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18 oct. 2014

Esclaves en couverture

Le Luxemburger Wort (ici) nous signale d'inquiétantes violations du droit du travail dans la construction dans le grand-duché. Nous appelons à l'universalisation du salaire tant au Luxembourg qu'ailleurs pour éviter ces situations dramatiques, dangereuses (et qui augmentent le risque de malfaçon).

Extrait

Nettoyage de façade, réfection de toitures ou de bâtiments à des prix imbattables. Ce sont les services que proposent des sociétés douteuses au Luxembourg qui exploitent littéralement des ouvriers venant d'Europe de l'Est. L'Inspection du travail et des mines (ITM), la police et l'Administration des douanes et accises viennent de frapper un grand coup.
L'objectif de ces soi-disant sociétés de réfection des bâtiments est de "gagner au plus vite beaucoup d'argent sans tenir compte des dispositions légales en vigueur au Luxembourg", pose l'Administration des douanes et accises dans un communiqué daté de vendredi 19 septembre
La veille, le jeudi 18 septembre, après une vaste opération de surveillance de chantiers à l'échelle du pays, douaniers, policiers, inspecteurs de l'ITM et médecin-inspecteur du travail de la Direction de la santé ont découvert un réseau de sociétés arnaquant l'Etat, travaillant sans garantie et exploitant clairement ces salariés dont la plupart sont issus des pays de l'Est.
Le modus operandi est toujours le même: dans la boîte aux lettres est glissé un flyer avec une offre alléchante. Sitôt le travail fini, le client doit immédiatement payer le service en liquide pour échapper au paiement de la TVA.
Bilan: des 8 chantiers passés au crible, 3 ont été fermés sur le champ jeudi. Et pour cause: les ouvriers "n'étaient pas déclarés et carrément exploités", note l'Administration des douanes et accises.
La liste des infractions commises fait froid dans le dos: la loi sur le détachement des travailleurs n'était pas respectée et de nombreux salariés n'étaient pas affiliés à l'assurance sociale alors que c'est obligatoire. Les ouvriers étaient sous-payés et touchaient bien moins que le prévoit la convention collective dans le bâtiment. Leur sécurité n'était absolument pas assurée alors qu'ils travaillaient en prenant de vrais risques.

Used in Europe (2)

Used In Europe sort un atlas interactif d'Europe ici, sur la violation des droits du travail sur le vieux Continent, en anglais.

Allemagne
Arnaque de chauffeurs routiers tchèques

Belgique
Travail sous payé dans la manutention. Le trafic humain d'immigrés touche surtout l'agriculture, l'industrie du sexe et la construction.

Espagne
Exploitation de milliers de travailleurs migrants dans les fermes dans des conditions effroyables. On leur prend leurs papiers

France
Exploitation et trafic d'immigrés dans les ateliers, la construction, les PME et l'agriculture

Grande-Bretagne
Exploitation et trafic d'immigrés. Par exemple dans une ferme de cannabis

Irlande
Exploitation et trafic d'immigrés. Notamment dans les fermes de cannabis

Italie
Travail forcé avec violence à 1€ de l'heure dans l'agriculture. Trafic d'êtres humains dans le sexe, la construction et la mendicité contrainte

Luxembourg
Exploitation de travailleurs immigrés (Horeca, construction, industrie du sexe)

Pays-Bas
Exploitation dans les fermes de champignons - trafic d'êtres humains (des mineurs nationaux sont concernés)

Suisse
Trafic et exploitation d'immigrés dans les secteurs non qualifiés 

Pologne
Travail forcé dans le textile (des travailleurs se sont enfuis). Traite humaine dans l'agriculture et dans le travail domestique

Russie
Trafic et exploitation dans la construction (notamment pour les infrastructures de Sotchi)

Grèce
Exploitation et trafic dans l'agriculture et l'industrie du sexe

Ukraine
Exploitation humaine dans l'industrie du tabac. Les émigrés ukrainiens sont victimes de toutes les formes de traite humaine

27 mai 2014

Écarts salariaux et concurrence


Un article du Courrier des Balkans (ici, en français) étudie les écarts salariaux en Europe. Il qualifie ces écarts de "coût" alors que les salaires ne sont pas des coûts mais ce qui construit la prospérité de l'économie (comme la liste des pays ci-dessous l'atteste fort bien: plus les salaires sont élevés, plus la niveau de vie est élevé).

Pour les salaires horaires (cotisations et prestations sociales comprises), on a:

- Bulgarie, 3,7€ - augmentation depuis 2008: +44,1%
- Roumanie, 4,6€ - augmentation depuis 2008: +32,8%
Une caissière d'Auchan gagne 255€ par mois en Roumanie.
- Lituanie, 6,2€
- Lettonie, 6,3€
- moyenne UE, 23,7€
- moyenne zone €, 28,4€
- France, 34,3€
- Luxembourg, 37,7€
- Belgique, 38€
- Danemark, 38,4€
- Suède 40,1€



La disparité des salaires et des cotisations sociales combinée à la libre concurrence explique les tensions sur les salaires, les délocalisations ... et la faible popularité de l'Union Européenne qui a gravé la concurrence et la libre circulation des biens et des capitaux dans le marbre.

Il suffirait pourtant d'harmoniser les salaires et les cotisations sociales au niveau européen pour rendre l'Europe populaire auprès des travailleurs. À bon entendeurs.

À défaut d'harmoniser par le haut la sécurité sociale, les salaires et les droits sociaux, l'Europe demeurera impopulaire et, face à la guerre des travailleurs entre eux, guerre à laquelle nous sommes contraints par cette concurrence, nous n'aurons comme seul recours que le protectionnisme - une politique de fermeture commerciale des frontières susceptible de tendre les relations diplomatiques internationales - ou l'inflation monétaire.

29 avr. 2014

La charte sociale européenne

  • La charte

Nous informons nos aimables lecteurs que 47 pays ont signé la charte sociale européenne en 1961. Cette charte a force de loi dans les pays signataires et stipule, notamment:

  • structure de soins accessible et efficace pour l’ensemble de la population ;
Ceci interdit spécifiquement tout recours à des mutuelles (complémentaires, obligatoires) payantes et imposent un financement de la santé par la seule cotisation (ou par l'impôt).
  • politique de prévention des maladies, y compris garantie d’un environnement sain ;
Ceci interdit spécifiquement toute activité économique, industrielle susceptible de dégrader ledit environnement.
  • élimination des risques en milieu professionnel pour assurer en droit et en pratique la santé et la sécurité au travail ;
  • protection de la maternité.
  • interdiction du travail forcé ;
Ceci exclut toute forme d'esclavage, notamment l'emploi sous la menace du chômage.
  • interdiction du travail des enfants ;
  • conditions de travail spécifiques entre 15 et 18 ans ;
  • droit de gagner sa vie par un travail librement entrepris ;
  • politique économique et sociale pour assurer le plein emploi ;
Tous les pays où le taux de chômage excède les 5% contreviennent à cet article.
  • conditions de travail équitables en matière de rémunération et de durée du travail ;
Ceci implique l'abolition de la rémunération à la tâche, à la force de travail et impose la qualification du travailleur comme source de salaire.
  • protection contre le harcèlement sexuel et moral ;
Ceci impose la fin de la fonction social d'employeur, de son pouvoir sur ses employés: on peut organiser l'activité de production de manière hiérarchique mais personne ne peut s'arroger le droit disposer de la carrière d'autrui puisque ce type de pouvoir permet le harcèlement sexuel et moral.
  • liberté de constituer des syndicats et des organisations d’employeurs pour défendre leurs intérêts économiques et sociaux ; liberté individuelle d’y adhérer ou non ;
Cette liberté est fortement limitée dans certains pays. En Belgique, par exemple, le seuil du nombre d'adhérents pour pouvoir prétendre s'organiser en syndicat rend la création de nouveaux syndicats techniquement impossible.
  • promotion de la consultation paritaire, de la négociation collective, de la conciliation et de l’arbitrage volontaire ;
La consultation paritaire impose la représentation de toute les parties au pro rata de leur importance. Les chômeurs, les retraités ou les invalides doivent, par exemple, être représentés dans toutes les décisions qui les concernent, qu'elle soient relatives aux prestations de la sécurité sociale ou aux cotisations sociales.
  • protection en cas de licenciement ;
Ceci impose d'attacher le salaire à la personne et non au poste de travail.
  • droit de grève ;
  • accès à l’emploi pour les personnes handicapées.
Par ailleurs, la charte détaille les droits humains que les signataires doivent respecter. Ces droits sont eux aussi rarement compatible avec la vente forcée de la force de travail dans l'emploi:
  • protection contre la violence et la maltraitance ;
 La violence du vol du temps des travailleurs par les propriétaires lucratifs est interdites. La maltraitance de la mise en minorité de l'emploi est interdite.
  • interdiction de toute forme d’exploitation (sexuelle ou autre) ;
 Tout surtravail est un vol, toute plus-value liée au travail d'autrui est un vol et sont des formes d'exploitation interdites.
  • protection juridique de la famille (égalité des époux entre eux et vers les enfants, protection des enfants en cas de rupture) ;
Ceci impose un droit à un salaire personnel inconditionnel.
  • droit à la sécurité sociale, à l’assistance sociale et à des services sociaux ;
Cet article est directement violé par le harcèlement institutionnel des chômeurs, en France, en Belgique ou en Allemagne (entre autres).
  • droit à la protection contre la pauvreté et l’exclusion sociale ;

  • Les recours
Nous citons le site de l'organisation (ici, en français)
Organisations habilitées à saisir le Comité :
– Pour tous les Etats qui ont accepté la procédure :
  1. Confédération européenne des syndicats (CES), BUSINESSEUROPE (ex-UNICE) et Organisation internationale des employeurs (OIE).
  2. Les organisations non gouvernementales (ONG) dotées du statut participatif auprès du Conseil de l’Europe et inscrites sur une liste établie à cette fin par le Comité gouvernemental ;
  3. Les organisations d’employeurs et les syndicats de l’Etat concerné ;
  4. – Pour les Etats qui, en plus, acceptent cette possibilité :
  5. Les ONG nationales.
Le dossier de la réclamation doit contenir les éléments d’information suivants :
  1. les nom et coordonnées de l’organisation réclamante ;
  2. la preuve que la personne qui introduit et signe la réclamation est habilitée à engager l’organisation réclamante ;
  3. l’Etat mis en cause ;
  4. les dispositions de la Charte dont la violation est alléguée ;
  5. l’objet de la réclamation, c’est-à-dire le ou les points sur lesquels l’Etat mis en cause n’aurait pas respecté la Charte, ainsi que les arguments pertinents ; avec documents à l’appui.
À bon entendeur ...

  •  Les États signataires
 Albanie, Andorre, Arménie, Autriche, Azerbaïdjan, Belgique, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Croatie, Chypre, République tchèque, Danemark,
Estonie, Finlande, France, Géorgie, Allemagne, Grèce, Hongrie, Islande, Irlande, Italie, Lettonie, Liechtenstein, Lituanie, Luxembourg, Malte, Moldavie, Monaco, Monténégro, Pays-Bas, Norvège, Pologne, Portugal, Roumanie, Russie, Saint-Marin, Serbie, Slovénie, Espagne, République slovaque, Suède, Suisse, Macédoine, Turquie, Ukraine, Grande-Bretagne,