Le premier terrorisme que nous dénonçons, c'est la violence, la terreur sur lesquelles prospère la soumission des producteurs à l'emploi. Nous ne traiterons pas ici du terrorisme d'État - sans doute le plus meurtrier - ce n'est pas l'objet de ce blogue. Mais il en est aussi une autre qui ensanglante tous les jours l'Irak, qui vient de faire quarante victimes au Yémen et qui a poussé des correcteurs, des policiers et des journalistes à la mort.
L'engagement contre l'emploi, le rêve d'émancipation du travail est un idéal universel. Nous ne pouvons que difficilement émanciper quoi que ce soit si les producteurs se battent entre eux, qui pour des raisons politiques, qui pour des raisons ethniques ou confessionnelles.
Le sens de l'Atlas de l'emploi, c'est de donner une dimension mondiale au drame de l'emploi, c'est de souligner que, d'Ankara à Anchorage, de Vladivostok à Buenos Aires, ce sont les mêmes contradictions, c'est la même violence qui s'exerce contre les nôtres, contre les producteurs.
Les chômeurs belges sont exclus
au même moment et de la même façon que les chômeurs états-uniens, ils sont harcelés de la même façon que leurs coreligionnaires autrichiens ou allemands - avec le
même effet tragique sur les mères célibataires. Les mesures "d'activation" (de harcèlement) des chômeurs et des invalides sont prises
en même temps dans toute l'Europe (et avec le même constant insuccès). Parallèlement au développement de la crise mondiale lié à la guerre mondiale contre le salaire, les libertés civiles s'amenuisent et les tensions communautaires se font jour alors que
au même moment les rares pays qui s'inscrivent dans une politique salariale, l'Uruguay ou l'Équateur voient les tensions ethniques disparaître ou s'amenuiser.
Il ne s'agit ni de prôner une solution politique au drame de l'emploi
dans un seul pays comme Staline ou de prôner une solution nécessairement immédiatement mondiale.
Nous ne prônons rien en tant que blogue. Nous posons l'emploi comme problème et réfléchissons dans le cadre ainsi posé. Il s'agit de comprendre, de témoigner, de partager l'information et, qui sait, de permettre à des luttes de se rencontrer, à des luttes de reformuler des objectifs en termes plus ambitieux, plus fédérateurs, plus efficaces.
Dans le cadre de ce travail particulier de récollection d'information du monde entier, nous avons constaté un phénomène récurrent. Les assassins recrutés par Daesh venaient souvent d'Irak, bien sûr, pays décimé par des décennies de guerres, mais aussi de pays beaucoup plus pacifiques tels que l'Europe occidentale ou les Balkans.
Tous ces combattants du désespoir partagent une connaissance sommaire, partiale et simpliste de l'islam et, sociologiquement, ils se distinguent tous par le fait qu'ils n'ont absolument aucune perspective de carrière professionnelle dans leur pays. Les jeunes des cités sont abandonnés depuis des décennies par les pouvoirs publics et sont confrontés au chômage de masse (accentué par le racisme des recruteurs); les fonctionnaires irakiens baasistes ont vu disparaître l'État par le truchement duquel ils pouvaient exercer un métier, avoir accès à une dignité et faire valoir leur qualification.
Il faut savoir, pour prendre une autre région du monde sujette au terrorisme, que le Pakistan connaît un phénomène massif d'accaparement des terres par la dette. Les paysans y sont littéralement mis en esclavage par leurs propriétaires terriens. Mais, avec l'abolition légale de ce type d'esclavage, les propriétaires moyens ont tendance à chasser les paysans de leurs terres pour s'adonner à des monocultures destinées à l'exportation. Ces paysans sans terre sont des cibles idéales pour les mouvances islamiques locales.
Or les paysans endettés, condamnés à l'esclavage sont également sans perspective.
C'est aussi le cas des paysans sans terre et sans avenir du Nigeria. Certains d'entre eux échouent parmi les assassins de Boko Haram.
Dans cette vision transnationale, avec le point de vue anti-employiste qui est le nôtre, il appert que la panacée au terrorisme, c'est d'offrir des perspectives professionnelles, c'est de permettre aux producteurs l'ambition d'une carrière, la sécurité d'un salaire, la reconnaissance d'un statut et d'une qualification.
Cette conclusion rejoint celle de Patric Jean sur Médiapart. Un jeune de banlieue, en France, a aussi sombré dans le terrorisme faute de perspective professionnelle, faute d'avenir. Ceci n'a rien à voir avec une quelconque religion ou une quelconque interprétation de telle ou telle religion. Toute religion, toute idéologie deviennent dangereuses quand l'avenir est bouché. Cela se vérifie de manière tragique dans la violence cultivée par des
groupuscules fascisants en Europe: c'est la même jeunesse, c'est la même
absence de perspective, seule diffère l'idéologie de référence.
Il est urgent que nous nous réapproprions notre avenir, nos usines, nos bureaux, nos projets, notre temps. Il est urgent que nous récupérions ce qui est à nous: l'économie, la société et notre vie.
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Voir l'article sur l'attentat de Charlie Hebdo ici.
Voir les articles sur le recrutement du Daesh dans les Balkans ici et en Irak ici.
Voir l'article du Monde ici.
[J]’ai pu creuser encore ce phénomène de bonded labour.
Il s’est répandu dans les régions méridionales de la province avec
l’accélération de la mécanisation de l’agriculture et l’adoption de
cultures de rente, telle que la canne à sucre, et aux dépens de cultures
vivrières. De fait, il s’agit d’un phénomène plutôt récent. Les
paysans dans le Sind sont en général pérennes – moroussi hari
en sindhi – c'est à dire rattachés à terre, partie de cette terre, et
donc vendus avec elle si celle-ci change de main. Le système du partage à
égalité de la récolte entre les paysans et le propriétaire qui est en
vigueur actuellement dans la province est assorti également de
l’application du même principe pour l’achat des intrants. Mais, par
dessus tout, Il y a des liens affectifs, en quelque sorte, réciproques
et enracinés dans les lieux, transmis d’une génération à l’autre, qui
lient les paysans et le propriétaire. Les paysans habitent la terre de
leur propriétaire, évoluent sous la houlette de sa famille, lui rendent
de nombreux autres services tels que les travaux domestiques, le
gardiennage contre le vol des récoltes, et surtout, pour en revenir au
sujet qui nous occupe aujourd'hui, constituent son électorat dans les
élections locale, provinciale et nationale. En effet, la représentation
revient de droit à la famille du propriétaire, et ce quel que soit le
parti politique auquel celle-ci adhère.
Si ce système fonctionne toujours dans le cas des grands chefs
féodaux, les propriétaires moyens s’en accommodent de moins en moins.
Avec la culture de la canne à sucre, le propriétaire n’a pas besoin de
s’occuper de ses terres et de ses paysans à longueur de l’année. Ses
revenus ont décuplé. Il habite plus la ville que la campagne. Il n’a
besoin de main d’œuvre que pour quelques semaines lors des semis et
lors de la coupe. Il y a peu de cultures permettant aux paysans de se
nourrir puisque les cultures vivrières sont abandonnées. Au lieu de
partager une récolte aussi lucrative, le propriétaire préfère payer ses
paysans en liquide et seulement pour la période de travail effectif.
Pour joindre les deux bouts et vivre le reste de l’année, les paysans
empruntent de l’argent au propriétaire qui pour les contraindre aux
prochains semis et aux prochaines récoltes le leur avance bien
volontiers. Le propriétaire terrien dans le Sind, et ceci est toujours
vrai pour les grands chefs féodaux, est traditionnellement aussi un chef
spirituel, pir en sindhi, l’héritier en somme de la lignée
d’un saint, supposé ou déclaré comme tel, dont il entretien le mausolée
comme gage de son autorité religieuse. Avec l’instauration de relations
commerciales, tout caractère sacré des relations entre les paysans et
le propriétaire disparait. Rompus désormais aux mœurs commerciales,
les paysans refusent de rembourser leurs dettes qui sont assorties d’un
taux d’intérêt imposé très élevé. Le système traditionnel d’obligations
réciproques qui les liait au propriétaire, non seulement sur le plan
économique mais également sur les plans affectif, social et même
religieux, s’effondre. D’où les détentions forcées de paysans et la
création de prisons privées par les propriétaires terriens.
Bientôt, les paysans prendront conscience des possibilités légales que leur offre la loi bonded labour abolition Act
promulguée au début des années 1990 grâce aux efforts des organisations
des droits de l’homme telle que Human Rights Commission of Pakistan.
Veeru Kohli et sa famille étaient tenues prisonnières par leur chef
terrien. Après s’être évadée, Veeru Kohli obtint gain de cause auprès
des tribunaux. Ce qui mena à la libération du reste de sa famille. Par
la suite, des dizaines de milliers de paysans ont été libérés des mains
de ces geôliers.
Mais, tout ce processus s’est déroulé sans qu’il y ait eu une prise
de conscience générale dans la paysannerie et qu’aucun des partis
politiques ait incorporé le problème agricole dans son programme et
dans son action politique. Autant qu’il a été fait preuve d'audace pour
obtenir leur libération, autant les prisonniers libérés ont été depuis
laissés à leur sort. Ils ont été parqués dans des campements aux abords
des zones urbaines de la province. Ne connaissant d'autres métiers que
le leur, l’agriculture, bon nombre sont devenus mendiants ou ont dû
s'associer à la petite criminalité. Plus grave encore, certaines ONG se
sont mises à les utiliser uniquement pour faire valoir leur propre
action auprès des donateurs étrangers, en les payant maigrement pour
s'afficher et grossir leurs manifestations. Il n’y avait aucune force
politique ou organisation paysanne pour se servir de leur exemple et
répandre un message libérateur dans une société rurale totalement sous
l’emprise idéologique des chefs féodaux.
Alors que l’état pakistanais s’est progressivement désinvesti des
secteurs sociaux tels que l’éducation et la santé, les partis
politiques, eux aussi, ont par convenance évacué les questions sociales
vers les ONG. La réforme agraire n’est sur l’agenda d’aucun parti
politique alors que moins de cinq cents familles féodales possèdent plus
de 60 % des terres cultivables dans le Sind et le sud du Pendjab. Deux
douzaines de familles féodales, avec leurs fiefs de voix captives,
dominent la représentation politique dans ces régions. Elles dictent
leur loi aux partis politiques, qu’il s’agisse du parti au pouvoir, le
PPP, ou le principal parti d’opposition le PML (N), qui les courtisent.
Aucun parti n’ose proposer une taxe foncière sur les propriétés
agricoles. C’est ce qui a verrouillé le système politique au Pakistan et
a rendu quasi impossible le renouveau économique et les changements
sociaux. La démocratie électorale au Pakistan est ainsi tenue en otage
par les propriétaires féodaux. Leurs mandats publics ne servent qu’à
renforcer leur pouvoir social.
Voir l'article de Christian Pareti qui évoque la chose. L'article est publié dans The Nation et traduit et mis en ligne par le Courrier International, ici, en français.
Dans la province rurale du Sind [dont Karachi est la capitale], par
exemple, les eaux ont fini par se retirer. Le mois de juin est arrivé,
et avec lui le moment d’ensemencer les champs. Mais dans le camp situé
près de Karachi, seulement la moitié des résidents sont repartis, alors
que l’aide des organisations humanitaires diminue. “Nous préférons mourir ici plutôt que de retrouver nos propriétaires terriens”,
jure Mehboob Ali, porte-parole du camp. La veille de ma visite, le
Mutasereen Action Committee [comité d’action des victimes], la petite
organisation sociale du camp, avait organisé un défilé pour demander le
droit de rester et de construire des maisons. La police a chargé,
utilisé du gaz lacrymogène et frappé à coups de bâton les manifestants.
Mais pourquoi ces victimes des inondations se mobilisent-elles ainsi
pour rester vivre dans un camp de tentes noyé sous la poussière ? La
réponse se trouve dans les terribles humiliations et l’exploitation qui
constituent le lot quotidien de la plupart des Pakistanais vivant en
zone rurale. Dans la province du Sind, les grands propriétaires terriens
sont appelés zamindar et leurs métayers des hari. Depuis
l’indépendance et la partition de l’Inde, en 1947 [qui a donné naissance
au Pakistan], plusieurs tentatives de réforme agraire ont vu le jour,
sans grand succès. Ainsi, aujourd’hui encore, les zamindar restent
propriétaires de vastes étendues de terres sur lesquelles les hari
vivent et travaillent comme des esclaves.
(...)
Ces inégalités alimentent un profond ressentiment, lequel finit
généralement par exploser. Lorsque Benazir Bhutto fut assassinée, en
décembre 2007, les émeutes qui éclatèrent dans les campagnes du Sind
revêtirent clairement un aspect de classe : quand le calme revint,
34 stations-service, 18 gares, des centaines de voitures et de commerces
privés et 176 banques avaient été vandalisées et brûlées. Aujourd’hui,
dans l’Etat du Pendjab, certains hari commencent à soutenir des
groupes de talibans dont les discours dénoncent l’exploitation de
classe et appellent à une réforme agraire.
Voir
notre article en lien avec l'enquête de Rachel Knaebel sur Basta (
ici).
Des exactions qui augmentent avec l’état d’urgence
Mais d’où vient cette secte qui s’est muée en groupe armé ? Boko
Haram est né au début des années 2000 dans le nord-est du Nigeria, une
région proche des frontières du Niger, du Tchad et du Cameroun, pays
aujourd’hui eux aussi touchés par le phénomène. Le groupe devient plus
particulièrement violent à partir de 2009, quand son leader, Mohammed
Yusuf, est exécuté par la police sans autre forme de procès. Boko Haram
s’est d’abord attaqué à des policiers et à des prisons. En 2011, le
mouvement revendique un attentat à la bombe contre le bâtiment des
Nations Unis à Abuja, la capitale fédérale du Nigeria. C’est à partir de
là qu’il attire l’attention internationale.
Sa violence s’est encore accrue avec l’instauration de l’état
d’urgence en mai 2013 dans trois États du nord-est du pays, Yobe,
Adamawa et Borno. Depuis, les agressions massives et répétées se
multiplient contre les populations civiles, dans des écoles, des
marchés, des lieux de prières. Human Rights Watch en dénombre plusieurs
centaines ces deux dernières années. Il s’agit souvent d’attaques contre
des villages suspectés d’avoir collaboré avec les forces de sécurité.
En 2014, le nord-est du Nigeria est ainsi devenu la région la plus
meurtrière du pays « alors qu’avant 2009, le Nord était paisible et les violences se concentraient dans le Sud », note le dernier rapport
du groupe d’étude sur la violence au Nigeria Nigeriawatch. Le Sud, où
le groupe armé du Mouvement pour l’émancipation du Delta du Niger (MEDN)
était par exemple actif dans les années 2000, et s’attaquait
principalement aux installations pétrolières.
Pauvreté massive en pays pétrolier
Les régions du nord du Nigeria font surtout partie des plus pauvres.
Dans le pays le plus peuplé d’Afrique (178 millions d’habitants
aujourd’hui), deux-tiers de la population vit avec moins d’un dollar par
jour. Le Nigeria dispose pourtant d’un riche sous-sol. C’est le cinquième pays exportateur de pétrole au monde !
Mais c’est aussi l’un des pays les plus corrompus de la planète : il
est classé à la 136ème place sur 175 par Transparency International.
Pour comparaison, l’Afrique du sud se trouve au 67ème rang.
La manne pétrolière ne profite donc pas à tout le monde, loin de là,
et surtout pas aux États du nord du pays, puisque les puits de pétrole
se trouvent dans le Sud. Résultat : 70% de la population du nord-est vit
avec moins de 1 dollar par jour, contre moins de 60% dans le sud. Moins
d’un quart des femmes et seulement la moitié des hommes savent lire
dans le nord-est, contre 80 et 90% dans le Sud
Voir l'enquête de Patric Jean dans Médiapart sur un jeune de banlieue qui a sombré dans le terrorisme (
ici).
Si l'on refuse l'explication raciste, dite "islamophobe", il doit
bien y avoir une autre explication. A force de refuser de se poser la
question, on laisse la place vacante aux tenants de la haine des
Musulmans et qui proposent de les déporter. Sur ce type de thèse, Pegida
(Européens patriotes contre l'islamisation du pays) organise en
Allemagne des manifestations qui ont un succès croissant.
A propos des jeunes français-e-s partant faire le jihad au
Moyen-Orient, on ne peut qu'être frappé par la surprise que leur
conversion violente suscite chez celles et ceux qui les ont connu-e-s.
On parle de jeunes gens calmes, sans problèmes, serviables, amicaux et
qui tout à coup ont versé dans une folie meurtrière. Tout cela ne nous
pose t-il pas question?
Une affaire un peu ancienne devrait nous éclairer. Khaled Kelkal
était un jeune algérien arrivé en France à l'âge de deux ans. Membre du
GIA, il est l'un est principaux responsables de la vague d'attentats
commis en France et a été tué par la police en 1995. Or, un sociologue
allemand, Dietmar Loch, avait interrogé ce jeune habitant de
Vaulx-en-Velin, le 3 octobre 1992. A cette époque, Kelkal n'est pas
encore un terroriste. C'est un jeune désœuvré qui a commis de petits
délits et fait un court séjour en prison. La révélation de l'interview
fut donc un choc pour celles et ceux qui voulurent bien s'y pencher.
En résumé, Kelkal (21 ans au moment de l'entretien) raconte son
parcours scolaire. Tout va parfaitement bien au collège où il a de
bonnes notes. Il se sent bien, il est apprécié. "Au collège, ils reconnaissaient notre valeur, ils savaient ce qu'on valait et ils connaissaient nos limites." Mais au lycée tout bascule. "Moi, je ne trouvais pas ma place, j'étais mal. Je suis arrivé au point de me dire : « Qu'est-ce que je fous là ? »." A tort ou à raison, Kelkal se sent très stigmatisé. "Des
fois, il y avait une calculatrice qui disparaissait dans la classe...
J'étais pas un voleur, j'étais rien ; mais, en étant le seul Arabe, je
me sentais mal en pensant « Tous les gens doivent penser que c'est
moi ». Et vous avez des regards indiscrets. Je me dis : « Qu'est-ce que
je fous là ? On ne m'accepte pas ici, j'ai rien à faire ici.» "
Découragé, il quitte le lycée malgré les reproches de sa famille qui l'incite à étudier. "Quand j'ai arrêté l'école, ma mère, toute la famille, m'en a voulu." Puis, "mon
frère, il m'a donné des conseils, et le jour où je suis vraiment parti
de travers, il m'a pris : « Ça ne va plus ! » Ça m'a touché, aussi ça
m'a vexé. C'est là où je suis parti."
Kelkal quitte alors sa famille et va chez un ami. Isolé, il se met à voler. "Alors
il fallait que je compte sur moi-même, obligé d'aller voler. Mais
c'était surtout une question de vengeance. Vous voulez de la violence,
alors on va vous donner de la violence. On parle de nous seulement quand
il y a de la violence, alors on fait de la violence. Nous, c'était à
l'échelle individuelle."
Il ne parvient pas à décrire son malaise à propos de l'école. Il reconnaît lui-même ne pas trouver les mots. "On
n'a pas trop les valeurs d'éthique. Ça fait qu'on est tenté de partir
là où on se sent mieux. Moi, je répondais par la violence individuelle." Dans une région où les immigrés ont été ghettoïsés, Kelkal décrit ainsi son malaise: "Nos
parents nous ont donné une éducation, mais en parallèle les Français
nous ont donné une autre éducation, leur éducation. Il n'y a pas de
cohérence. Il y a un petit peu de ça, un petit peu de ça, un petit peu
de ça."
Beaucoup d'autres jeunes sont de la même manière en déshérence dans son quartier, sans diplôme ni travail.