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10 juin 2015

Les forages pétroliers dans l'Adriatique

Basta fait un tour exhaustif des pays susceptibles de développer l'extraction pétrolière off-shore dans l'Adriatique (ici, en français). Les écologistes et le secteur touristique font bien sûr la grimace mais que les Italiens menacés par des marées noires se rassurent: le pétrole fait de l'emploi.

Extrait
Le gouvernement croate rêve de voir le pays devenir un nouvel Eldorado gazier et pétrolier. Le 2 janvier, il a dévoilé la liste des compagnies qui pourront explorer durant cinq ans les fonds marins de l’Adriatique à la recherche de gaz et de pétrole : le croate INA, l’autrichien OMV, l’américain Marathon Oil, l’italien ENI et le britannique Med-Oil-Gas. Dix zones de 1000 à 1600 km² ont été attribuées le long des côtes, à seulement dix kilomètres du continent et à six kilomètres des îles. « Pourquoi a-t-on autorisé une exploration si près des îles, qui ont toutes un environnement particulièrement fragile ? Personne ne le comprend », s’indigne Dušica Radojčić [présidente de l’organisation écologiste Zelena Istra (« Istrie verte »)].

Le Monténégro, futur « Koweït des Balkans »

L’existence de gisements de carburants fossiles est connue de longue date dans la région. L’Italie et la Yougoslavie ont commencé à exploiter le gaz naturel du nord de l’Adriatique dès les années 1960, et quinze plateformes gazières sont toujours en exploitation au large de l’Istrie, à une quarantaine de miles au sud-ouest de Pula. Plus au sud, le plateau continental recèlerait également du pétrole, au large de Dubrovnik, tout près des parcs naturels des îles de Mljet et de Lastovo.
La bouche de Kotor (Monténégro)
JPEG - 629.9 koLes voisins de la Croatie ne sont d’ailleurs pas en reste. Le gouvernement monténégrin, bien décidé à lancer la prospection, avance depuis plusieurs années la présence d’importants gisements pétroliers en face de la péninsule de Prevlaka et de la Bouche de Kotor. Il serait question de réserves de l’ordre de sept milliards de barils, mais les conditions d’exploitation n’ont jamais été précisées. Les autorités de Podgorica rêvent elles aussi de voir leur pays, rongé par la corruption, devenir un « Koweït balkanique ». Problème : selon la Constitution adoptée en 2007, le Monténégro est officiellement devenu « un État écologique ». Un argument de poids pour les écologistes, fermement opposés à la reprise des forages à proximité des côtes. « Pouvez-vous imaginer l’impact sur le tourisme et ce que nous appelons ’notre beauté sauvage’ ? », fulmine Nataša Kovačević, coordinatrice de l’ONG Green Home.

Avantages fiscaux en Albanie

En Albanie, on s’intéresse également à la manne pétrolière depuis plusieurs décennies. Le champ de Patos-Marinza, au sud du pays, est d’ailleurs le site on-shore le plus important du continent européen, même si, depuis la fin du communisme, la plupart des derricks s’écoulent dans la montagne. Quant à la raffinerie de Ballsh, elle est connue comme un haut lieu de trafic de brut. C’est par elle que transitait, dans les années 1990, une bonne part des carburants vendus par l’Irak dans le cadre du programme « pétrole contre nourriture », ainsi que l’essence destinée à la Serbie, alors frappée par un embargo international. Plus récemment, en juin 2012, l’Albanie a accordé à la société Emanuelle Adriatic Energy Ltd., enregistrée à Chypre et filiale de l’israélienne ILDC, une concession de recherche et d’exploitation des hydrocarbures sur une large zone de 5070 km² dans partie sud de l’Adriatique, malgré le conflit qui l’oppose à la Grèce dans la délimitation de ses eaux territoriales.
Voilà qui n’a pas pas empêché le Premier ministre Edi Rama d’annoncer début mars l’ouverture « d’un nouveau chapitre de l’histoire de la gazéification de l’Albanie ». Une phase d’exploration va commencer dans 13 zones déjà identifiées. Pour inciter les compagnies étrangères à s’installer, Tirana a consenti toute une série d’avantages sonnants et trébuchants : exonération totale de TVA pendant la phase d’exploration et durée de concessions allongées à 30 ans pour l’exploitation. Les sommes mobilisées dans les hydrocarbures représenteraient 40% du total des investissements étrangers et, selon les estimations des experts locaux, les réserves albanaises en pétrole et gaz s’élèveraient à 400 millions de tonnes.

Pas d’étude d’impact environnemental en Croatie

JPEG - 976 koC’est cependant en Croatie que les projets sont le plus avancés, malgré la ferme opposition des défenseurs de l’environnement. « Nous rejetons ces projets pour des questions de sécurité : des accidents sont toujours possibles et ils pourraient avoir des conséquences dramatiques pour le milieu naturel. Une exploitation ’normale’, même sans accident, entraine déjà des nuisances visuelles et un certain niveau de pollution. Or il ne faut pas oublier que l’Adriatique est une mer fermée », explique Bernard Ivčić, de l’ONG Zelena Akija de Zagreb, qui a créé un réseau d’organisations réunies sous le label « SOS pour l’Adriatique ». « En Croatie, aucune étude d’impact environnemental n’a été menée, elle sera à la charge des entreprises concessionnaires, qui minimiseront bien sûr les risques », souligne-t-il.
La ville et la baie de Pula (Croatie)
La dynamique des courants marins est bien connue en Adriatique : ils remontent le long de la côte orientale pour redescendre la rive italienne, chargés de la pollution des grandes villes du nord – Rijeka en Croatie, Trieste et Venise en Italie – et des industries de la plaine du Pô. Pour l’instant, malgré l’incurie environnementale, la quasi-absence de traitements des déchets et les fréquents dégazages, les eaux albanaises, monténégrines et croates restent relativement propres. Néanmoins, la moindre pollution survenant en Adriatique-sud affecterait immédiatement l’ensemble des îles dalmates, l’Istrie et le golfe de Venise.

6 avr. 2015

Boum

Vous voulez
que les champs près de chez vous explosent?
que les nappes phréatiques soient durablement rendues impropres à la consommation?
vous voulez partir de chez vous avec votre famille, vos voisins, votre village en toute hâte?

Nous avons trouvé la solution dans cet article du Courrier des Balkans (ici)

Extrait
Le 1er avril au matin, le gouvernement albanais a ordonné l’évacuation du village de Marinza, près de la ville de Fier, suite à plusieurs explosions sur un champ pétrolifère du sud du pays. L’accident a eu lieu lors du processus d’extraction du gaz et du pétrole de schiste, qui nécessite l’injection à haute pression de grandes quantités d’eau et de produits chimiques dans la pierre.

Des explosions périodiques, ainsi que de petits tremblements de terre et la pollution des nappes phréatiques, ont déjà poussé la population locale à manifester à plusieurs reprises. La compagnie Bankers Petroleum, qui exploite la concession du champ pétrolifère Patos-Marinza, le gisement de pétrole terrestre le plus important d’Europe, a elle-même confirmé la nouvelle de l’accident, bien qu’elle ait pour l’instant toujours nié sa responsabilité dans les problèmes locaux. 

La compagnie Bankers, enregistrée au Canada, a obtenu cette concession en 2004, avant d’élargir son contrôle au champ de Kuçova, le deuxième plus grand gisement de pétrole albanais. La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a en 2009 accordé à la compagnie un crédit à hauteur de 110 millions d’euros, qui a par la suite été rehaussé à 200 millions d’euros, le délai de remboursement étant repoussé à 2020.

11 mars 2015

Un enfer employiste relooké

L'Albanie est un de ces pays où les ressources naturelles sont abondantes, le climat paradisiaque (il y pleut et il y a du soleil), et la population condamnée à l'inaction du fait de l'organisation économique.

Nous l'avons dit, de notre point de vue le chômage est l'autre face de l'emploi, la surproduction, l'inactivité et la pauvreté sont l'autre face de la propriété lucrative. Le fait que les producteurs fuient en masse un pays béni des dieux ne fait que confirmer ce pronostique. Qu'on en juge: en Albanie, il y la montagne et la mer, il y a des ressources agricoles importante, un climat très sain ... mais il y a une population qui s'ennuie, assommée de pauvreté dans ce jardin d'Éden.

Alors que l'économie mondiale est en surproduction, les bénédictions naturelles du pays sont autant de malédictions. Bien sûr, là comme ailleurs, l'option salariale (et l'abolition de l'emploi) s'impose pour dépasser et la surproduction et le chômage de masse.

Mais les médias italiens ont donné de ce pays une image très ... enjolivée. Voici la réaction de Fatos Lubonja traduit par le Courrier des Balkans (ici, en français).
Alors que le pays se trouve dans un des plus violents bourbiers de son histoire (à cause des graves abus perpétrés au cours des deux dernières décennies sur son territoire), alors que la criminalité progresse jusque dans l’entourage de ministres, alors que la crise économique nous touche encore plus que nos voisins italiens et grecs, alors que les Albanais fuient le pays à un rythme accéléré dont personne n’a conscience puisque l’on ne parle plus de ce phénomène depuis des années, nos médias s’exaltent sur un article de Roberto Saviano, publié dans l’Espresso, intitulé « Ce n’est plus l’Albanie de la soumission », où l’auteur de Gomorra explique l’attrait d’une Albanie qu’on ne fuit plus, mais qu’on se languit de découvrir ou de retrouver, Italiens comme Albanais.
Ce qui m’étonne encore plus c’est l’enthousiasme d’Albanais, si fiers et si heureux, du moins sur les réseaux sociaux, de constater de si bons échos de notre pays à l’étranger, d’être si dignement représentés par leur Premier ministre. Pourtant ce sont les même qui se persuadent de la réalité de ce mirage et qui se plaignant sans arrêt de la situation du pays. C’est de cette schizophrénie dont je parlais. Elle est inhérente à l’être humain, en ce sens que nous sommes contraints de vivre de multiples contradictions, entre le réel et l’idéal, nos désirs illimités et les frontières de leur réalisation. Si le bon sens, l’instruction et l’éducation, la politique et le journalisme, nous guident vers la clairvoyance, je constate l’essor d’une culture perverse dans des pratiques politiques et journalistiques qui tendent à mésuser de ces contradictions humaines.
La politique albanaise cherche à manipuler les citoyens à travers les médias internationaux, en exploitant les faiblesses de ceux qui ont besoin de complaisance, qui souffrent d’un complexe d’infériorité, et en cherchent l’atténuation dans l’attention des étrangers. Cette réalité embellie est présentée comme une sorte de paradis pour attirer le chaland. En parallèle, ces articles et ces reportages deviennent un miroir où les spectateurs peuvent se complaire. On veut aussi surtout légitimer le pouvoir des régisseurs de ce paradis qui n’est rien qu’un enfer. En cet état des choses, ceux qui ne peuvent pas compter sur leur pensée autonome sont hypnotisés par l’autorité étrangère et, bien qu’ils aient conscience du paradoxe que représente leur pays, ils ne parviennent plus à trouver le juste milieu et remonter à l’origine du chef d’orchestre.

18 févr. 2015

Inventaire

Arlind Qori fait l'inventaire des politiques employistes de guerre aux salaires, de privatisation en Albanie. Elles ne semblent pas l'avoir convaincu.

Nous non plus d'ailleurs.

Extraits de la traduction de l'article traduit et mis en ligne par le Courrier des Balkans (ici, en français)
Depuis 25 ans, tout est à vendre. Tous les gouvernements qui se sont succédé en Albanie ont appliqué les mêmes recettes néo-libérales. Résultat : un quart des Albanais se sont expatriés, et le chômage touche 40% des actifs. Jusqu’à présent, les privatisations permettaient de rentrer du cash pour payer les retraites, garantir des services publics minimaux et acheter la paix sociale. Sauf que maintenant, presque tout est vendu... 
Le processus de privatisation en Albanie a commencé dès les derniers jours du régime communiste, qui a tenté en 1991, au nom de la libéralisation, de créer une sorte de système économique hybride dans lequel les entreprises publiques et privées étaient censées coexister dans un environnement compétitif. Ironiquement, cette tentative a été mise à mal par la résistance « anti-communiste » de la classe ouvrière, alors menée par le tout nouveau Parti démocratique (PD), situé à droite de l’échiquier politique. Leur « rêve utopique » était que, suite à des élections pluripartites, les ouvriers deviennent copropriétaires des entreprises, et qu’une sorte de paradis sur terre sponsorisé par les donateurs internationaux vienne remplacer le gérontocratique système socialiste albanais.
 
L’histoire en a décidé autrement. Suite à la désagrégation du système, la classe ouvrière s’est retrouvée désorganisée et démobilisée, et ses anciens alliés, arrivés au pouvoir, ont initié un processus de privatisation généralisé et ininterrompu qui se poursuit jusqu’à nos jours. 
Durant la première période de mise en place du nouveau système, de 1992 à 1997, le processus de démantèlement de l’industrie et les privatisations menèrent à des licenciements de masse, à la chute accélérée de la production industrielle et à la fermeture de nombreuses usines. Il y eut également des tentatives de formation d’une sorte de capitalisme « démocratique », surtout dans les zones rurales (où vivaient à l’époque 60% de la population, contre 46% aujourd’hui), où la terre fut divisée en parcelles égales. Cela entraîna certes une chute importante de la production agricole, mais permit aussi de créer un certain rempart social contre l’extrême pauvreté : les ouvriers appauvris et au chômage pouvaient au moins produire leur propre nourriture, ce qui était une condition nécessaire à la survie du système. Parallèlement, les villageois mécontents pouvaient toujours fuir pour louer leurs bras en Grèce ou en Italie.

(...)

De fait, la dette souveraine totale de l’Albanie a doublé au cours des dix dernières années, pour atteindre aujourd’hui 62,2 % du PIB. D’aucuns ne trouveront pas ce chiffre particulièrement impressionnant, en comparaison avec les dettes souveraines de pays tels que la Grèce et l’Italie. Mais il convient de rappeler qu’en 1991, à l’arrivée du capitalisme, l’Albanie, à la différence d’autres pays socialistes tels que la Yougoslavie et la Roumanie, n’avait aucune dette extérieure vu que sa Constitution interdisait les emprunts étrangers.
D’autre part, l’affirmation selon laquelle la privatisation des services publics allait faire baisser la corruption, dans un pays où ce fléau est perçu comme omniprésent, n’était rien d’autre qu’une astuce de communication. Qui aurait pu s’attendre à ce que des gouvernements notoirement corrompus mènent les privatisations en toute intégrité ? L’un des échecs les plus flagrants a été la privatisation de la compagnie de distribution d’électricité KESH, qui, au lieu d’améliorer la situation financière de l’entreprise, l’a aggravée, si bien que cette même entreprise, aujourd’hui à nouveau publique, se voit contrainte d’augmenter ses prix afin de pouvoir fonctionner normalement. Quant au secteur minier, les investisseurs étrangers y ont licencié à tout va et laissé derrière eux une industrie si exsangue qu’il est quasiment impossible d’y investir à nouveau.
Aujourd’hui, il reste si peu de secteurs à privatiser que le gouvernement ne peut plus compter sur les revenus de ces privatisations pour garantir la stabilité de ses finances et la fragile paix sociale. Outre la disparition de ces ressources, il devra se confronter à un faible niveau d’activité économique, un taux de chômage élevé, de faibles rentrées fiscales (le taux maximal de l’impôt sur le revenu est de 15%) et une diminution des mandats de la main d’œuvre émigrée. La privatisation permanente a une fin. Reste à voir comment, dans cette situation, se positionneront politiquement la classe dirigeante et ceux qui ont dans ce processus quasiment tout perdu.

12 janv. 2015

Privatisation de l'électricité

En Albanie, sous la pression de la très employiste, de la très austère, de la très monétariste Europe, l'électricité a été privatisée. Dans ce pays où la situation sociale est épouvantable (chômage massif, salaires faméliques), la privatisation de l'électricité a aggravé la situation des plus pauvres. Chloé Bilon traduit l'article d'Arlind Qori dans le Courrier des Balkans fait l'inventaire des dégâts (ici, en français).

Extrait
La privatisation des fournisseurs d’électricité en Albanie a eu des conséquences catastrophiques, aussi bien pour les consommateurs que pour le réseau de distribution. Aujourd’hui, ce sont surtout les clients résidentiels, déjà précaires, qui paient le prix de ces erreurs et doivent de plus en plus souvent vivre sans accès à l’électricité.

Une large majorité des foyers albanais est, pour son approvisionnement en électricité, dépendante d’une entreprise autrefois publique ayant subi un processus de néo-libéralisation. Au cours des différentes phases du processus de privatisation et d’adaptation du secteur électrique, l’entreprise a tout d’abord été divisée en deux, avant de voir en 2009 sa branche la plus importante de distribution d’énergie racheté par l’entreprise tchèque České Energetické Závody (ČEZ).
Cette privatisation avait été planifiée au niveau politique afin de coïncider avec la présidence tchèque de l’UE. Le gouvernement albanais de centre-droit de l’époque a utilisé l’aspiration de l’Albanie au statut de candidat à l’adhésion à l’UE comme argument de propagande en vue des élections parlementaires, et le Premier ministre Sali Berisha a directement déposé cette candidature auprès du Premier ministre tchèque, dont on supposait qu’il avait une influence sur ČEZ et sur la privatisation.
D’un point de vue idéologique, la privatisation du secteur de la distribution d’énergie et le dépôt d’une candidature auprès de l’UE étaient considérés comme des avancées supplémentaires vers l’objectif national ultime : l’intégration à l’UE et les réformes structurelles, telles la privatisation, exigées par Bruxelles.
Aggravation de la crise énergétique
Cependant, la privatisation du secteur de la distribution d’énergie non seulement n’a pas amélioré la qualité de l’alimentation de la population en électricité, mais elle n’a fait qu’aggraver la crise énergétique déjà existante.
La mauvaise gestion, le coût des services trop élevé pour les citoyens, les malversations, l’augmentation des dettes et les pertes techniques lors du transport de l’électricité ont bien failli mener le système à sa perte. Ce qui a contraint le gouvernement de centre-droit à renationaliser le secteur de la distribution d’énergie. Le différend juridique entre ČEZ et le gouvernement albanais s’est conclu par un accord selon lequel ce dernier était redevable à ČEZ de l’intégralité de la somme contre laquelle il avait vendu la branche cinq ans auparavant (autour de 100 millions d’euros).
Autrement dit, ČEZ conservait tous les bénéfices engrangés et, pire encore, c’était à l’entreprise publique tout juste créée (OSSHE) de rembourser les dettes accumulées par le fournisseur quand il appartenait à ČEZ. Ce différend fut réglé peu de temps avant que l’UE ne rende sa décision d’accepter la candidature de l’Albanie au statut d’État membre – on craignait en effet que, faute d’accord à propos du fournisseur d’électricité, la République tchèque ne décide d’utiliser son veto contre l’Albanie.
Une restructuration aux frais des plus défavorisés
Sous la pression des recommandations et conditions émises par la Banque Mondiale, l’actuel gouvernement de centre-gauche a pris la décision de restructurer le secteur de l’énergie afin de réduire les pertes. Comment réaliser ces économies ?
Au lieu de diminuer les dépenses techniques liées au circuit de distribution, il a été décidé d’augmenter les prix de l’électricité de quasiment 30 %. Les négociations à ce sujet sont encore en cours, mais l’agence gouvernementale ayant la compétence légale de proposer un nouveau prix a précisément évoqué une telle augmentation.
D’autre part, la nouvelle grille tarifaire de facturation de la consommation d’électricité ne fera qu’aggraver la discrimination économique : selon ce nouveau système, ceux qui dépensent le moins d’énergie (en général les foyers les plus défavorisés) paieront plus cher le kilowatt/heure, alors que ceux qui dépensent davantage d’énergie (en général les foyers les plus aisés) bénéficieront d’un tarif préférentiel.
Coupures d’électricité pour les mauvais payeurs
Et ce n’est pas tout. Au cours des dernières semaines, le gouvernement albanais, son agence pour l’énergie électrique et la police ont massivement commencé à couper l’électricité à ceux qui n’avaient pas payé leurs factures.
Le nombre de consommateurs n’ayant pas effectué ce règlement ou l’ayant remis à plus tard est estimé à environ 20 %, et la grande majorité d’entre eux sont des familles défavorisées, des chômeurs, des bénéficiaires des allocations sociales, des travailleurs précaires, etc. Ainsi, à Kukës, dans la région la plus pauvre de l’Albanie, seuls 4 % des consommateurs sont parvenus à payer leurs factures. Ce brutal renforcement de la lutte des classes a contraint un grand nombre de personnes à vivre non seulement dans la pauvreté mais également dans le noir complet, et des quartiers entiers ont ainsi été précipités dans une ère pré-industrielle.
Rappelons le contexte général : en Albanie, le taux de chômage réel est estimé à plus de 30 % (malgré les estimations inférieures du gouvernement), et la diminution importante des sommes envoyées par les travailleurs albanais immigrés en Grèce et en Italie a aggravé la situation économique des foyers déjà défavorisés et précipité dans la pauvreté encore davantage de citoyens.
Attaque contre les pauvres
Dans ces circonstances, dans lesquelles trouver un emploi relève du privilège (et ce même s’il est payé un salaire de misère et ne respecte aucunement le droit des travailleurs), cette attaque du gouvernement contre les pauvres ne fait qu’empirer leur situation sociale.
Les journaux rapportent que les enfants défavorisés font leurs devoirs à la lumière des bougies et enroulés dans des couvertures alors que les températures sont hivernales. Pire encore, chaque tentative d’un particulier, surtout s’il est pauvre, de se raccorder clandestinement au système d’alimentation en électricité – quand elle ne se termine pas en accident mortel pour l’individu ayant tenté de manier des câbles électriques – est considérée comme un délit et fait à ce titre l’objet d’une procédure judiciaire, et les nombreux cas de miséreux ayant ainsi fini en prison servent la propagande du gouvernement, qui espère ainsi contraindre les autres à payer leurs factures. La police n’a ainsi pas hésité à arrêter en public une jeune mère sans emploi et sa fille de cinq ans.
Sur le plan idéologique, le gouvernement s’efforce de réduire les pauvres au silence et de criminaliser ceux qui ne paient pas leurs factures, plus particulièrement ceux qui « volent » l’énergie, et de se présenter, à l’opposé, comme le porte-parole de l’honnête majorité. Il essaie ainsi de dissimuler les conflits de classe et la responsabilité du gouvernement dans l’effondrement du système, et de désigner comme problème principal les citoyens « parasites ».

18 oct. 2014

Used in Europe (1)

Used In Europe sort un atlas interactif d'Europe ici, sur la violation des droits du travail sur le vieux Continent, en anglais.

Albanie
Trafic humain et exploitation sexuelle - surtout avec des Philippines.

Arménie
Crise économique majeure, exploitation. Trafic humain pour exploitation sexuelle et travail forcé.

Autriche
Pays prospère dans lequel la main d’œuvre immigrée est soumise à toute sorte d'esclavage et de trafic humain

Bosnie-Herzégovine
Trafic, arnaque par les employeurs

Bulgarie
Exploitation dans l'industrie du sexe et dans le textile

Espagne
Exploitation dans la construction et l'agriculture - salaires dérisoires et violence

Grèce
Trafic dans l'industrie du sexe et dans l'agriculture

Hongrie
Les Hongrois sont victimes du trafic humain de l'industrie du sexe, de l'agriculture aux Pays-Bas. Le gouvernement ne participe pas à la lutte contre l'exploitation et le trafic d'êtres humains.

Monténégro
Mendicité forcée pour les mineurs

Portugal
Trafic d'êtres humains et travail forcé dans l'agriculture et dans le travail domestique

Roumanie
Travail forcé dans la construction, sans protection de sécurité

Serbie
Exploitation dans l'industrie du sexe, dans la construction et dans la mendicité forcée de travailleurs immigrés

Turquie
Les Syriens travaillent de manière forcée dans les usines, sans protection. Mais le trafic humain touche aussi bien l'industrie du sexe ou la mendicité obligatoire.

9 oct. 2014

Sans perspective

Le Courrier des Balkans (ici, en français) nous signale que les travailleurs albanais reviennent au pays depuis quelques années. Ils pensaient trouver autre chose que leur pauvreté d'origine mais ... les pays dans lesquels ils ont tenté leur chance sont devenus aussi pauvres que celui qu'ils avaient quitté.

C'est que, l'Europe, l'austérité, le NAIRU (la politique du plein chômage qui préserve la valeur des actifs financiers) a un coût bien réel: les économies plongent dans une récession sans fin qui nous ramène aux pires heures du siècle dernier. L'Europe est en train de redevenir un ensemble de pays en voie de développement (mais les dettes ont été payées et on a bien veillé à faire la guerre aux salaires).

Extrait.

Une étude menée par l’Institut des statistiques d’Albanie et l’Organisation internationale pour les migrations (IOM) montre que la profonde crise économique qui touche la Grèce, ainsi que la stagnation de l’économie italienne, forcent les migrants albanais sans emploi à rejoindre leur pays d’origine.
Ainsi, 134.000 personnes seraient revenues vivre en Albanie entre 2009 et 2013. Ce nombre correspond à 10% des Albanais ayant quitté leur pays depuis les années 1990. Le rythme des retours s’est encore accéléré depuis 2011. L’âge moyen des migrants rentrés en Albanie est de 38.6 ans, a expliqué Gjergj Filipi, le directeur de l’INSTAT, aux médias de Tirana. Selon l’étude, 71% de ceux qui reviennent travaillaient en Grèce, 24% en Italie.
Plus de 60% d’entre eux affirment que, durant la dernière année de leur séjour à l’étranger, les envois d’argents à leurs familles en Albanie avaient diminué. Les sommes variaient entre 200 et 500 euros.
L’étude explique aussi, selon Top Channel, que plus de 60 % des rapatriés se sont installés dans la résidence qu’ils occupaient avant d’émigrer. Une autre partie a rejoint les grands centres urbains tels que Tirana, Durrës, ou Vlora.
En Albanie, une grande partie de ces individus se sont tournés vers le secteur agricole, d’autres ont ouvert de petites entreprises. Toujours selon l’étude, environ 40% des rapatriés pensent qu’ils resteront en Albanie, le tiers d’entre eux considèrent leur retour comme temporaire et pensent de nouveau quitter le pays.

8 juil. 2014

Un minimum minimal

Nous avons trouvé la version européenne du paradis du Medef: 29% d'emplois non déclarés, le salaire minimum le plus bas d'Europe ... C'est l'Albanie.

À ceux qui écoutent les sirènes patronales: pourquoi n'émigrent-ils pas dans le paradis albanais?

Oui, c'est la crise, là-bas aussi (justement, à cause de la faiblesse des salaires selon l'OIT) et les perspectives professionnelles et les perspectives de profit sont moins alléchantes que dans les pays où la législation sociale est plus contraignante.

Le Courrier des Balkans en fait un résumé ici (en français).

Extrait

La dernière étude du Centre albanais de recherches économiques a révélé que près du tiers des emplois (29%) ne sont pas déclarés en Albanie et que l’Albanie a toujours le salaire minimum le plus bas d’Europe.
Denis Vaugham Whitchead, de l’Organisation internationale du Travail (OIT) explique que l’augmentation du salaire minimum est une priorité, même en période de crise.
« Le salaire minimum en Albanie est le plus bas d’Europe, plus bas qu’en Bulgarie ou en Roumanie. La consommation est liée à l’augmentation du salaire minimum. Or les prix augmentent et pas les salaire, il faut donc intervenir », explique-t-il. D’autant que « de nombreux employeurs déclarent le salaire minimum alors qu’en réalité ils paient plus ».
Comme dans tous les pays, la crise a creusé les écarts entre pauvres et riches : les pauvres sont de plus en plus pauvres tandis que les riches sont de plus en plus riches.
« Pendant la crise les riches ce sont encore enrichis. Les chiffres le montrent. Il est ainsi nécessaire de mener une politique de redistribution plus juste. Si le salaire minimum augmente, l’écart entre ceux qui sont au sommet de l’échelle et ceux qui sont au bas se réduit. Pour cela, les taxes jouent un rôle important » précise Denis Vaugham Whitchead.

21 mai 2014

La charte sociale européenne

  • La charte

Nous informons nos aimables lecteurs que 47 pays ont signé la charte sociale européenne en 1961. Cette charte a force de loi dans les pays signataires et stipule, notamment:

  • structure de soins accessible et efficace pour l’ensemble de la population ;
Ceci interdit spécifiquement tout recours à des mutuelles (complémentaires, obligatoires) payantes et imposent un financement de la santé par la seule cotisation (ou par l'impôt).
  • politique de prévention des maladies, y compris garantie d’un environnement sain ;
Ceci interdit spécifiquement toute activité économique, industrielle susceptible de dégrader ledit environnement.
  • élimination des risques en milieu professionnel pour assurer en droit et en pratique la santé et la sécurité au travail ;
  • protection de la maternité.
  • interdiction du travail forcé ;
Ceci exclut toute forme d'esclavage, notamment l'emploi sous la menace du chômage.
  • interdiction du travail des enfants ;
  • conditions de travail spécifiques entre 15 et 18 ans ;
  • droit de gagner sa vie par un travail librement entrepris ;
  • politique économique et sociale pour assurer le plein emploi ;
Tous les pays où le taux de chômage excède les 5% contreviennent à cet article.
  • conditions de travail équitables en matière de rémunération et de durée du travail ;
Ceci implique l'abolition de la rémunération à la tâche, à la force de travail et impose la qualification du travailleur comme source de salaire.
  • protection contre le harcèlement sexuel et moral ;
Ceci impose la fin de la fonction social d'employeur, de son pouvoir sur ses employés: on peut organiser l'activité de production de manière hiérarchique mais personne ne peut s'arroger le droit disposer de la carrière d'autrui puisque ce type de pouvoir permet le harcèlement sexuel et moral.
  • liberté de constituer des syndicats et des organisations d’employeurs pour défendre leurs intérêts économiques et sociaux ; liberté individuelle d’y adhérer ou non ;
Cette liberté est fortement limitée dans certains pays. En Belgique, par exemple, le seuil du nombre d'adhérents pour pouvoir prétendre s'organiser en syndicat rend la création de nouveaux syndicats techniquement impossible.
  • promotion de la consultation paritaire, de la négociation collective, de la conciliation et de l’arbitrage volontaire ;
La consultation paritaire impose la représentation de toute les parties au pro rata de leur importance. Les chômeurs, les retraités ou les invalides doivent, par exemple, être représentés dans toutes les décisions qui les concernent, qu'elle soient relatives aux prestations de la sécurité sociale ou aux cotisations sociales.
  • protection en cas de licenciement ;
Ceci impose d'attacher le salaire à la personne et non au poste de travail.
  • droit de grève ;
  • accès à l’emploi pour les personnes handicapées.
Par ailleurs, la charte détaille les droits humains que les signataires doivent respecter. Ces droits sont eux aussi rarement compatible avec la vente forcée de la force de travail dans l'emploi:
  • protection contre la violence et la maltraitance ;
 La violence du vol du temps des travailleurs par les propriétaires lucratifs est interdites. La maltraitance de la mise en minorité de l'emploi est interdite.
  • interdiction de toute forme d’exploitation (sexuelle ou autre) ;
 Tout surtravail est un vol, toute plus-value liée au travail d'autrui est un vol et sont des formes d'exploitation interdites.
  • protection juridique de la famille (égalité des époux entre eux et vers les enfants, protection des enfants en cas de rupture) ;
Ceci impose un droit à un salaire personnel inconditionnel.
  • droit à la sécurité sociale, à l’assistance sociale et à des services sociaux ;
Cet article est directement violé par le harcèlement institutionnel des chômeurs, en France, en Belgique ou en Allemagne (entre autres).
  • droit à la protection contre la pauvreté et l’exclusion sociale ;

  • Les recours
Nous citons le site de l'organisation (ici, en français)
Organisations habilitées à saisir le Comité :
– Pour tous les Etats qui ont accepté la procédure :
  1. Confédération européenne des syndicats (CES), BUSINESSEUROPE (ex-UNICE) et Organisation internationale des employeurs (OIE).
  2. Les organisations non gouvernementales (ONG) dotées du statut participatif auprès du Conseil de l’Europe et inscrites sur une liste établie à cette fin par le Comité gouvernemental ;
  3. Les organisations d’employeurs et les syndicats de l’Etat concerné ;
  4. – Pour les Etats qui, en plus, acceptent cette possibilité :
  5. Les ONG nationales.
Le dossier de la réclamation doit contenir les éléments d’information suivants :
  1. les nom et coordonnées de l’organisation réclamante ;
  2. la preuve que la personne qui introduit et signe la réclamation est habilitée à engager l’organisation réclamante ;
  3. l’Etat mis en cause ;
  4. les dispositions de la Charte dont la violation est alléguée ;
  5. l’objet de la réclamation, c’est-à-dire le ou les points sur lesquels l’Etat mis en cause n’aurait pas respecté la Charte, ainsi que les arguments pertinents ; avec documents à l’appui.
À bon entendeur ...

  •  Les États signataires
 Albanie, Andorre, Arménie, Autriche, Azerbaïdjan, Belgique, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Croatie, Chypre, République tchèque, Danemark,
Estonie, Finlande, France, Géorgie, Allemagne, Grèce, Hongrie, Islande, Irlande, Italie, Lettonie, Liechtenstein, Lituanie, Luxembourg, Malte, Moldavie, Monaco, Monténégro, Pays-Bas, Norvège, Pologne, Portugal, Roumanie, Russie, Saint-Marin, Serbie, Slovénie, Espagne, République slovaque, Suède, Suisse, Macédoine, Turquie, Ukraine, Grande-Bretagne,

8 mars 2014

Tirs de barrage

Le Courrier des Balkans nous fait connaître ici un autre projet dans la pure veine du développement économique, du progrès et ... de l'emploi au détriment des ressources naturelles, des paysages.

Extrait

Deux grands projets hydroélectriques initiés par le gouvernement macédonien devraient permettre au pays d’augmenter de 20% sa production électrique. Et malgré l’opposition croissante des écologistes, des riverains et des autorités albanaises, Skopje est bien décidé à aller jusqu’au bout.

Les projets de construction des centrales hydroélectriques de Lukovo Pole et de Boškov Most arriveront-ils à leur terme ? Situés au nord-ouest de la Macédoine, dans le massif du Korab, près de la frontière avec l’Albanie, ces deux projets complémentaires devraient permettre au pays d’augmenter de 20% sa production électrique. Cependant, les risques environnementaux dans le parc national Mavrovo et le détournement de certains cours d’eau inquiète les écologistes, la population locale ainsi que le gouvernement albanais.
Alors que les travaux ont démarré en 2012, le nombre d’opposants à ce projet ne cesse de croître. Le gouvernement macédonien et la société Électricité de Macédoine (ELEM) poursuivent cependant les travaux tout en assurant respecter la protection de l’environnement et les règlementations en vigueur.
Entre controverses et réelle nécessité pour le pays de trouver des sources d’approvisionnement pour ses besoins énergétiques, en particulier des énergies renouvelables car signataire du protocole de Kyoto, le gouvernement n’a pas droit à l’erreur. Il est surveillé de près par la Banque mondiale, la BERD, l’Albanie et les associations écologistes.