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25 janv. 2017

Hogra (لحقرة)

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Le mot Hogra (لحقرة) vient de l'arabe dialectal et est utilisé en Algérie et au Maroc.

Il désigne le mépris dans lequel les dominants tiennent les dominés. Par extension, ce mot désigne l'injustice dont son victimes lesdits dominés. Ces injustices peuvent être de toutes natures, comme le soulignait le sociologue Abdelmadjid Merdaci:

L’exclusion sociale -de l’emploi, du logement, de la consommation, des loisirs notamment- constitue l’une des trames du nouveau discours de la victimisation et appelle, de manière concomitante, le recours au langage de l’émeute, signe probant de la rupture du consensus acquis par les médiations institutionnelles du politique, du syndical ou du religieux.
Le sentiment de l’exclusion est aussi en profondeur travaillé par celui d’une « absence de justice » qui renvoie moins aux normes juridiques du droit qu’à celles plus éthiques d’un égalitarisme adossé aux mythes fondateurs de la guerre d’indépendance. Les déclinaisons de « la hogra » sont forcément multiples et en tout cas suffisamment ductiles pour devenir un argument d’élaboration d’un rapport de force avec les acteurs institutionnels -on l’a observé d’abondance et pas seulement en Kabylie- apparaissent, en même temps, encore trop floues pour initier de véritables mouvements sociaux porteurs autant de contestation que de projets alternatifs. (1)
Ce concept est utilisé dans les rapports tumultueux entre le peuple et le pouvoir quand se dernier manque à ses devoirs, à ses engagements et spolie de ce fait le peuple.

Récemment, au Maroc, un vendeur de poisson s'est fait broyer alors qu'il tentait de récupérer ses poissons que la police avait jetés dans une benne à ordure.


Dans l'Humanité, Lina Sankari résume ce qui s'est passé (ici).
À la violence des images est venu s’ajouter le symbole. La mort, vendredi, d’un vendeur de poissons de 31 ans dans une benne à ordures à Al-Hoceima (Nord), alors qu’il tentait de récupérer plusieurs caisses d’espadon saisies par la police, a cristallisé la « hogra », ce sentiment mêlé d’humiliation, d’injustice et de violence sociale. Les images insoutenables de Mouhcine Fikri, gisant inanimé, la tête congestionnée et un bras dépassant du camion de déchets a suscité une vague de manifestations non seulement dans la région du Rif mais également à Casablanca, Marrakech et Rabat.

(...)

Ces événements font ressurgir une injustice plus ou moins contenue jusqu’alors. L’Association marocaine des droits de l’homme a dénoncé « l’État marocain qui maintient la région dans un état de tensions ». Dans le Maroc des zones urbaines, 40 % des jeunes sont au chômage. Localement, malgré l’élévation d’Al-Hoceima au statut de « ville phare de la Méditerranée » par le roi, la cité a connu un lent déclin économique. Dans cette ville, principal foyer de contestation du Mouvement du 20 février en 2011, aucune enquête n’a jamais abouti sur les circonstances troubles du décès de cinq jeunes dans une agence bancaire. Ce sentiment d’abandon de l’État reste en réalité diffus depuis la révolte du Rif (1957-1959), qui avait vu la population se soulever contre la marginalisation de la région. Enfin, sur le plan politique, les réformes constitutionnelles nées du mouvement de 2011, censées déboucher sur une monarchie parlementaire, se sont soldées par une concentration des pouvoirs entre les mains de Mohammed VI. (2)
Que ce soit le mépris ou la négation des droits, la hogra subie légitime toujours la réaction populaire, le soulèvement. Il ne s'agit donc pas d'une simple frustration sans perspective d'action.

Là où la hogra intéresse l'analyse de l'emploi, c'est que ce concept colle parfaitement à ce qui est vécu par les producteurs du fait des institutions capitalistes.

- Nous sommes grugés parce que nous et nos ancêtres avons été dépossédés de nos ressources naturelles (ce qu'on appelle ici l'enclosure)

- Nous sommes victimes d'injustice parce que nous sommes volés d'une partie de ce que nous produisons (les dividendes)

- Nous sommes victimes de mépris parce que nous produisons la valeur économique correspondant aux outils de production, aux investissements mais nous ne pouvons les gérer et celles et ceux qui s'arrogent le droit de gérer ces richesses que nous produisons nous traitent comme du bétail, comme une classe dangereuse, sale

En conséquence, nous, producteurs et productrices, sommes effectivement victimes de hogra, ce qui nous fonde à nous soulever, ce qui légitime notre soulèvement. Ce concept ancré dans une réalité et dans une histoire locales éclaire notre réalité à toutes et à tous, partout.


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*     *

Pour être complet, signalons (d'après wikipédia):
« hagar » est celui qui abuse de sa force ou d'une position dominante pour écraser celui qu'il domine (pluriel: « haggarine »).

Sa victime, le « mahgour », ne trouvera rien d'autre à lui dire pour se défendre. Le « mahgour » est celui qui n'a personne pour le défendre dans un monde bâti sur la force ou les relations.


(1) Abdelmadjid Merdaci, La Hogra en Algérie, Algérie-dz.com, accessible en ligne ici (en français)

(2) Lina Sankari, Maroc, Le peuple se soulève contre la "hogra", L'Humanité, 2 novembre 2016.

24 juil. 2015

Gavroche - Le retour du retour

Al Huffington Post du Maghreb évoque ici (en français) le phénomène de mise en esclavage domestique des enfants au Maroc.

Extrait
 - Selon le "collectif pour l'éradication du travail des petites bonnes", entre 60.000 et 80.000 fillettes de 8 à 15 ans sont exploitées comme domestiques au Maroc. Une forme de traite humaine qui perdure dans ce pays demeuré très inégalitaire, et qui touche la majorité des pauvres. Comment on en est arrivé là? Et comment s'en sortir?
Appréhender un tel phénomène n'est pas chose aisée, mais l'on peut structurer les principaux déterminants autour de deux aspects: l'offre et la demande du travail domestique. Du côté de l'offre, le chômage (9,9% en 2014) et son corollaire la pauvreté (15% en 2014), conduisent les parents à devenir incapables de subvenir aux besoins de base de leurs enfants, ce qui les contraint à donner leurs petites filles à des familles plus aisées afin, d'une part, de se décharger du fardeau de subvenir à leurs besoins, et d'autre part, avoir un revenu supplémentaire, quoique modeste, pour être capable d'assumer la charge des autres enfants.
Étant le lot de familles nombreuses, les parents en position de faiblesse ne pourraient négocier des conditions dignes pour l'accueil de leurs filles, ce qui explique aussi que les familles d'accueil ont tendance à abuser de leur pouvoir, surtout devant le silence des petites filles. Celles-ci deviennent en quelque sorte le bouc émissaire de l'incapacité des parents à assumer leurs responsabilités.
La rareté des opportunités d'emploi et d'activités génératrices de revenu, rend le travail des petites filles dans les villes inéluctable. L'endettement des parents, se trouvant au pied du mur, les pousse à donner leurs filles sans se préoccuper des conditions de leur travail.
Par ailleurs, l'analphabétisme des petites filles (53% des analphabètes) résultant de leur exclusion de la scolarisation, limite l'horizon des opportunités à leur disposition, ce qui rend le travail dans les foyers des autres "une opportunité". La division sexuelle du travail (hommes à l'extérieur/femmes à l'intérieur), enracinée encore dans la société marocaine, justifie cette situation aux yeux de plusieurs personnes, puisque d'après eux la cuisine est le lieu "normal" pour la gente féminine. Et ce n'est pas le chef du gouvernement marocain, M. Benkirane, qui dira le contraire.
Cette culture résultant de l'ignorance des familles a "normalisé" le travail de la "fille mineure". Elle a permis même, vu le contexte de rareté, de la considérer comme une source légitime de revenu complémentaire. Certains parents y voient même une chance pour leurs petites filles car elles vont être sauvées de la misère et cela leur ouvrira d'autres portes, notamment celles du mariage. Le statut de la jeune fille, inférieur à celui du garçon dans un pan important de la société marocaine, accentue sa vulnérabilité et la rend sujette à tous les "débordements" et à tous handicaps sociaux (déscolarisation, exploitation).
Du côté de la demande, si aujourd'hui les petites filles de parents pauvres sont sollicitées, c'est parce que le mode de vie des Marocains a évolué. Ainsi, le taux d'urbanisation est passé à 60%, ce qui implique un changement dans la division de travail entre les hommes et les femmes. Ces dernières se retrouvent de plus en plus à travailler à l'extérieur et n'ont plus suffisamment de temps pour assurer certaines tâches ménagères. Le besoin croissant pour les femmes d'avoir un "substitut" domestique qui permet à un plus grand nombre d'entre elles d'accéder au marché du travail, mais aussi de permettre à d'autres filles de poursuivre tranquillement leurs études, a accru la demande de bonnes.
Un besoin qui a été amplifié par l'absence d'horaires aménagés pour qu'elles puissent assurer quelques tâches domestiques, mais aussi par la rareté des crèches, le déficit dans des services comme le transport scolaire. Autrement dit, la femme marocaine n'est pas du tout aidée logistiquement parlant, d'autant plus qu'elle n'a pas toujours les moyens d'acquérir les équipements électroménagers lui permettant de gagner en temps et en énergie.
Si les facteurs sus-visés expliquent les raisons d'être du travail des petites bonnes, c'est plutôt le vide juridique qui permet à des familles d'exploiter ces petites filles. L'absence de contrat explicite entre les parents et la famille d'accueil ouvre la porte à tous les abus et fragilise la position des petites filles, qui deviennent soumises au bon vouloir et parfois aux pires sévices de leurs employeur(e)s.
Aussi, l'absence de définition de la traite des personnes en droit interne ne peut permettre de sanctionner ces abus et encourage l'impunité. Le manque de protection juridique des petites filles qui subissent cette exploitation les dissuadent de révéler les sévices qu'elles subissent. D'où la nécessité de mettre en place une loi spécifique définissant la traite des personnes, car le code du travail marocain laisse en dehors de son champ d'application le travail domestique, dont les conditions d'emploi et de travail doivent être fixées par une loi spéciale (article 4).
Après la publication du code de travail, la loi spéciale prévue par le code n'a pas encore vu le jour, alors que des agences de placement du personnel de maison commencent à s'installer au Maroc et ce en l'absence de réglementation de la profession. De même, le code ne régit pas le travail informel qui constitue avec le travail à domicile les domaines privilégiés du travail des mineurs, notamment les filles pour le travail à domicile et les garçons dans les ateliers. Il est besoin d'une loi qui interdit le travail des mineurs. Elle doit être accompagnée bien évidemment par un grand travail de sensibilisation de tous les maillons de la chaîne judiciaire et toutes les parties prenantes afin de la rendre effective.

25 juin 2015

Sans argent, sans logement, sans voix

Orient XXI part en occident pour donner la parole aux sans argent, aux sans logement qui se font expulser de leurs bidonvilles au Maroc (ici, en français).

Extraits de ces témoignages sociologiques

En pleine campagne d’expulsion des bidonvilles, de privatisation des terres collectives, de prédation foncière dans les vieux centres urbains, le deuxième Forum mondial des droits de l’homme s’est tenu à Marrakech fin novembre sur le thème de « la ville et les droits de l’homme ». Les principaux intéressés, les mal-logés, n’étaient pas conviés. Une sociologue marocaine leur donne la parole après une année de recherches à leurs côtés.
 (...)

Un îlot convoité au cœur de Rabat

Plus de 36 logements sont détruits, laissant les habitants du douar Ouled Dlim sans toit. Depuis ce jour, ils vivent dans des campements de fortune, faits de bâches en plastique maintenues par quelques morceaux de bois et de fer ramassés ici ou là. Les forces de l’ordre ont cerné leurs terres, désormais propriété de la Société d’aménagement Ryad, de tôles. Enfermés dans une prison à ciel ouvert, ils sont surveillés par les chiens d’une société de sécurité embauchée pour empêcher toute reconstruction. Parallèlement, en mars, les forces de l’ordre sont intervenues au douar Drabka, également situé à Guich Loudaya, pour détruire des pépinières et des échoppes où se vendaient les légumes et les fruits issus de leurs jardins.
Les terres collectives agricoles de la tribu guich1 qui vit là depuis plusieurs générations sont situées en plein quartier résidentiel. Elles ont été «  octroyées  » à cette ancienne tribu guerrière par le sultan Moulay Abderrahmane en 1838 en rétribution de leurs services. Depuis son installation, la tribu, à l’origine nomade, a opté pour l’agriculture vivrière. Mais du fait de l’expansion de Rabat, ces terres constituent à présent un énorme enjeu foncier convoité par les promoteurs immobiliers et les aménageurs urbains. L’accaparement se fait par l’intermédiaire du ministère de l’intérieur qui, sous couvert d’un besoin de foncier pour l’urbanisation, les revend à des prix dérisoires aux promoteurs. D’après les habitants, ces opérations sont menées en violation d’un dahir (décret royal) du 19 janvier 1946, édicté par Mohamed V dans le souci de protéger les intérêts d’une tribu alors puissante. Le roi aurait retiré au ministère de l’intérieur la tutelle de ces terres et accordé leur propriété pleine et entière à la collectivité de la tribu Guich. Bien qu’introuvable, ce dahir est cité dans plusieurs jugements de la cour d’appel.
Devenus des occupants illégaux, les habitants du douar Ouled Dlim sont menacés quotidiennement d’expulsion. Déconcertés, ils menacent de s’immoler, affirment être prêts à mourir pour défendre leurs terres : «  Notre terre, c’est notre identité  », disent-ils.

9 juin 2015

Des tribus marocaines menacées d'expulsion par des sociétés immobilières

Le site francophone de Middle East Eye (ici, en français) enquête sur les tribus marocaines menacées par l'expansion immobilière sous la très néo-libérale politique d'accaparement en cours dans le royaume.

Inutile de dire que nous considérons cette forme d'accaparement comme un vol, comme une enclosure, comme une distraction des ressources communes au profit de propriétaires lucratif. Cette forme d'enclosure menace des formes de vie particulièrement riches - nous soutenons absolument les tribus menacées et qualifions le régime qui les spolient de leurs droits ancestraux légitimes de criminel.

Extrait

Addoha est une société privée dont le PDG, Anas Sefrioui, est proche du palais royal, en particulier de Mounir Majidi, secrétaire particulier du roi. La SAR est quant à elle une filiale immobilière de la CDG (Caisse de dépôt et de gestion), une institution financière contrôlée par le roi.
Les deux sociétés sont parvenues à acquérir des terres à bas prix à travers le Maroc. L'Etat affirme que ces ventes de terres sont légales puisque la propriété est considérée comme étant « ard al-jum », des terres collectives appartenant à l'Etat.
Le système des terres collectives a été introduit par l'administration coloniale française à travers une loi datant de 1919 qui a réorganisé les territoires ruraux. La loi a retiré le contrôle des terres aux tribus et en a fait la propriété du ministère de l'Intérieur.
En vertu de la loi de 1919, chaque commune est dirigée par un « naïb », élu par la tribu, qui assume un rôle de négociateur en chef pour les transactions foncières au sein de la tribu, ainsi qu'entre la tribu et l'Etat. Aujourd'hui, la loi de 1919 est toujours en vigueur et s'applique à 15 millions d'hectares de terres collectives, qui constituent 40 % de la superficie totale du pays.
Lorsque le Maroc a commencé à mettre en œuvre des politiques néo-libérales au début des années 1990, l'Etat s'est mis à expulser massivement les tribus de leurs terres natales. Les terres sont souvent confiées à de grandes sociétés qui, d'après ce qu'affirme le gouvernement, contribuent à leur valorisation économique.
Ces expropriations font l'objet de critiques de plus en plus nombreuses de la part d’ONG luttant contre la corruption, qui soutiennent que ces confiscations de terres sont souvent frauduleuses, et de militants qui s'opposent à la destruction du patrimoine rural marocain.
Les cas des tribus de Guich Loudaya et d'Ouled Sbita ont particulièrement attiré l'attention en raison des efforts fournis par les deux tribus pour résister à la pression de l'Etat en refusant de quitter leurs terres et en organisant des manifestations.

1 mai 2015

Un droit en conserve

Les salariées de Doha luttent pour le respect du droit, pour leurs droits salariaux face à un propriétaire lucratif insatiable. Elles appellent à l'aide, à la solidarité pour leur grève ici, sur le site de la CNT.

En ce jour qui commémore la lutte des ouvriers de Chigago pour la réduction du temps de travail en emploi, nous ne pouvons que souligner le courage qui anime aussi bien ces glorieux ancêtres que leurs dignes successeurs.

Courage à toutes et à tous.
Ce qu'ils font à l'une d'entre nous, ils nous le font à tous.

Extrait
Depuis le 16 Mars 2015, 700 salariés, en majorités femmes, sont en grève.
Le patron, l’un des archi-milliardaires de la région (Groupe BICHA), a licencié la totalité de la section syndicale, affiliée à la Confédération Démocratique du Travail, ainsi que 25 autres membres du syndicat .
L’usine tourne actuellement avec des ouvriers nouveaux, en infraction avec l’article 16 du code du travail qui interdit l emploi de salariés nouveaux à la place des grévistes.
Les autorités et l’inspection du travail sont du coté du patron. Les autorités n’interviennent que pour réprimer les travailleurs en grève.
La guerre patronale contre le syndicat vise à retirer les droits des travailleurs, acquis de haute lutte en 2011. Avant Avril 2011 les travailleurs –euses étaient payés-es à 50% du salaire légal et sans sécurité sociale, ni autres droits inscrits au code du travail.
Dans le sillage des soulèvements populaires dans la région en 2011(Printemps arabe), les salariés des Conserveries Marocaines DOHA se sont soulevés en s affiliant au syndicat et revendiquant leurs droits élémentaires. Ils les ont arrachés après 19 jours de grève en Mai 2011

16 févr. 2015

Un dominion royal

Olivier Quarante faisait l'inventaire du pillage des ressources sahraouies par le régime marocain en mars 2014. Exploitation des mines de phosphate, surpêche, agriculture industrielle ...

Extraits de l'article en libre consultation ici.

La question du Sahara occidental recouvre de plus en plus celle du développement économique du Maroc. Car les territoires que Rabat appelle « provinces du Sud » contribuent largement aux recettes d’exportation du royaume. Les partisans de l’indépendance contestent la légalité de cette exploitation.
 (...)

Tout le débat actuel tourne autour de la question des bénéfices que retireraient — ou pas — les Sahraouis de l’exploitation économique mise en œuvre par le Maroc. La signature pour le royaume, en octobre 2001, de contrats de prospection pétrolière avec deux compagnies, dont TotalFinaElf, a donné à l’ONU l’occasion de rendre un avis qui nuançait les grands principes énoncés précédemment. « La question est de savoir si la règle de la “souveraineté permanente” [sur les ressources naturelles] interdit à la puissance administrante toute activité liée aux ressources naturelles du territoire non autonome qu’elle administre, ou seulement celles qui seraient entreprises au mépris des besoins et des intérêts de la population de ce territoire, sans qu’elle en bénéficie », déclare le secrétaire général adjoint aux affaires juridiques.
Mais aucun mécanisme d’évaluation de ces intérêts n’est prévu. Les conditions qui permettraient aux « peuples coloniaux des territoires non autonomes » d’exercer leurs droits légitimes sur leurs ressources naturelles ne sont pas définies. Dès lors, la question devient un élément du rapport de forces entre les parties en conflit. Le Front Polisario dénonce le « pillage » des ressources et le mépris du « peuple du Sahara occidental ». Il a engagé en novembre 2012 une procédure judiciaire devant la Cour européenne de justice pour demander l’annulation de l’accord de libre-échange commercial et agricole entre l’Union européenne et le Maroc, qui, signé au mois de mars précédent, inclut le Sahara occidental. Premier argument avancé : l’absence de consultation du Front Polisario.

12 févr. 2015

Un modèle agricole dans l'impasse

À l'occasion d'un conflit impliquant un agro-industriel producteur de tomates, Soprofel, Omar Aziki, Olivier Chantry et Monica Vargas dressent un tableau de la situation de l'agriculture au Maroc (ici, en français).

Voici l'extrait de cet article très complet qui présente les enjeux agricoles
L’agrobusiness accentue le sous-développement du monde rural dans la région Sous-Massa
La vallée du Souss a connu un afflux des investissements agricoles au début des années 90. L’appauvrissement de la paysannerie a permis une offre foncière importante avec des possibilités de location des terres pour de longues durées et à bas prix. L’Etat marocain contribuait à offrir de bonnes conditions aux grands capitaux étrangers (français et espagnols surtout) et marocains, par l’exonération fiscale, absence de cahiers de charges concernant l’utilisation de l’eau, occupation des sols et le respect de l’environnement. Il veille aussi à assurer une main d’œuvre pas chère. Un nouveau code du travail est entré en vigueur en 2004 qui généralise la flexibilité du travail et des bas salaires. Un ouvrier agricole travaille 8 heures par jour, 6 jours par semaine et 26 jours par mois. Il touche le Salaire Minimum Agricole légal (SMAG), soit 70 centimes d’euro de l’heure (7,8 dh), ce qui représente 143 euros par mois. Le système de protection sociale est très faible dans le secteur agricole au Maroc, et le nombre des déclarés au régime de la caisse nationale de la sécurité sociale ne dépasse pas 6% sur un total de près d’un million d’ouvriers agricoles. La liberté syndicale est bafouée, et sa défense de la part des ouvriers et ouvrières est payée par des licenciements, harcèlements, poursuites judiciaires, et même la prison.
Cette main d’œuvre estimée à 100 000 ouvrier-e-s dans la région Sous Massa, dont la majorité est d’origine paysanne, vit dans des conditions sociales extrêmes : pauvreté, analphabétisme, et précarité du logement et de conditions de vie. Le Souss-Massa malgré son importance dans la production et l’exportation des produits agricoles est la quatrième région la plus pauvre du pays (HCP 2007). Paradoxalement alors, l’agro-business accentue le sous-développement du monde rural et ne contribue aucunement à améliorer les infrastructures de base qui manquent cruellement comme les dispensaires, les écoles, les routes, l’électrification, l’eau potable, etc.
Le paradoxe d’une agriculture extravertie : produire pour exporter, importer pour consommer…

La politique de développement déployée à partir des plans d’ajustement structurel imposés par le Fonds Monétaire Internacional (FMI) et la Banque Mondiale dès les années 80, a privilégié une libéralisation de l’économie basée sur une production destinée à l’exportation. Selon le gouvernement, le secteur agricole représente 19% du Produit Intérieur Brut (PIB), dont 15% provient directement de l’activité agricole et 4 % de l’agro-industrie. De plus, l’agriculture emploie près de la moitié de la population active totale et 81% de la population active rurale. On estime ainsi que 10% de la population totale du pays (près de 3 millions de personnes) dépendent sur le plan économique de la production de fruits et légumes (MAPM 2013a, 6). Aujourd’hui, la production marocaine de légumes est organisée en trois secteurs : agro-industrie, légumes de saison et « primeurs » (légumes hors-saison). Ces derniers occupent 30 000 hectares environ, dont la moitié sous serres. Ainsi, 1,7 millions de tonnes de légumes sont produits hors-saison, et pratiquement la moitié (45%) est destinée à l’exportation. Un des buts de la « nouvelle » stratégie du secteur agricole que préconise le gouvernement marocain, dans le cadre du “Plan Maroc Vert”, est de doubler la superficie de légumes hors-saison pour parvenir à 60 000 hectares, avec une production de 3,5 millions de tonnes, dont 1,7 millions seraient destinées à l’exportation. Les principaux marchés de destination sont les pays d’Europe et la Russie, tel que nous pouvons le vérifier dans le graphique suivant.
Évolution des exportations de fruits et légumes marocains par type de marché (milliers de tonnes)
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Source : MAPM (2013a)
Un autre paradoxe : tout en étant un exportateur important de légumes hors-saison, le Maroc est aussi un pays structurellement déficitaire en produits alimentaires de base tels que les céréales, le sucre et les oléagineux. En effet, la valeur des exportations des trois principaux produits agricoles, tomate fraîches, agrumes et autres légumes, pour les trois années 2011-2013, ne couvre pas celle des importations du blé tout seul.

Cependant, il n’en a pas toujours été ainsi. Entre les années 60 et 70, alors que les exportations alimentaires augmentaient, la production locale parvenait réellement à satisfaire la demande locale. C’est donc à partir de la libéralisation économique que la logique économique est devenue celle du “produire pour exporter et importer pour consommer” (Aziki 2012). Ainsi s’est accentuée la dépendance du Maroc vis-à-vis de l’Union Européenne à travers les différents accords de libre-échange dans le cadre de l’Organisation Mondiale de Commerce. Son déficit commercial à l’égard de l’Union européenne ne cesse d’augmenter : il est passé de 63.653 millions de dirhams en 2009 à 78.429 millions de dirhams en 2013, soit 39% du déficit commercial global du Maroc. Il est accentué essentiellement par le déficit des échanges commerciaux dans le cadre des Accords de libre-échange avec l’UE qui a atteint 55.386 millions de dirhams en 2013. Les produits agricoles faisaient l’objet d’accords « d’exception » obligeant le Maroc à ouvrir ses frontières aux exportations européennes, sans droits de douanes, aux denrées alimentaires frais (blé, produits laitiers, œufs, viandes…) et transformés (biscuiterie, chocolaterie et confiserie…). Pour leur part, les principales exportations agricoles marocaines se heurtent à une politique protectionniste clairement affirmée de l’UE dans le cadre restrictif du contingentement, du calendrier des exportations, du prix minimum d’entrée et les normes sanitaires et de qualité.
Un modèle juteux pour l’agrobusiness mais insoutenable pour l’agriculture paysanne
Si le système de production agricole mis en place n’a guère été prévu pour alimenter la population marocaine, il bénéficie encore moins à l’agriculture familiale et paysanne. Le grand gagnant du modèle primaire-exportateur développé au Maroc est l’agrobusiness, autant marocain qu’européen. La production de fruits et légumes est dominée par huit grands groupes, parmi lesquels se trouvent les entreprises marocaines telles que les Domaines Agricoles (12 000 hectares), Bennani Smires et Kabbage (2 000 hectares chacun), les françaises Azura et Soprofel-Idyl (avec plus de 2 500 hectares chacune) et quelques groupes espagnols. Ces exportateurs privés ont trouvé leur essor après la privatisation de l’office du commerce extérieur au milieu des années 80 et leur monopole s’est considérablement accru sur la chaine d’exportation et les circuits de commercialisation. Le « Plan Maroc Vert » en effet repose sur l’encouragement de ces agrégations autours des grands monopoles agro-industriels (tomates, agrumes, lait, huile de table..). Par contre, la survie des petits agriculteurs qui tentent de participer au modèle exportateur n’est pas assurée, étant donné le coût des infrastructures et des intrants et le manque de pouvoir de négociation dans le processus de commercialisation (Aziki 2014). Le « Plan Maroc Vert » accentue la marginalisation de la masse des petits agriculteurs qui dépendront toujours plus de ces grands groupes qui vont ainsi leur accaparer leur argent, leur sueur, et même leur terre. On leur demande de partager la valeur ajoutée mais pas les risques pris dans la production où la commercialisation… Globalement, le nombre de petits agriculteurs (disposant de moins d’un hectare) a chuté de forme alarmante, passant en vingt ans de 900 000 à 40 000 (entre 1974 et 1996), dans un processus de croissante polarisation entre une poignée de gros propriétaires et des millions de familles paysannes pauvres (Aziki 2012).
En fait, ce qui se développe est un modèle intensif, basé sur la concentration et la production industrielle, au sein duquel le 4% des exploitations (qui se destinent d’ailleurs principalement à l’exportation) occupent un tiers du total des terres agricoles. De plus, et surtout dans des régions comme le Souss-Massa, où sont produits plus du 80% des légumes d’exportation, la pression du modèle agricole sur les ressources hydriques est énorme. À tel point qu’en novembre 2012, le Haut-Commissaire aux Eaux et Forêts et à la Lutte contre la Désertification annonçait une réelle menace de pénurie d’eau. Dans le long terme, l’accès à l’eau pour chaque citoyen(ne) pourrait être réduit de 49% en 2020. Rappelons que la disponibilité en eau per capita pour tout le pays est déjà de 720 m3/hab/an, très en-dessous du seuil de stress hydrique établi à 1 000 mc/hab/an.

Zones franches

Souad Guennoun relate un conflit en court dans une zone franche au Maroc dans le CADTM (ici, en français).

Extrait
Le conflit a éclaté dès que les ouvrier-e-s ont constitué un bureau syndical pour défendre leurs droits élémentaires reconnus par le code du travail : salaire minimum, droit au repos hebdomadaire, conditions de sécurité et respect des travailleurs et travailleuses.
Suite à cela, la direction a décidé de licencier 7 ouvriers pour stopper le mouvement. La direction n’hésite pas à recourir aux menaces, insultes et aux méthodes de terreur face aux ouvrier-e-s.
Dans cette zone de non-droit, les entreprises n’ont plus besoin de recourir aux forces de l’ordre public, elles ont leurs propres agents de sécurité privés pour affronter toute revendication ouvrière.
Les entreprises bénéficient du soutien de l’État qui offre des terres, des infrastructures, une main d’œuvre jeune, exploitable et corvéable, une législation suffisamment malléable pour attirer de nouvelles sociétés multinationales.
Un nouvel Eldorado pour le capitalisme qui profite de la zone de libre échange pour faire des profits juteux avec des salaires bas, une législation du travail et des charges sociales inexistantes, un taux de chômage élevé.
Le mercredi 4 février 2015, les agents de sécurité interviennent sauvagement pour disperser les ouvrier-e-s tenant sit-in devant l’usine. Cette intervention fait plusieurs blessés, parmi lesquels Mohamed Charki, blessé au visage.
(...)

ECI MAROC [l'entreprise incriminée] est la première usine à s’installer dans la nouvelle zone industrielle.
Elle témoigne du nouveau visage du capitalisme sauvage mondialisé qui se croit au dessus des lois, du droit local et international. Le pouvoir marocain exproprie les paysans de leurs terres, de leur culture, de leur environnement, s’accapare leurs terres pour les céder à moindre coût à des sociétés internationales sans foi ni loi.

27 déc. 2014

Dans les filets de l'emploi

Le CADTM (ici, en français) se fait l'écho d'un syndicat de pêcheurs marocains.
Le Syndicat National des Marins Pêcheurs de la Pêche Côtière et Hauturière au Maroc (SNMPPH)


Dans le port de Laâyoune se sont rassemblés à 19h30 du samedi 20 décembre 2014 des centaines de marins pêcheurs à l’appel du syndicat national des Marins Pêcheurs de la Pêche Côtière et Hauturière au Maroc (SNMPPH) pour réclamer leurs revendications pour lesquelles ils se battent depuis 2 ans et restées sans suite à ce jour :
1- la liberté syndicale ;
2- leurs cahiers de revendications au niveau régional et national déposés au niveau du gouvernement et au niveau local mais restées sans réponse à ce jour.
Les revendications au niveau local sont :

1- le respect des horaires de travail

2- arrêt des sorties en cas de mauvais temps et intempéries, à l’origine des nombreux accidents et décès des marins pêcheurs en cas de mauvais temps

3- revendication d’un tableau dans le port indiquant la météo, les intempéries, etc. pour prévenir les marins en cas de tempête

4- contrôle de la pesée et déclaration dans la transparence de la quantité de poisson mis sur le marché pour limiter le marché noir

5- réglementation et solution au problème des quais à l’origine des accidents de bateaux qui ne trouvent pas où décharger.

Mais dès le début du rassemblement, deux membres du bureau du Syndicat National des Marins Pêcheurs de la Pêche Côtière et Hauturière au Maroc Aberghaz Mohamed et Azafad Rachid, ainsi que deux autres marins, Imihi et Ali Bou Baker, ont été violement arrêtés par les forces de police.

Aussitôt une manifestation de milliers de marins s’est organisée dans le port de Laâyoune pour exiger leurs libérations et appuyer les revendications.

Sous la pression des marins pêcheurs et face à leur détermination, à 21h30 Aberghaz Mohamed et ses camarades ont été relâches, acclamés par de milliers de marins dans le port de Laâyoune.

Notre devoir est d’élargir la solidarité pour appuyer la détermination et l’unité des marins pêcheurs qui luttent pour leurs revendications et contre la répression de leur mobilisation.

28 août 2014

Un roi des pauvres sans problème de fin de mois

À l'heure où le régime marocain vend les lambeaux de sa souveraineté au FMI (voir l'article du CADTM), à l'heure où les forces militaires du pays semblent en alerte selon un témoin oculaire direct confirmé par cette source (Les Échos), il semblerait que la gestion de la question sociale dans le royaume souffre d'un manque de doigté. À preuve la curieuse mésaventure de Wafaa Charaf (à qui nous exprimons notre soutien et notre amitié). Bienvenue au royaume de l'arbitraire et de la répression.

Petit rappel de Marianne sur sa majesté, commandeur des croyants selon la constitution marocaine (أمير المؤمنين) (ici, en français).

Surnommé le roi des pauvres, lors de son accession au pouvoir, grâce à ses nouveaux conseillers Mohammed VI a mis au point une véritable machine à cash, faisant main basse sur tous les marchés du pays grâce à sa holding royale. Plus riche que l'émir du Qatar, le roi du maroc règne sur un pays qui pointe à la 126ème place mondiale du point de vue du développement humain, dont il a fait sa pompe à finances. Dans «le Roi prédateur», les journalistes Catherine Graciet et Eric Laurent démontent le mécanisme de ce business royal.
(...)
Un commandeur des croyants qui n'oublie pas ses intérêts
En moins de dix ans de règne M6 s’est livré, selon les auteurs à  « une sorte de holp-up à l’encontre de l’économie de son pays ». Un véritable coup d’état économique, que son père Hassan II, connu pour son autoritarisme, qui était aussi un habile politique et un homme d’affaires averti  n’avait pas su ou pu réaliser.
Les auteurs décrivent un véritable « village Potemkine qui dissimulerait les prédations royales ». Car le bas-peuple doit tout ignorer du niveau de fortune du roi: le numéro de Forbes qui révélait son niveau de fortune (1,8 milliards d’euros) a été interdit sur le territoire marocain.  
(...)
Le souverain perçoit un salaire royal mensuel de 40.000 dollars, auquel s’ajoute 2,5 millions d’euros par an pour la famille proche, et 31 millions d’euros de subventions répartis selon son bon vouloir : « une somme dont l’usage échappe naturellement à tout contrôle, mais on sait qu’au temps d’Hassan II, elle servait de caisse noire pour s’assurer les faveurs de certaines personnalités politiques, marocaines ou étrangères et récompenser pour sa fidélité l’étrange tribu française des « amis du Maroc », composée de journalistes, d’académiciens d’avocats et d’anciens responsables des services de renseignements…». Ces hôtes le lui rendent bien. Hassan II qui voulait intervenir à la télé française se fera inviter –à sa demande- à l’émission « 7 sur 7 » sur un simple coup fil à Bouygues… 
(...)
A mesure, que la génération Mohammed VI s’affirme au pouvoir, écartant, les conseillers d’Hassan II, naît la « Monarchie des copains et coquins» où la compétence ne se révèle pas toujours un critère déterminant pour accéder aux entrailles du royaume.

Quand la holding royale (ONA) bat de l’aile, plusieurs dirigeants se succèderont à sa tête. Les nouveaux conseillers du roi, le duo Mahidi-Bouhemou concocte la stratégie des « champions nationaux » : des entreprises en situation de monopole ou quasi-monopole dont le roi est actionnaire. L’épreuve de force  est engagée avec les anciens partenaires, Axa, Danone et Auchan etc. Chacun revendra ses parts royales ou quittera le Maroc, laissant le Roi régner sur les marchés de l’assurance, les télécoms, l’agro-alimentaire, l’immobilier, l’énergie et la distribution. Ce dernier représente aujourd’hui 25% du chiffre d’affaires de l’ONA. Le Maroc devient la machine à cash du roi : « Une pieuvre royale » envisagée « comme le moyen d’asseoir une puissance politique qui, absolutisme monarchique oblige, s’exprimait jusque dans le domaine économique » écrivent les auteurs. 

Ce n’est rien à côté du racket social auquel se livrera M6 avec la Caisse de dépôt et de gestion qui gère les retraites de millions de Marocains. Par quelques entourloupes financières détaillée dans le livre, le Roi a fait une OPA sur l’institution qui participe désormais au financement des projets royaux. 

Extrait d'un article de Solidarité Ouvrière (ici, en français) sur l'arrestation arbitraire et la détention scandaleuse de Wafaa Charaf.

WafaLe 27 avril dernier, alors que Wafaa Charaf quitte une manifestation de soutien aux ouvriers grévistes de l’usine Greif, dans la zone franche de Tanger, elle est enlevée par des hommes en civil et emmenée de force dans un véhicule banalisé à 12 km de la ville. Ses kidnappeurs, qui se présentent comme des policiers, l’interrogent sur ses activités politiques, syndicales et associatives, sur ses contacts. Pendant plusieurs heures, des coups, des insultes… et la menace d’autres sévices si elle ne cesse pas de militer. "On lui a bien signifié qu’il faut qu’elle se calme et qu’elle arrête ses activités", explique Fatima Har, de l’association Ailes-FM. Après l’avoir intimidée, les "policiers" cassent son portable et l’abandonnent sur le bord de la route.

La jeune femme dépose plainte auprès des autorités judiciaires de Tanger. "Pour les besoins de l’enquête", elle est régulièrement convoquée au commissariat. Des convocations répétées qui s’apparentent bientôt à du harcèlement et à une forme de vengeance des autorités pour avoir osé dénoncer les méthodes policières. Sa famille en fait également les frais. "Sa mère, son père et sa jeune sœur ont eux aussi été interrogés par la police, pendant plusieurs heures", ajoute Fatima Har. Wafaa Charaf décide finalement de ne pas se présenter à l’une de ces convocations. Le 9 juillet, la police vient l’arrêter au domicile de ses parents. Inculpée avec un autre militant d'"accusations calomnieuses" et pour avoir porté plainte pour des faits qui n’ont pas eu lieu, elle est placée en détention préventive jusqu’à son procès. Le 12 août, après plus de 20 heures d’audience, Wafaa Charaf est reconnue coupable de toutes les charges retenues contre elle. Le tribunal la condamne à un an de prison ferme, 5 000 dirhams d’amende et 50 000 dirhams de dédommagement pour la partie civile (près de 5 000 euros). L’autre prévenu, Boubker Khamlichi, est relaxé.

29 mai 2014

Un syndicaliste battu à mort pour son intégrité

In memoriam de Karim Lachqar, notre sympathie à sa famille, à ses proches

Non, non pas en Europe, royaume de la concertation sociale, au Maroc où le courage se paie comptant. Nous apprenons, effarés, qu'un militant pêcheur syndicaliste s'est fait tuer, torturer par la police. On ignore si c'est le pêcheur, le syndicaliste ou le militant de gauche qui s'est torturer à mort mais la police toute puissante au Maroc a tenté en vain d'étouffer l'affaire par un certificat de décès de complaisance.

Le communiqué de la police explique que Karim s'est torturé accidentellement contre une pierre.

Extrait de l'article de Siwel, ici, en français
Hier 27 mai, entre 3 et 6 H du matin, la police marocaine dans la localité rifaine d'Al-Hoceima a arrêté puis torturé à mort, à l’intérieur du commissariat central, Karim LACHQER, militant syndicaliste rifain de gauche. La victime a été arrêtée aux environs de 3 h du matin, à l’entrée de la ville d’Al Hoceima, avant d’être conduite au commissariat de police où il sera torturé puis assassiné. Quelques heures plus tard, le corps de la victime est conduit à l’Hôpital où la police tente de faire pression sur les médecins pour signer un certificat de décès préétabli et falsifié, attestant que la victime était morte après son arrivée à l’Hôpital. Les médecins légistes qui ont reçu le corps de la victime sans vie ont refusé de signer le l'acte de décès falsifié.
 Pour rappel Karim LACHQAR, 38 ans, était un militant syndicaliste connu et très apprécié. Il était membre du syndicat des pêcheurs d’Al-Hoceima et ancien membre de la jeunesse du parti de gauche « UNFP », l’Union Nationale des Forces Populaires. Son frère, Mhamed LACHQER, était détenu politique en 1973 en raison de son engagement dans une organisation marxiste-léniniste et, comme son frère hier matin, il a été assassiné dans les mêmes conditions en 1995. 
A la suite de la tragique nouvelle de l’assassinat de Karim LACHQER, l’oncle de la victime, Mohamed LACHQER, médecin à Tanger et également membre de UNFP , a affirmé hier qu’il allait suivre cette affaire cas jusqu'à son aboutissement et qu’il allait interpeller le ministre marocain de la justice sur l’assassinat de Karim LACHQER.
Dès l’annonce du décès de Karim LACHQER , le crime devient immédiatement une affaire publique, tant la police marocaine, qui sévit régulièrement dans la ville Rifaine d’Al-Hoceima, est réputée pour commettre impunément des actes de tortures et même d’assassinat dans cette ville du Rif. Les militants associatifs se sont rapidement engagés pour faire éclater la vérité sur ce crime, surtout après que la police marocaine ait fait pression sur l’Hôpital pour établir un certificat de décès falsifié.

27 mai 2014

Les tomates marocaines

Omar Aziki explique la situation dans le secteur de la tomate au Maroc sur le site du CADTM (ici, en français). L'Union Européenne a décidé de restreindre les importations en provenance de ce pays. Les limitations vont se faire par quotas et vont favoriser surtout les grosses exploitations industrielles. Les plus gros producteurs profitent de ces nouvelles limitations pour attaquer les maigres droits sociaux des travailleurs agricoles qu'ils emploient:

- exonération de l'impôt agricole
- généralisation du CDD dans l'agriculture
- casse du syndicalisme naissant
- refus d'aligner le salaire minimum agricole sur le salaire minimum interprofessionnel.

Extrait de l'histoire d'une enclosure, d'une dépossession d'un peuple entier de son pays


Le Maroc est le 5ème exportateur mondial de tomates. Ses exportations constituent 53 % des exportations totales des primeurs avec une moyenne annuelle de 450 000 tonnes sur les trois dernières années (2011-2013) rapportant 3 500 millions de dirhams (315 millions d’euros) par an. Ce qui constitue presque 11 % de la valeur total des exportations des produits alimentaires.

Il est à signaler que le système de production de primeurs destinées à l’exportation, et particulièrement la tomate, est à caractère intensif et productiviste, dominé par la monoculture, se basant sur l’utilisation débridée de pesticides, d’engrais chimiques, de semences « sélectionnées » dans les laboratoires de multinationales, exigeant une consommation excessive d’eau. Les exportations annuelles des produits agricoles biologiques ont constitué moins de 1 % du total des exportations de primeurs sur les trois dernières années, et ont enregistré un recul net d’environ 40 %, passant de 8 624 tonnes exportées durant la campagne 2010-2011 à 5 190 tonnes en 2012-2013. La tomate bio n’en constitue que 12 % (un peu plus de 600 tonnes à comparer avec 450.000 tonnes en production dite conventionnelle).

(...)
Les grands groupes exportateurs marocains ne seront pas les perdants

Ceci n'a rien à voir avec ce que les industriels exportent
Huit groupes d’exportation dominent le secteur des fruits et légumes au Maroc avec une grande concentration des superficies. Les domaines agricoles (ex domaines royaux) viennent en tête avec une superficie estimée à 12 000 hectares suivis de quelques grandes familles comme Bennani Smires et Kabbage avec plus de 2 000 hectares chacune. On trouve aussi des étrangers (principalement français et espagnols) qui exercent souvent en partenariat avec des marocains pour constituer des grandes unités de production et d’export. C’est le cas par exemple d’Azura et Idyl, deux groupes maroco-français avec plus de 2 500 hectares chacun…
Ces grands groupes exportateurs privés sont nés avec la libéralisation du commerce extérieur agricole marocai
n au début des années 80 suite aux programmes d’ajustement structurel et à la privatisation de l’office du commerce extérieur (OCE) qui était la seule entité de commercialisation de tous les produits agricoles sur les marchés étrangers. C’est ces groupes qui dominent la filière des fruits et légumes, et particulièrement la tomate sous serre au niveau de la production et de la commercialisation. Les petits agriculteurs qui produisent de la tomate au Maroc ne sont pas nombreux puisque les coûts de l’infrastructure et des intrants sont très élevés, sans parler du besoin en terres et en eau. Ce petit nombre diminuera encore du fait des nouvelles règles de dédouanement imposées par l’UE, et laissera l’espace aux grands producteurs-exportateurs qui pourront encore augmenter leurs marges bénéficiaires.
La plupart des gros exportateurs ne sera guère affectée par ces restrictions douanières de l’UE.
Premièrement, une grande partie des 150 000 tonnes en surplus du contingent fixé pour la tomate se répercutera en premier lieu sur ceux qui ont des petits quotas d’exportation, donc les moyens et petits producteurs qui vont être évincés du circuit de l’export.
Deuxièmement, les grands exportateurs de tomates ont bien des moyens pour augmenter leur part de marché dans d’autres pays situés en dehors de l’UE (Russie, Angleterre, Canada, les pays scandinaves, du Golf et d’Afrique) qui sont d’ailleurs beaucoup plus rémunérateurs.
Troisièmement, ils peuvent aussi diversifier leurs exportations.
Quatrièmement, la valeur des 150 000 tonnes, qui est d’environ 1 150 millions de dirhams en se basant sur la moyenne des prix des 3 dernières années, et qu’ils disent perdre (ce qui est fort douteux) ne représente rien par rapport aux aides qu’ils ont reçues : 4 000 millions de dirhams d’exceptions fiscales en 2013 et 2 800 millions de dirhams comme subventions.

Un vrai prétexte pour demander plus

Les grands producteurs-exportateurs ont en revanche profité de cette décision unilatérale de l’UE pour augmenter leur pression sur le gouvernement marocain afin d’arracher plus de concessions. Leur mobilisation avait déjà commencé en 2008-2009, année de lancement du Plan Maroc Vert, pour constituer un vrai lobby afin que les objectifs de la nouvelle politique agricole soient adaptés à leurs propres intérêts. Mais aussi pour contrecarrer l’ascension du syndicalisme combatif au sein des ouvriers et ouvrières agricoles surtout dans la région du Souss qui connait une très grande concentration de main d’œuvre agricole venus des différentes régions pauvres du Maroc. En été 2011, ils ont constitué leur grand syndicat, la Fédération Interprofessionnelle des Fruits et Légumes à l’export (Fifel). En 2014, et en matière d’impôt agricole, ils ont pu obtenir l’exonération totale des exploitations agricoles réalisant un chiffre d’affaires annuel inférieur à 5 millions de dirhams, l’allégement du taux d’imposition (17,5 %) pour les grandes exploitations avec une démarche progressive qui leur donne du temps pour ajuster leur comptabilité et fractionner leurs exploitations.

Ils réclament toujours la généralisation des contrats à durée déterminée (CDD) en considérant que les activités agricole seraient intégralement saisonnières. Ils refusent toujours d’aligner le salaire minimum agricole (Smag) sur le Smig. Le nombre des ouvriers agricoles déclarés à la caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) ne représente que 12 % du total (110 000 déclarés selon la CNSS). Dans leur mobilisation actuelle contre les mesures européennes, ils agitent l’épouvantail de la perte d’emploi en annonçant cyniquement des chiffres insensés. C’est encore un prétexte pour justifier leur offensive contre les syndicalistes (licenciements massifs) et anticiper sur leurs revendications en les mettant sur la défensive : on ne peut pas réclamer des droits alors que les emplois ne sont mêmes pas garantis !
Ce sont pourtant ces patrons avides que l’État tente de promouvoir par un tas d’encouragements (subventions, exonération d’impôts, accès aux crédits, distribution des terres…). Ils ont absorbé la majeure partie des sommes d’argent public allouées dans le cadre de la politique du Plan Maroc Vert depuis son adoption en 2008 pour s’ériger en pôles phares appelés agrégateurs. Et tout ça au détriment de la grande masse de la petite paysannerie et de la population rurale (45 % de la population) qui vivent dans la misère et l’absence d’infrastructure de base.
L’État encourage la culture de tomate, d’agrumes, la fraise et autres produits de dessert et abandonne les cultures vivrières de base telles que les céréales (65 % de la superficie agricole utile total), les légumineuses, la betterave et la canne à sucre. C’est ainsi que le Maroc est devenu un grand importateur de blé et d’aliments de base. Leurs prix se renchérissent sur le marché local et deviennent difficilement accessible pour une large majorité des classes populaires qui vivent avec un faible revenu. Et le Maroc est dans une totale dépendance alimentaire.

7 mai 2014

Grève mondiale


Le quinze mai prochain, selon Telesur (ici, en espagnol), on annonce une grève mondiale dans la restauration rapide: outre les actions déjà en œuvre dans le nord de l'Italie ou aux États-Unis, cette journée du quinze mai verra des actions dans 30 McDo au Japon, des manifestations dans cinq États au Brésil, au Maroc à Casablanca et Rabat ... Les travailleurs de restauration rapide se sont mis d'accord sur un jour de protestation dans une trentaine de pays.

Des représentants d'Argentine, du Panamá, d'Italie et de Nouvelle-Zélande ou de Hong Kong, se sont réunis et coordonnés à New-York.

Il s'agit de demander des augmentations salariales dans des chaînes comme McDo, Burger King, KFC, etc.

Aux USA. les travailleurs réclament un salaire de 15 dollars l'heure, près du double du salaire actuel de 7,25 dollars en vigueur dans les nombreuses chaînes de restauration rapide. Leur mobilisation a commencé fin 2012.

3 mai 2014

Mermet fait le point sur le microcrédit au Maroc

Dans l'émission de radio Là-bas si j'y suis sur France Inter, on apprend que le microcrédit est une forme d'exploitation éhontée mais des femmes relèvent la tête.

premier épisode sur le microcrédit au Maroc ici

second épisode sur le microcrédit au Maroc ici.

2 mai 2014

Trafic de mineures

Entre la République démocratique du Congo et le Maroc, selon l'article de Infobascongo.net (en ligne ici, en français) se développe un trafic de jeunes mineures, transportées par des "coopérants". Elles se retrouvent prostituées au Maroc, en espérant l'Europe. Au départ, ces enfants sont rejetées par leur famille, laissées à elles-mêmes.

Point culminant de l'esclavage de l'emploi puisqu'il s'agit de mineures qui sont contraintes de brader leurs corps-mêmes, la prostitution enfantine est un fléau que nous avons déjà dénoncé, en Arabie Saoudite comme au Brésil.

Extrait de l'article

Convoyées entre la RD Congo et le Maroc par des passeurs sans scrupules vers l’Europe, des mineures congolaises, tenues en quasi-esclavage, sont contraintes de se prostituer au Maroc ou en Algérie. Et ce sont leurs familles à Kinshasa qui sont les premières responsables de cette situation.

clandestins/Photo www.lematin.ma
clandestins/Photo www.lematin.ma


(...)
Evelyne,(...) jeune fille originaire de Kinshasa se prostitue depuis deux ans. C’est à Maghnia, ville algérienne située à la frontière maroco-algérienne que tout a commencé. “Pour gagner le Maroc, j’ai été poussée à me prostituer dans le camp de transit où campent les candidats à l’immigration“, raconte-t-elle. Si cette mineure, comme de nombreuses autres petites Congolaises, est aujourd’hui contrainte de faire “le plus vieux métier du monde“, c’est à ses proches qu’elle le doit.

 En 2011, chassée de chez elle à Makala, quartier populeux de Kinshasa, elle a du vivre dans la rue, comme de nombreuses fillettes congolaises victimes de la folie des adultes. “Ma famille m’a jeté dans la rue parce qu’un pasteur a prophétisé que j’étais une sorcière“, affirme-t-elle. Au gré d’une rencontre avec un “coopérant“, passeur de migrants en jargon kinois, elle s’était vue proposer un voyage en Europe contre des faveurs intimes. “Quand ya Guy, mon coopérant, m’a promis le voyage, je n’ai pas hésité à coucher avec lui“, raconte-t-elle sans remords.

 Proies des “coopérants”
Evelyne, une shegue (enfant de la rue), était une proie facile pour ce “coopérant”. Mais elles ne sont pas toutes dans la même situation. “Moi, un coopérant avait proposé à ma famille de me convoyer en Europe auprès de ma sœur qui vit à Lyon moyennant 3 000 $. Celui-ci avait laissé entendre à mon père que nous prendrions l’avion à Brazzaville, mais c’est par la route, pays après pays, que je suis arrivée ici au Maroc“, témoigne Mimi, une fille de bonne famille.

 La périlleuse aventure de ces mineures commence ainsi dans les rues de Kinshasa. “Les coopérants qui vivent en Europe“, soutient un responsable de l’ambassade de la RD Congo au Maroc, vont au pays chercher ces mineures afin de les convoyer en Europe auprès de leurs parents ou de leurs frères et sœurs“.
 Pour des frais de voyage qui varient entre 3 000 et 5 000 $ pour ceux qui peuvent payer cash ou verser un acompte, le voyage commence par Brazzaville. “Là-bas, raconte une mineure sauvée par Voix de femmes migrantes au Maroc, ils nous placent dans une chambre louée d’avance où filles et garçons dorment ensemble à même des nattes“. Puis, dans les mêmes conditions, le voyage se poursuit par le Cameroun, le Nigéria, le Niger et l’Algérie via le désert du Sahara pour finir par le Maroc.

 Le long de ce voyage, ces mineures subissent la loi de leurs bourreaux. “Chemin faisant, c’est d’abord les “coopérants” qui commencent à abuser de nous  avant de nous pousser à la prostitution quand l’argent vient à manquer“, déclare une rescapée. En plus de les exploiter sexuellement, les coopérants font subir à ces mineurs des privations de tout genre. “Parfois, on ne mange qu’une fois par jour et des repas pas toujours commodes et, surtout pour faire quoique ce soit, il faut la permission du coopérant qui agit comme un maître envers ses esclaves“.
(...)
 Selon un responsable de la Caritas marocaine,  entre 6 et 8 mineures congolaises se présentent chaque semaine pour raconter les viols ou la prostitution qu’elles subissent le long du trajet entre Kinshasa et Rabat. Livrées à des gens peu scrupuleux, très souvent par leurs familles, elles vivent donc un véritable calvaire. Pourtant, elles ne veulent généralement pas rentrer chez elles et espèrent atteindre l’Europe.
 Une chose est sûre : elles ne peuvent pas compter sur les autres migrants congolais pour les aider. Ceux-ci utilisent sans scrupules les services de ces toutes jeunes filles…

2 avr. 2014

Prospections

Selon l'Observatoire des multinationales (ici), Total s'active au large du Sahara Occidental - région gérée par le Maroc dont le statut est contesté. Extrait

Au large du Sahara occidental - territoire occupé par le Maroc depuis près de quarante ans -, Total et d’autres firmes internationales commencent à mener des activités de prospection pétrolière et gazière. Le tout dans des conditions très contestables du point de vue de la consultation des populations locales et du partage équitable des bénéfices éventuels avec celles-ci. Les militants de la cause sahraouie dénoncent depuis des années le rôle de l’entreprise française dans la remise en cause de la souveraineté du territoire. Total est désormais aussi critiquée par certains investisseurs « éthiques », au premier rang desquels les fonds norvégiens.

1 mars 2014

Les porteuses de Melilla

Un article de Fernando del Berro dans Diagonal (ici, en espagnol) nous raconte le quotidien de ces travailleuses. Résumé et traduction.


Photo de Fernando del Berro
Le transport à pied de ces marchandises par des veuves, des divorcées, des femmes abandonnées sans ressources, leur permet de survivre. Elles transportent leurs lourds paquets pour les amener dans l'enclave espagnole où les bagages à main ne sont pas taxés - ce qui permet aux commerçants de réaliser d'appréciables économies en se servant d'elles.

 Ce commerce atypique que certains n'hésitent pas à nommer de la contrebande s'élève à quelque 400 millions d'euros par an.

Les porteuses doivent se coltiner jusqu'à quatre-vingts kilos, elles encourent des risques d'extorsion, de bakchich, et de violence ou de viol des douaniers. Par temps froid ou chaud, ces porteuses se sont transformées en marchandises dans une nouvelle économie prospère.


5 janv. 2014

La sécurité sociale au Maroc

Les salariés du privé et du public sous contrat d'emploi sont affiliés à la CNSS (la caisse nationale de sécurité sociale). Le dispositif de l'AMO (l'assurance santé obligatoire) a été mis en place en 2006 et est encore en phase transitoire.

La sécurité sociale est intégralement financée par les cotisations. Il s'agit donc d'un modèle purement bismarckien. Les cotisations s'élèvent à 24% du salaire brut - ce qui est encore très insuffisant mais constitue un bon début.

Les prestations comprennent aussi bien les soins de santé (mais très mal remboursés), les pensions, l'invalidité, l'assurance maternité.

Cette sécurité sociale fonctionne selon un modèle très prometteur mais demeure très insuffisante en quantité et en qualité. Elle exclut le chômage ou les congés payés, elle n'indemnise que très partiellement l'invalidité ou les accidents de travail.

Par contre, les retraites sont relativement intéressantes: au bout d'une dizaine d'années, le travailleur ouvre des droits à une pension à partir de ses soixante ans. Un droit qui ferait rêver dans la plupart des pays européens même si les montants sont proportionnels au salaire qui demeure faible.

C'est surtout l'emploi informel qui constitue un frein (comme en Afrique du Sud) à la cotisation et au salaire social.

Comme ailleurs, la sécurité sociale est assiégée par les réformateurs (voir ici) de la cour des comptes. Si les retraites sont en déficit, il suffit d'augmenter les cotisations et les comptes reviennent à l'équilibre.

11 déc. 2013

Des Marocaines arnaquées par le microcrédit

Nous rappelons que le crédit est une manière d'asservir le producteur. Il doit rembourser son créancier et, pour ce faire, doit vendre sa force de travail à vil prix.

C'est exactement ce qu'il se passe avec les femmes au Maroc dans le système du microcrédit selon Amina Mourad y Benasser Ismaini coordinateurs du Movimiento de Victimes de microcrédits de Ouarzazate relayés ici par Diagonal (en espagnol).

L'arnaque a touché des milliers de femmes marocaines. Elle est organisée par des soi-disant organisations sans but lucratif sous le prétexte de lutte contre la pauvreté. Ces organisations reçoivent des aides d'organismes internationaux comme l'UE, le FMI ou le PNUD.

Ces associations comme l'INMAA représentée par Jacques Attali ne peuvent légalement pas prêter à plus de 4% alors qu'elles prêtent régulièrement à plus de 40% de taux d'intérêt.

Il y a un projet de loi qui entend transférer les fonds internationaux qui financent le micro-crédit vers des sociétés privées à responsabilité limitée.

Quand il y a défaut de paiement, les endettées voient surgir la redoutable maghzen, la police-armée du roi. Il n'y a pas de prison pour dette au Maroc - le débiteur gage ses biens - mais la peur des fonctionnaires de la maghzen est aussi efficace.

80% des endettées sont des femmes, la plupart analphabètes, les contrats de prêt sont écrits en français, langue mal maîtrisée par les contractantes, la seule pièce demandée est une carte d'identité et une photo. Les taux d'intérêt sont usuraires, à 17%, à 40% et même à 50%.

La dette ne résout évidemment pas le problème de la misère. Elle l'augmente du fait des remboursements, plus importants que la créance, la dette détruit les familles et pousse les femmes vers la prostitution ou vers le suicide.

6 déc. 2013

Aux confins de l'emploi et de l'esclavage

Cet article est un résumé, des notes de lecture, d'une enquête de Médiapart.

Le journaliste de Médiapart nous parle du livre de Malek Chebel qui se limite malheureusement à l'étude du monde arabe, faisant l'impasse sur l'Inde, les États-Unis, Singapour ou la Chine, par exemple, où ces pratiques sont également monnaie courante. Pour lui, les pratiques esclavagistes sont liées à un fait de culture - opinion dont nous lui laissons la responsabilité, opinion que nous ne partageons pas tant les cas d'esclavages de tous type sont répandus par le monde.


Le Qatar s'est illustré récemment pour ses traitements esclavagistes des ouvriers népalais dans la construction de stades pour la coupe du monde de football (voir ici).

Le néo-esclavage salarié n'est pas inscrit dans le droit mais est une pratique de fait dans de nombreux pays.

Extrait:

Malek Chebel estime à 3 millions le nombre de ces esclaves modernes : elles sont un million de bonnes au Maroc, dont un nombre important d’enfants, ils sont encore 100 000 ouvriers d’Inde, du Pakistan ou de Chine travaillant 13 heures de travail par jour à Dubaï pour 200 euros par mois…
 Le néo-esclavage revêt toutefois des formes très différentes, du travailleur népalais sur les chantiers du Qatar, à la petite bonne au Maroc, jusqu’aux ventes d’enfants à Bamako. Au Liban, par exemple, il est possible de se procurer une bonne dans une agence spécialisée pour 300 dollars par mois (la moitié revenant à la domestique, l’autre pour la société). En principe, il s’agit donc d’une vente de services, mais dans les faits, le traitement de ces domestiques s’apparente le plus souvent - mais pas toujours bien sûr-, à de l’esclavage. De même, dans les consciences, il semblerait que cette mentalité néo-esclavagiste soit encore prégnante, preuve en est que la communauté sri lankaise, la plus importante communauté étrangère du pays, n’a aucune existence publique, et que les scandales de maltraitance et de viols sont fréquents. Détail révélateur, le mot Sri lankais est devenu une sorte de terme générique pour désigner tout domestique. J’ai d’ailleurs longtemps été persuadée, enfant, qu'il s'agissait d'un synonyme pour femme de ménage.
À l'instar des classes propriétaires européennes, les classes aisées ont le sentiment de faire une bonne action en donnant du travail aux pauvres.