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6 nov. 2016

Enclosure 2.0 pour les Sioux


L'indispensable Basta résume et enquête sur le projet (employiste et délirant) de pipeline aux États-Unis (ici, en français). Les Indiens subissent toujours au coeur de leurs maigres réserves ce qu'ils subissent depuis des centaines d'années: le vol de leurs ressources et le déni de leur droit à l'accès à la terre.

Extrait de l'article de
À l’époque d’avant Sitting Bull, la rivière Missouri était l’épicentre de l’agriculture du Nord, en raison de la fertilité de son lit. La région était le Croissant fertile de l’Amérique du Nord. C’était avant que les traités ne réduisent le territoire des Lakota. Mais le Missouri continuait à figurer dans les traités : le dernier, signé en 1868, désignait la rivière comme frontière.

C’est ainsi que l’on appauvrit un peuple

Survinrent ensuite les vol de terres par le gouvernement des États-Unis et l’appropriation des Black Hills en 1877, en partie en guise de représailles suite à la victoire de Sitting Bull à la bataille de Little Big Horn. Bien avant le mouvement Black Lives Matter et son homologue indigène Native Lives Matter, de grands leaders comme Sitting Bull et Crazy Horse ont été assassinés par la police.
Contraints de mener une existence confinée dans leur réserve, les Lakota s’efforcèrent de stabiliser leur société, jusqu’à ce qu’arrivent les barrages. En 1944, le projet Pick Sloan entraîna la submersion de territoires appartenant aux tribus de la rivière Missouri, prenant aux Mandan, aux Hidatsa, aux Arikara, aux Lakota et aux Dakota leurs meilleurs terres basses. Plus de 800 kilomètres carrés des réserves de Standing Rock et de Cheyenne River furent à leur tour submergées par le barrage Oahe lui-même, entraînant non seulement des déplacements de population, mais la perte d’une partie du monde Lakota. La retenue d’eau créée par les barrages Garrison, Oahe et Fort Randall contribua à la destruction de 90% du bois et 75% de la vie sauvage dans les réserves. C’est ainsi que l’on appauvrit un peuple.
Aujourd’hui, bien plus de deux tiers de la population de Standing Rock vit au-dessous du seuil de pauvreté – la terre et la « Rivière Mère » (le Missouri) sont tout ce qui reste, la seule constante, pour ce peuple. Ce sont précisément elles qui sont aujourd’hui menacées.

Un projet parachevant la combustion de la planète

Cette fois, au lieu du 7e régiment de cavalerie, ou de la police indienne envoyée pour assassiner Sitting Bull, ce sont Enbridge [entreprise canadienne impliqué dans de nombreux projets d’oléoducs controversés, NdT] et le Dakota Access Pipeline, un projet d’oléoduc long de 1800 km qui font monter la pression sur ces terres indiennes.
À la mi-août, le président tribal de Standing Rock, Dave Archambault II, a été arrêté par la police de l’État, avec 27 autres personnes, pour son opposition à l’oléoduc Dakota Access. Dans le même temps, le gouverneur du Dakota du Nord Jack Dalrymple demandait des renforts de police.
Enbridge et ses partenaires se préparent à forer sous le lit de la rivière. L’oléoduc Dakota Access a reçu les autorisations officielles du côté est comme du côté ouest. Sa portion nord a été déplacée, pour ne pas affecter l’approvisionnement en eau de la ville de Bismarck, vers les sources d’eau de Standing Rock. Pas de chance pour les Lakota.
Malgré les recours juridiques et réglementaires de ces derniers, la construction du Dakota Access Pipeline a commencé en mai 2016. S’il est achevé, cet oléoduc sinuera à travers le Dakota du Sud et du Nord, l’Iowa et l’Illinois, où il fera sa jonction avec un autre oléoduc, long de 1200 kilomètres, jusqu’à Nederland, au Texas.

4 juil. 2015

L'empire esclavagiste US

Chris Hedges nous emmène en prison aux États-Unis (ici, en anglais). Les conditions de détention y sont épouvantables. Les conditions de travail aussi.

Extraits et traduction (nous nous concentrons sur les conditions de travail même si l'article a un intérêt plus large pour qui s'intéresse aux conditions de détention outre-Atlantique).

Les trois prisonniers qui ont mené des mouvements de blocage dans les prisons de l'Alabama en janvier 2014 ont passé les 18 derniers mois en cellules d'isolement. Les autorités échaudées par les mouvements qui ont traversé trois prisons de l'état et par les vidéos et les images qui ont circulé témoignant des abus diffusées sur la toile ont déclaré que les trois hommes resteraient indifiniment en cellule d'isolement. Les prisonniers grévistes ne peuvent avoir accès à la télévision ou à la lecture. Ils passent au moins trois jours par semaine sans pouvoir quitter leur minuscule cellule. Ils mangent leur viande assis sur leur toilette métallique. Ils ne peuvent se doucher que tous les deux jours malgré des températures dépassant régulièrement les 30°C.

Les hommes sont devenus les symboles d'un mouvement de résistance croissant au sein des prisons états-uniennes. Les arrêts de travail des prisonniers et leur refus de coopérer avec les autorités en Alabama sont inspirés des actions qui ont secoué le système carcéral de l'État de Géorgie en décembre 2010. Les meneurs de grève expliquent que c'est la seule marge de manœuvre qui reste aux 2,3 millions de prisonniers aux États-Unis. En refusant de travailler - une tactique qui contraindrait les autorités pénitentiaires à des embauches compensatoires ou à une augmentation de salaire des prisonniers pour qu'ils retournent travailler - le néo-esclavage qui caractérise le système carcéral peut être cassé. Les prisonniers s'organisent actuellement en Arizona, en Californie, en Floride, en Illinois, en Ohio, en Pennsylvanie, au Mississippi, au Texas, en Virginie et à Washington.

"Nous devons bloquer les prisons", Council, connu sous le nom de Kinetic, l'un des fondeurs du Free Alabama Movement, me parle au téléphone. Il est en prison depuis 21 ans, condamné à perpétuité incompressible. "Nous n'allons plus travailler gratuitement. Tout le travail dans les prisons, depuis le nettoyage jusqu'à la tonte en passant par le travail en cuisine est presté par des prisonniers. [Presque aucun prisonnier] en Alabama n'est payé. Sans nous, les prisons qui sont des empires esclavagistes, ne peuvent fonctionner. Les prisons en même temps nous facturent une série de frais, comme ceux de nos cartes d'identification ou les menottes et nous infligent de nombreuses amendes, notamment pour recel de contrebande. Ils nous font payer le prix fort pour le téléphone et l'intendance. Les prisons prennent chaque année de plus en plus d'argent aux prisonniers et à leurs familles. L'État nous prend des millions de dollars de travail gratuit et nous impose des frais et des amendes. Il y a des frères qui travaillent en cuisine 12 à 15 heures par jour depuis des années sans avoir jamais été payé."

"Nous ne croyons pas dans le processus politique", dit Ray, condamné à la perpétuité incompressible. "Nous ne cherchons pas de politicien qui réforme la loi. Nous ne donnons plus d'argent aux avocats. Nous ne croyons pas dans la justice. Nous ne comptons que sur les mouvements à l'intérieur et à l'extérieur des prisons et à la dénonciation des entreprises qui exploitent le travail carcéral et financent les autoroutes écoles-prison. Nous avons boycotté McDonald's la première fois. McDonald's utilise des prisonniers pour transformer le bœuf dans les boulettes et pour emballer le pain, le lait et les poulets. Nous avons appelé une campagne de boycott nationale contre McDonald's. Nous avons identifié cette entreprise pour dénoncer toutes les autres. Il y a trop d'entreprises qui exploitent le travail en prison pour essayer de les serrer toutes ensemble".

"Nous n'allons pas appeler à des manifestations devant les sièges de parlement", continue Ray. "Les assemblées appartiennent aux entreprises. Aller là la bouche en cœur ne nous aidera pas. Ces politiciens y sont pour l'argent. Si vous combattez l'incarcération de masse, les gens incarcérés ne sont pas à l'assemblée d'État. Ils ne sont pas dans les parcs. Ils sont en prison. Si vous voulez combattre pour les gens en prison, il faut se joindre à eux en prison. La panacée pour combattre le système carcéral, cette empire de 500 milliards de dollars, est la grève de travail. Et nous avons besoin de gens qui viennent dans les prisons pour que les gars à l'intérieur reçoivent du soutien de l'extérieur pour fermer les prisons. Dès que nous recommençons à travailler, les prisons redeviennent des endroits de correction et de réhabilitation plutôt que des sources de profit pour des grosses boîtes."

Les trois prisonniers ont déclaré que, tant que le complexe carcéro-industriel ne serait pas démantelé, il n'y aurait pas de réforme de la prison. "Avoir un président noir ne veut rien dire" ajoute Ray. "Les politiciens qui orchestrent ce système sont soit directement impliqués comme hommes d'affaire - beaucoup d'entre eux sont millionnaires ou même milliardaires - ou sont contrôlés par des millionnaires ou milliardaires. Nous ne sommes pas aveuglés par les titres officiels. Nous regardons ce qui se passe derrière la scène. Nous avons remarqué un effort coordonné des frères Koch, de l'ALEC (American Legislative Exchange Council) et des comités d'action politique qui voient dans les prisons de bonnes affaires. Leur but est d'augmenter les gains. Une fois que vous regardez les choses comme ça, cela n'a pas d'importance d'avoir un président noir ou blanc. C'est pourquoi les politiques n'ont pas changé. Les lois, telles les condamnations incompressibles ont été mises en place par les gros industriels pour avoir accès à de la main-d’œuvre bon marché. Les lois anti-terroristes ont été passées pour fermer l'accès à la justice pour que les gens restent plus longtemps en prison. De gros industriels financent les campagnes électorales. De gros industriels écrivent les lois et les législations. Et Obama prend de l'argent de ces gens. Il est aussi dévoué à ce système qu'ils le sont."

Dans les prisons d'Alabama, comme dans presque toutes les infrastructures de ce genre à travers les États-Unis, les prisonniers font presque tous les métiers, notamment la cuisine, le nettoyage, l'entretien, la lessive et même la barbe du personnel. Dans la prison St. Clair, il y a aussi une usine chimique, une compagnie d'ameublement et un garage pour véhicules de l'État. D'autres prisons de l'Alabama comprennent des imprimeries ou des centres de recyclage, on y fait des plaques d'immatriculation, des sommiers métalliques, on y exploite des carrières de sable et des fermes piscicoles. Seuls quelques centaines des 26.200 prisonniers d'Alabama - les prisons sont prévues pour 13.130 personnes - sont payés au travail; ils gagnent 17 à 71 cents de l'heure (13 à 60 centimes d'euro). Les autres sont des esclaves.

(...)

31 mars 2014

Autogestion

Basta nous emmène dans une usine de fenêtres mise en faillite par des propriétaires lucratifs et ... rachetée par ses ouvriers dans l'article ici.

Tous nos vœux de réussite à ceux qui ont remarqué qu'ils n'avaient pas besoin d'actionnaires pour produire et tous nos espoirs que cette forme de vie ne soit pas rongée par la concurrence.

Extrait

Un droit de préemption sur les machines de l’entreprise est d’abord négocié. Serious Energy accepte de les céder. Le 30 mai 2012, 22 ex-salariés de Serious Energy se constituent en coopérative et offrent à Serious Energy de racheter la société pour 1,2 million de dollars. Ils décident l’égalité de salaire dans la future entreprise, qu’ils nomment New Era Windows (« Fenêtres Nouvelle ère »). Ils s’attribuent un droit de vote égal dans les prises de décision, et s’engagent à verser chacun et chacune 1 000 dollars au capital de la société. 500 000 dollars sont apportés par The Working World.
Avec l’aide du Center for Workplace Democracy, une association de soutien au mouvement coopératif basée à Chicago, une formation à la gestion d’entreprise est dispensée aux coopérants. Les travailleurs organisent le déménagement du site de production à Chicago, ce qui permet d’économiser d’importants frais de loyer. A terme, ce sont 80 salariés qui doivent rejoindre la coopérative. « Nous avons décidé de faire la coopérative parce que nous sommes fatigués que notre vie soit entre les mains de quelqu’un d’autre », explique Melvin "Ricky" Maclin, qui popularise dans différentes villes du pays le projet de New Era Windows et encourage d’autres travailleurs à faire de même.

26 oct. 2013

Mother Jones et le jour des mineurs (de charbon)

Le treize octobre, c'est le jour des mineurs de charbon aux États-Unis. L'occasion de se souvenir de cette grande figure qu'est Mother Jones l'ange des mineurs. Le douze octobre 1898 marque la grève des mineurs contre les barons-voleurs du charbon en Illinois. À la fin du jour, sept mineurs n'étaient plus mais les barons étaient arrêtés.

La marche des Mineurs, 1897. Les mineurs de l'Illinois ont perfectionné la méthode de la grève du piétinement où les mineurs marchaient de ville en ville, au détriment de la mine, et appelaient leurs frères à laisser tomber leurs outils et à quitter la mine.


Malheureusement, comme le rappelle cet article, les mineurs ont, aujourd'hui encore, maille à partir avec des propriétaires criminels.

Florilège:

Aujourd'hui, les barons-voleurs renouent avec les pratiques d'antant. Le groupe International Coal Group - responsable de la tragédie de Sago (en anglais) - s'est rendu coupable de 20.000 empoisonnements d'eau potable.

Dans l'Ohio, des boues de Murray Energy continuent de se déverser et de tuer toute vie marine.

Peabody, après avoir chassé des milliers d'Indiens en Arizona, pille la Mongolie.

Il faut savoir que le charbon demeure une des sources d'électricité les plus prisée aux États-Unis (comme en Chine, d'ailleurs).