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24 juil. 2015

Gavroche - Le retour

Par Rubén Guillemí pour la Nacion (ici, en espagnol).

Traduction et résumé

De milliers d'enfants entre 5 et 17 ont été envoyés par leurs familles pauvres dans d'autres foyers où ils vivent dans des conditions indignes, victimes de mauvais traitements sans possibilité de scolarisation.

(...)

Selon les statistiques officielles, la réalité [des enfants exploités par des familles] est celle de 2.5% des mineurs paraguayens entre 5 et 17 ans, transformés en "criaditos". Ils sont quelques 50.000 enfants donnés par leur famille généralement paysanne, à des personnes de meilleure condition pour alléger leur charge de famille et avec l'espoir de leur permettre d'accéder à l'école. Ce qui est sûr, c'est que la grande majorité des "criaditos" vivent dans des conditions indignes, sont écrasés par les tâches domestiques et n'ont finalement aucune possibilité d'aller à l'école.

Le "criadazgo", l'envoi d'enfants dans des familles fortunées, n'est pas une institution exclusivement paraguayenne. L'Organisation Internationale du Travail (OIT), qui suit un programme d'éradication du travail infantile (l'IPEC), estime qu'il y a 15 millions d'enfants dans le monde réduits à l'esclavage domestique. Le coordinateur du programme IPEC pour le Paraguay, Bernardo Puente explique à La Nacion:

"Il faut dire la vérité. Les "criaditos" du Paraguay, les "ahijados" du Pérou ou les "restavek" d'Haïti sont des enfants venus des champs à la ville par charité ou solidarité avec leur famille d'origine. Les gens qui y ont recours le font parce qu'ils ne veulent pas payer une employée domestique. De ce fait, ils se fichent de savoir si les enfants en question vont à l'école" explique le fonctionnaire de l'OIT.

Le "criadazgo" prospère dans les régions avec peu de possibilités d'ascension sociale, dans des régions de fortes inégalités sociales. Le Paraguay est en effet le seul pays de la région où, malgré la période de profit pour les actifs qui lui ont permis d'afficher une croissance de 5% en rythme annuel, l'inégalité a continué d'augmenter ces dernières années. Aussi, aujourd'hui, les 20% les plus riches possèdent 53% des richesses alors que les 20% les plus pauvres se contentent de 4% des richesses.

"Depuis des décennies, les gouvernements paraguayens se vantent d'avoir des indicateurs macroéconomiques stables, une inflation sous contrôle, une dette extérieure que nous pourrions payer tranquillement. Mais notre développement économique n'a pas un visage humain" déclara à La Nacio Marta Benitez, la directrice de Global Infancia, une ONG qui lutte contre le "criadazgo", contre cette forme d'esclavage des enfants pauvres.

27 nov. 2014

Des paysans luttent pour survivre

Telesur nous informe (ici, en espagnol) que des paysans du Paraguay manifestent, bloquent les routes parce que le gouvernement de Cartes a refusé de leur remettre leurs dettes.

Nous rappelons que les dettes sont une des institutions capitalistes qui permettent le servage de l'emploi.

Ces paysans s'endettent pour s'équiper, ils sont victimes de la concurrence des grands producteurs de soja et de plans agraires favorables aux latifundia.

2 août 2014

Déforestation du Chaco

Traduction et résumé d'un article de Christine Macdonald sur Rollingstone Culture (ici, en anglais).

La forêt du Chaco est la deuxième forêt d'Amérique du Sud en importance, derrière l'Amazonie. Alors que l'Amazonie a un climat humide, le Chaco a un climat sec et connaît des températures extrêmement élevées. Il s'étend sur le Paraguay, la Bolivie, l'Argentine et le Brésil sur 650.000 km².
 

Le Chaco est l'une des dernières zones sauvage qui nous reste mais il disparaît. Les industries agricoles déforestent ce trésor de biodiversité à un rythme accru: ce sont 2400 km² de forêt qui ont été abattus. Les pionniers transforment ces forêts en champs de soja pour nourrir le bétail ou en ranch pour leurs troupeaux. Ils tracent des routes pour relier ces champs aux ports et aux villes. La taille des ranchs est impressionnante: ils peuvent atteindre 50.000 km². Les propriétaires sont souvent des Paraguayens qui ont vendu leurs terres de l'Est très cher - 40.000$ l'hectare - et racheté dans l'ouest.

Le soja produit massivement est destiné essentiellement à l'exportation. Les compagnies intermédiaires qui achètent le soja et le commercialisent ailleurs sont toutes basées aux États-Unis, il s'agit de Cargill, Bunge ou ADM. Le soja se retrouve dans la mayonnaise Hellman, il nourrit les poulets de Mc Donald's, son huile frit les produits KFC, etc.

Le fleuve Paraguay divise le pays en deux: la forêt aride du Chaco et l'est, chaud et humide où l'on peut compter jusqu'à cinq récolte en deux ans. C'est là qu'est concentrée la population, dans des ères urbaines essentiellement. Dans les années 70, la ceinture agricole était encore composée de forêts. 

L'échelle massive de l'agriculture industrielle rappelle celle des États-Unis - avec ses faiblesses, ses risques d'érosion et sa pollution chimique. 

Cargill, ADM et Bunge ont signé un accord volontaire, le Moratoire du Soja, pour préserver la forêt amazonienne. L'opération de communication habile est une goutte d'eau face aux enjeux du Paraguay - c'est-à-dire aux enjeux du Chaco. Pourtant, depuis 2004, il est interdit de déforester pour l'agriculture au Paraguay.

La déforestation ne favorise pas les paysans: ils étaient 250.000 en 1980 et ne sont plus que 80.000 aujourd'hui. La population rurale a baissé de 10 points ces trente dernières années. Logique quand on sait que l'agro-industrie utilise beaucoup de machine et peu de main-d’œuvre.
Vue aérienne de la région du Chaco.
Noah Friedman–Rudovsky

Le soja OGM couvre plus de 35.000 km² des meilleures terres agricoles aujourd'hui au Paraguay. À ce rythme, la forêt aura disparu en 2035 du Paraguay: ce qui est arrivé à la forêt Atlantique de l'Est dans les années 80 est en train de se passer dans le Paco, à l'Ouest.

Une vidéo sur ce sujet (en espagnol).

28 mai 2014

Rejet des privatisations

Selon Telesur (ici, en espagnol)

 Les travailleurs paraguayéens rejette le modèle des grandes propriétés agricoles, la distribution injuste des terres et réclament la fin du modèle agro-exportateur qui permet aux grands de dominer l'économie nationale.

Les syndicats et les organisations paysanne ont commencé cette semaine à se mobiliser dans différentes villes du pays pour protester contre la Loi Alliance Public-Privé qui est mise en cause par une société civile du fait qu'elle constitue une privatisation larvée.

L'action a commencé de manière pacifique, distribution de tracts qui dénonçaient l'intention du gouvernement de faire entrer du capital privé dans les entreprises publiques. Ce mouvement invite à une manifestation le cinq juin prochain à Asuncion.

Les manifestants rejettent également les grandes propriétés, la concentration des terres au Paraguay. Ils réclament l'éducation et la santé gratuites et de qualité, une réforme agraire substantielle et le contrôle des prix de consommation courant.

 La loi incriminée a été approuvée par le parlement et est un instrument de promotion des investissements dans les infrastructures, les biens et les services à charge de l'État.


25 avr. 2014

Redistribution de terres

Au Paraguay, selon Telesur (ici, en espagnol), le parlement vient de voter un projet de loi qui va exproprier plus de 14.000 hectares d'un entrepreneur allemand pour les redistribuer à une communauté indigène. Toutes nos félicitations aux Indiens, au droit, au parlement et à l'agriculture vivrière!

27 mars 2014

Grève générale au Paraguay

Selon Telesur (ici, en espagnol), la Fédération Nationale Paysanne (FNC, en espagnol) appelle à la grève générale depuis mercredi au Paraguay.

Photo: EFE

Cette grève générale rejette la politique économique et sociale du président et réclame la récupération des terres volées pendant la dictature de Strossner. Elle réclame une politique au service des intérêts de la majorité et la fin de la criminalisation des mouvements sociaux.

Gustavo Zaracho du blogue America du Monde Diplomatique (ici) confirme cette version. Extrait

M. Cartes ne s’est pas contenté de déclarations. Quelques jours après son arrivée au pouvoir, sa première mesure fut de présenter au Congrès un amendement de la loi 337/99 de défense nationale et de sécurité interne, afin d’autoriser le recours aux forces militaires dans la lutte contre les groupes armés, sans passer par la déclaration de l’Etat d’exception (comme l’exige la Constitution nationale). Le chef d’Etat peut ainsi décider de l’intervention des forces armées dans le pays par décret et pour la durée qu’il juge nécessaire. Aujourd’hui, trois départements du pays font l’objet de telles mesures : ceux où l’on enregistre le plus grand nombre de conflits autour des cultures de soja transgénique et les grandes propriétés terriennes.
Sa deuxième mesure fut l’approbation d’une loi dite d’alliance public-privé, à l’image des partenariats publics-privés (PPP), bien connus en Europe. Grâce à ce cadre juridique, l’Etat paraguayen ouvre des pans entiers de l’économie au capital privé…
La troisième mesure, moins connue et décidée dans l’opacité, porte sur l’augmentation de la présence de troupes nord-américaines sur le territoire national. Les sénateurs de la coalition de partis de gauche Frente Guasu, à laquelle appartient l’ancien président Fernando Lugo, aujourd’hui sénateur, a demandé à M. Cartes d’apporter des informations sur cette présence militaire américaine au Paraguay. Une demande restée pour l’instant sans réponse.
Mais outre la mobilisation du 26 mars, les temps sont durs pour M. Cartes. Une équipe de journalistes de plusieurs quotidiens latino-américains a révélé les liens entre ses entreprises de production de tabac et différents réseaux de blanchiment d’argent et de contrebande de cigarettes qui inondent les marchés de Colombie, du Brésil ou d’Argentine. L’ampleur de ce trafic serait telle que la contrebande de cigarettes serait plus lucrative que le trafic de cocaïne dans la région de la triple frontière (Argentine, Paraguay, Brésil). En dépit du mécontentement de la population, les affaires demeurent donc plutôt bonnes pour M. Cartes.

13 janv. 2014

Accaparement

L'accaparement des terres, c'est leur achat par ceux qui ont de l'argent au détriment de ceux qui les cultivent sans titre de propriété. C'est ce que Polanyi appelait l'enclosure.

Agnès Stienne illustre ce phénomène vieux de trois siècle mais toujours actuel.

Mais rassurez-vous: les autorités des pays concernés ont promis ... que l'accaparement créerait des emplois.

29 oct. 2013

Manifestations contre les privatisations

Au Paraguay, des foules ont manifesté contre la privatisation larvée des services publics décidée par le parlement.

 

Cette loi facilitera l'investissement privé dans les infrastructures, dans les projets publics.

Les manifestations ont mobilisé une large frange de la gauche progressiste et des mouvements indigènes. Cette loi ne profitera pas au peuple mais à une caste oligarque.

article en espagnol