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6 oct. 2016

Des Indiens se sauvent de la noyade

Investig'action partage le plaisir de la victoire du peuple Munduruku face aux projets de méga barrages.

Extrait de l'article disponible ici:
A l’heure où pas moins de 250 projets de barrages sont à l’étude en Amazonie brésilienne, le Rio Tapajos, l’un des derniers affluents non aménagé de l’Amazone se voit devenir la nouvelle cible du gouvernement brésilien et des industriels. Le 4 août dernier, les populations indigènes locales et notamment les indiens Munduruku ont obtenu gain de cause dans leur lutte contre le projet de construction d’une gigantesque centrale hydroélectrique sur la rivière Tapajos au Brésil. En ces temps déconcertants, il fait bon de se rappeler que les mobilisations ne sont pas toujours vaines, alors autant les saluer!

Très souvent présentés comme une source d’énergie renouvelable censée répondre au défi énergétique, les grands barrages se révèlent être des projets ruineux et néfastes pour les populations locales et pour l’environnement. Comme le souligne Green Peace dans un rapport récent sur les business de l’hydroélectricité en Amazonie : « La déforestation met en péril la biodiversité exceptionnelle de cette région, contraint les communautés forestières à quitter leurs terres  et représente une menace pour le climat à l’échelle mondiale.
Pour l’IBAMA (Autorité Brésilienne de l’Environnement) : « l’absence de prise en compte des droits des populations indigènes de la zone et des impacts directs et indirects sur leurs modes de vie» ne permet pas l’autorisation du projet ». Une mauvais coup pour le monde industriel : les indigènes ont des droits et en plus il faut les respecter ! Cette annulation intervient comme une bonne nouvelle non seulement pour les populations locales mais aussi pour l’environnement et ainsi le monde entier.
 Il faut rappeler que ces méga-barrages participent du développement de l'industrie et de modes de vie employistes, aux antipodes de ceux  des Indiens.

Qui ont donc notre sympathie.

14 sept. 2015

Pillage

Bastamag fait l'inventaire du pillage des ressources au Pérou au profit des multinationales pétrolière (ici). Un cas d'école d'enclosure ou, comme on dit maintenant, d'accaparement.

Extrait
Pollution des eaux et des terres, manque de consultation des populations, appauvrissement des ressources alimentaires, division des communautés indigènes : un nouveau rapport du CCFD et du Secours Catholique critique les activités de deux entreprises françaises, Perenco et Maurel et Prom, en Amazonie péruvienne. Il met en évidence les conséquences désastreuses de l’industrie pétrolière sur les peuples et l’environnement de la région. Les responsabilités des entreprises et de leurs actionnaires, dont la Macif, sont mises en avant, au côté de celle de l’État français accusé de privilégier la défense de ses intérêts économiques au détriment des droits humains et environnementaux.
C’est la face cachée de l’exploitation pétrolière. Celle qu’on préférerait ne pas voir lorsqu’on emplit son réservoir. En plus de participer à l’émission de gaz à effet de serre, donc aux changements climatiques, l’extraction de pétrole contribue directement à la destruction de régions entières, notamment en Amazonie. Et bouleverse les modes de vie des populations. Intitulé « Le baril ou la vie ? », un rapport publié lundi 6 septembre, par le CCFD-Terre solidaire et le Secours catholique, dresse un tableau accablant des conséquences de l’exploitation pétrolière menées par deux entreprises françaises, en Amazonie péruvienne, Perenco et Maurel et Prom (dont Basta ! vous parlait en décembre 2013).
Pollution des eaux et des sols, disparition progressive de la biodiversité : c’est d’abord les conséquences environnementales qui sont pointées du doigt dans ce rapport rédigé avec trois ONG péruviennes. Dans le nord du Pérou, la présence des entreprises françaises, Perenco depuis 2008, aux côtés de PétroVietnam, et Maurel et Prom depuis 2010, associée à Pacific Stratus Energy, a entraîné une destruction de la faune et de la flore. « Tout l’écosystème a été abîmé, détruit. Or, les communautés indigènes se nourrissent traditionnellement de ce qu’ils trouvent dans la forêt et le fleuve », raconte Annie Algalarrondo Alvear, du Secours catholique.

29 juil. 2015

Bolloré nous explique l'enclosure

Le Monde relaie une information qui illustre à la perfection le principe de l'enclosure (ici, en français). C'est tout simple: voler les terres qui permettent à un peuple de vivre puis le faire travailler pour des cacahuètes sous la pression de la faim.

Extrait de l'article de Laeticia Van Eekhout
Ils sont Bunongs, issus d’un peuple autochtone de la région du Mondol Kiri, à l’est du Cambodge, à la frontière avec le Vietnam. En 2008, leur terre ancestrale a été concédée à Socfin-KCD, filiale cambodgienne du groupe Bolloré, pour un vaste projet de plantation d’hévéas, ces arbres dont on extrait le caoutchouc naturel. Sept ans après de vaines batailles pour faire valoir leurs droits, ils ont décidé d’assigner en justice la société mère. Vendredi 24 juillet 2015, leur avocat Fiodor Rilov a saisi en leur nom le tribunal de grande instance de Nanterre dans le cadre d’une action en responsabilité contre le groupe de l’homme d’affaires français Vincent Bolloré. Dans cette action intentée au civil, les Bunongs réclament une réparation en nature, espérant récupérer leur terre, ainsi que plusieurs dizaines de milliers d’euros de dommages et intérêts chacun.
La situation des Bunongs avait été déjà dénoncée en 2011 dans un rapport « Cambodge, terrains défrichés, droits piétinés » où la Fédération des droits de l’homme (FIDH) invitait « instamment » Socfin-KCD à « suspendre toutes ses opérations jusqu’à ce que les différends en cours [avec les Bunongs], portant sur les terres en jachère, l’indemnisation, les réinstallations, les conditions de travail soient réglés ».
Il y a 7 ans, le Cambodge a accordé une concession foncière de 7 000 hectares, située à Bousra, commune de la région de Mondol Kiri, pour l’exploitation industrielle de l’hévéa, au groupe Khaou Chuly (KCD). Cette société de construction cambodgienne avait conclu, un an plus tôt, une joint-venture avec Socfin Asia, détenu principalement par le groupe industriel français Bolloré et les familles belges Ribes et Fabri.
Présents dans la région depuis des siècles – abstraction faite de la période des Khmers rouges au cours de laquelle certains ont dû fuir avant de revenir –, les Bunongs vivent d’une agriculture traditionnelle et itinérante ainsi que de la cueillette de produits forestiers. La terre est le maillon central de leur organisation sociale et de leur identité. Ils suivent un système de croyances animistes fondé sur la protection des forêts sacrées et des lieux de sépultures de leurs ancêtres.
La législation cambodgienne prévoit une reconnaissance juridique des communautés autochtones et protège leur droit à la propriété collective. Mais la concession à Bousra a été accordée sans que ne soit menée une étude d’impact social et environnemental. Les populations n’ont pas non plus été consultées, comme une telle étude l’exigerait pourtant. Sitôt la concession accordée, Socfin-KCD lançait des opérations de défrichage et de plantation, affectant plus de 850 familles. L’entreprise les mettait devant le fait accompli. Parfois, elle proposait à certains habitants une indemnisation de la perte de leur parcelle de terre. A d’autres, elle offrait un nouveau terrain hors de la concession, en compensation.
Expropriés, privés de leur outil de travail, les Bunongs n’ont eu d’autres choix que d’accepter les 200 dollars par hectare que la compagnie leur offrait. Une maigre compensation, vite épuisée. « Nous ne savions pas quel était le bon prix de vente parce que nous n’avions jamais été amenés à vendre des terrains de notre terre ancestrale pour faire du business », témoigne Blang Sinn, un des 80 Bunongs ayant décidé d’assigner en justice le groupe Bolloré. Les champs de la concession représentant tout pour eux – leur outil de travail, leur habitation, leurs lieux de culte –, rares sont ceux qui ont choisi d’aller vivre ailleurs. Quitte pour certains à se retrouver sans rien.
Blang Sinn raconte comment ils sont aujourd’hui embarqués dans un système où ils n’ont pas leur mot à dire : « La compagnie nous a proposé des emplois sur la concession pour y cultiver l’hévéa. Elle paye 5 dollars par jour et si un ouvrier arrive en retard, il n’est pas payé. Il faut se lever à 5 heures pour faire cuire le riz et préparer notre repas du midi à emporter et on ne rentre pas chez soi avant 19 heures 30. » Et d’insister : « Notre vie dépend de la terre et des ressources naturelles. Aujourd’hui, beaucoup de ménages n’ont plus de terrain à cultiver, certains sont obligés de travailler pour d’autres familles. Et nos activités traditionnelles, la chasse, la pêche, la collecte de produits forestiers, tout cela, c’est fini. »

6 juil. 2015

Fraudes pour imposer des barrages

Desinformemonos nous signale des fraudes répétées dans le Nord du Mexique pour imposer des projets de barrages aux populations autochtones qui n'en demande pas tant (ici, en espagnol avec une interview d'un représentant nayeri).

Les autorités manipulent les lois pour voler les terres des paysans et des Indiens qui les occupent depuis des millénaires (il s'agit d'une forme de ce que nous appelons l'enclosure).

4 juil. 2015

Cartographie de l'accaparement

Agnès Stienne cartographie l'enclosure, l'accaparement de terres en cours en Éthiopie sur le site de Vision Carto (ici, en français et en libre accès).

Extrait

L’Éthiopie est un pays où les terres font l’objet de ces transactions foncières qu’on qualifie d’« accaparements de terres ». Les conditions dans lesquelles s’inscrit ce processus y sont emblématiques, voire caricaturales : un pays riche en terres agricoles, une partie de la population qui ne mange pas à sa faim (un tiers en état de sous-alimentation chronique, FAO, 2015), un pays qui importe des milliers de tonnes de céréales...

19 juin 2015

Les sables bitumineux

Basta relaie l'enquête d'un journaliste canadien, Edward Struzik, sur le bilan écologique de l'exploitation des sables bitumineux en Alberta (Canada) (ici, en français).

L'occasion de rappeler que l'emploi et la misère qui l'organise ravage non seulement les existences humaines mais celles de nos autres compagnons de route sur cette terre.

Le bilan est sans appel. Extrait
Nous sommes loin de l’image du derrick perdu dans le désert ou d’une sage plateforme pétrolière émergeant à l’horizon. Voici l’Alberta, province canadienne, où des firmes pétrolières, parmi lesquelles Shell et Total, exploitent à un rythme effréné les gisements de sables bitumineux, du pétrole visqueux contenu dans du sable. Elles espèrent tripler leur production d’ici 2030. Mais à quel prix ! S’il est souvent question de l’impact des sables bitumineux sur le dérèglement climatique, on parle moins de leurs conséquences sur les ressources en eau et la biodiversité locale. Extraction excessive et pollutions commencent à faire sentir leurs effets, jusqu’à l’océan Arctique. Premier volet d’une enquête exclusive réalisée par Edward Struzik, journaliste canadien.
200 kilomètres en aval des exploitations géantes de sables bitumineux du nord de l’Alberta, un aborigène du nom de Joe Wandering Spirit vit dans une cabine d’une seule pièce, avec un chat sauvage et une meute de chiens de traîneau qu’il tient attachés lorsqu’il n’est pas en train de chasser, de poser des pièges ou de pêcher. Ici, au cœur du delta Paix-Athabasca, l’un des plus importants deltas d’eau douce au monde, vivre dans une contrée sauvage moitié terre moitié eau n’est pas sans risques pour un homme vieux de 75 ans comme lui. Chaque année, au moment de la rupture printanière des glaces, les rivières sinueuses du delta peuvent changer abruptement de cours et déborder soudain de leurs rives.
Il y a cinquante ans, lorsque commencèrent les travaux de construction de la première exploitation commerciale de sables bitumineux en Alberta, plus de 400 aborigènes menaient une existence modeste dans cet écosystème marécageux de plus de 3000 kilomètres carré. Les étés dans le delta et dans le lac Athabasca, immédiatement à l’Est, donnaient suffisamment de poissons non seulement pour subvenir à leurs propres besoins, mais aussi pour soutenir une petite pêcherie commerciale. Avec l’automne arrivaient des milliers d’oies et de canards en route vers le sud, qui faisaient étape pendant plusieurs jours dans le delta avant de poursuivre leur migration. L’hiver, il y avait des élans, des caribous et des bisons à chasser. Au retour du printemps, il y avait des œufs de sterne, de goélands, de canards ou d’oies à collecter, et suffisamment de rats musqués pour remplir un bateau en une journée. Les rats musqués et les œufs d’oiseaux constituaient aussi une source fiable de nourriture pour des visons, des lynx, des coyotes, des loups et d’autres prédateurs.
L’importance écologique du delta Paix-Athabasca n’est pas disputée. En 1922, lorsque le gouvernement canadien créa Wood Buffalo, le plus grand parc national du pays, 80% du territoire du delta fut inclus dans son périmètre. En 1982, l’Unesco classa Wood Buffalo et le delta Paix-Athabasca au patrimoine mondial de l’humanité et les désigna parallèlement comme un site Ramsar d’importance internationale.

« Le prix mondial du développement insoutenable »

Aussi important et reconnu qu’il soit au niveau international, le delta est en train de mourir lentement. Le changement climatique, les barrages hydroélectriques, la pollution et les extractions massives de l’eau des rivières pour la fracturation hydraulique et l’exploitation des sables bitumineux affectent si lourdement l’intégrité écologique de la région que Wandering Spirit est maintenant la seule personne qui continue à y vivre tout au long de l’année. La pêcherie commerciale est abandonnée, en raison notamment de lésions et de malformations qui rendaient le poisson invendable. Les truites que l’on pouvait capturer dans la partie aval de la rivière Athabasca ont disparu. De même la plupart des caribous.
Les populations de rats musqués ont décliné si brutalement que les aborigènes ont renoncé à les piéger. Les oiseaux sont eux aussi touchés. Les populations de gibiers d’eau comme les macreuses ou les fuligules ont chuté de 70% ou plus depuis les années 1950. Les œufs de goélands à bec cerclé collectés en 2012 contenaient 139% de mercure de plus qu’en 2009. « Rien sur la planète ne peut être comparé à la destruction en cours dans cette partie du monde », résume David Schindler, un scientifique canadien de renommée mondiale qui étudie la région depuis plus de 20 ans. « S’il y avait un prix mondial du développement insoutenable, les sables bitumineux seraient sûrs de gagner. »

(...)

Zones humides détruites

La baisse du niveau des rivières n’est pas le seul problème à laquelle la région est confrontée. Avant que les entreprises de sables bitumineux n’entrent en scène, au moins la moitié, si ce n’est les deux tiers des territoires aujourd’hui exploités étaient des zones humides boréales typiques du nord de l’Alberta. Ces zones humides, au sud du delta, abritaient un grand nombre d’espèces végétales, parmi lesquelles des orchidées sauvages parmi les plus rares de l’Ouest canadien ; des centaines d’espèces d’oiseaux ; des espèces d’insectes innombrables ; et des grands mammifères comme le caribou des bois, l’élan, le loup ou le grizzly. Personne ne sait l’étendue de la biodiversité qu’elles abritaient, car aucun inventaire n’en a jamais été réalisé, que ce soit avant ou pendant la construction des installations industrielles destinées à l’exploitation des sables bitumineux.

Ce que l’on sait, c’est que ces zones humides, après avoir été minées par les firmes pétrolières, ne filtrent plus l’eau, ne séquestrent plus le carbone et ne nourrissent plus la chaîne complexe de plantes et d’animaux qui en dépendaient auparavant. Outre les émissions de gaz à effet de serre directement issues de la combustion du pétrole extrait en Alberta, les transformations de paysages occasionnés par l’exploitation des sables bitumineux pourraient également générer entre 11,4 et 47,3 millions de tonnes de carbone, selon une étude de la scientifique canadienne Suzanne Bayley. Ces transformations, ajoute-t-elle, réduiront parallèlement la capacité de séquestration du carbone des zones humides de la région de peut-être 7,2 millions de tonnes par an.

1 juin 2015

Le pillage des Wayuu (mais ça fait de l'emploi)

Au nom de l'extractivisme, on sacrifie une communauté indienne indigène, les Wayuu.

Nous rappelons que les actes commis au nom du profit, dans le cadre de la propriété lucrative, sont de la responsabilité desdits propriétaires, nous rappelons que tous les crimes commis par les multinationales sont imputables, en terme de responsabilité juridique et éthique, aux seuls actionnaires, aux seuls propriétaires lucratifs qui retirent des bénéfices desdits actes.

Traduction et extrait de l'article sur la question de Kaos en la red (ici, en espagnol)

Les Wayuu disparaissent lentement du fait de l'exploitation de leurs ressources naturelles par les multinationales. L'extermination de ce peuple se déroule dans l'indifférence générale de la "communauté internationale". Un peuple en voie d'extinction.

2010051517131925_640Quelques chiffres. On estime le nombre des Wayuu à 600.000. Ils vivent de part et d'autre de la frontière entre le Venezuela et la Colombie. En Colombie, ils vivent dans le département de la Guajira, au Nord-Est du pays et, au Venezuela, ils habitent dans l'État de Zulia, au Nord-Ouest de cette nation. Ils occupent un territoire de 15.300 km² et 97% d'entre eux parlent leur langue, le wayuuniaki. Seuls 32% d'entre eux maîtrisent l'espagnol, langue véhiculaire de leurs pays respectifs.

Les Wayuu ont toujours vécu de l'artisanat, de la chasse et de la pèche. Mais, aujourd'hui, leur vie est menacée. Les multinationales alliées au gouvernement néo-libéral pillent leurs ressources naturelles indispensable à leur survie. La rivière Rancheria est d'une importance capitale pour que la communauté puisse survivre. Elle s'en sert pour tirer l'eau de sa consommation de tous les jours mais aussi pour la pèche et pour toute sorte d'activités. Cependant, on ne tient aucun considération des besoins des peuples indigènes. C'est le cas des super-puissantes multinationale BHP Billiton et aussi Anglo América, toutes deux expertes dans l'exploitation des matières premières telles que le diamant, l'or ou le charbon.

Le charbon signe la condamnation à mort de la communauté Wayu. En effet, la plus grande mine à ciel ouvert du monde, El Cerrejón, pompe chaque jour plus de 35.000 litres d'eau dans la rivière Rancheria pour extraire le charbon. De plus, le peu d'eau qui reste aux habitants est polluée et, de ce fait, dangereuse.

(...)

L'épuisement des ressources en eau et leur pollution provoquent une véritable hécatombe humanitaire. L'absence d'enquête et de statistique sur le drame qui se déroule dans cette communauté rend difficile la publication de chiffres précis de l'impact des multinationales sur ces communautés.

Mais, selon la communauté Wayuu, plus de 14.000 enfants sont morts d'inanition. Quelques 36.000 enfants souffrent de malnutrition. Selon le Département Administratif National de Statistique, en 2012, ce sont 38,8% des enfants de moins de cinq ans qui sont morts.

(...)

Ce sont non seulement les humains qui meurent de soif du fait des activités extractives criminelles mais aussi toute la faune et toute la flore sur le point de disparaître. Tous les jours ou presque, les habitants retrouvent des cadavres d'animaux morts de soif. Tout l'écosystème d'une communauté est menacé par l'exploitation des ressources naturelles. Toute une histoire, une culture, une civilisation meurent sans que s'en émeuvent vraiment les "défenseurs des droits de l'homme".

Une habitante Wayuu constate: "c'est un territoire ancestral que nous avons toujours habité. Nous avons notre cimetière ici. Mais, ici, les intérêts de l'industrie prévalent sur les droits humains." Quand les communautés indigènes osent se soulever pacifiquement contre cette situation, l'État n'hésite pas à réprimer brutalement les manifestants comme il l'a toujours fait. 

(...)

La Colombie n'est absolument pas un cas isolé. Tout le continent latino-Américain est confronté à la sauvagerie des multinationales depuis déjà plusieurs décennies.

Il y a eu le cas 

de Chevron qui a détruit littéralement une partie de la forêt amazonienne en territoire équatorien.

de l'entreprise états-unienne Bunge qui vend du sucre à Coca-Cola et qui a déporté des tribus pour récolter davantage de canne.

La liste serait interminable. Pour ce qui est de l'État de Colombie, il ne semble pas pressé d'intervenir. Rappelons-nous que le gouvernement colombien n'a presque rien à faire simplement parce que cela fait déjà plus de cinquante ans que tous les gouvernements successifs ont déroulé le tapis rouge aux investisseurs et aux multinationales. Pour ces multinationales, la Colombie est un paradis minéral: nickel, platine, or, émeraudes, diamants ... une vraie mine d'or. Les multinationales se battent pour se réserver leur part du gâteau. Depuis l'anglaise Anglo-American jusqu'à l'états-unienne Monsanto en passant par l'espagnol Telefónica, les multinationales du monde entier se sont donné rendez-vous depuis des décennies pour piller la Colombie. Selon le site web de la revue Semana, le pays aurait sur son territoire plus de 700 multinationales. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que les chancelleries occidentales soient si obligeantes envers Bogotá ou envers le Mexique ou le Pérou. Ces trois pays ont obéi systématiquement aux ordres des institutions financières internationales en libéralisant leur économie, en vendant leurs bijoux de famille et en recevant à bras ouverts les investisseurs occidentaux. Dans ces pays, le temps semble s'être arrêté. Les temps de l'exploitation minière par les conquistadors espagnols se sont prolongés, aujourd'hui, chez les nouveaux propriétaire de l'économie mondiale: les multinationales. Ces nations semblent être condamné au pillage permanent de leurs richesses naturelles.

Au Pérou, des milliers de paysans ont été expulsés de leurs terres par l'État pour rassasier la multinationale Newmont qui exploite l'or et le cuivre dans la région de Cajamarca. Comme pour la communauté Wayuu, l'exploitation des ressources naturelles pompe des quantités monstrueuses d'eau, ce qui a asséché les terres et a tué les communautés locales obligées d'errer dans les villes. Nombre de paysans qui ont osé protester contre l'hégémonie des multinationales ont été tout simplement fusillés. Il y a à peine deux semaines, un paysan est mort et deux personnes ont été blessées par la police alors qu'ils protestaient contre le nouveau projet minier de l'entreprise Southern dans la province de Islay sur la côte Ouest du pays.

Au Mexique aussi, les multinationales dictent leurs lois. En décembre 2013, le président Enrique Peña Nieto a annoncé la privatisation du secteur pétrolier. Un secteur qui avait été nationalisé en ... 1933. Il ne fait aucun doute que le responsable de la mort des 43 étudiants de Ayotzinapa est le symbole le plus éloquent de la soumission d'une partie du continent latino-américain aux entreprises étrangères.

Depuis les années 1980, l'État mexicain n'a cessé de brader ses richesses et son territoire aux investisseurs étrangers. En 1994, le Mexique a signé sa condamnation à mort en signant le Traité de Libre Échange d'Amérique du Nord.

Quelles sont les conséquences de ces privatisations [ces enclosures] à marche forcée? Quels sont les résultats pour la Colombie en termes de taux de pauvreté, de taux d'inégalité? Quand la majorité des pays de la région ont diminué leur taux de pauvreté, la Colombie ne parvient pas à améliorer les conditions de vie de ses populations les plus pauvres.

Entre 2002 et 2008, alors que l'Argentine, par exemple, réduisait son taux de pauvreté de 45% à 11,3%, la Colombie ne parvenait qu'à le réduire de 8,5%, de 54% à 45%.

Le coefficient de Gini qui mesure les inégalités est le plus élevée d'Amérique latine en Colombie: il se situe à 53,5 en 2012.

Alors que certains pays se soumettent toujours plus à Washington, Madrid ou Londres, d'autres pays, en revanche, ont décidé de choisir leur propre destin, comme le Venezuela ou la Bolivie, pour prendre seulement ces deux exemples.

Maltraités par des années de néolibéralisme qui ne leur avaient amené que de la misère, des inégalités, du chômage, de la faim, les nouveaux dirigeants de ces nations sud américaines, quand ils sont arrivés au pouvoir, ont décidé que les ressources naturelles devaient appartenir au peuple et non aux capitalistes occidentaux. C'est avec cette seule idée que Hugo Chávez a nationalisé les richesses pétrolières du pays.

Evo Morales de son côté fit voter une loi hydrocarbure qui permet à l'État d'acquérir 82% des bénéfices de l'exploitation pétrolière et gazière et qui ne laisse que 18,5% aux multinationales. Avant que cette loi ne passe, les chiffres étaient exactement inversés.

Cette politique volontariste et interventionniste a permis de réduire la pauvreté et les inégalités. En Bolivie, entre 2006 et 2014, la pauvreté est passée de 38% à 18% [ce qui met ce pays au niveau de pauvreté de l'Europe] et le Venezuela s'est déclaré "territoire libéré de l'analphabétisme".

Au-delà de la comparaison entre pays néolibéraux et pays progressistes, se pose une question urgente. À quel type de développement doit se consacrer l'Amérique Latine pour son avenir? Alors que, selon les pays, les bénéfices de l'extraction minière et pétrolière n'aillent pas aux mêmes classes sociales selon les pays, comme nous l'avons vu, le point commun entre tous ces gouvernements, c'est l'insistance sur le modèle productiviste, modèle destructeur non seulement de l'environnement mais aussi des communautés indigènes qui sont les premières à pâtir de ces activités économiques.

La sortie de ce modèle est une urgence pour tous les pays d'Amérique latine [et du monde, merci pour nous].

29 mai 2015

La moitié du bois pillée illégalement

Telesur résume le pillage dont sont victimes les forêts du Panama (ici, en espagnol).

Traduction résumée
Une étude récente du ministère de l'Environnement de ce pays d'Amérique Centrale a mis en évidence l'exploitation d'au moins 50.000 m³ de bois par des trafiquants locaux - il s'agit notamment de cèdre, de pin jaune mais aussi la caoba et le cocobolo qui sont plus précieux. Plus de 96% de ce bois est abattu illégalement, c'est-à-dire 48.000m³ proviennent de la province de Darien (Est) dans laquelle se situe au sein de la plus grande réserve forestière du Panama et d'Amérique Centrale.

Dans cette réserve, le ministère compte 2.638 espèces de fleurs qui constituent 27,7% de toutes les espèces de ce pays. Dans ce parc de Darien, il y a beaucoup de pauvreté et l'argent qui peut rentrer facilement, c'est celui des arbres. Il faut savoir que les Indiens pratiquent le développement durable dans la région au travers de la Embera-Wounaan qui est une concession forestière de 26.720 hectares où ils essaient d'investir et d'exploiter la forêt sans affecter les processus écologiques de la région.

6 avr. 2015

Il n'y plus d'eau pour les gens

En Colombie, selon Kaos en la red (ici, en espagnol), le barrage de la principale rivière de la région et la privatisation de son eau au profit de l'industrie agricole et de la plus grande mine de charbon à ciel ouvert du monde fait mourir de faim et de soif la plus grande communauté indienne de Colombie, les Wayuu.

Cette rivière se situe dans l'extrême nord du pays, dans la péninsule désertique de La Guajira, à un endroit où au moins 37.000 personnes souffrent de malnutrition. On parle de près de 14.000 enfants déjà morts d'inanition.

Selon les services d'accompagnement à la population, il est difficile d'évaluer la tragédie qui frappe les Wayuu. Cette communauté n'a pas de représentation étatique. Les données divulguées par le journal électronique alternatif Las 2 Orillas soulignent que la plupart des enfants indigènes qui meurent dans la région ne parviennent pas à arriver aux centres de soin les plus proches pour êtres soignés. Sans moyen de transports, ces enfants devraient marcher sur des distances énormes à travers le désert.

De la même façon, plus de la moitié des enfants ne sont même pas inscrits dans le registre civil à la naissance et n'ont pas de déclaration de décès à leur mort. Cela rend impossible au gouvernement d'avoir des statistiques réelles de la situation à La Guajira.

Les Wayuu vivent sans accès à l'eau depuis que la rivière Rancheria s'est totalement asséchée. Ses eaux sont aujourd'hui destinées exclusivement aux grandes exploitations agricoles du sud de la région et aux opérations des mines de charbon. Actuellement, dans le lit du fleuve, passent les automobiles et les animaux. De ce fait, les Indiens vivent dans des conditions de misère, ils manquent d'aliments et de services basiques tels qu'un aqueduc, la santé, l'électricité ou l'école.

La région de La Guajira peuplée de 500.000 personnes a reçu ces vingt dernières années plus d'un milliard de dollars pour encourager l'extraction minière (charbon et gaz), outre un montant annuel du budget fédéral. L'essentiel de ces subventions est détourné par des administrations locales corrompues.

Les programmes alimentaires pour les Wayuu ne parviennent généralement pas à leurs destinataires du fait de la corruption.

22 févr. 2015

L'huile de palme, une catastrophe subventionnée

La culture de l'huile de palme ravage la forêt primaire en Indonésie. Les libéraux ont beau jeu d'invoquer sa rentabilité, la demande du marché, etc. Pourtant, le gouvernement finance massivement le secteur (à hauteur de un milliard d'euros, tout de même).

Cette subvention aux tronçonneuses fait hurler les écologistes qui organisent leur pétition contre cette forfaiture (ici, en anglais).

Nous rappelons que l'huile de palme est utilisée dans l'industrie alimentaire comme produit pas cher. Ce produit peut être facilement remplacé par d'autres produits traditionnels légèrement plus chers. L'huile de palme est bon marché parce que la main d'oeuvre des pays dans lesquels elle est produite est payée une misère.

C'est donc la guerre aux salaires (et la guerre pour les profits, le taux de profit) qui pousse les tronçonneuses à éradiquer la forêt vierge.

Pour surmonter cette contradiction, il est nécessaire de garantir un salaire hors emploi aux populations productrices d'huile de palme. L'avidité sera alors extraite de l'équation, ce qui permettra de réfléchir à une utilisation plus intelligente des ressources naturelles et de préserver les forêts primaires.

26 janv. 2015

Le bois qui saigne

À cause du très employiste pouvoir de l'argent et de la misère, de l'aiguillon de la nécessité, les splendides forêts de Madagascar se font dévorer. L'équation est classique: les populations locales crèvent de faim à cause de l'accaparement des terres et des ressources, divers pays hébergent des maffias de trafiquants qui se servent au passage et la bourgeoisie d'un pays (nouveau) riche cherche les derniers gadgets à la mode pour combler ses angoisses dans la consommation.

Extrait du très bel article de Laurence Caramel dans le Monde (ici, en français)
Le bois de rose, outre l’étrange couleur et la senteur florale qui lui donnent son nom, possède une texture d’une pureté et d’une densité qui en font l’un des bois précieux et les plus convoités par la Chine, où les rêves des nouveaux riches n’ont pas de prix. À Shanghaï ou à Pékin, débourser quelques centaines de milliers de dollars pour dormir dans la réplique d’un lit des empereurs Ming ou Qing n’a rien d’incongru. C’est même devenu depuis quelques années une fantaisie très prisée.
À ce tarif, à Madagascar comme en Chine, les volontaires ne manquent pas pour piller les forêts classées au patrimoine mondial de l’Unesco et acheminer les rondins par containers entiers jusqu’aux portes de la deuxième économie mondiale, en empruntant les circuits bien huilés de la corruption.
Des ruelles misérables d’Antanandavehely à la prospère Xianyou, une ville nouvelle d’un million d’habitants de la province méridionale de Fujian, nous avons suivi l’une de ces routes dont les escales passent par l’île de Zanzibar (Tanzanie), le port de Mombasa au Kenya et Hongkong. Il en existe d’autres mais celle-ci est probablement l’une des plus importantes de ce réseau de destruction organisée, dont les ramifications plongent dans les plus hautes sphères de l’administration et du pouvoir politique malgache. À Madagascar, personne n’ignore l’existence de la « bolabolacratie » : elle désigne cette caste de trafiquants du bolabola – le bois de rose en malgache – qui possède le pouvoir et l’argent. Ex-ministres, députés, hauts fonctionnaires, entrepreneurs… Ils sont souvent issus de vieilles familles chinoises installées au XXe siècle pour la construction du chemin de fer. Le nom de la plupart d’entre eux est connu. Les journalistes, au risque d’être emprisonnés comme deux d’entre eux en ont fait l’expérience en juillet 2014, dénoncent leurs méfaits depuis plusieurs années. Mais aucun baron n’a jamais été inquiété.

21 janv. 2015

Les patatistes

Nous avons le plaisir de vous faire savoir que les militants écologistes opposés à la culture de pommes de terre OGM à Wetteren ont été acquittés pour association de malfaiteurs (mais doivent tout de même s'acquitter d'une amende).

L'agriculture OGM est une agriculture dépendante, sous la coupe des multinationales, qui transforme les paysans en métayer des industriels et empoisonne la terre. Les OGM ne réduisent pas l'usage de pesticide (voir ici), n'augmente pas les rendements agricoles à terme (ils dégradent les sols) mais permettent, dans une logique employiste, de diminuer la masse salariale en comprimant la main d’œuvre. C'est évidemment complètement stupide à l'heure où la Belgique est touchée par le chômage et à l'heure où les paysans belges sont pris à la gorge par leurs créanciers. Le problème n'est pas de diminuer la quantité de main d’œuvre par patate, le problème, c'est d'adopter une agriculture qui préserve la santé et les ressources communes, les sols et qui ne contraignent pas les paysans à se mettre sous la coupe des créanciers.

Nous rappelons que la Flandre jouit d'excellentes terres, très productives et que les pommes de terre y prospèrent naturellement. Les famines du XIXe siècle ont été liées aux parasites de la pomme de terre. Ces parasites se sont multipliés ... dans les grands champs de monocultures. Les OGM ne résolvent en rien la cause éventuelle d'une maladie de la pomme de terre puisqu'ils vont de pair avec des monocultures de masse.

Le communiqué du Field Liberation Movement (ici, en français)

Aujourd’hui, le jugement du procès en appel des 11 Libérateurs de champs de Wetteren a été prononcé : ils sont acquittés de la condamnation d’association de malfaiteurs.
L’acquittement d’association de malfaiteurs est une victoire pleinement justifiée pour les organisations, juristes et militants qui se sont opposés à la condamnation initiale. Il est ainsi confirmé que les actions de désobéissance civile, même si elles impliquent des dommages matériels, ne peuvent pas être criminalisées. Selon le Field Liberation Movement et tous ceux qui les soutiennent, cette action était nécessaire pour dénoncer un abus écologique et démocratique ; les actes de désobéissance civile renforcent la démocratie. Dans ce sens, l’adoption du projet de loi de GROEN [les écolos flamands] qui vise à rendre impossible la poursuite de manifestants comme organisations criminelles serait pour eux une réelle une avancée.
Les patatistes doivent bel et bien payer une compensation d’environ 18.000 euros à l’ILVO et à la Hogeschool Gent : ils proposent à ces institutions de consacrer cet argent à la recherche sur l’agriculture agroécologique, qui repose sur les besoins des paysan(ne)s et des consommateurs/trices, plutôt que sur ceux des entreprises multinationales.
Après ce chapitre juridique qui a duré trois ans et demi, il est désormais temps de regarder vers l’avenir.
Notre agriculture et la production alimentaire font face à des défis importants. Les différentes manifestations d’agriculteurs au cours des dernières semaines, le sommet sur le climat échoué à Lima et les actions contre le gouvernement de la dégradation sociale montrent que, en tant que société, nous devons de toute urgence changer de direction, pour nous éloigner de l’agro-industrie polluante et de la loi du plus fort.
Le Field Liberation Movement se réjouira de contribuer énergiquement, en 2015, aux luttes contre les OGM dans nos assiettes ou dans nos champs ; ainsi que pour des prix justes pour les agriculteurs et les consommateurs, la recherche indépendante, de nouvelles formes de démocratie et des chaînes de production équitables.

10 déc. 2014

L'art de la tronçonneuse

Amy Goodman reçoit l'auteure d'un rapport sur la situation au Pérou, Julia Urrunaga (ici, en anglais ou en espagnol) sur la célèbre radio de la toile Democracy now!

Pour l'auteure du rapport, la fraude et la corruption menacent la forêt vierge au Pérou. Plus de la moitié du pays est recouvert de forêt vierge (60%), soit une superficie supérieure à celle de la France.

La disparition de cette forêt crée un problème pour le bilan CO2 mais aussi pour la biodiversité. Les communautés indigènes sont peu ou pas soutenues par le gouvernement. Elles se font tuer et spolier de leurs ressources traditionnelles. Elles ne reçoivent pas d'indemnisation en justice. Plus de 300.000 arbres ont été illégalement abattus - ces arbres sont consommés aux États-Unis.

L'intégralité du rapport est disponible en ligne ici, en anglais.

14 nov. 2014

Un barrage noie la contestation

Mother Jones (ici, en anglais) nous fait part de projets de barrages au Cambodge.

Il s'agit d'accaparement typique, d'éléphants blancs dans la meilleure tradition, celle qu'on retrouve à Sivens ou à Notre-Dame des Landes: il s'agit de spolier l'essentiel d'une population, d'éradiquer certaines formes de vie pour que quelques hommes d'affaire avisés fassent de bonnes affaires.

Extrait-traduction

Le 15 septembre, la police cambodgienne a arrêté 11 militants écologistes parce qu'ils avaient bloqué un convoi de véhicules gouvernementaux se dirigeant vers la Vallée Areng, le site du barrage controversé Stung Cheay Areng.

Les militants ont été relâchés mais des forces armées stationnent maintenant sur la route sur laquelle les villageois protestent contre le barrage depuis le mois de mars.

 Il n'y a plus d'obstacle aux projets de Sinohydro Resources, la compagnie chinoise qui construit le barrage pour le compte du gouvernement. Le barrage va détruire la forêt, le milieu de vie et les traditions des Chong qui sont considérés comme les vrais Khmer (Khmer Daeum), qui habitent, pêchent, cultivent et chassent dans cette vallée depuis plus de 600 ans.

Le barrage - s'il est construit - va inonder 130 km², déplacer plus de 1500 personnes qui ne souhaitent pas quitter leurs foyers ancestraux. La faune sauvage (notamment les crocodiles siamois en voie d'extinction) sera également affectée par le projet.

Des experts doutent de la viabilité économique du projet du fait de coûts de construction élevés et de retours sur investissement très faibles. Le barrage est conçu pour produire de l'électricité pour l'équivalent de 87.000 foyers américains. Mais le barrage ne fonctionnera qu'à 46% de ses capacités pendant la saison sèche - la saison où les besoins d'électricité sont les plus élevés - selon Ame Trandem, la directrice du programme asiatique des rivières internationales.

Ce projet fait partie des 17 barrages que le gouvernement cambodgien veut construire dans les 20 années à venir pour surmonter la crise énergétique nationale. Mais le Cambodge va vendre l'essentiel de l'énergie produite aux voisins comme le Thaïlande, le Vietnam et le Laos. La propriété du barrage de Sinhydro sera transférée au gouvernement dans 40 ans. Les barrages déjà construits souffrent de malfaçon: l'un d'eux s'est déjà effondré en tuant quatre ouvriers alors qu'il était à moitié construit.

7 oct. 2014

Accaparement

L'accaparement des terres, c'est leur achat par ceux qui ont de l'argent au détriment de ceux qui les cultivent sans titre de propriété. C'est ce que Polanyi appelait l'enclosure.

Agnès Stienne illustre ce phénomène vieux de trois siècle mais toujours actuel.

Mais rassurez-vous: les autorités des pays concernés ont promis ... que l'accaparement créerait des emplois.

3 sept. 2014

Un barrage bloqué dans le Tarn

Selon Basta (ici), un projet de barrage est bloqué en France actuellement par des gens qui préfèrent garder leur vallée plutôt que de se battre à tout prix pour avoir un emploi.

Extrait.

Dans le Tarn, l’été n’a pas affaibli la mobilisation contre un projet de barrage qui engloutirait l’une des dernières zones humides du département (voir notre article). Depuis le 27 août, trois membres du Collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet ont entamé une grève de la faim devant le Conseil Général. Leur objectif : que les élus et l’État daignent leur répondre. « Le Conseil Général et la Préfecture refusent depuis un an de répondre à nos questions précises sur le projet (besoins réels, coûts, bénéficiaires…), explique Ben Lefetey, porte-parole du Collectif. Ils rejettent toute idée de débat public contradictoire, notamment pour expliquer pourquoi il passe outre tous les avis défavorables des scientifiques, experts, commission d’enquêtes publiques. J’ai décidé de commencer une grève de la faim pour obtenir ces réponses et ce débat contradictoire ». De leur côté, le Conseil général et la Préfecture arguent que les enquêtes publiques ont eu lieu fin 2012 (voir ce courrier).

Dans une lettre au Conseil général, les grévistes de la faim dénoncent également l’envoi sur le terrain « de forces de l’ordre disproportionnées (…) pour mater une opposition légitime ». Depuis octobre 2013, le Collectif Tant qu’il y aura des bouilles occupe la zone pour empêcher les travaux. Après plusieurs expulsions successives et une première décision de justice en leur défaveur en janvier 2014, l’opposition au projet a cependant permis de repousser les opérations de défrichement. Le dernier week-end d’août a été marqué par un regain de tensions entre forces de l’ordre, qui ont procédé à plusieurs interpellations, et occupants de la zone. Bien que des arrêtés du Conseil général y interdisent la circulation et le camping, rassemblements et occupations se poursuivent. Le déboisement de la zone du futur barrage a finalement commencé ce 1er septembre en présence d’une centaine de gendarmes.

23 août 2014

Un point radio sur la Malaisie

 Sur Canal Sud, Grégoire S. reçoit Anne Vidal pour faire le point sur la situation en Malaisie où elle est allée traîner ses guêtres.

L'émission radio dure une heure à peu près et est disponible gratuitement ici.

Il y en a pour tous les goûts:

- déforestation pour l'huile de palme, pour l'agriculture vénale

Cadre du futur barrage
- corruption autour d'un barrage hydroélectrique, le Baram. Il s'agit de produire de l'électricité mais il n'y a pas de client. Un article fait le point sur les barrages en Malaisie ici (en anglais) -  le barrage de Baram va déplacer 20.000 personnes.

- l'extraction des terres rares

- la lutte des indigènes pour leur survie

12 août 2014

Des peuples indigènes menacés par le gaz

Nous reprenons des extraits de l'article de Laure Gaillard et Tien Tran dans EqualTimes (ici, en français).

Au cours de la dernière décennie, dans la réserve d’Amarakaeri, située dans la jungle au sud-est du Pérou, l’État a découvert un trésor : des hydrocarbures.
Sur plus de 90% de ce territoire se trouvent 12.000 milliards de mètres cubes de gaz, soit de quoi approvisionner la France pendant 300 ans. Nom de code : « Lot 76 ».

Malgré l’obtention en 2002 du statut protecteur de réserve, une entreprise pétrolière américaine, Hunt Oil, a obtenu de l’État péruvien l’autorisation d’exploiter ces ressources.

La compagnie a toujours eu une réputation sulfureuse, se vantant notamment d’être « très proactive et agressive d’un point de vue opérationnel ».

Les premières phases d’exploration ont été menées à marche forcée : 20.000 détonations sismiques et 166 campements nécessaires aux employés de la compagnie américaine.
Les peuples de la réserve, durement affectés par ces travaux, ont pourtant du mal à faire entendre leurs préoccupations face à une entreprise qui semble fermée à tout dialogue.
A l’appel de la FENAMAD (Fédération des communautés natives de Madre de Dios), les dix communautés indigènes directement concernées par le projet d’exploration se sont réunies pour la première fois de leur histoire les 4 et 5 juin 2014.

« Le manque d’information conduit souvent à la confusion », explique le président de la fédération, Klaus Quique.

Et visiblement, ils sont fatigués que d’autres décident pour eux. « Hunt Oil nous promet le développement » remarque-t-il, ironique. « Mais qu’est-ce que le développement : plus de bières ? Plus d’argent ? Que d’autres continuent de faire pour nous des "plans de vie" ? ».

Diviser pour mieux régner

Située au sein du « Lot 76 », la communauté native de Puerto Luz, d’environ 600 membres, est la première concernée par le projet d’Hunt Oil.

Reculée, isolée, il ne faut pas moins d’une voiture, d’un bateau, d’un 4x4, d’une moto et de six heures de trajet pour s’y rendre. Il n’y a ni internet, ni service postal.

Les informations sont dès lors souvent déformées et contradictoires. « Il y a toujours des doutes avec Hunt Oil, il n’y a pas assez de visites et d’informations » poursuit Federico, ancien maire de Puerto Luz. « Et il y a des nécessités dans la communauté ».

Pour de nombreuses familles, il est difficile de résister à l’argent et aux dons de Hunt Oil.

Ricardo, le directeur de l’école du village, a des mots durs à l’égard de l’entreprise : « Ils donnent des bonbons pour que les enfants ne pleurent pas ». Et lorsqu’ils promettent de promouvoir l’éducation affirme Ricardo, il s’agit en réalité de donner quelques stylos et quelques cahiers... au sigle de l’entreprise américaine.

Durant quatre années, Hunt Oil a fourni au village un baril de pétrole par mois pour alimenter un groupe électrogène trois heures par jour. En décembre dernier, la livraison a soudainement cessé. Puerto Luz avait décidé de ne pas ratifier l’accord proposé par la compagnie pétrolière pour la perforation du puits et souhaitait en premier lieu consulter la FENAMAD.
Diviser pour mieux régner et exploiter les faiblesses de son adversaire, c’est la stratégie qu’applique Hunt Oil, si l’on en croit Jorge Tayori, maire adjoint de la communauté de Puerto Luz : « Quand l’entreprise suspend son "don" mensuel parce que les dirigeants sont allés consulter la fédération, c’est cette dernière qui est accusée par ses propres habitants. C’est une manipulation grandiose. »
(...)
La riposte s’organise

Première historique, les communautés natives ont décidé, ensemble, de rédiger en urgence une contre-proposition à Hunt Oil, posant comme préalable indispensable l’absence totale de contamination de leurs terres et de leurs eaux.
Parallèlement, la fédération tente d’organiser la riposte légale et politique, malgré une absence de dialogue avec les députés péruviens et des frais de justice pour l’instant impossible à assurer.

Les communautés affirment que le contrat du « Lot 76 » a été conclu sans leur avis, condition pourtant indispensable à sa validité.
D’autre part, l’ancien Premier ministre péruvien Pedro Pablo Kuszunski (dit PPK), qui a signé le 19 octobre 2005 le contrat de cession du « Lot 76 » avec l’entreprise américaine, est un ancien conseiller et lobbyiste de Hunt Oil, ce qui pose des questions quant à l’indépendance de l’exécutif péruvien.
Malgré l’absence de dialogue l’entreprise pétrolière n’hésite pas à affirmer que les opérations d’extraction débuteront fin 2014.

7 août 2014

Catastrophe écologique ... mais ça fait de l'emploi

Le Monde nous informe ici que, suite à une rupture de barrage, l'activité minière a encore provoqué une importante pollution de l'eau au Canada. Rappelons que le Canada est un pays particulièrement accueillant pour les compagnies minières et particulièrement peu regardant sur le respect des normes environnementales: des compagnies minières qui opèrent à l'étranger mettent leur siège social dans ce pays connu pour sa mansuétude à leur égard.

Extrait de l'article du Monde

La rupture, lundi, d'une digue d'un bassin de décantation d'eaux usées d'une mine de cuivre et d'or en Colombie-Britannique provoque mercredi 6 août une pollution sur un important réseau hydrographique de cette province de l'Ouest canadien, où l'état d'urgence a été décrété localement.

Compte tenu de la toxicité des produits utilisés par la mine du mont Polley, exploitée par le groupe Imperial Metals et située entre les lacs Polley et Quesnel, il est strictement interdit aux populations de la région de consommer et d'utiliser l'eau du bassin hydrographique en aval du lac Quesnel ou de s'y baigner, a rappelé mercredi le district régional de Cariboo, situé dans les Rocheuses, au nord-ouest de Vancouver. Dans un communiqué, le district « a déclaré l'état d'urgence localement » afin de prendre toutes les mesures de sécurité nécessaires et d'ajouter des capacités d'infrastructures à la ville de Likely, en aval du lac Quesnel.

2 août 2014

Déforestation du Chaco

Traduction et résumé d'un article de Christine Macdonald sur Rollingstone Culture (ici, en anglais).

La forêt du Chaco est la deuxième forêt d'Amérique du Sud en importance, derrière l'Amazonie. Alors que l'Amazonie a un climat humide, le Chaco a un climat sec et connaît des températures extrêmement élevées. Il s'étend sur le Paraguay, la Bolivie, l'Argentine et le Brésil sur 650.000 km².
 

Le Chaco est l'une des dernières zones sauvage qui nous reste mais il disparaît. Les industries agricoles déforestent ce trésor de biodiversité à un rythme accru: ce sont 2400 km² de forêt qui ont été abattus. Les pionniers transforment ces forêts en champs de soja pour nourrir le bétail ou en ranch pour leurs troupeaux. Ils tracent des routes pour relier ces champs aux ports et aux villes. La taille des ranchs est impressionnante: ils peuvent atteindre 50.000 km². Les propriétaires sont souvent des Paraguayens qui ont vendu leurs terres de l'Est très cher - 40.000$ l'hectare - et racheté dans l'ouest.

Le soja produit massivement est destiné essentiellement à l'exportation. Les compagnies intermédiaires qui achètent le soja et le commercialisent ailleurs sont toutes basées aux États-Unis, il s'agit de Cargill, Bunge ou ADM. Le soja se retrouve dans la mayonnaise Hellman, il nourrit les poulets de Mc Donald's, son huile frit les produits KFC, etc.

Le fleuve Paraguay divise le pays en deux: la forêt aride du Chaco et l'est, chaud et humide où l'on peut compter jusqu'à cinq récolte en deux ans. C'est là qu'est concentrée la population, dans des ères urbaines essentiellement. Dans les années 70, la ceinture agricole était encore composée de forêts. 

L'échelle massive de l'agriculture industrielle rappelle celle des États-Unis - avec ses faiblesses, ses risques d'érosion et sa pollution chimique. 

Cargill, ADM et Bunge ont signé un accord volontaire, le Moratoire du Soja, pour préserver la forêt amazonienne. L'opération de communication habile est une goutte d'eau face aux enjeux du Paraguay - c'est-à-dire aux enjeux du Chaco. Pourtant, depuis 2004, il est interdit de déforester pour l'agriculture au Paraguay.

La déforestation ne favorise pas les paysans: ils étaient 250.000 en 1980 et ne sont plus que 80.000 aujourd'hui. La population rurale a baissé de 10 points ces trente dernières années. Logique quand on sait que l'agro-industrie utilise beaucoup de machine et peu de main-d’œuvre.
Vue aérienne de la région du Chaco.
Noah Friedman–Rudovsky

Le soja OGM couvre plus de 35.000 km² des meilleures terres agricoles aujourd'hui au Paraguay. À ce rythme, la forêt aura disparu en 2035 du Paraguay: ce qui est arrivé à la forêt Atlantique de l'Est dans les années 80 est en train de se passer dans le Paco, à l'Ouest.

Une vidéo sur ce sujet (en espagnol).