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5 mai 2014

Bilan de l'agriculture industrielle

La catastrophe que subit la communauté indigène est une conséquence directe du démembrement rapide et violent des institutions fondamentales […] disloquées par le fait même qu’une économie de marché est imposée à une communauté organisée de manière complètement différente. Le travail et la terre deviennent des marchandises […] Dans la seconde moitié du 19e, les masses indiennes ne sont pas mortes de faim parce qu’elles étaient exploitées par le Lancashire (Angleterre), elles ont péri en grand nombre parce que les communautés villageoises avaient été détruites.

K. Polanyi, La Grande transformation


Nicolas Sersiron fait le bilan de l'agriculture industrielle dans un excellent article très documenté publié sur le site du CADTM (et à lire) ici.

Voici en résumé quelques points abordés:

- Cette agriculture cherche le profit des propriétaires terriens lucratifs.

- Elle accapare les terres et les ressources naturelles (eau, pétrole) au détriment des besoins vivriers.

- Les intrants sont des perturbateurs endocriniens qui menacent la santé.

- Les pratiques agricoles industrielles stérilisent les sols.

- Les rendements industriels sont à peine supérieurs aux rendements de l'agriculture biologique, eux-mêmes six fois supérieurs aux rendements agricoles du début du XXe siècle.

- Dans les Pays en Développement, la libéralisation de l'agriculture a été une catastrophe pour les paysans locaux soumis à une concurrence déloyale (dans le Nord, les rendements sont supérieurs du fait du climat, de la taille des exploitations et l'agriculture est abondamment subsidiée par la PAC, par exemple, ce qui permet d'exporter les produits agricoles en dessous de leur prix de reviens).

- Les dettes honteuses empêchent une politique de redistribution des terres volontariste comme en RDC ou au Brésil.

 - Des techniques agricoles écologiques, sans mécanisation existent, telles le SRI (système de riziculture intensive) créé à Madagascar mais sont rarement appliquées faute d'investissement des autorités et de formation.

- Près de trois milliards d'humains sont insuffisamment nourris pour avoir une vie active alors qu'on évalue les capacités nourricières agricoles mondiales à douze milliards d'individus.

- L'agriculture familiale nourrit encore environ 80% des humains.

- L'agriculture chinoise qui assimilait le carbone depuis 5000 ans est devenue une source de pollution.

- L'agro-industrie crée les OGM, elle pollue avec les nitrates et les pesticides.

- Avec l'accroissement de la taille des exploitations, les agriculteurs indépendants deviennent des employés (et, pour une minorité, des employeurs). Au total, la main d’œuvre utilisée diminue, ce qui précipite des millions de personnes dans le chômage.

- La spéculation, la fragilité des techniques industrielles aux aléas climatiques et les sirènes des agrocarburants rendent les prix alimentaires extrêmement volatiles, ce qui menace la sécurité alimentaire des plus pauvres.

- L'agriculture industrielle est extrêmement polluante et participe de manière décisive à la production de gaz à effet de serre. Le réchauffement climatique auquel elle contribue affecte tout le monde.

10 avr. 2014

Les petites mains des bases de l'oncle Sam

Le Grand Soir (ici) nous parle des conditions de travail des ouvriers occupés aux tâches de soutien pour l'armée américaine sur ses nombreuses bases militaires de par le monde.

Extrait

Le New-York Times a ébruité l’affaire il y a quelques jours : quelque 37.000 travailleurs, pour la plupart originaires d’Inde, du Népal, des Philippines et de l’Ouganda, sont employés par l’armée américaine pour des tâches de soutien (préparation des repas, triage des déchets, lessives, etc.). Ils travaillent beaucoup (jusqu’à douze heures par jour), bénéficient de très peu de jours de congé et sont rétribués une misère (150 à 500 dollars mensuels). Dans le même temps et pour des tâches similaires, les employés étasuniens relevant du département de la défense sont payés jusqu’à 67.000 dollars par an pour les meilleurs avec des journées n’excédant pas dix heures de travail.
L’armée a depuis longtemps eu recours au recrutement d’étrangers dans ses missions de soutien pour des raisons économiques évidentes. Ces pratiques qui peuvent ressembler à un trafic d’êtres humains ont littéralement éclaté lors de la guerre en Irak, lorsque les affaires entre les principales entreprises d’ingénierie (parmi lesquelles Fluor Corporation et KBR) et le département de la défense des États-Unis battaient leur plein. Nombre de scandales ont éclaté, et l’Union américaine pour les libertés civiles (American Civil Liberties Union) a d’ailleurs publié en 2012 un rapport intitulé « les Victimes de complaisance » répertoriant tous les abus que pouvaient subir les travailleurs migrants sur les bases militaires étasuniennes.

18 nov. 2013

Les pays en développement étendent leur sécurité sociale

selon l'article en lien ci-dessous et, du coup, sont en pleine croissance économique.

Ce sont des pays comme la Chine ou le Brésil qui investissent dans la sécurité sociale. Ils ne considèrent pas leur population, leurs travailleurs comme des coûts mais comme des investissements, comme de la richesse économique.

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/11/15/les-pays-en-developpement-cherchent-a-etendre-leurs-systemes-de-protection-sociale_3514299_3244.html

Si tout n'est pas à garder dans ces pays, le lien entre croissance, éveil écologique et augmentation de l'investissement dans la sécurité sociale doit y être souligné et nous rappeler l'équation des trente glorieuses en Europe ou aux Etats-Unis, une époque décidément révolue à l'heure où ces pays sombrent dans la stigmatisation des travailleurs, des chômeurs, des personnes âgées, de la sécurité sociale et dans la misère, la crise qui les accompagnent.

Et si la crise que nous connaissons au Nord, et si la croissance économique qu'ils connaissent là-bas étaient liés à l'investissement dans l'humain, dans la sécurité sociale?