Affichage des articles dont le libellé est Swaziland. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Swaziland. Afficher tous les articles

22 juin 2015

Le rapport de la confédération internationale des syndicats

L'Ituc en anglais (Confédération internationale des syndicats) rend son rapport sur les libertés au travail (ici, en libre accès, en anglais).

Ce rapport est fondé sur des questionnaires renvoyés par des syndicats locaux - ce qui le rend sujet à caution quand lesdits syndicats sont impliqués dans la répression du mouvement social comme en Italie ou en Belgique (par exemple) ou quand des mouvements politiques impliquent des travailleurs alors qu'ils ne portent aucune revendication spécifique relative au droit du travail (à ce moment-là, on peut certes déplorer une répression politique mais elle ne s'inscrit pas dans les droits du travail).

On apprend notamment les choses suivantes.

1. Les dix pays les pires pour les travailleurs sont (nous avons mis une étoile devant les pays riches):

- La Biélorussie: discrimination au travail; travail forcé; répression des manifestations

- La Chine: discrimination au travail; arrestations; travail précaire; pas de procès équitable

- La Colombie: meurtres; sabotage de négociations collectives; discriminations

- L'Égypte: brutalités policières; arrestations de masse; enlèvement

- Le Guatemala: attaques armée; meurtre; pas de procès équitable

- Le Pakistan: exclusion de masse de travailleurs des lois du travail; arrestations; violences

- Le *Qatar: exclusion des migrants du droit du travail; travail forcé

- L'*Arabie Saoudite: exclusion des migrants du droit du travail; travail forcé

- Le Swaziland: interdiction de syndicats; violences policières; emprisonnements

- Les *Émirats Arabes Unis: exclusion des migrants du droit du travail; travail forcé.

2. Mais certains pays ont une tendance nette à voir les droits du travail se dégrader.

- Le Burundi voit les violences policières se multiplier

- La République Dominicaine voit ses immigrés haïtiens victimes de violences et les syndicalistes subir la répression anti-syndicale

- À *Hong-Kong, les travailleurs qui manifestaient dans le cadre de la révolution des parapluies ont été arrêtés [mais on ne voit pas le lien entre la révolution du parapluie et les conditions de travail]

- L'Iran a condamné au moins 65 travailleurs à des peines de prison lourdes avec des châtiments corporels

- En Géorgie, alors que le nouveau code du travail voté en 2013 accorde de nouveaux droits, les violations du droit se sont multipliées faute de contrôle

- En Russie, les syndicalistes font l'objet de répression pour leurs activités syndicales

- En *Grande-Bretagne, la mise en place de listes noirs de travailleurs syndiqués n'est pas encore adoptée mais les autorités ont un accès élargi aux listes de travailleurs syndiqués
[quel dommage que l'ITUC n'ait pas entendu parler des zero hour contract!]
- En *Espagne, 81 procès administratifs ou criminels menacent des travailleurs impliqués dans des grèves
En tous cas, il semble que, pour être épinglé par l'ITUC, le mieux, c'est encore de ne pas faire partie du bloc de l'OTAN ou de ses alliés! Que les travailleurs soient maltraités en Iran ou en Biélorussie, c'est bien possible, mais pourquoi oublier les saisonniers aux USA, les suicides du new managment à la française, l'absence de salaire minimum et le travail forcé en Allemagne, pourquoi oublier les conditions de travail en Turquie?

Le rapport détaillé est cependant d'une qualité indéniable.

13 janv. 2014

Accaparement

L'accaparement des terres, c'est leur achat par ceux qui ont de l'argent au détriment de ceux qui les cultivent sans titre de propriété. C'est ce que Polanyi appelait l'enclosure.

Agnès Stienne illustre ce phénomène vieux de trois siècle mais toujours actuel.

Mais rassurez-vous: les autorités des pays concernés ont promis ... que l'accaparement créerait des emplois.

8 déc. 2013

Notes de lecture sur les conditions de travail en Afrique du Sud

Un article du Cairn décrit les conditions de travail en Afrique du Sud en 2006, nous vous en faisons un bref résumé ici en souvenir du regretté Nelson Mandela.

  • Histoire

L’histoire a profondément marqué les rapports sociaux et les structures productives de l’Afrique du Sud contemporaine. Le rapport salarial a été remodelé continuellement par les conflits sociaux qu’a connus le pays depuis la fin du xixe siècle. Ainsi, comme le note Makgetla, en entretenant une situation de sous-emploi et de chômage structurels, le régime d’apartheid (et avant lui, le régime colonial britannique puis sud-africain) a volontairement affaibli la position des Noirs aussi bien comme capitalistes que comme travailleurs. Ceci a permis de protéger la position socio-économique de l’ensemble des Blancs (notamment les plus pauvres et les moins éduqués) tout en offrant aux entreprises une main-d’œuvre noire bon marché et docile, issue d’une « armée de réserve » appauvrie et prête à accepter n’importe quel emploi.
La division des producteurs en race permet de les mettre en concurrence, ce qui met au chômage le groupe majoritaire faute de qualification et met sous pression le groupe minoritaire.

Cette division se manifestait notamment par le fait que
la panoplie de droits dont bénéficiaient les ouvriers blancs (droit syndical, sécurité sociale et assurance-maladie, fonds d’assurance chômage, accès aux tribunaux de travail, etc.) contrastait avec les efforts de l’État pour affaiblir les ouvriers africains, tant par la subversion de leurs organisations que par des attaques directes.
L'Industrial Conciliation Act signé sous la pression des violentes grèves de 1973 et l'élection de l'African National Congress (ANC) en 1994 allaient permettre les espoirs les plus optimistes.

Deux ans plus tard, en 1997, le Basic Conditions of Employment Act (BCEA) définit précisément l’employé(e) en incluant tous les travailleurs (excepté les indépendants) et encadre le temps de travail (45 heures par semaine, 21 jours de congés par an, congés maladies, etc.). Si certaines mesures concernent tous les secteurs d’activités (cotisations chômage et indemnités de licenciement par exemple), d’autres formes de protection sociale (fonds de pension et assurances diverses) relèvent toujours d’accords négociés au sein de l’entreprise ou de la branche. C’est pour cette raison que le BCEA prévoit un mécanisme permettant au ministre du Travail d’intervenir pour fixer les conditions de rémunération dans un secteur donné si les ouvriers sont insuffisamment syndiqués pour négocier avec les employeurs.
  •   Situation

En dépit de cette législation très progressiste, très favorable aux producteurs, elle n'a pu améliorer le sort des plus pauvres et a été contrecarrée par plusieurs éléments.

- Le secteur minier a été libéralisé, ce qui a permis le recours à une main d’œuvre 'externalisée', informelle, exclue du droit du travail

- Le secteur forestier mis sous pression par les papeteries clientes a eu recours à de la sous-traitances en cascade jusqu'à l'informel, hors du droit du travail. Il a eu recours à des étrangers, des Zimbabwéens ou des Swazilandais pour travailler en dehors de la loi

- Le secteur agricole, contexte
Après la migration des Boers (le « Grand Trek ») au xixe siècle et l’appropriation de la plus grande partie des terres par les colons, nombreux étaient les ménages non blancs résidant en fermage ou en métayage sur les terres des agriculteurs blancs. Selon Van Onselen, certains de ces métayers étaient parvenus à développer une activité agricole productive et rentable
Ces agriculteurs noirs ont été expulsés de leurs terres par l'apartheid. Par millions, ils ont été poussés vers les industries et n'ont pu se syndiquer quand ils sont devenus des ouvriers agricoles.

 Les expulsions se poursuivent et les lois ne sont pas respectées.

Mais les lois destinées à protéger les ouvriers agricoles ne sont que rarement appliquées. Les expulsions continuent, voire s’accélèrent. La Nkuzi Development Association estime qu’environ 930 000 salariés agricoles ont été expulsés depuis 1994, soit 13 % de plus que pendant les dix années précédant les élections démocratiques. Selon O’Keeffe, citant une étude de Social Surveys Africa réalisée en 2005, il y a eu 199 611 ménages expulsés de leurs terres pour 164 185 ménages ayant bénéficié des programmes de réforme foncière durant les dix premières années post-apartheid.
 La démocratie post-apartheid a ouvert de grands espoirs mais la violence des relations sociales du travail a perduré et le virage de 1996 de libéralisation de l'économie aura été fatal aux espoirs d'émancipation.