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30 juil. 2015

La misère crée aussi de l'esclavage

C'est la conclusion à tirer d'un article de RFI (ici, en français) sur des Mauritaniennes emmenées comme esclave en Arabie Saoudite. Rappelons que les saoudiens s'érigent en modèles de vertu dans le monde musulman et entendent y imposer leur bigoterie. Visiblement, la vertu de l'Arabie Saoudite n'est pas irréprochable.

Extrait

Le sort d'environ 200 jeunes Mauritaniennes parties travailler en Arabie saoudite mais qui auraient en fait été réduites en esclavage suscite des inquiétudes. L'alerte est venue d'une de ces jeunes femmes qui a pu contacter sa mère et l'ACFC (Association des femmes chefs de famille). Agée de 25 ans, cette jeune femme que nous appellerons Coumba leur a raconté les sévices qu'elle subit, comme plusieurs de ses compatriotes.
Elle croyait partir enseigner, mais une fois en Arabie saoudite, Coumba a été forcée de faire le ménage des heures durant, battue et séquestrée, a-t-elle raconté à sa mère, grâce à un téléphone caché à ses employeurs. Des sévices subis par au moins trois de ses compatriotes, dont l'une, selon Coumba, a été violée.
Soutenue par la défenseur des droits humains et présidente de l’ACFC (Association des femmes chefs de famille) Aminetou Mint el-Moctar, sa mère a déposé plainte il y a quinze jours pour maltraitance et séquestration. Sur la base de plusieurs témoignages, Aminetou Mint el-Moctar estime qu'environ 500 jeunes femmes ont été approchées par des rabatteuses, dont quelques 200 seraient déjà sur place.
Toutes sont issues d'une communauté très pauvre et souvent marginalisée, les Haratines, les descendants d'esclaves. La police judiciaire a ouvert une enquête. Auditionnée la semaine dernière, la chef de filière présumée a été relâchée.
« Ce n’est pas un phénomène nouveau en Mauritanie, mais sous cette forme c’est une nouveauté parce qu’avant il y a eu la traite des jeunes filles et des petites filles de familles très pauvres qu’on emmène en Arabie saoudite pour les vendre pour des mariages. Mais elles n’étaient pas venues pour le travail, souligne Aminetou Mint el-Moctar. C’est en général des Mauresques blanches. Elles sont emmenées par des réseaux ou par des individus. On dit à la famille que la fille va étudier, puis se marier et on fait miroiter de l’argent aux familles pauvres. Pour les plus petites, entre 4 et 14 ans, 10 millions d'ouguiyas (près de 28 000 euros), plus vieilles que ça, 7 millions d’ouguiyas (plus de 19 000 euros) et le mariage d’un point de vue religieux à une certaine considération. Aujourd’hui ce sont des Haratines, des descendants d’esclaves. Parfois ce sont les parents qui envoient leur fille, mais parfois aussi c’est le choix des jeunes filles pour trouver un avenir meilleur. Mais on leur promet un travail dans des hôpitaux, des jardins d’enfants. Arrivées là-bas, elles sont recrutées comme bonnes à tout faire, en plus de l’exploitation physique et sexuelle. Donc c’est de l’esclavage moderne en réalité. »

16 juin 2014

L'or appauvrit

 Vous n'êtes pas au Far West, vous n'êtes pas au XIXe, vous êtes maintenant, au Sénégal mais la fièvre de l'or là-bas appelle les gens de la région et au-delà. C'est qu'il y a de l'argent, beaucoup d'argent à faire - à tel point qu'une campagne d'affichage tente de dissuader les enfants d'abandonner l'école pour l'or. Les dégâts écologiques que l'auteur attribue aux seuls Burkinabés sont en tout cas liés à des pratiques de l'orpaillage sans foi ni loi - même si de grasses compagnies doivent y laisser quelques plumes. Les conditions de travail et de vie des migrants orpailleurs sont effroyables. Dakaractu (ici, en français) relaie un reportage de Mamadou Oumar NDIAY publié à l'origine par « Le Témoin » N° 1164 –Hebdomadaire Sénégalais (MAI 2014).

Extrait

C’est surtout le village de Kharakhena (...), qui est le point de convergence de tous les aventuriers de l’or attirés par la perspective de faire fortune rapidement. Village de 700 habitants à peine il y a deux ans, Kharakhena a connu la plus formidable explosion démographique de l’histoire du Sénégal puisque, en moins de 24 mois, sa population a atteint le chiffre incroyable de 60.000 personnes dont les 20.000 s’adonnent à la recherche de l’or ! Comme une traînée de poudre (d’or !) et le téléphone arabe fonctionnant à plein régime, des milliers de prospecteurs venus du Mali et de la Guinée voisines mais aussi de la Mauritanie, de Côte d’Ivoire, du Burkina Faso, ou encore de la Sierra Léone, du Libéria, du Ghana et du Nigeria ont afflué à Kharakhena, transformant la localité en véritable tour de Babel où toutes sortes de dialectes et de langues sont parlées. La rumeur se propageant, déserteurs d’armées régulières voisines, mercenaires des conflits qui ont ensanglanté la sous-région, évadés de prisons et autres djihadistes défroqués sont tous venus reprendre du service à Kharakhena où, bien que tout ce qui brille ne soit pas de l’or, d’importantes quantités du métal jaune sont quand même extraites du sous-sol chaque jour que Dieu fait, sauf le vendredi, jour de repos hebdomadaire chez les Musulmans strictement respecté ici et le lundi, jour du sacrifice au génie de l’or et repos sabbatique que nul ne s’aviserait jamais de transgresser. C’est que dans cette zone de non-droit, dans cet univers sans foi ni loi, dans cette jungle impitoyable où les plus forts broient les plus faibles, il existe tout de même des codes que tout le monde respecte. Par exemple, aucun cordonnier n’a le droit de mettre les pieds dans les « diouras » sous peine de se faire lyncher. Le même sens interdit s’applique aux ramoneurs.
Les autres jours de la semaine, c’est à qui extraira le plus d’or. C’est que le sous-sol de Kharakhena regorge du métal précieux. Environ 1,5 tonne en est extraite chaque année, soit 120 kilogrammes en moyenne chaque mois. En l’absence de statistiques fiables, les autorités en sont réduites aux approximations mais il n’est pas rare de voir des individus chanceux collecter trois à cinq kilos les jours heureux. Située dans le prolongement du plateau malien où se fait l’extraction de l’or, la zone aurifère sénégalaise, que l’on trouve essentiellement dans le département de Saraya, dans la région de Kédougou, est située sur un espace plus restreint. (...) La chance du Sénégal, c’est que son or est situé en surface, en tout cas à une faible profondeur, contrairement au Mali ou au Burkina Faso où il faut aller à environ 100 mètres sous terre pour trouver le métal précieux.

De tout temps, les populations locales se sont livrées à l’orpaillage traditionnel extrayant de faibles quantités d’or qui leur permettaient de survivre à côté de l’agriculture qui est paradoxalement la principale richesse de la région de Kédougou avec les mines de fer de la Falémé. Puis, les cours du métal jaune ayant flambé il y a deux ans, cela a accru la ruée vers l’or. Une ruée d’autant plus intense que des compagnies minières occidentales, à coups de milliards de francs cfa, avaient fini d’effectuer leur travail d’exploration dans la zone. Les orpailleurs de la sous-région ont donc attendu tranquillement que ces sociétés aient fini de déterminer avec précision les endroits où se trouvait l’or pour venir les occuper sans autre forme de procès. C’est ainsi que des périmètres appartenant à des compagnies régulières comme Afri-Gold, disposant donc de permis en bonne et due forme, sont squattées par des milliers de « diouratiguis » (orpailleurs traditionnels) au grand dam des dirigeants de ces compagnies qui ne savent plus à quel saint se vouer.

En effet, en lieu et place de l’orpaillage de subsistance, si on peut l’appeler ainsi, s’est développé un véritable orpaillage de prédation nuisible pour l’environnement, les finances publiques et… la sécurité de la Nation. Une fois l’or détecté avec précision par les compagnies minières, les Burkinabés sont entrés à l’œuvre. Maîtrisant la technique d’extraction par le cyanure et le mercure, ils sont outillés pour exploiter aussi bien ce que les géologues appellent les indices que les gisements à l’image de celui de Sambranbougou qui appartient pourtant à une compagnie minière occidentale. Les dégâts pour la nature de cette forme d’orpaillage sont en tout cas effroyables. En effet, sur la montagne où se trouve le site dit « Kara Kara », qui regorge le plus d’or et qui appartient à la société Afri-Gold, sur cette montagne, donc, des milliers d’arbres ont été arrachés et/ou brûlés quand ils ne servent pas à réaliser des étais pour les mines de fortune, d’où l’appellation de « montagne pelée ». Une véritable politique de la terre brûlée ou de la tabula rasa ! Pis, le cyanure utilisé à grande échelle et qui s’infiltre dans la nappe phréatique représente un risque sanitaire majeur dont les conséquences sanitaires sont encore difficilement mesurables. Sans compter que camionneurs maliens et burkinabés se cachent à peine pour aller laver leurs cargaisons de sable dans la Falémé toute proche, y épandant donc du mercure et du cyanure.
 

Sur le site du « Kara Kara », le spectacle est apocalyptique. C’est comme si des milliers de castors s’étaient mis à creuser la montagne et à ronger ses entrailles.  Une montagne qui ressemble à un gruyère, creusée qu’elle est  de centaines de trous. Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, rouges de poussières, descendent dans ces trous ou en remontent régulièrement, s’ils ne font monter à la surface des seaux remplis de banco contenant quelques poussières d’or. A l’aide de cordes, ils se laissent glisser à l’intérieur de ces trous sombres où ils sont obligés d’utiliser des lampes torches pour pouvoir se mouvoir. L’un d’entre eux, Sénégalais, nous confie : « C’est entre 30 et 35 mètres que nous trouvons le sable dont nous avons besoin. Nous le faisons remonter, l’entassons avant de le transporter chez nous. » Pour quoi faire ? Pour le laver, pardi et en extraire l’or ! Au bord de tous les trous, des bassines remplies d’eau. Quand nous demandons à notre interlocuteur à quoi ils servent, il nous répond : « c’est pour effectuer des tests. Si nous trouvons des traces d’or, alors ça veut dire que nous pouvons continuer à creuser. » Ce qu’il appelle « la maison », ce sont en fait de véritables petits ateliers où se trouvent des concasseurs pour broyer le sable apporté à l’intérieur de sacs ou transporté par ces sortes de charriots motorisés chinois que l’on voit à Dakar et dont des centaines se trouvent à Kharakhena. Sur les lieux, nous avons dénombré au moins une cinquantaine de concasseurs à l’œuvre tandis qu’une noria de camions fait un va-et-vient incessant entre le « dioura » et le fleuve tout proche. 
A voir ce spectacle surréaliste de milliers de « gueules rouges » (...) on ne peut manquer d’être impressionné, voire effrayé. Une véritable cour des miracles !

Et parce que Kharakhena, petit hameau de quelques dizaines de cases, ne pouvait pas accueillir tout ce monde, à ses flancs s’est développé une gigantesque verrue, une hideuse excroissance faite là encore de milliers de huttes en paille mais aussi de bric et de broc dans lesquelles vit un monde interlope à côté des fourmis industrieuses qui s’activent le jour dans les galeries creusées à flanc de montagne. L’argent circulant à flot du fait du commerce de l’or, ces conquistadores d’un genre nouveau dépensent sans compter. Les gargotes et les restaurants de fortune (sans jeu de mots) y poussent donc comme des champignons après la pluie, sans compter les débits de boisson alcoolisée, les chambres de passe, des centaines de prostituées étant venues exercer le plus vieux métier du monde pour le repos du guerrier des orpailleurs. En l’absence de tout contrôle d’hygiène, de police des mœurs et de carnet sanitaire, les maladies sexuellement transmissibles y foisonnent tandis que le taux de séropositivité s’envole.  Sans compter, évidemment, le trafic de drogue. (...)

Quant à l’or, c’est sous le manteau qu’il se vend, loin des yeux et des oreilles indiscrets dans un véritable marché parallèle solidement contrôlé par les Maliens qui brassent des centaines de millions de francs par jour. Puis tout l’or acheté prend la direction du Mali ou du Burkina Faso où il est comptabilisé dans les statistiques d’exportations de ces pays tandis que le Sénégal, où ce métal précieux est pourtant extrait, ne gagne rien, absolument rien, ni impôts et ni taxes, dans ce commerce qui génère un chiffre d’affaires d’une vingtaine de milliards de francs chaque année, rien que dans la zone de Kharakhéna. (...) [L]e Sénégal, lui, laisse filer toutes ses richesses dans les pays voisins

2 mai 2014

L'emploi ne se mange pas

Selon un article de Gaëlle Laleix sur RFI, un accord de pêche lie la Chine et la Mauritanie (ici, en français, avec une vidéo). En échange de la construction d'une usine, le géant asiatique acquière des droits de pêche dans les eaux mauritaniennes.

La surpêche menace les ressources halieutiques locales - les pêcheurs ne prennent plus la mer faute de poisson. La pêche fait vivre un tiers de la population mais, qu'on se rassure, l'usine chinoise en échange de laquelle les droits de pêche ont été accordés a embauché ... 2500 personnes. C'est une forme d'enclosure grossière, de pillage des ressources.

Quand ils auront transformé leur dernier poisson en emploi, ils se rendront compte que l'emploi ne se mange pas (et heureusement)!




Extrait de l'article

La Mauritanie a inauguré le mois dernier une usine de transformation de poissons, à Nouadhibou, au nord de Nouakchott la capitale. Cette usine est le fruit d'un accord entre la Mauritanie et une compagnie chinoise de pêche, Poly-hondone Pelagic Fishery.Co. En échange d'un investissement de 100 millions de dollars, la société chinoise a obtenu un droit de pêche qui inquiète les ONG et pêcheurs locaux.


5 mars 2014

Esclavage en Mauritanie

Témoignage et enquête dans une article de Courrier International (ici). Extrait


Aux yeux de son maître, Chada était une marchandise. Elle était née pour le servir, comme ses enfants, comme sa mère avant elle. Cet esclavage héréditaire semble d'un autre âge, mais se pratique toujours, ici. Largement. La Mauritanie se situe en tête des pays esclavagistes, selon un classement de la fondation australienne Walk Free. Nulle part ailleurs une aussi large proportion de la population n'est-elle réduite en esclavage : 4 % des Mauritaniens sont asservis, soit 150 000 des 3,8 millions d'habitants du pays. Ces esclaves des temps modernes sont, pour la plupart, éparpillés dans le désert. Ils n'ont pas droit à l'école, aux terres, à l'héritage. Ils ne peuvent ni se marier ni divorcer sans la (rare) permission de leur maître. Ils sont totalement dépendants. Et soumis.

La nuit tombée sur le désert, Chada se recroquevillait sous des loques, blottie contre l'enfant qui ne lui avait pas encore été arraché, pendant que son maître s'installait avec sa famille sous une large tente bien dressée. Parfois, l'enfant s'approchait de la tente. Le maître le chassait en le traitant de "petit chacal". Chada et les siens ne se sont jamais réunis sous une tente pour partager un repas. "Ce n'est jamais arrivé. Jamais. Je croyais que les fêtes, c'était pour les maîtres. Et je croyais que ma vie était normale. Je n'avais rien connu d'autre."

6 déc. 2013

Aux confins de l'emploi et de l'esclavage

Cet article est un résumé, des notes de lecture, d'une enquête de Médiapart.

Le journaliste de Médiapart nous parle du livre de Malek Chebel qui se limite malheureusement à l'étude du monde arabe, faisant l'impasse sur l'Inde, les États-Unis, Singapour ou la Chine, par exemple, où ces pratiques sont également monnaie courante. Pour lui, les pratiques esclavagistes sont liées à un fait de culture - opinion dont nous lui laissons la responsabilité, opinion que nous ne partageons pas tant les cas d'esclavages de tous type sont répandus par le monde.


Le Qatar s'est illustré récemment pour ses traitements esclavagistes des ouvriers népalais dans la construction de stades pour la coupe du monde de football (voir ici).

Le néo-esclavage salarié n'est pas inscrit dans le droit mais est une pratique de fait dans de nombreux pays.

Extrait:

Malek Chebel estime à 3 millions le nombre de ces esclaves modernes : elles sont un million de bonnes au Maroc, dont un nombre important d’enfants, ils sont encore 100 000 ouvriers d’Inde, du Pakistan ou de Chine travaillant 13 heures de travail par jour à Dubaï pour 200 euros par mois…
 Le néo-esclavage revêt toutefois des formes très différentes, du travailleur népalais sur les chantiers du Qatar, à la petite bonne au Maroc, jusqu’aux ventes d’enfants à Bamako. Au Liban, par exemple, il est possible de se procurer une bonne dans une agence spécialisée pour 300 dollars par mois (la moitié revenant à la domestique, l’autre pour la société). En principe, il s’agit donc d’une vente de services, mais dans les faits, le traitement de ces domestiques s’apparente le plus souvent - mais pas toujours bien sûr-, à de l’esclavage. De même, dans les consciences, il semblerait que cette mentalité néo-esclavagiste soit encore prégnante, preuve en est que la communauté sri lankaise, la plus importante communauté étrangère du pays, n’a aucune existence publique, et que les scandales de maltraitance et de viols sont fréquents. Détail révélateur, le mot Sri lankais est devenu une sorte de terme générique pour désigner tout domestique. J’ai d’ailleurs longtemps été persuadée, enfant, qu'il s'agissait d'un synonyme pour femme de ménage.
À l'instar des classes propriétaires européennes, les classes aisées ont le sentiment de faire une bonne action en donnant du travail aux pauvres.