10 mars 2015

La plus grande grève depuis 35 ans

Ça se passe maintenant, aux États-Unis, dans le secteur pétrolier. Les producteurs défendent le droit de faire un bon travail dans de bonnes conditions.

Extrait de l'article de Ijsberg Magazine (ici, en français)
Depuis cinq semaines, alors que le prix du pétrole baisse, plusieurs milliers d’ouvriers du pétrole descendent dans la rue pour demander de meilleures conditions de travail, paralysant une partie des infrastructures américaines.

Une cabane a été installée pour l’occasion. Un chauffage d’appoint à l’intérieur permet aux ouvriers de ne pas finir la journée congelés. Autour, une dizaine d’hommes mangent dans des assiettes en carton. Circulant entre eux, une femme leur distribue des rations du repas qu’elle a préparé pour eux. “Nous recevons un soutien important de la communauté,” affirme Daniel Read. A Port Arthur, au Texas, la grève à la raffinerie de Motiva a commencé le 20 Février. Les 800 travailleurs de la plus grande infrastructure pétrolière des Etats-Unis se sont arrêtés de travailler dans le calme. 
Il y a deux sorties où nous sommes autorisées à manifester, décrit Daniel Read, un des grévistes. Actuellement, nous faisons des changements d’équipe toutes les huit heures, une fois par mois. Et l’entrée du site est gardée jour et nuit.” Les manifestants brandissent leurs pancartes : “Un jour de plus. Un jour plus fort” ou “Des raffineries sures= des vies sauvées”. En scandant des slogans, ils passent entre les voitures qui traversent devant la raffinerie. Au Texas, il est interdit d’arrêter intentionnellement le trafic routier. Les grévistes se contentent de le ralentir.
De leur côté, les gérants de la raffinerie Shell de Motiva se disent “engagés à résoudre (leurs) différents avec les grévistes en aboutissant à un accord satisfaisant pour tous, qui permettra aux salariés de continuer à jouir de revenus parmi les plus compétitifs dans l’industrie et qui permettra aussi à (leur) entreprise de maintenir sa position de leader aux Etats-Unis.

Un bras de fer théoriquement équitable


La grève est la plus importante depuis 1980. A travers le pays, environ 6 550 ouvriers sont entrés en grève suite à l’appel de l’Union Steel Workers (USW), le plus important syndicat américain de l’industrie pétrolière. Le mouvement concerne quinze sites, comprenant 12 raffineries, soit l’équivalent d’un cinquième de la capacité de production domestique des Etats-Unis.
L’USW est présent dans plus de 200 infrastructures, ce qui lui confère une forte capacité de pression sur les compagnies pétrolières. La compagnie Royal Dutch Shell Plc négocie pour le compte d’autres entreprises comme Exxon Mobil, Chevron ou British Petroleum (BP).
Les enjeux sont cruciaux pour l’économie pétrolière du pays. Si tous les ouvriers du syndicat USW partaient en grève cela pourrait mettre à mal jusqu’à 64% de la production totale américaine. De plus, les négociations ont pris place alors que le prix du pétrole a perdu jusqu’à 50% de sa valeur depuis l’an dernier.
Si la grève s’intensifie, cela pourrait être nuisible au prix du pétrole,” a affirmé David Lennox, analyste chez Fat Prophets à Sydney à Bloomberg.

Des incidents dramatiques à l’origine de la contestation des conditions de travail


A l’origine du conflit, la renégociation du contrat entre l’USW et les entreprises pétrolières. Devant le surplace des négociations, la grève commence le 21 janvier 2015. Les sept offres présentées par Shell depuis ont toutes été rejetées.
Le syndicat réclame la préservation de la clause de sécurité “no retrogression” dans leurs contrats : “Sans cette clause n’importe quel programme de sécurité, nos primes, la surveillance des salariés et la responsabilité de l’employeur peuvent être outrepassés à n’importe quel moment, pour n’importe quelle raison, affirme Daniel Read. Cette clause est dans nos contrats depuis des décennies pour empêcher que ces droits nous soient retirés.”

Depuis quinze ans, l’industrie du pétrole a connu plus d’accidents fatals ou catastrophiques liés à des dégagements de produits hautement dangereux, que n’importe quelle autre industrie dans le pays, dénonce l’Administration pour la sécurité et la santé professionnelle du département du travail américain (OSHA). Les travailleurs dénoncent la dégradation de leurs conditions de travail.
Ils citent plusieurs accidents de grande ampleur arrivés ces dernières années. Le 19 janvier 2005, une pompe défectueuse est à l’origine d’un incendie dans la raffinerie de Bakersfield en Californie. Un ouvrir sucombe, et plusieurs blessés sont à déplorer. Quelques semaines plus tard, le 23 mars, quinze employés ont perdu la vie, et 170 ont été blessés dans un accident à la raffinerie BP de Texas City. En février 2008, un important dégagement de gaz de pétrole liquéfié a produit une explosion et un incendie à Big Spring, au Texas.