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25 janv. 2017

To strike or not to strike

En Côte d'Ivoire, les syndicats appellent les fonctionnaires à reprendre le travail. Pourtant, comme le rappelle l'article de Jeune Afrique (disponible ici),

Réunis en Assemblée générale samedi, les fonctionnaires avaient choisi de reconduire leur mouvement après deux jours de négociations avec le gouvernement.

Deux jours à l’issue desquels, les responsables syndicaux de la fonction publique avaient obtenu des avancées, notamment l’intégration des travailleurs journaliers du secteur public à la fonction publique, des garanties en matière de liberté syndicale ainsi que des concessions sur la réforme des retraites. Mais des points de blocage persistaient.

Cette grève survient alors que le pays vient de faire face à des mouvements d’humeur des militaires et des gendarmes, notamment à Yamoussoukro, et qui ont fait au moins deux morts parmi les militaires la semaine dernière.
Quels que soient les choix des grévistes, leur lutte salariale a notre sympathie.

Une note sur les syndicats ivoiriens est disponible ici.

13 janv. 2017

Les fonctionnaires se battent pour le salaire et les droits syndicaux

En Côte-d'Ivoire, les fonctionnaires se battent pour leurs droits et leurs salaires.

Nous rappelons que, en cas de grève, les grévistes renoncent à leur salaire. La grève est toujours un engagement courageux.

Extrait de l'article de Jeune Afrique (en ligne ici).


Les fonctionnaires ivoiriens ont entamé lundi un mouvement de grève de cinq jours. Objectif : dénoncer une réforme des retraites baissant les pensions de 30 à 50%, mais aussi réclamer une revalorisation salariale.
« La grève touche tous les secteurs, notamment l’éducation, la santé avec un service minimum et l’administration territoriale », a expliqué le responsable du mouvement, Théodore Gnagna Zadi, de la plateforme nationale des syndicats des organisations professionnelles du secteur public.

Les conséquences de la réforme des retraites 

Parmi les principales revendications des grévistes, la contestation de la réforme des retraites décidée en 2012, mais dont les premiers effets se sont véritablement fait sentir en 2016 avec la mise à la retraite de fonctionnaires concernés par la loi.

Cette réforme fait passer l’âge de la retraite de 55 à 60 ans, voire 65 ans pour les grades les plus élevés. Les cotisations augmentent de 6 à 8,33% du salaire, alors que dans le même temps, les pensions ont été réduites de 30 à 50% selon les catégories de l’administration publique.
Selon les chiffres officiels, celle-ci emploie quelque 200 000 fonctionnaires.

Bois d'ébène (le retour)

Olivier Petitjean résume les enjeux de la privatisation de la répression des migrants en Europe. Le business ne s'est jamais encombré de scrupule quand il s'est agi de faire de plantureuses affaires. Sauf que, ici, il s'agit de gérer des flux de population et de s'occuper d'êtres humains en souffrance.

La logique du profit de la propriété lucrative rend les décisions de gestion de toute façon inhumaines et la déresponsabilisation des propriétaires des entreprises que permettent les institutions capitalistes leur permet de commettre leurs forfaits sans rendre de compte.

Extraits de l'article de l'Observatoire des Multinationales (ici):
Les centres de détention administrative de migrants sont de plus en plus nombreux en Europe et à ses frontières. Ils sont aussi de plus en plus privatisés, avec des conséquences négatives sur les conditions d’hébergement et les conditions de travail des employés, et plus largement sur le respect des droits et de la dignité humaine. En témoigne la récente révolte de migrants dans le centre de Cona, en Italie. De l’autre côté, des entreprises privées nationales ou multinationales profitent d’un marché estimé à un milliard d’euros par an.

Dans les premiers jours de janvier 2017, un groupe de migrants africains a retenu pendant quelques heures les employés du centre de détention de Cona, dans la région de Venise en Italie, et mis le feu à des meubles. Ils protestaient contre la surpopulation du centre, qui hébergeait alors environ 1500 personnes, et contre les mauvaises conditions d’accueil. La révolte a été déclenchée par le décès au centre de Sandrine Bakayoko, une Ivoirienne de 25 ans. Malade depuis plusieurs jours, elle n’aurait pas été pris en charge à temps.

Comme c’est souvent le cas en Italie, le centre de détention de Cona était géré par une « coopérative », appelée Ecofficina, qui faisait déjà l’objet d’une enquête administrative. La structure a en réalité très peu à voir avec l’économie sociale et solidaire ; Ecofficina semble avoir été créée expressément pour capter l’argent public consacré à la détention des migrants, sur fond de connivences politiques [1]. Déjà en 2014, le scandale « Mafia Capitale » avait mis en lumière le rôle de la mafia dans le secteur des centres de rétention en Italie, et la complicité de certains politiques.


(...)


‘Low cost’ et déresponsabilisation

La motivation derrière la tendance générale à la privatisation des centres de détention en Europe est on ne peut plus claire : une pression à la baisse sur les coûts, qui se répercute sur les conditions de détention. Dans le centre de détention de Rome, le modèle « low cost » proposé par Gepsa et Acuarinto pour obtenir le marché se serait notamment traduit par « une diminution de l’assistance psychologique auprès des détenus et de l’argent de poche qui leur est distribué, ainsi que par des manquements en matière de restauration et de santé ». La course à la réduction des coûts a également des conséquences sur les conditions de travail, comme l’a rappelé le mouvement social des employés du centre de rétention du Mesnil-Amelot en 2013. Enfin, la logique de privatisation renforce également la situation de non-droit dans laquelle se trouvent déjà de fait les migrants détenus, en diluant les responsabilités entre pouvoirs publics et prestataires privés. Illustration : G4S n’a pas du tout été inquiétée par la justice britannique suite à la mort de Jimmy Mubenga.

29 oct. 2016

Une multinationale indigeste

Les multinationales, c'est bon pour l'emploi, c'est bien connu. C'est pour cela qu'on leur taille des lois sur mesure, qu'on leur fait des cadeaux fiscaux dans des pays complaisants, qu'on ne les poursuit pas pour leurs crimes et qu'on leur concocte des traités sur mesure.

Tout cela au nom de l'emploi. L'Humanité nous emmène chez Cargill à l'occasion d'une fermeture d'une usine du Nord délocalisée en Bulgarie.

Tour du propriétaire de l'article disponible ici:

Hallucinant tout ce que les salariés de l’industrie agroalimentaire produisent avec l’amidon issu des céréales ! Du papier, du lait pour bébé, du Nutella… Danone, Nestlé sont parmi les gros clients de l’usine d’Haubourdin, dans le Nord (350 emplois), qui vit dans les ­effluves de maïs depuis 1889. Effarant ce qui s’y passe depuis que le groupe américain Cargill a fait main basse sur la boîte en 2002, liquidant plus de 70 emplois au coup par coup sans plan social ! Atterrant, le témoignage des salariés actuellement en lutte ! Parce que 26 d’entre eux sont virés, cette fois dans le cadre d’un plan dit « de sauvegarde de l’emploi », avec quelques poignées d’euros de prime extralégale. Cargill n’a cure des hommes et de l’économie locale. Il est plus immédiatement lucratif de délocaliser les services achat, gestion logistique, facturation et ressources humaines, le service paye, en Bretagne et à Sofia, en Bulgarie ! Assemblée générale, barrages filtrants, grève… pour être (au moins) lourdés dignement. On en est là.

« Il y a tout ici pour créer une filière d’avenir »

« Ras le bol ! Les négociations n’avancent pas. Ils ont osé nous proposer de postuler en Bulgarie pour 150 euros par mois, déménagement payé. La plupart d’entre nous ont un savoir-faire de pointe et un haut niveau de diplôme. La lutte va se durcir. Dans le dialogue, on n’arrive à rien. On est obligé de se radicaliser socialement », prévient gentiment Yannick Rabaey, l’un des élus CGT de l’entreprise, lui-même concerné par la suppression du poste de travail qu’il occupe depuis vingt-deux ans.
Ici, c’est pas Alstom. On n’imagine même pas s’adresser au président Hollande ou à son gouvernement, qui, jusqu’à maintenant, n’ont rien trouvé de mieux que de verser 1,2 million d’euros à Cargill au titre du crédit d’impôt compétitivité emploi en échange de… rien !
« Il y a tout ici pour créer une filière d’avenir. Au pied de l’usine, le canal permettrait le transport fluvial et le lycée professionnel pourrait former les jeunes aux métiers spécifiques de la transformation des céréales… », s’insurge Yvon Quintin, militant local du PCF. Mais les décideurs de Cargill sont perchés tout là-haut, loin, loin, loin de cette bourgade de la banlieue lilloise.
Deux fois le chiffre d’affaires de Mc­Donald’s et Coca-Cola réunis. L’ogre de l’agroalimentaire, qui est aussi la plus grande entreprise privée des États-Unis, est implanté dans 67 pays, emploie 143 000 personnes et la discrète famille qui dirige le groupe compte pas moins de 14 milliardaires ! Des richesses qui puisent leur origine jusque dans les assiettes des peuples, car, tout en remplissant celles de certains consommateurs, Cargill vide celles de populations entières. Dans le partage du monde tel que le groupe le conçoit dans sa stratégie de recherche de profits à tout prix, Cargill a divisé le travail. La Côte d’Ivoire produit le cacao, l’Ukraine le blé et le Brésil cultive le soja. C’est d’ailleurs en se rendant dans ce pays et aux États-Unis que la journaliste Stenka Quillet a pu constater les dégâts occasionnés par la société : monoculture de soja, disparition de fermes familiales, etc. En s’accaparant les terres des paysans, ceux-ci sont contraints à l’exode et à la pauvreté, tandis que les fermes-usines gérées entièrement par Cargill génèrent des pollutions aux conséquences funestes, à l’image de cet élevage de milliers de ­cochons dans l’Arkansas dont l’épandage de lisier menacerait la rivière Buffalo, « le joyau de l’Arkansas ».

21 févr. 2016

Nestlé fait travailler les enfants et les esclaves

Selon l'article du Guardian d'Annie Kelly (ici, en anglais), la multinationale suisse

- reconnaît avoir recours à l'esclavage en Thaïlande,
Il s'agit d'immigrés contraints au travail non rémunéré
Selon la multinationale, toutes les entreprises qui exportent des fruits de mer de Thaïlande doivent avoir recours à ce type de main-d'oeuvre

- comparaît pour avoir fait travailler des enfants en Côte d'Ivoire,

1 juil. 2015

La main invisible

In memoriam

Il ne faut jamais perdre de vue que, alors que Adam Smith s'émerveillait de la "main invisible" du marché, de sa prodigieuse efficacité, des millions d'humains subissaient le joug bien visible, lui, de l'esclavage.

L'esclavage contribuait de manière décisive à l'essor de l'industrie textile anglaise en réduisant les "coûts de la main d’œuvre" (déjà!) dans la production de matières premières. Il a permis une accumulation gigantesque puisque, sur la valeur ajoutée créée par les esclaves, aucun salaire n'était consenti.

Le modèle de la "main invisible" doit toujours être accompagné de l'infographie ci-dessous. De même, la "main invisible" du 21e siècle implique des conditions de travail assimilables à l'esclavage au Mexique, en Chine, au Pakistan, à Hong-Kong, en RDCongo, au Maroc, au Bangladesh, dans tous les pays de la péninsule arabe, en Colombie, en Honduras (par exemple) et, qui sait, demain, avec l'aide des créanciers, de leur main bien visible, en Europe ou aux États-Unis.

Ce qu'ils font à l'un(e) d'entre nous, ils nous le font à toutes et à tous.

315 années, 20.528 voyages et des millions de vies.
slate.fr

3 mai 2015

Afrique, mode d'emploi

Dans un excellent article, Sabine Cessou résume la situation de l'emploi en Afrique sur RFI (ici, en français et en libre accès).

Au niveau du continent, seul 5 à 10% de la population bénéficie d'une couverture sociale - et les choses ont tendance à se dégrader. Il n'y a pas d'assurance chômage sur le continent (sauf en Côte d'Ivoire)

En voici un résumé (avec le classement économique entre parenthèses)

Afrique du Sud (2)
- un large secteur informel échappe à toute législation
- des immigrés du Zimbabwe, du Malawi et du Mozambique sont mis en concurrence avec les travailleurs locaux, ce qui a tendance à casser les Smigs sectoriels âprement négociés
- de puissants syndicats surveillent les conditions de travail
- la police a ouvert le feu sur les mineurs à Marikana, ce qui a fait 34 morts
- le régime public de retraite financé par l'impôt touche deux millions de personnes
- les médecins ont été augmenté: au minimum, le salaire est passé de 1.300€ à 2.000€ et, au maximum, il s'élève à 6.200€ par mois

Bénin
- valorisation des salaires enseignant: un professeur-médecin a vu son salaire passer de 500 à 1.800€ en 2008

Botswana (4) 

Côte d'Ivoire
- existence de l'assurance chômage

Gabon (9)

Gambie
- le salaire d'un professeur d'université expérimenté s'élève à 700€ par mois

Kenya (6)

Lesotho (10)
- les usines de confection chinoises, premiers employeurs du pays, sont connus pour leur maltraitance: travail à la chaîne, en pauses de neuf heures pour 100$ par mois (il s'agit de femmes à 80%)
- en 2011, les ouvrières ont obtenu le droit au congé maternité

Mali
- montée en puissance des syndicats étudiants après la chute de Moussa Traoré

Maurice (1)
- les ouvriers agricoles de la filière sucre se sont battus depuis les années 30 pour améliorer leur sort
- le droit du travail prévoit des conditions spéciales quand il y a un cyclone
- ce pays se classe globalement en tête des pays sub-sahariens pour le développement économique
- exploitation des immigrés bangladais, ils ont néanmoins pu négocier (!) une semaine de 60 heures pour 205€ par mois.

Namibie (5)

Niger
- restauration de la démocratie impliquant les syndicats

Rwanda (3)
- pays en voie de professionnalisation, il attire les cadres de toute l'Afrique
- assurance maladie obligatoire

Sahel
- faute de revenu, les jeunes sont prêts à risquer leur vie pour aller travailler en Europe

Sénégal
- forte tradition syndicale
- salaires enseignant de 1000 à 2000€, selon le grade et l'ancienneté

Seychelles (7)

Tunisie
- couverture sociale à 84% (c'est la meilleure du continent)

Zambie (8)
- lutte des classes très violente: des responsables de sociétés minières chinoises ont tiré sur des mineurs en grève et des mineurs ont tué un contre-maître

24 déc. 2014

Des travailleurs chocolat bleu pâle

Simon Gouin fait le bilan de l'industrie du chocolat en cette période de fin d'année sur le site de Basta. L'industrie du chocolat ne gâte pas plus les travailleurs et les populations locales que ne le fait l'industrie des accessoires de noël en Chine. Des régions entières voient leurs ressources disparaître; les producteurs voient leurs conditions de travail sombrer dans la barbarie.

Extrait de l'article disponible ici

Le chocolat ou la forêt

Le premier défi est environnemental. La culture du cacao se fait au détriment de la forêt. Les coûts de production sont élevés : il faut du temps, de la main d’œuvre, un enrichissement des sols. Après une vingtaine d’années d’exploitation, une fois les cacaoyers épuisés, les paysans se tournent vers de nouvelles terres. Sous la forêt, le sol est encore fertile. 14 millions d’hectares auraient été coupés en Côte d’Ivoire pour y planter de nouveaux cacaoyers, soit l’équivalent de quatre grandes régions françaises. Un rapport du Programme des Nations Unies pour le développement estime que pour maintenir la production actuelle, il faudrait raser environ 6 millions d’hectares supplémentaires dans les prochaines années. Les forêts du Cameroun sont convoitées. Celles du Vietnam et d’Indonésie aussi.
A cela s’ajoute un défi social. Depuis 1950, le prix du cacao n’a cessé de baisser. « Aujourd’hui, le cacao ne vaut même plus la moitié de ce qu’il valait il y a trente ans », note la Déclaration de Berne. Face à des revenus toujours plus faibles, nombreux sont les producteurs de Côte d’Ivoire, d’où vient 40% du cacao mondial, à se diriger vers d’autres métiers ou à abandonner leur terre. « Les familles devraient en moyenne gagner dix fois plus qu’aujourd’hui pour atteindre le seuil de pauvreté », estime la Déclaration de Berne à propos de la Côte d’Ivoire. Des prix bas, très bas, mais aussi très fluctuants. « Le prix peut descendre de 30% du jour au lendemain comme à l’automne 2011 », explique Christophe Alliot, du Bureau d’Analyse Sociétale pour une Information Citoyenne (Basic). Cette variation entraîne une forte incertitude pour des paysans qui sont désormais touchés par les aléas du changement climatique.

230 000 enfants dans les plantations 

La culture du cacao manque de paysans. Malgré l’utilisation d’insecticides, de fongicides et d’engrais, le cacao nécessite beaucoup de main d’œuvre, que les machines ne peuvent remplacer. Qui assure une partie du travail ? Les enfants. En 2009, on estimait qu’ils étaient environ 230 000 à travailler dans les plantations de Côte d’Ivoire et du Ghana. 15 000 seraient des enfants esclaves. Forcés à travailler le jour. Enfermés la nuit pour éviter qu’ils ne s’échappent.
Au début des années 2000, cette question du travail des enfants a mobilisé les opinions internationales. Les États-Unis ont mis en place le protocole Harkin Engel, du nom de deux de leurs représentants. L’objectif : obliger l’industrie du chocolat à agir pour supprimer le travail des enfants d’ici 2005. Mais l’accord est volontaire et non-contraignant. Le délai est finalement prolongé. Les déclarations se suivent ; les actes se font attendre. En 2014, le travail des enfants est toujours une réalité dans les plantations d’Afrique de l’Ouest. Pourquoi un tel échec ? « Le problème reste économique et social, estime Christophe Alliot. Tant que les familles de paysans n’ont pas de quoi vivre, le travail forcé des enfants est un fléau très difficile à endiguer. »

7 nov. 2014

Enfants perdues

Basta interroge un cinéaste et anthropologue sur les "gos", sur les enfants perdues d'Abidjan ici.

Présentation

Elles ont fui leurs familles pour la capitale, perçue comme un marchepieds vers le rêve occidental. A la place du rêve, elles y découvrent la survie, la prostitution, la violence. L’anthropologue et cinéaste Éliane de Latour est allée à la rencontre de ces « gos » de nuits. Elle décrit des « filles-femmes » marquées par les épreuves, mais qui se battent malgré tout pour écrire « une histoire à la première personne », comme tant d’autres damnées du capitalisme mondialisé, qui grandissent dans les rues des métropoles des pays pauvres. Son exposition, qui commence le 13 novembre à la Maison des métallos à Paris, leur rend hommage. Entretien.
(...)
Après le coup d’État manqué puis l’arrivée de la France avec la Force Licorne, le pays a été coupé en deux, le Nord étant sous la coupe des rebelles. Des jeunes filles du Nord, plutôt musulmanes, sont descendues à la capitale pour échapper à la guerre et aux violences familiales. Elles allaient dans les maquis, ces gargotes à ciel ouvert, pour être serveuses. A cause du couvre-feu, les maquis ont fermé et se sont transformés en hôtels de passe, et les jeunes filles – les « fraîchenies » – ont commencé à se vendre. Les tenanciers y trouvent leur compte : la fille, qui fait des passes à un euro ou un euro et demi, leur rapporte un quart d’euro payé par le client pour la chambre, et ne leur coûte qu’une capote et un mètre de papier hygiénique. Ces chambres ne comportent qu’un matelas de mousse sale et déchiré, dont on ne change jamais les draps.

Image extraite du reportage
C’est rentable. A partir de ces fraîchenies se sont crées de nouveaux ghettos qui ont remplacé les grands ghettos d’avant 2002. Ce n’est pas vraiment un territoire, davantage un rassemblement de jeunes gens qui trafiquent et où s’établit un certain type de liens sociaux. Au cours de quatre missions de six semaines que j’ai menées, entre janvier 2009 et novembre 2010, j’ai travaillé principalement dans deux ghettos du nord d’Abidjan, Bel-Air et Bracody. Là-bas, il peut y avoir cinquante filles par jour.
Les comportements de ces jeunes gens, filles et garçons, sont guidés par une recherche de liberté, par la volonté d’écrire une histoire à la première personne. Ils dénigrent totalement l’Afrique et magnifient l’Occident. Pour eux, le ghetto est un marchepied vers l’Occident : l’Occident qui est l’horizon, le rêve et en même temps le danger, la mort : ils le savent parfaitement. Ces jeunes partagent l’idée que, dans cette marge, ils sont davantage dans la modernité qu’en étant avec leur famille. Le ghetto est un lieu ambivalent, à la fois ouvert et fermé. Il y a une langue, des attitudes, des vêtements reconnaissables instantanément et, en même temps, il y a une partie cryptée.
Ces jeunes filles ne sont ni des prostituées classiques, ni des victimes d’une traite d’êtres humains. Qui sont-elles ?
Ce sont des laissées pour compte. Comme le sont les « petites bonnes » placées dans des familles, ou comme les petites filles qui vendent pendant des heures des oranges ou des kleenex, dans la rue. Les fraîchenies, en rupture avec la famille et avec la loi, vont aussi vers la délinquance, elles volent et arnaquent. Elles commencent la prostitution souvent dès qu’elles ont leurs règles, vers 10-12 ans. Après l’âge de 25 ans, on ne les voit plus. Dans le monde entier, la tranche d’âge 10-25 ans est récurrente quand il s’agit des filles laissées pour compte. Ces gamines sont filles et femmes en même temps. Vivre dans la rue provoque une maturité rapide, à cause de la confrontation aux difficultés, aux atrocités, en même temps que des stagnations infantiles : elles ont manqué des vrais apprentissages sociaux. Cela donne des êtres difficiles à réinsérer.

16 juin 2014

L'or appauvrit

 Vous n'êtes pas au Far West, vous n'êtes pas au XIXe, vous êtes maintenant, au Sénégal mais la fièvre de l'or là-bas appelle les gens de la région et au-delà. C'est qu'il y a de l'argent, beaucoup d'argent à faire - à tel point qu'une campagne d'affichage tente de dissuader les enfants d'abandonner l'école pour l'or. Les dégâts écologiques que l'auteur attribue aux seuls Burkinabés sont en tout cas liés à des pratiques de l'orpaillage sans foi ni loi - même si de grasses compagnies doivent y laisser quelques plumes. Les conditions de travail et de vie des migrants orpailleurs sont effroyables. Dakaractu (ici, en français) relaie un reportage de Mamadou Oumar NDIAY publié à l'origine par « Le Témoin » N° 1164 –Hebdomadaire Sénégalais (MAI 2014).

Extrait

C’est surtout le village de Kharakhena (...), qui est le point de convergence de tous les aventuriers de l’or attirés par la perspective de faire fortune rapidement. Village de 700 habitants à peine il y a deux ans, Kharakhena a connu la plus formidable explosion démographique de l’histoire du Sénégal puisque, en moins de 24 mois, sa population a atteint le chiffre incroyable de 60.000 personnes dont les 20.000 s’adonnent à la recherche de l’or ! Comme une traînée de poudre (d’or !) et le téléphone arabe fonctionnant à plein régime, des milliers de prospecteurs venus du Mali et de la Guinée voisines mais aussi de la Mauritanie, de Côte d’Ivoire, du Burkina Faso, ou encore de la Sierra Léone, du Libéria, du Ghana et du Nigeria ont afflué à Kharakhena, transformant la localité en véritable tour de Babel où toutes sortes de dialectes et de langues sont parlées. La rumeur se propageant, déserteurs d’armées régulières voisines, mercenaires des conflits qui ont ensanglanté la sous-région, évadés de prisons et autres djihadistes défroqués sont tous venus reprendre du service à Kharakhena où, bien que tout ce qui brille ne soit pas de l’or, d’importantes quantités du métal jaune sont quand même extraites du sous-sol chaque jour que Dieu fait, sauf le vendredi, jour de repos hebdomadaire chez les Musulmans strictement respecté ici et le lundi, jour du sacrifice au génie de l’or et repos sabbatique que nul ne s’aviserait jamais de transgresser. C’est que dans cette zone de non-droit, dans cet univers sans foi ni loi, dans cette jungle impitoyable où les plus forts broient les plus faibles, il existe tout de même des codes que tout le monde respecte. Par exemple, aucun cordonnier n’a le droit de mettre les pieds dans les « diouras » sous peine de se faire lyncher. Le même sens interdit s’applique aux ramoneurs.
Les autres jours de la semaine, c’est à qui extraira le plus d’or. C’est que le sous-sol de Kharakhena regorge du métal précieux. Environ 1,5 tonne en est extraite chaque année, soit 120 kilogrammes en moyenne chaque mois. En l’absence de statistiques fiables, les autorités en sont réduites aux approximations mais il n’est pas rare de voir des individus chanceux collecter trois à cinq kilos les jours heureux. Située dans le prolongement du plateau malien où se fait l’extraction de l’or, la zone aurifère sénégalaise, que l’on trouve essentiellement dans le département de Saraya, dans la région de Kédougou, est située sur un espace plus restreint. (...) La chance du Sénégal, c’est que son or est situé en surface, en tout cas à une faible profondeur, contrairement au Mali ou au Burkina Faso où il faut aller à environ 100 mètres sous terre pour trouver le métal précieux.

De tout temps, les populations locales se sont livrées à l’orpaillage traditionnel extrayant de faibles quantités d’or qui leur permettaient de survivre à côté de l’agriculture qui est paradoxalement la principale richesse de la région de Kédougou avec les mines de fer de la Falémé. Puis, les cours du métal jaune ayant flambé il y a deux ans, cela a accru la ruée vers l’or. Une ruée d’autant plus intense que des compagnies minières occidentales, à coups de milliards de francs cfa, avaient fini d’effectuer leur travail d’exploration dans la zone. Les orpailleurs de la sous-région ont donc attendu tranquillement que ces sociétés aient fini de déterminer avec précision les endroits où se trouvait l’or pour venir les occuper sans autre forme de procès. C’est ainsi que des périmètres appartenant à des compagnies régulières comme Afri-Gold, disposant donc de permis en bonne et due forme, sont squattées par des milliers de « diouratiguis » (orpailleurs traditionnels) au grand dam des dirigeants de ces compagnies qui ne savent plus à quel saint se vouer.

En effet, en lieu et place de l’orpaillage de subsistance, si on peut l’appeler ainsi, s’est développé un véritable orpaillage de prédation nuisible pour l’environnement, les finances publiques et… la sécurité de la Nation. Une fois l’or détecté avec précision par les compagnies minières, les Burkinabés sont entrés à l’œuvre. Maîtrisant la technique d’extraction par le cyanure et le mercure, ils sont outillés pour exploiter aussi bien ce que les géologues appellent les indices que les gisements à l’image de celui de Sambranbougou qui appartient pourtant à une compagnie minière occidentale. Les dégâts pour la nature de cette forme d’orpaillage sont en tout cas effroyables. En effet, sur la montagne où se trouve le site dit « Kara Kara », qui regorge le plus d’or et qui appartient à la société Afri-Gold, sur cette montagne, donc, des milliers d’arbres ont été arrachés et/ou brûlés quand ils ne servent pas à réaliser des étais pour les mines de fortune, d’où l’appellation de « montagne pelée ». Une véritable politique de la terre brûlée ou de la tabula rasa ! Pis, le cyanure utilisé à grande échelle et qui s’infiltre dans la nappe phréatique représente un risque sanitaire majeur dont les conséquences sanitaires sont encore difficilement mesurables. Sans compter que camionneurs maliens et burkinabés se cachent à peine pour aller laver leurs cargaisons de sable dans la Falémé toute proche, y épandant donc du mercure et du cyanure.
 

Sur le site du « Kara Kara », le spectacle est apocalyptique. C’est comme si des milliers de castors s’étaient mis à creuser la montagne et à ronger ses entrailles.  Une montagne qui ressemble à un gruyère, creusée qu’elle est  de centaines de trous. Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, rouges de poussières, descendent dans ces trous ou en remontent régulièrement, s’ils ne font monter à la surface des seaux remplis de banco contenant quelques poussières d’or. A l’aide de cordes, ils se laissent glisser à l’intérieur de ces trous sombres où ils sont obligés d’utiliser des lampes torches pour pouvoir se mouvoir. L’un d’entre eux, Sénégalais, nous confie : « C’est entre 30 et 35 mètres que nous trouvons le sable dont nous avons besoin. Nous le faisons remonter, l’entassons avant de le transporter chez nous. » Pour quoi faire ? Pour le laver, pardi et en extraire l’or ! Au bord de tous les trous, des bassines remplies d’eau. Quand nous demandons à notre interlocuteur à quoi ils servent, il nous répond : « c’est pour effectuer des tests. Si nous trouvons des traces d’or, alors ça veut dire que nous pouvons continuer à creuser. » Ce qu’il appelle « la maison », ce sont en fait de véritables petits ateliers où se trouvent des concasseurs pour broyer le sable apporté à l’intérieur de sacs ou transporté par ces sortes de charriots motorisés chinois que l’on voit à Dakar et dont des centaines se trouvent à Kharakhena. Sur les lieux, nous avons dénombré au moins une cinquantaine de concasseurs à l’œuvre tandis qu’une noria de camions fait un va-et-vient incessant entre le « dioura » et le fleuve tout proche. 
A voir ce spectacle surréaliste de milliers de « gueules rouges » (...) on ne peut manquer d’être impressionné, voire effrayé. Une véritable cour des miracles !

Et parce que Kharakhena, petit hameau de quelques dizaines de cases, ne pouvait pas accueillir tout ce monde, à ses flancs s’est développé une gigantesque verrue, une hideuse excroissance faite là encore de milliers de huttes en paille mais aussi de bric et de broc dans lesquelles vit un monde interlope à côté des fourmis industrieuses qui s’activent le jour dans les galeries creusées à flanc de montagne. L’argent circulant à flot du fait du commerce de l’or, ces conquistadores d’un genre nouveau dépensent sans compter. Les gargotes et les restaurants de fortune (sans jeu de mots) y poussent donc comme des champignons après la pluie, sans compter les débits de boisson alcoolisée, les chambres de passe, des centaines de prostituées étant venues exercer le plus vieux métier du monde pour le repos du guerrier des orpailleurs. En l’absence de tout contrôle d’hygiène, de police des mœurs et de carnet sanitaire, les maladies sexuellement transmissibles y foisonnent tandis que le taux de séropositivité s’envole.  Sans compter, évidemment, le trafic de drogue. (...)

Quant à l’or, c’est sous le manteau qu’il se vend, loin des yeux et des oreilles indiscrets dans un véritable marché parallèle solidement contrôlé par les Maliens qui brassent des centaines de millions de francs par jour. Puis tout l’or acheté prend la direction du Mali ou du Burkina Faso où il est comptabilisé dans les statistiques d’exportations de ces pays tandis que le Sénégal, où ce métal précieux est pourtant extrait, ne gagne rien, absolument rien, ni impôts et ni taxes, dans ce commerce qui génère un chiffre d’affaires d’une vingtaine de milliards de francs chaque année, rien que dans la zone de Kharakhéna. (...) [L]e Sénégal, lui, laisse filer toutes ses richesses dans les pays voisins

25 oct. 2013

Agriculture - guerre des terres en Côte d'Ivoire

22 août 2013, 10:17
Je vous fais suivre un lien sur la situation de guerre pour la terre en Côte d'Ivoire. La même guerre entre la liberté, l'économie vivrière, et la soumission à la logique de l'emploi que partout ailleurs mais sous une forme particulièrement mortelle: les paysans, les paysannes se voient chassés de leurs terres au profit de multinationales qui travaillent à l'exportation.

Ces terres seront donc mises à profit dans une logique commerciale par des employés pour exporter des matières premières vers l'Occident alors qu'elles nourrissaient les populations locales. Je vous laisse imaginer le désespoir des paysans, des paysannes, privés de terre. C'est leur quotidien, leur survie, leur prospérité, leur culture, leur façon de vie, leurs (agri)cultures qui sont attaqués.

Sur cette plateforme, nous opposons des formes de vie, des possibilités, des façons de vivre. Notre 'camp', les formes de vie qui nous sont amies sont celles qui créent, qui nourrissent, celles qui prennent soin d'une famille, d'un lopin. C'est l'activité, la créativité, c'est un village où le fou fait partie de l'identité commune. Nous sont ennemies - mais elles sont leurs propres ennemies - les formes de vie qui vendent, qui emploient, qui exportent, qui rationalisent, qui font des bénéfices.

A notre modeste échelle, souhaitons la victoire à la vie. En tant que Européens, nous ne voulons pas du pseudo-confort au goût du sang que nous offrent les multinationales, nous ne voulons pas vendre notre propre chair pour acquérir des bidules au prix des larmes de nos frères, de nos soeurs ailleurs. Nous sommes proches de cette vie qui gratte la terre, qui la laboure au rythme des pas des boeufs, de ces enfants que le soleil écrasant indiffère.

Nous constatons que les bénéfices de Bolloré dont il est question dans l'article nous sont ennemis, ennemis à notre vie, à nos désirs, à notre propre terre. Nous avons besoin de fraternité au-delà des océans, au-delà des terres entre gratteurs de terres, entre ceux qui marchent au rythme du boeuf, entre vies humaines, lentes, riches, intègres, entières.

Nous savons que nous vivons un épisode, que nous assistons au naufrage d'un empire. Nous ne nous retrouvons pas dans la mentalité boutiquière de cet empire. Nous souhaitons survivre à ce naufrage, nous qui grattons la terre et marchons au rythme du boeuf, nous qui sommes écrasés par le soleil ou glacés par la neige, nous qui faisons la poésie, nous qui enfantons, nous qui sommes les fils prodigues du temps, du vrai temps, pas du temps comptable, du temps du soleil, de la nuit, pas du temps de l'horloge.

Courage à toutes et à tous.

des nouvelles de Bolloré et de Côte d'Ivoire (et de nous tous en fait):
Ipsi - paysans en Côte d'Ivoire