente de l’ACFC (Association des femmes chefs de famille) Aminetou Mint el-Moctar, sa mère a déposé plainte il y a quinze jours pour maltraitance et séquestration. Sur la base de plusieurs témoignages, Aminetou Mint el-Moctar estime qu'environ 500 jeunes femmes ont été approchées par des rabatteuses, dont quelques 200 seraient déjà sur place.
Toutes sont issues d'une communauté très pauvre et souvent marginalisée, les Haratines, les descendants d'esclaves. La police judiciaire a ouvert une enquête. Auditionnée la semaine dernière, la chef de filière présumée a été relâchée.
« Ce n’est pas un phénomène nouveau en Mauritanie, mais sous cette forme c’est une nouveauté parce qu’avant il y a eu la traite des jeunes filles et des petites filles de familles très pauvres qu’on emmène en Arabie saoudite pour les vendre pour des mariages. Mais elles n’étaient pas venues pour le travail, souligne Aminetou Mint el-Moctar. C’est en général des Mauresques blanches. Elles sont emmenées par des réseaux ou par des individus. On dit à la famille que la fille va étudier, puis se marier et on fait miroiter de l’argent aux familles pauvres. Pour les plus petites, entre 4 et 14 ans, 10 millions d'ouguiyas (près de 28 000 euros), plus vieilles que ça, 7 millions d’ouguiyas (plus de 19 000 euros) et le mariage d’un point de vue religieux à une certaine considération. Aujourd’hui ce sont des Haratines, des descendants d’esclaves. Parfois ce sont les parents qui envoient leur fille, mais parfois aussi c’est le choix des jeunes filles pour trouver un avenir meilleur. Mais on leur promet un travail dans des hôpitaux, des jardins d’enfants. Arrivées là-bas, elles sont recrutées comme bonnes à tout faire, en plus de l’exploitation physique et sexuelle. Donc c’est de l’esclavage moderne en réalité. »

25 janv. 2015

Tufshan ( تفشحاً)

En arabe dialectal d'Arabie saoudite, le concept de Tufshan (تفشحاً) désigne un sentiment d'inutilité handicapant. Ce sont surtout les pauvres qui ressentent la Tufshan dans un royaume saoudien où ils n'ont rigoureusement aucune perspective - et les pauvres ne sont pas tous des émigrés là-bas.

Ce sentiment propre à la situation sociale du royaume saoudien se retrouve néanmoins chez les producteurs de tous les pays que le système de l'emploi relègue aux marges de la société, dans des boulots pourris ou au chômage.

Selon Joyriding in Riyadh: Oil, Urbanism, and Road Revolt in Saudi Arabia, Pascal Menoret. Cambridge University Press dont The Economist (ici, en anglais) a fait un résumé. Nous vous en traduisons quelques extraits pour comprendre cette idée de "Tufshan" si peu exotique.

Le mot décrit la "torpeur subtile et incapacitante" qui résulte de l'avènement d'un sentiment d'inutilité et d'inadéquation sociale. Ce sentiment est très répandu chez les jeunes et les ouvriers à Riyad, une ville que Mr Menoret appelle un "Eldorado sélectif où seule une poignée de gens devient riche", cet état de rejet génère non seulement l'ennui mais aussi une indifférence détachée qui peut être toxique voire révolutionnaire.
(...)

Riyad s'étend maintenant sur 80 km et héberge cinq millions de personnes. C'était une petite ville de 300 mille habitants jusque dans les années soixante-dix. Plus de la moitié des habitants était alors des Bédouins déracinés des steppes arides environnantes, beaucoup d'entre eux logeaient dans des baraquements et des bidonvilles. La crise pétrolière de 1973 a démultiplié les revenus nationaux saoudiens: lors des 15 années qui ont suivi, le nombre de véhicules immatriculés dans le royaume est passé de 60.000 à 3,9 millions. Les spéculateurs immobiliers et les princes avec un accès privilégié aux terres ont fait fortune alors que la ville grandissait et évoluait vers une ville à l'américaine, avec des avenues, des appartements, des villas unifamiliales et des centres commerciaux.

Comme le souligne Mr Menoret, cette reconfiguration radicale n'a pas affecté les réalités sous-jacentes. La division étanche entre la classe moyenne urbaine et le prolétariat aux racines nomades s'est renforcée. Les programmes de démolition des bidonvilles ont rendu leur situation plus marginale, même alors que l'on demandait des travailleurs étrangers aux salaires anémiques, insuffisants pour élever une famille, pour des métiers non qualifiés. Pendant ce temps, la montée de la peur d'un État sécuritaire et de l'orthodoxie religieuse imposée par l'État, avec la séparation stricte des sexes, a anéanti l'espace de liberté personnelle.

Depuis les années 1980, beaucoup de jeunes Saoudiens aliénés ont échappé via le radicalisme religieux. D'autres ont choisi la révolte motorisée. Cette inclinaison, comme le souligne Mr Menoret, est encouragée par l'interdiction faite aux femmes de conduire. Conséquence de l'interdiction, les plus pauvres doivent conduire leurs sœurs ou leurs femmes alors que les plus riches laissent ces tâches ingrates aux servants étrangers.

Le sport de tafhit, de courses folles de voitures volées devant une flash-mob de jeunes admirateurs. Ces courses sont un défi aux autorités, une affirmation de masculinité et de fierté tribale. Selon une étude dans les trois plus grandes villes du pays, 45% des jeunes de 13 à 19 ans sont concernés et 10% y participent régulièrement.

17 déc. 2014

Un commerce légal

Selon Telesur (ici, en espagnol), l'Arabie Saoudite a légalisé l'union de Saoudien avec des enfants réfugiées syriennes au Liban sans mariage officiel.

Ces unions officieuses (et maintenant reconnues) coûtent 500$. Elles sont dénoncées par des associations de défense des droits de l'homme. Ce commerce innommable touche des orphelines mineures. Il atteste l'hypocrisie d'un régime politique bigot et conservateur et il organise des souffrances imprescriptibles d'enfants fragilisées par les circonstances avec la seule légitimité, le seul pouvoir de l'argent.

21 sept. 2014

Les esclaves du Golfe

The Nation publie un pensum sur les conditions de travail dans la région du Golfe persique (ici, en anglais). C'est édifiant - pourtant, on ne peut pas dire que les employeurs manquent de liquidité, de marge.

Résumé et traduction

Le Qatar compte 1,8 millions de travailleurs immigrés pour une population de 300.000 personnes. Les travailleurs immigrés sont régulièrement privés de salaire, ils sont souvent piégés dans un système de dette permanente; ils sont exposés à des conditions de travail dangereuses et sont privés du droit d'association. À peu près 1000 travailleurs immigrés sont morts au Qatar depuis 2012 selon le gouvernement.

Le cheikh Tamim bin Hamad Al Thani du Qatar a promis de nouvelles réformes pour garantir les droits des travailleurs immigrés. Il reste à passer aux actes.

La pratique du recours à la main d'oeuvre immigrée est largement répandue dans les monarchies du Golfe Persique où les élites royales, commerciales et les particuliers ont accumulé de hauts niveaux de richesse en dépit de la faible force de travail locale. Le Qatar, par exemple, soutenu par ses exportations de pétrole a le PIB par habitant le plus élevé du monde. Par leurs exportations énergétiques et par les services financiers, les cinq autres membres du Conseil de Coopération du Golfe (CCG), le Bahreïn, le Koweït, Oman, l'Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis, ont constitué des réserves financières considérables. Cette richesse a permis aux pays du Golfe d'octroyer des prestations sociales substantielles pour leurs nationaux.

Cette richesse a permis aussi à ces pays d'investir dans des investissements, dans des travaux d'infrastructures massifs mais la région manque de main d’œuvre native. La demande de main d’œuvre immigrée est donc très forte dans la région. L'explosion de la construction dans le Golfe a été nourri par un afflux massif de travailleurs, d'abord d'Asie, qui occupent aussi les emplois de domestique et les autres jobs mal payés. Ces travailleurs étrangers ont été conduits dans le Golfe par le manque de perspectives économiques dans leurs pays respectifs et par l'idée qu'on peut gagner un revenu régulier en travaillant dans le Golfe. Mais beaucoup se sont réveillé dans un cauchemar.

Esclavage contractuel

Le kafala ou "parrainage" est un élément clé du dispositif de travail. Le système utilise des hommes de paille qui voyagent à travers l'Asie du Sud-Est. Ils vendent le droit de travailler dans le Golfe aux candidats à l'émigration. Une fois endettés envers les hommes de paille qui "parrainent" le droit des travailleurs à se rendre dans le Golfe, les travailleurs doivent rembourser leur dette au parrain en travaillant de longues heures - souvent dans la construction, à des températures qui peuvent atteindre 50°C.

Le barrière physique sur ces travailleur est brutale. Entre 2010 et 2012, 700 travailleurs indiens sont morts au Qatar et les autorités népalaises ont déclaré que des centaines de leurs propres compatriotes sont morts là aussi. Selon des estimations du l'ITUC (la confédération internationale des syndicats), sans réforme, sans renforcement des codes du travail de la région, quelques 4.000 travailleurs pourraient mourir dans les projets du secteur de la construction liés à la seule coupe du monde 2022. Le rapport (ici, en anglais) de l'ITUC mentionne le fait qu'on refuse souvent aux ouvriers l'accès à l'eau ou à l'ombre et que l'abri qui leur est dévolu est insalubre et inhumain.

 Cependant, comme il leur faut une permission de leur parrain pour chercher un nouvel employeur, les travailleurs immigrés sont souvent piégés dans leur emploi. Ceci assure que leurs salaires dérisoires sont utilisés pour rembourser la dette occasionnée par leur trajet. Sans citoyenneté, sans aucun droit politique, ils sont incapables de quitter le pays - leurs passeports sont souvent saisis par les autorités à leur arrivée - ces travailleurs immigrés sont piégés dans ce qui ne peut se décrire que comme un esclavage virtuel ou un asservissement contractuel.

Les femmes immigrées employées comme travailleuses domestiques pour les résidents des riches pays du Golfe sont particulièrement exposées à l'exploitation. Recluses dans des foyers familiaux et interdites du droit de sortie, elles sont souvent piégées chez des employeurs qui suspendent leur paie et les soumettent à des épisodes effroyables de violence physique et sexuelle.

Elles ne peuvent pas faire grand chose selon ce rapport d'avril 2014 d'Amnesty International (ici, en anglais):

Les femmes qui ont été violentées physiquement ou violées font face à des obstacles majeurs pour obtenir justice. Aucunes des femmes auxquelles les chercheurs ont parlé ont vu leurs bourreaux assignés en justice ou condamné. Dans un cas abominable, une travailleuse domestique s'est cassé les jambes et  s'est fracturé une rotule quand elle est tombée par la fenêtre alors qu'elle tentait d'échapper à un employeur qui allait la violer. Son agresseur l'a alors violée alors qu'elle gisait sur le sol, blessée et incapable de bouger. Il n'a appelé une ambulance que par la suite.
Quand les enquêteurs l'ont interrogée six mois après l'agression, elle était encore en chaise roulante. Malgré ses blessures effroyables, le procureur a classé l'affaire en raison du "manque de preuve" et elle est retournée au Philippines l'année dernière. Son employeur n'a jamais dû rendre de compte.

  Alors que certaines réformes ont été mises sur la table par les dirigeants des pays du Golfes, leur formulation a été très vague et de ce fait sans substance.

Un phénomène régional

Des cas de figure sont récurrents à travers le Golfe. En Arabie Saoudite, la centrale économique de la région, les organisations de droits de l'homme ont prouvé des violations du droit du travail à large échelle, violations qui incluent une durée excessive du travail, du vol de salaire et de la violence contre les travailleuses domestiques.

La décapitation de Rizana Nafeek, une Sri-lankaise de 24 ans, serveuse à Dawadmi en janvier 2013 a été un cas particulièrement flagrant. Elle a été accusée d'avoir tué par strangulation le bébé de quatre mois de son employeur. Les preuves contre Nafeek se limitaient à une "confession" qu'elle a signée après son arrestation. Cette confession, selon Nafeek, a été faite sous contrainte et sans l'assistance d'un traducteur. Pour compliquer l'affaire, la famille de Nafeek a déclaré qu'elle avait menti sur son âge dans son formulaire de demande de passeport - ce qui signifie que, au moment des faits, en 2005, elle n'avait que 17 ans et était donc mineure selon les standards des lois internationales. Elle a été jugée sans défense légale et elle a été ensuite tuée sous les protestations véhémentes du gouvernement sri-lankais.

Le gouvernement des Émirats Arabes Unis, où le nombre de travailleurs immigrés est huit fois plus élevé que le nombre de nationaux, a entrepris de déporter les travailleurs qui font grève, d'héberger les travailleurs dans des conditions misérables et de voler les passeports des employés. Comme la gène de la FIFA au sujet de la coupe du monde au Qatar, les institutions académiques et culturelles occidentales qui ont établi des opérations dans les Émirats ont été plusieurs fois embarrassées par le traitement émirati des travailleurs immigrés.

(...)


Au Koweït, on a rapporté des problèmes du même genre. Là, les deux millions de travailleurs immigrés cohabitent avec 1,8 millions de nationaux. De même, au Bahreïn ou les travailleurs immigrés font face à des tensions politiques depuis le soulèvement avorté de 2011, quand les manifestations de chiites contre la monarchie régnante au Qatar ont été réprimée par des troupes d'Arabie Saoudite et d'autre pays du Golfe.

Perspectives de réforme

 En réponse au critiques qui se multiplient contre les préparations de la coupe du monde, le gouvernement qatari a promis des réformes pour les travailleurs immigrés, notamment un changement du système de kafala au profit d'un système qui permettrait aux travailleurs immigrés de quitter le pays ou de changer d'emploi plus facilement.

Cependant, l'ITUC et d'autres sont très sceptiques envers ces réformes. Un porte-parole d'ITUC a déclaré que les travailleurs immigrés au Qatar n'avaient toujours "pas liberté d'association, pas de salaire minimum et pas de système de respect effectif du travail. Aucune des lois ne semblent s'appliquer aux travailleurs domestiques."

De plus, les travailleurs immigrés devront toujours demander un visa de sortie pour quitter le pays, la décision de savoir si et quand les travailleurs peuvent retourner chez eux appartenant aux autorités de l'État. Ceci signifie que près de 1,8 millions des résidents qataris sont piégés là, virtuellement sans aucune protection légale, à discrétion de l'État.

Malheureusement, alors que ces faits soulignent le besoin impératif de réforme, beaucoup d'observateurs des droits de l'homme sont pessimistes. L'économie qatarie est devenue massivement dépendante des travailleurs immigrés, notamment dans la construction. Sans ces travailleurs, le "miracle" qatari d'urbanisation débridée aurait été impossible. Comme le nombre de travailleurs immigrés augmente, les coûts d'une réforme réelle augmentent eux aussi.

(...)
Mais les autorités du Golfe ne sont pas à l'abri des pressions. Par exemple, cette année, l'Arabie Saoudite et l'Indonésie ont signé un accord pour accorder des droits supérieurs aux travailleurs indonésiens. Ils ont le droit de conserver leur passeport, de communiquer avec les membres de leur famille, d'être payés tous les mois et d'avoir du repos. Cet accord suit l'interdiction indonésienne d'août 2011 d'envoyer des travailleurs émigrés en Arabie Saoudite du fait des rapports de violations terrifiantes des droits du travail sur les Indonésiens dans le pays. 

13 avr. 2014

Déportation de l'armée de réserve

Dans un article de L'Orient XXI ici, Claire Beaugrand nous explique comment les autorités saoudiennes font face au chômage en pleine croissance: elles favorisent l'embauche des nationaux et renvoient les travailleurs étrangers sans papier chez eux. L'armée de réserve, les chômeurs, sert alors de variable d'ajustement: appelée quand il y a un besoin de main-d'oeuvre, elle est renvoyée quand il n'y a plus rien à faire, comme un simple outil rangé dans l'armoire. Plus d'un million d'immigrés avaient déjà été renvoyés en novembre dernier (2013).

Extrait

Si l’Arabie saoudite a retenu une leçon des printemps arabes, c’est bien que le chômage, et particulièrement celui des jeunes, est une bombe politique à retardement qui peut exploser à tout moment. Avec un taux officiel de chômage de 12 % parmi les nationaux, qui grimpe à 40 % pour les hommes entre 20 et 24 ans et à 70 % pour les femmes de cette même classe d’âge, le royaume a décidé d’employer la manière forte pour créer de nouveaux emplois pour ses ressortissants. Incapable d’absorber plus de fonctionnaires, il a pris le parti de remplacer les travailleurs expatriés. Tout au moins de donner le signal qu’il entend mettre de l’ordre dans son marché du travail.
L’idée est ancienne et les tentatives de nationalisation (« saoudisation ») de la main d’œuvre ont connu diverses fortunes au cours de la dernière décennie. En juin 2011, cependant, le ministère du travail saoudien a lancé un nouveau programme, appelé nitaqat, faisant obligation aux entreprises saoudiennes de plus de dix salariés d’employer un pourcentage fixe de nationaux, sous peine de se voir imposer une sanction financière. Sa mise en œuvre devait devenir effective en 2013.
Depuis fin mars, date à laquelle le ministère du travail a annoncé que ses inspecteurs allaient redoubler d’activité pour vérifier que toutes les entreprises étaient en conformité avec les objectifs du nitaqat — et par là même que tous les travailleurs étrangers étaient en règle avec le système du sponsorship ou kafâla —, un vrai vent de panique souffle sur l’Arabie. Le roi avait accordé une amnistie de trois mois, expirant le 3 juillet 2013, durant laquelle les étrangers sans papiers étaient priés de régulariser leur situation pour éviter des peines d’emprisonnement pouvant atteindre deux ans fermes et des amendes — impossibles à payer pour le commun des immigrés — s’élevant jusqu’à 27 000 dollars. Devant l’ampleur du « sauve-qui-peut » généralisé, le roi Abdallah a dû étendre la période de régularisation de quatre mois, jusqu’au 3 novembre 2013.
(...)

Deux chiffres, émanant des pays exportateurs de main d’œuvre, révèlent l’étendue du phénomène. D’après le conseiller du premier ministre du Yémen, dont l’économie est largement dépendante des quelque 2 milliards de dollars rapatriés annuellement au pays, « la mesure pourrait toucher plus de 200 000 Yéménites, entrés en Arabie avec un visa de travail (en bonne et due forme) mais qui ne travaillent plus pour l’employeur qui les a enregistrés à leur entrée dans le pays. ».
Quant au gouvernement philippin, il estimait que les 12 000 Philippins qui avaient approché les autorités consulaires pour quitter l’Arabie ne représentaient pas plus de 10 % de tous les ressortissants à régulariser (au nombre de 108 000 sur un total de plus d’un million de Philippins dans le Royaume). Pour les pays d’origine des travailleurs étrangers, la déportation de dizaines de milliers d’entre eux n’est que le début d’un long processus de retour graduel des expatriés, venant aggraver encore la situation de pays fragiles économiquement.


22 mars 2014

Travailleurs indonésiens proches de l'esclavage

Un article de Jolpress ici, interviewe une organisation de droits de l'homme qui a rencontré les femmes-esclaves-employées.

Extrait

La question du traitement des travailleurs indonésiens envenimaient les relations entre Riyad et Jakarta depuis plusieurs années. Mardi 18 mars, les deux pays ont enfin signé un accord visant à accorder plus de droits à ces migrants qui vivaient pour certains dans des conditions « proches de l'esclavage » selon Nisha Varia, de l'ONG Human Rights Watch, qui a rencontré plusieurs de ces employés domestiques pris au piège dans le royaume wahhabite.

13 déc. 2013

Mineures à vendre en Syrie

Nous apprenons consternés par un article de Telesur que des jeunes Syriennes sont vendues à de riches saoudiens pour être mariées.

Mise en perspective

Malheureusement, ces pratiques ont tout à voir avec l'esclavage de l'emploi. Elles poussent la logique de l'achat du temps et de la liberté humaine jusqu'à son paroxysme.

C'est le rapport à l'argent qui constitue une capitalisation de valeur produite par le travail vivant qui devient fétiche et construit l'illusion de la naturalité d'une domination de l'homme par l'homme. L'argent est le vecteur qui naturalise la domination et, en tant que tel, il constitue une religion cruelle, dangereuse, extrémiste et fanatique.

Rappelons que l'islam condamne les pratiques mercantiles, rappelons que Mahomet avait déjà dû chasser les boutiquiers assoiffés d'argent de sa ville (et que, à ce qu'on m'en a dit, il devrait recommencer aujourd'hui).

Nous considérons ces pauvres enfants vendues par misère comme nos sœurs, les avanies qu'ont leur fait subir au nom de la misère nous sont insupportables. Nous soulignons la douleur des familles contraintes, sous 'l'aiguillon de la nécessité' à vendre leurs filles.

Traduction et résumé de l'article

En Arabie Saoudite, à Riyad, on a publié une offre de vente de gamines syrienne pour quelques 7.500 €. Il s'agit d'un abus de faiblesse manifeste de la misère des réfugiées syriennes. C'est le nom de Majed qui est apparu dans les médias il y a quelques mois, une femme active dans les camps de réfugiés syriens qui prétend être agent matrimonial mais qui, en fait, vend des gamines syriennes aux riches au prix le plus élevé qu'ils offrent. Pour beaucoup de familles qui vivent dans des camps de réfugiés de Jordanie, la vente de leur fille est la seule façon de survivre.

 Elle parle d'un homme de 70 ans qui souhaite se marier avec une gamine de 13 ans. La demande de jeunes syrienne est très élevées [ah, la main invisible du marché!] et les conditions de vie empirent pour les 1,9 millions de réfugiés syriens installés dans des pays voisins.