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3 sept. 2017

La précarisation comme guerre au salaire

Dans la foulée de toutes les lois "travaille!" en Europe (El Khomery et la réforme par ordonnances du code du travail en France, les lois Peters en Belgique, les "réformes" italiennes ou anglaises), Marie Wierink fait le bilan de ce qui s'est fait au Pays-Bas depuis une vingtaine d'années (ici).

La flexibilisation des employés a amené à substituer des employés avec des droits salariaux (chômage, retraite, santé) forts par des faux indépendants émargeant aux caisses de solidarité collectives. Mais cette substitution s'est accompagnée d'une déqualification du personnel puisque les employeurs n'investissent pas dans la formation des employés précaires.

C'est dire que la flexibilité a remplacé des postes à haute valeur ajoutée par des emplois précaires et qu'elle a diminué la productivité.

Voici ses conclusions:
D’une part, la Commission européenne et le Fonds monétaire international (FMI) s’alarment de la montée du travail indépendant aux Pays-Bas, absorbant la quasi-totalité des nouveaux emplois créés, minant l’équilibre économique des institutions de protection sociale, et ralentissant les progrès de la productivité, du fait de la faiblesse des investissements en formation dans ces personnels. D’autre part, l’amélioration du chômage serait en partie cosmétique : derrière le temps partiel choisi se cache maintenant du sous-emploi, particulièrement du côté des indépendants dont 16 % voudraient travailler davantage, et du côté des travailleurs découragés, qu’on estimait fin 2015 à 131 000 pour 587 000 chômeurs enregistrés. Enfin, la part des gains des travailleurs (salaires et gains des indépendants confondus) dans la valeur ajoutée a reculé de 78 % en 2003 à 73 % en 2015, malgré le rétablissement de la conjoncture et la réduction du chômage. En d’autres termes, en dépit des efforts des partenaires sociaux et du gouvernement pour civiliser son usage, l’emploi flexible doit aussi être considéré comme un facteur essentiel de la modération salariale aux Pays-Bas.

27 déc. 2016

Actions contre le dumping en kit (2)

Partout en Europe, les syndicats se battent contre les pratiques criminelles de dumping social et salarial d'Ikea pour transporter ses produits. Un conducteur lituanien vient de décéder d'épuisement du fait de ces pratiques esclavagistes (et employistes). Les syndicats ont prévu tout une série d'action (nous avions relayé une action aux Pays-Bas ici).

Le dumping social en cours en Europe (sous les noms de "travail détaché" et de "sous-traitance") est une forme d'esclavage employiste particulièrement odieuse. Si vous voulez voir à quoi ressemblent les malheureux qui y sont réduits, il vous suffit de traîner sur une aire de repos d'autoroute, le soir.

Extrait de l'article  de Marion d'Allard dans l'Humanité disponible ici à l'occasion d'une action syndicale à Metz.

La Fédération internationale des travailleurs des transports multiplie les actions pour faire reconnaître la responsabilité de la multinationale suédoise en ce qui concerne les conditions de travail déplorables de ses transporteurs sous-traitants.

Le 17 octobre dernier, un routier lituanien était retrouvé mort sur le parking d’Ikea à Metz (Moselle). Employé par la compagnie néerlandaise Samskip, sous-traitante du géant suédois, il est le macabre symbole d’un système inhumain qui a érigé la rentabilité en dogme, au mépris des conditions de vie et de travail de milliers de conducteurs. Un système rendu possible par la législation communautaire, via la directive sur le travail détaché, contournée allégrement par les multinationales.

Le scandale de la sous-traitance en cascade, dénoncé à de multiples reprises par les syndicats du secteur, a atteint, ce jour d’octobre, son paroxysme. En réaction, et à l’appel de la Fédération internationale des travailleurs des transports (ITF), les actions revendicatives se sont multipliées cette semaine aux Pays-Bas, en Allemagne, en Belgique… Hier, c’est à Metz, sur le site du plus gros entrepôt Ikea d’Europe, qu’une vingtaine de routiers se sont rassemblés à l’appel de la CGT, du syndicat belge FGTB et du néerlandais FNV. « Les conducteurs, qui garantissent l’économie d’Ikea, sont plus occupés à survivre au jour le jour qu’à conduire », déplore Lars Lindgren, président du syndicat suédois des travailleurs des transports, cité par l’ITF, qui appelle une nouvelle fois la multinationale suédoise à prendre en compte les conditions de travail des salariés qu’emploient ses fournisseurs. « Ikea est le donneur d’ordres, il doit passer à l’action pour stopper ces abus », assènent les syndicats européens.

«Ikea fait travailler pour son compte des dizaines de boîtes de transport routier. Une grande partie de ces entreprises ont leurs sièges sociaux en République tchèque, en Hongrie ou en Slovaquie, et embauchent aux conditions des pays de l’Est. Les autres sont des entreprises françaises, comme XPO Logistics – ex-Norbert Dentressangle –, qui créent des filiales dans les pays de l’Est au prétexte d’une activité économique sur place et envoient en réalité les salariés de ces filiales sur les routes d’Europe de l’Ouest », explique Alain Sutour, responsable internationale à la CGT transports. Victimes du contournement des règles européennes, « ces conducteurs sont payés au tarif du pays d’origine, soit environ 200 euros mensuels auxquels s’ajoutent 600 euros maximum de défraiement », poursuit le syndicaliste. En tout donc, 800 euros pour travailler et vivre en France ou en Allemagne. Leur mission dure « de trois à six mois », précise Alain Sutour, « ils dorment dans leur cabine, mangent au cul du camion, dehors même en plein hiver, préparent leur repas sur un réchaud, dans les odeurs d’échappement et de gasoil »… Pis, alors que la loi communautaire exige qu’une nuit de repos hebdomadaire soit prise à l’hôtel, « cette mesure n’est strictement jamais appliquée », poursuit le syndicaliste. Selon les dernières informations, le conducteur lituanien décédé à Metz a succombé à un infarctus. « Il avait 60 ans, trente ans de route derrière lui dans les conditions dont je viens de parler, loin de chez lui, sans pouvoir se soigner, seul toute l’année », déplore Alain Sutour.

22 déc. 2016

Dumping en kit

Le site du Wereld Morgen (ici, en néerlandais) nous signale que le syndicat néerlandais de transport BTB a mené une action dans plusieurs magasins Ikea pour dénoncer le recours au dumping social par l'utilisation de sous-traitants pour les transports.

Inutile de dire que cette action a notre sympathie, que les transporteurs sont des producteurs et que, en tant que tels, ils doivent être extraits de l'emploi et éligibles au salaire à la personne.

Cette brève est l'occasion de rappeler le désastre social employique que constituent les fêtes de fin d'années, comme l'attestent ces employés d'Amazon obligés de dormir sous tente.

Nous appelons à l'émancipation du travail et des travailleurs, nous aspirons à ce que les marchandises cessent d'être entachées de sang et de sueur.

19 oct. 2016

Monsanto en procès

Dans Libération (ici) Coralie Schaub nous rend compte du procès "pour de faux mais avec de vrais professionnels" contre la multinationale.

Extrait
Un gros cœur rouge est imprimé sur son haut noir. Elle est grande, se tient droite, elle s’avance à la barre, prend une profonde inspiration et se lance : «C’est un honneur d’ouvrir la longue marche des victimes de Monsanto. Vous allez entendre beaucoup de chiffres, aussi je me suis permis de mettre un visage sur les statistiques.» Sabine Grataloup tend aux juges une série de photos. L’une montre un nouveau-né intubé, les mains attachées, une sonde dans l’estomac. Une autre, une bouille au sourire doux, de beaux yeux bleus… et un gros trou dans le cou. «Voici Théo, mon fils. Il y a neuf ans, il est né avec une malformation grave de l’œsophage. Il a dû être opéré en urgence pour séparer les systèmes digestif et respiratoire. Son larynx aussi était malformé, on lui a donc aussi fait une trachéotomie. Depuis sa naissance, il a subi cinquante opérations.»
Elle évoque la «somme énorme de souffrances accumulées», les difficultés que Théo a toujours pour respirer ou parler, le risque vital permanent, le handicap social, la famille meurtrie.

Cathédrale

Sabine Grataloup ne s’exprime pas devant une juridiction classique. Samedi, cette Iséroise est venue témoigner devant le Tribunal international Monsanto dans le cadre d’un procès citoyen sans reconnaissance officielle organisé à La Haye, aux Pays-Bas, à deux pas de la Cour pénale internationale (CPI). Mais elle s’adresse à de vrais juges.
(...)
Les juges le savent, leur mission est de livrer une opinion juridique sur six questions. La firme Monsanto a-t-elle, par ses activités, porté atteinte au droit à un environnement sûr, propre, sain et durable ? A-t-elle porté atteinte au droit à l’alimentation ? Au droit à la santé ? Aux libertés d’expression et de recherche scientifique ? S’est-elle rendue complice de crimes de guerre en produisant le défoliant «agent orange» utilisé par l’armée américaine au Vietnam ? Enfin, ses activités pourraient-elles constituer un écocide, soit le fait de détruire l’environnement au point de compromettre la vie sur Terre ?
(...)
Damián Verzeñassi, un docteur en santé publique argentin qui a mené une vaste enquête épidémiologique dans son pays, atteste à la barre d’une hausse spectaculaire des cancers, fausses couches et malformations congénitales. Entre 2010 et 2014, ces dernières concernaient 17,9 naissances sur 1 000, contre 8,8 sur 1 000 entre 2000 et 2004. «La majorité des malformations touchent la ligne médiane du corps», observe-t-il, citant les effets du glyphosate, qui interdit l’expression normale de gènes permettant la constitution de notre morphologie. Les mêmes malformations qui touchent Théo, Martina, les amphibiens du professeur Carrasco… Ou les porcelets d’un éleveur danois venu lui aussi témoigner, photos à l’appui, où l’on voit des animaux nés avec des moignons en guise de pattes, sans anus, sans yeux ou avec deux têtes.
Devant les juges, défilent encore apiculteurs mayas, agriculteurs australiens, burkinabés, indiens ou canadiens, tous très remontés contre Monsanto, accusée de «collusion» avec des gouvernements qui protégeraient davantage les intérêts privés que leurs citoyens. Seuls les Sri Lankais ont réussi à obtenir l’interdiction du glyphosate dans leur pays après la mise en lumière du lien entre le produit et une épidémie de maladie rénale responsable de la mort de 24 800 producteurs de riz entre 1994 et 2014.
La cour rendra son avis consultatif au plus tôt le 10 décembre, journée internationale des droits de l'Homme. Le petit Théo, lui, n’attendra pas jusque-là pour subir sa 51e opération. Ce sera ce jeudi, à l’hôpital Necker à Paris.

12 mars 2015

L'emploi appauvrit

Mais oui: plus on travaille en emploi, plus on est pauvres et moins on travaille en emploi plus on a de salaire.
Ce n'est pas de l'emploi qu'il faut (ou alors vraiment le moins possible) mais du salaire.
N'hésitez pas à faire suivre aux syndicats qui braient: "de l'emploi, de l'emploi".

Les Grecs travaillent le plus d'heures en Europe. Heures de travail moyennes par semaine dans des pays de l'Union Européenne en 2013.

18 oct. 2014

Used in Europe (2)

Used In Europe sort un atlas interactif d'Europe ici, sur la violation des droits du travail sur le vieux Continent, en anglais.

Allemagne
Arnaque de chauffeurs routiers tchèques

Belgique
Travail sous payé dans la manutention. Le trafic humain d'immigrés touche surtout l'agriculture, l'industrie du sexe et la construction.

Espagne
Exploitation de milliers de travailleurs migrants dans les fermes dans des conditions effroyables. On leur prend leurs papiers

France
Exploitation et trafic d'immigrés dans les ateliers, la construction, les PME et l'agriculture

Grande-Bretagne
Exploitation et trafic d'immigrés. Par exemple dans une ferme de cannabis

Irlande
Exploitation et trafic d'immigrés. Notamment dans les fermes de cannabis

Italie
Travail forcé avec violence à 1€ de l'heure dans l'agriculture. Trafic d'êtres humains dans le sexe, la construction et la mendicité contrainte

Luxembourg
Exploitation de travailleurs immigrés (Horeca, construction, industrie du sexe)

Pays-Bas
Exploitation dans les fermes de champignons - trafic d'êtres humains (des mineurs nationaux sont concernés)

Suisse
Trafic et exploitation d'immigrés dans les secteurs non qualifiés 

Pologne
Travail forcé dans le textile (des travailleurs se sont enfuis). Traite humaine dans l'agriculture et dans le travail domestique

Russie
Trafic et exploitation dans la construction (notamment pour les infrastructures de Sotchi)

Grèce
Exploitation et trafic dans l'agriculture et l'industrie du sexe

Ukraine
Exploitation humaine dans l'industrie du tabac. Les émigrés ukrainiens sont victimes de toutes les formes de traite humaine

24 sept. 2014

Le salaire low-cost

L'indispensable Basta fait le point sur les enjeux sociaux du transport aérien en Europe ici.

Morceaux choisis.
Le conflit social à Air France-KLM dure depuis plus d’une semaine. Les pilotes, soutenus par une partie des personnels, s’opposent au développement de la filiale low-cost de la compagnie, Transavia. Selon les grévistes, cela se traduira par une dégradation des conditions de travail et des baisses de salaire. Les exemples des compagnies à bas coût, Ryanair et Easyjet en tête, laissent craindre le pire. Car l’ascension du low-cost se fait partout au détriment du droit du travail et des protections sociales, tout en bénéficiant de millions de subventions publiques optimisées dans des paradis fiscaux. L’avenir du transport aérien européen prendra-t-il des allures de crash social ?
« Si on pouvait faire du low-cost avec les règles de fonctionnement d’une compagnie traditionnelle, cela se saurait ! (…) Il n’est donc pas possible d’aller travailler chez Transavia aux conditions d’Air France, sauf à tuer Transavia. » Le patron d’Air France-KLM, Alexandre de Juniac – passé directement de la direction du cabinet de Christine Lagarde, ministre de l’Économie de Sarkozy, à Air France en 2011 – a au moins le mérite d’être clair : le développement de la filiale à bas coût d’Air France passera par une dégradation des conditions de travail, ou ne se fera pas.
Transavia France, créée en 2007, devait au départ fonctionner comme une compagnie charter, affrétant des avions en dehors des vols réguliers pour des voyagistes par exemple. Avec la crise que traverse Air France depuis 2008, la direction a changé de stratégie et décide d’en faire une compagnie à bas coût. En économisant notamment sur le personnel.
(...)
Deux de ces nouvelles bases européennes pourraient se trouver au Portugal, où le salaire minium s’élève à seulement 565 euros par mois et où les cotisations patronales sont bien plus basses qu’en France. « À terme, le projet est de transférer le personnel Transavia sur d’autres bases européennes », craint Mehdi Kemoune, chef de cabine et secrétaire général adjoint de la CGT Air France. Le représentant syndical rappelle le cas d’une autre filiale d’Air France, la plateforme téléphonique de services Blue Link : « Au début, elle devait être développée uniquement en France, puis un centre a été lancé en République tchèque ». Le centre Blue Link de Prague fait aujourd’hui travailler des conseillers téléphoniques en 21 langues, dont le français. Le salaire brut mensuel moyen en République tchèque est de... 907 € euros ! Soit 2,5 fois moins qu’en France !

Moins payés pour plus d’heures de vol

La grève en cours ne concerne que les pilotes, qui représentent 7 % des effectifs du groupe (4 700 salariés sur 65 000 employés). Mais d’autres syndicats soutiennent le mouvement. Car la menace que la stratégie low-cost fait peser sur les emplois touche tous les métiers de l’entreprise. « Nous voulons que tous les personnels Transavia soient sous contrat Air France, pas seulement les pilotes, explique Mehdi Kemoune. C’est tout à fait possible de développer Transavia avec du personnel Air France. » Aujourd’hui déjà, les personnels navigants commerciaux de Transavia, les stewards, sont moins payés que leurs collègues d’Air France, tout en effectuant plus d’heures de vol. Pour le personnel au sol, la stratégie est à la sous-traitance généralisée. « Même si un vol de Transavia vient atterrir sur une base Air France, c’est du personnel sous-traitant qui s’en occupe. C’est incohérent mais ça montre que le projet, c’est de fermer des bases Air France », estime le représentant de la CGT.
« Il y a une volonté claire d’Air France d’opérer un transfert de liquidités vers la filiale Transavia avec des droits sociaux dégradés pour les pilotes, le personnel navigant commercial et les personnels au sol », constate aussi Mathieu Santel, membre du bureau national interprofessionnel de Sud aérien, syndicat présent chez Air France, ses filiales et les sous-traitants aéroportuaires. « C’est un mouvement de fonds à Air France comme dans le transport aérien en général, d’aller vers le low-cost avec des conditions sociales qui se dégradent. »

Coût du travail : la concurrence infernale

La croissance des compagnies à bas coût a certes de quoi faire réfléchir les commerciaux d’Air France. Ryanair, avec 81 millions de passagers transportés en 2013, a déjà dépassé Air France (77 millions). La compagnie irlandaise dessert aujourd’hui 31 aéroports français, de Brest à Nice, de Beauvais à Bergerac. Easyjet, compagnie anglaise née en 1995, comptabilise de son côté 60 millions de passagers en 2013, avec un chiffre d’affaires en hausse de 10 %. Elle dessert 181 liaisons en France dans une dizaine d’aéroports.
De belles réussites commerciales, mais à quel prix ? Les quatre premières compagnies low-cost européennes – Ryanair, Easyjet, Air Berlin et l’espagnole Vueling – sont aussi celles qui dépensent le moins pour leurs salariés : moins de 10 % du chiffre d’affaires pour Ryanair et Vueling, un peu plus de 11 % et 12 % pour Air Berlin et Easyjet. Air France-KLM, elle, est à 30 %. D’autres grandes compagnies comme la Lufthansa et IAG (ex British Airways) dépensent entre 20% et 25% ...

Pilotes intérimaires et travailleurs indépendants chez les low cost

« Le succès économique de ces compagnies repose sur une réduction drastique de la plupart des coûts, en particulier ceux afférents au personnel. Il n’est donc pas étonnant de constater qu’à l’image de Ryanair, elles soient à la pointe des techniques d’optimisation sociale, en contournant le droit européen voire en y dérogeant. Dans un contexte de concurrence exacerbée, ces pratiques tendent désormais à être mises en œuvre au sein de certaines filiales de grands groupes », analyse le sénateur communiste Éric Bocquet dans un rapport d’avril dernier sur le dumping social dans le transport européen.
Le sénateur y pointe plusieurs ruses utilisées par les compagnies low-cost pour faire des économies sur les salaires et les cotisations sociales. En tête : la généralisation du recours aux travailleurs indépendants pour composer leurs équipages. Ce statut leur permet de s’exonérer des charges sociales et patronales. La pratique est employée par une grande partie des compagnies à bas coût, des plus grandes aux plus petites : « Si elle ne détient pas le monopole de telles pratiques – les compagnies espagnoles Vueling et Volotea, la hongroise Wizz Air, la polonaise Enter air ou la lituanienne Small Planet agissent de la sorte – Ryanair est sans doute l’entreprise qui a le plus développé ce système. 70 % des 3 200 pilotes seraient recrutés sous ce statut. 60 % des personnels de cabine », note le sénateur.
La compagnie irlandaise a mis en place une filière complexe permettant de ne pas apparaître comme l’employeur de ses propres pilotes, à travers une multitude d’entreprises d’intérim. Ces pilotes dit indépendants travaillent, dans le cas de Ryanair, exclusivement pour elle. Ils se voient imposer des sanctions s’ils ne respectent pas les consignes et sont tenus à un préavis de trois mois s’ils souhaitent rompre leur contrat. Toutes les contraintes d’un travail salarié, donc, mais sans les cotisations sociales ! Ceux qui ont la chance d’être embauchés directement par Ryanair le sont de toute façon sous contrat irlandais, quel que soit le pays de leur base d’affectation. Il faut dire que les charges patronales y représentent moins de 11 % du salaire brut... L’Irlande qui, soit dit en passant, avait reçu 85 milliards d’euros d’aides de l’Union européenne et du Fonds Monétaire International pour éviter l’effondrement de son système bancaire et financier.

29 avr. 2014

La charte sociale européenne

  • La charte

Nous informons nos aimables lecteurs que 47 pays ont signé la charte sociale européenne en 1961. Cette charte a force de loi dans les pays signataires et stipule, notamment:

  • structure de soins accessible et efficace pour l’ensemble de la population ;
Ceci interdit spécifiquement tout recours à des mutuelles (complémentaires, obligatoires) payantes et imposent un financement de la santé par la seule cotisation (ou par l'impôt).
  • politique de prévention des maladies, y compris garantie d’un environnement sain ;
Ceci interdit spécifiquement toute activité économique, industrielle susceptible de dégrader ledit environnement.
  • élimination des risques en milieu professionnel pour assurer en droit et en pratique la santé et la sécurité au travail ;
  • protection de la maternité.
  • interdiction du travail forcé ;
Ceci exclut toute forme d'esclavage, notamment l'emploi sous la menace du chômage.
  • interdiction du travail des enfants ;
  • conditions de travail spécifiques entre 15 et 18 ans ;
  • droit de gagner sa vie par un travail librement entrepris ;
  • politique économique et sociale pour assurer le plein emploi ;
Tous les pays où le taux de chômage excède les 5% contreviennent à cet article.
  • conditions de travail équitables en matière de rémunération et de durée du travail ;
Ceci implique l'abolition de la rémunération à la tâche, à la force de travail et impose la qualification du travailleur comme source de salaire.
  • protection contre le harcèlement sexuel et moral ;
Ceci impose la fin de la fonction social d'employeur, de son pouvoir sur ses employés: on peut organiser l'activité de production de manière hiérarchique mais personne ne peut s'arroger le droit disposer de la carrière d'autrui puisque ce type de pouvoir permet le harcèlement sexuel et moral.
  • liberté de constituer des syndicats et des organisations d’employeurs pour défendre leurs intérêts économiques et sociaux ; liberté individuelle d’y adhérer ou non ;
Cette liberté est fortement limitée dans certains pays. En Belgique, par exemple, le seuil du nombre d'adhérents pour pouvoir prétendre s'organiser en syndicat rend la création de nouveaux syndicats techniquement impossible.
  • promotion de la consultation paritaire, de la négociation collective, de la conciliation et de l’arbitrage volontaire ;
La consultation paritaire impose la représentation de toute les parties au pro rata de leur importance. Les chômeurs, les retraités ou les invalides doivent, par exemple, être représentés dans toutes les décisions qui les concernent, qu'elle soient relatives aux prestations de la sécurité sociale ou aux cotisations sociales.
  • protection en cas de licenciement ;
Ceci impose d'attacher le salaire à la personne et non au poste de travail.
  • droit de grève ;
  • accès à l’emploi pour les personnes handicapées.
Par ailleurs, la charte détaille les droits humains que les signataires doivent respecter. Ces droits sont eux aussi rarement compatible avec la vente forcée de la force de travail dans l'emploi:
  • protection contre la violence et la maltraitance ;
 La violence du vol du temps des travailleurs par les propriétaires lucratifs est interdites. La maltraitance de la mise en minorité de l'emploi est interdite.
  • interdiction de toute forme d’exploitation (sexuelle ou autre) ;
 Tout surtravail est un vol, toute plus-value liée au travail d'autrui est un vol et sont des formes d'exploitation interdites.
  • protection juridique de la famille (égalité des époux entre eux et vers les enfants, protection des enfants en cas de rupture) ;
Ceci impose un droit à un salaire personnel inconditionnel.
  • droit à la sécurité sociale, à l’assistance sociale et à des services sociaux ;
Cet article est directement violé par le harcèlement institutionnel des chômeurs, en France, en Belgique ou en Allemagne (entre autres).
  • droit à la protection contre la pauvreté et l’exclusion sociale ;

  • Les recours
Nous citons le site de l'organisation (ici, en français)
Organisations habilitées à saisir le Comité :
– Pour tous les Etats qui ont accepté la procédure :
  1. Confédération européenne des syndicats (CES), BUSINESSEUROPE (ex-UNICE) et Organisation internationale des employeurs (OIE).
  2. Les organisations non gouvernementales (ONG) dotées du statut participatif auprès du Conseil de l’Europe et inscrites sur une liste établie à cette fin par le Comité gouvernemental ;
  3. Les organisations d’employeurs et les syndicats de l’Etat concerné ;
  4. – Pour les Etats qui, en plus, acceptent cette possibilité :
  5. Les ONG nationales.
Le dossier de la réclamation doit contenir les éléments d’information suivants :
  1. les nom et coordonnées de l’organisation réclamante ;
  2. la preuve que la personne qui introduit et signe la réclamation est habilitée à engager l’organisation réclamante ;
  3. l’Etat mis en cause ;
  4. les dispositions de la Charte dont la violation est alléguée ;
  5. l’objet de la réclamation, c’est-à-dire le ou les points sur lesquels l’Etat mis en cause n’aurait pas respecté la Charte, ainsi que les arguments pertinents ; avec documents à l’appui.
À bon entendeur ...

  •  Les États signataires
 Albanie, Andorre, Arménie, Autriche, Azerbaïdjan, Belgique, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Croatie, Chypre, République tchèque, Danemark,
Estonie, Finlande, France, Géorgie, Allemagne, Grèce, Hongrie, Islande, Irlande, Italie, Lettonie, Liechtenstein, Lituanie, Luxembourg, Malte, Moldavie, Monaco, Monténégro, Pays-Bas, Norvège, Pologne, Portugal, Roumanie, Russie, Saint-Marin, Serbie, Slovénie, Espagne, République slovaque, Suède, Suisse, Macédoine, Turquie, Ukraine, Grande-Bretagne,

11 janv. 2014

À Amsterdam, on paie les alcooliques avec ... de l'alcool

À Amsterdam, on fait travailler des alcooliques contre ... de l'alcool: ce n'est pas de la science fiction, c'est de la méritocratie poussée à l'extrême à moins qu'il ne s'agisse d'un mauvais remake des westerns?

Extrait

D’abord concentré à Oosterpark avec une quinzaine de volontaires, le projet s’étend aujourd’hui au nord et à l’ouest d’Amsterdam. Au total, ce sont maintenant quarante exclus qui travaillent pour la municipalité. Alcooliques chroniques, tous ne semblent pas décidés à donner un sens à cette initiative originale. "Il est mieux de travailler que de ne rien faire , apprécie Rob. Cela donne un objectif à la journée et, en plus, il est utile." Lui-même pourtant ne participe pas à l’initiative. "Seuls les vrais alcooliques peuvent rejoindre le groupe, moi, je ne suis pas un alcoolique et j’aurais peur de le devenir" , se justifie-t-il de manière peu crédible - il est 10 heures du matin, il a une bière à la main. Tous ne sont pas volontaires, et chacun a ses raisons. Diam, très volubile, ne décolère pas. "Me donner de l’alcool en échange d’une journée de travail ! Mais quelle honte ! Ils veulent me détruire encore plus ? Je n’ai besoin de personne pour boire. Même sans argent, une main sur mon épaule et un simple merci m’aideraient plus que m’enfoncer dans mon problème."

http://www.lalibre.be/actu/international/un-job-contre-des-bieres-52d0cb6b35701baedab5d0e7

2 janv. 2014

Les chômeurs doivent travailler pour rien à Rotterdam

Selon cet article du Figaro (ici, en français) qui a un peu plus d'un an, les chômeurs à Rotterdam doivent prester une journée de travail gratuite par semaine s'ils veulent conserver leurs allocations.

Il s'agit d'un logique employiste poussée à son paroxysme.

- on culpabilise les chômeurs qui doivent 'se reprendre en main'. Le chômeur ne subit pas le chômage mais en est responsable.

- on lie des prestations salariales, des droits salariaux à des conditions. Le droit se gagne et devient un privilège, ce qui le rend d'autant plus facile à sucrer au moment opportun - avec l'hallucinante complicité des syndicats et des salariés.

- on fait travailler gratuitement des producteurs sans emploi au lieu d'embaucher des employés avec de vrais salaires. Il s'agit d'une déqualification de poste d'une part, puisque les balayeurs ne sont pas reconnus comme qualifiés, leur poste est déconsidéré, leur savoir-faire et leur pratique professionnelle sont niés et, d'autre part, il s'agit d'une déqualification des producteurs en travail forcé eux-mêmes. Leur qualification disparaît dans la gangue de l'emploi et, en disparaissant, la communauté se prive d'une source de valeur ajoutée appréciable.

- tout cela se fait au nom du syllogisme boiteux du mérite (voir ici), de l'idée malsaine que les seuls êtres humains à avoir le droit de vivre sont ceux qui sont efficaces au sens économique du terme. Une telle idéologique producialiste ne produit que des aberrations puisque l'être humain se construit d'abord en dehors de l'emploi; c'est l'emploi et l'économique qui récupèrent ces précieuses constructions humaines et les parasite.

6 nov. 2013

Les esclaves de l'Est sont tendance aux Pays-Bas

Dans cet article, on explique l'exploitation sans limite des travailleurs venus d'Europe de l'Est aux Pays-Bas.

Nous rappelons que l'exploitation capitaliste a comme logique l'emploi, lequel met les producteurs en concurrence. Le moins-disant salarial, l'employé qui est prêt à travailler dans les conditions les plus atroces emporte le 'droit' à un salaire.

Il faut nous unir pour le salaire, pour l'abolition de l'emploi et de la concurrence qui lui est liée.

30 oct. 2013

Un enterrement royal de l'Etat social néérlandais

Le roi des Pays-Bas a annoncé la fin de l'Etat social. Il sera remplacé par un 'Etat participatif'.

Information disponible sur Cleiss - en Français


Le lien en français:
My Europ - Le roi des Pays-Bas abolit l'Etat providence

La sécurité sociale - et celle des Pays-Bas, financée par les cotisations sociales, aura été particulièrement performante - c'est la richesse de ceux qui n'en ont pas. Nous appelons nos voisins à défendre leur trésor, leur bijou, à lutter pour que leur sécurité sociale soit financée par la cotisation sociale, à en étendre les champs de compétence et les budgets.

Les Pays-Bas sont à leur tour frappés par une crise austéritaire: le chômage grève les budgets publics et sociaux, les pouvoirs publics diminuent leurs dépenses pour équilibrer leurs comptes, ce qui augmente le chômage, etc.

Image extraite de 'On achève bien les chevaux' (S. Pollack)

A ce sujet, une vidéo intéressante de Fakir étudie les réactions à la crise d'austérité dans les années trente. Selon cette analyse, nous aurons le choix entre l'austérité déflationniste sans fin (si ce n'est le nazisme) ou la relance par le salaire (avec des variantes possibles).

Le lien en français:
Fakir - Quelle issue - vidéo

La plateforme se bat contre l'emploi sous toutes ses formes mais pour le salaire. Nous croyons que l'activité humaine peut - et doit - s'organiser autrement que sous le chantage de l'emploi, la menace de la misère et la toute puissance du propriétaire et des intérêts financiers. Nous appelons à organiser l'activité humaine autrement, en s'appuyant sur le salaire, en socialisant la valeur ajoutée, en expérimentant la gratuité, en essayant d'autres formes de vie.

Courage à toutes et à tous car, à la vision de la vidéo de Fakir, il appert que nous traversons un épisode économiquement et, surtout, humainement abominable.