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1 juin 2015

Le pillage des Wayuu (mais ça fait de l'emploi)

Au nom de l'extractivisme, on sacrifie une communauté indienne indigène, les Wayuu.

Nous rappelons que les actes commis au nom du profit, dans le cadre de la propriété lucrative, sont de la responsabilité desdits propriétaires, nous rappelons que tous les crimes commis par les multinationales sont imputables, en terme de responsabilité juridique et éthique, aux seuls actionnaires, aux seuls propriétaires lucratifs qui retirent des bénéfices desdits actes.

Traduction et extrait de l'article sur la question de Kaos en la red (ici, en espagnol)

Les Wayuu disparaissent lentement du fait de l'exploitation de leurs ressources naturelles par les multinationales. L'extermination de ce peuple se déroule dans l'indifférence générale de la "communauté internationale". Un peuple en voie d'extinction.

2010051517131925_640Quelques chiffres. On estime le nombre des Wayuu à 600.000. Ils vivent de part et d'autre de la frontière entre le Venezuela et la Colombie. En Colombie, ils vivent dans le département de la Guajira, au Nord-Est du pays et, au Venezuela, ils habitent dans l'État de Zulia, au Nord-Ouest de cette nation. Ils occupent un territoire de 15.300 km² et 97% d'entre eux parlent leur langue, le wayuuniaki. Seuls 32% d'entre eux maîtrisent l'espagnol, langue véhiculaire de leurs pays respectifs.

Les Wayuu ont toujours vécu de l'artisanat, de la chasse et de la pèche. Mais, aujourd'hui, leur vie est menacée. Les multinationales alliées au gouvernement néo-libéral pillent leurs ressources naturelles indispensable à leur survie. La rivière Rancheria est d'une importance capitale pour que la communauté puisse survivre. Elle s'en sert pour tirer l'eau de sa consommation de tous les jours mais aussi pour la pèche et pour toute sorte d'activités. Cependant, on ne tient aucun considération des besoins des peuples indigènes. C'est le cas des super-puissantes multinationale BHP Billiton et aussi Anglo América, toutes deux expertes dans l'exploitation des matières premières telles que le diamant, l'or ou le charbon.

Le charbon signe la condamnation à mort de la communauté Wayu. En effet, la plus grande mine à ciel ouvert du monde, El Cerrejón, pompe chaque jour plus de 35.000 litres d'eau dans la rivière Rancheria pour extraire le charbon. De plus, le peu d'eau qui reste aux habitants est polluée et, de ce fait, dangereuse.

(...)

L'épuisement des ressources en eau et leur pollution provoquent une véritable hécatombe humanitaire. L'absence d'enquête et de statistique sur le drame qui se déroule dans cette communauté rend difficile la publication de chiffres précis de l'impact des multinationales sur ces communautés.

Mais, selon la communauté Wayuu, plus de 14.000 enfants sont morts d'inanition. Quelques 36.000 enfants souffrent de malnutrition. Selon le Département Administratif National de Statistique, en 2012, ce sont 38,8% des enfants de moins de cinq ans qui sont morts.

(...)

Ce sont non seulement les humains qui meurent de soif du fait des activités extractives criminelles mais aussi toute la faune et toute la flore sur le point de disparaître. Tous les jours ou presque, les habitants retrouvent des cadavres d'animaux morts de soif. Tout l'écosystème d'une communauté est menacé par l'exploitation des ressources naturelles. Toute une histoire, une culture, une civilisation meurent sans que s'en émeuvent vraiment les "défenseurs des droits de l'homme".

Une habitante Wayuu constate: "c'est un territoire ancestral que nous avons toujours habité. Nous avons notre cimetière ici. Mais, ici, les intérêts de l'industrie prévalent sur les droits humains." Quand les communautés indigènes osent se soulever pacifiquement contre cette situation, l'État n'hésite pas à réprimer brutalement les manifestants comme il l'a toujours fait. 

(...)

La Colombie n'est absolument pas un cas isolé. Tout le continent latino-Américain est confronté à la sauvagerie des multinationales depuis déjà plusieurs décennies.

Il y a eu le cas 

de Chevron qui a détruit littéralement une partie de la forêt amazonienne en territoire équatorien.

de l'entreprise états-unienne Bunge qui vend du sucre à Coca-Cola et qui a déporté des tribus pour récolter davantage de canne.

La liste serait interminable. Pour ce qui est de l'État de Colombie, il ne semble pas pressé d'intervenir. Rappelons-nous que le gouvernement colombien n'a presque rien à faire simplement parce que cela fait déjà plus de cinquante ans que tous les gouvernements successifs ont déroulé le tapis rouge aux investisseurs et aux multinationales. Pour ces multinationales, la Colombie est un paradis minéral: nickel, platine, or, émeraudes, diamants ... une vraie mine d'or. Les multinationales se battent pour se réserver leur part du gâteau. Depuis l'anglaise Anglo-American jusqu'à l'états-unienne Monsanto en passant par l'espagnol Telefónica, les multinationales du monde entier se sont donné rendez-vous depuis des décennies pour piller la Colombie. Selon le site web de la revue Semana, le pays aurait sur son territoire plus de 700 multinationales. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que les chancelleries occidentales soient si obligeantes envers Bogotá ou envers le Mexique ou le Pérou. Ces trois pays ont obéi systématiquement aux ordres des institutions financières internationales en libéralisant leur économie, en vendant leurs bijoux de famille et en recevant à bras ouverts les investisseurs occidentaux. Dans ces pays, le temps semble s'être arrêté. Les temps de l'exploitation minière par les conquistadors espagnols se sont prolongés, aujourd'hui, chez les nouveaux propriétaire de l'économie mondiale: les multinationales. Ces nations semblent être condamné au pillage permanent de leurs richesses naturelles.

Au Pérou, des milliers de paysans ont été expulsés de leurs terres par l'État pour rassasier la multinationale Newmont qui exploite l'or et le cuivre dans la région de Cajamarca. Comme pour la communauté Wayuu, l'exploitation des ressources naturelles pompe des quantités monstrueuses d'eau, ce qui a asséché les terres et a tué les communautés locales obligées d'errer dans les villes. Nombre de paysans qui ont osé protester contre l'hégémonie des multinationales ont été tout simplement fusillés. Il y a à peine deux semaines, un paysan est mort et deux personnes ont été blessées par la police alors qu'ils protestaient contre le nouveau projet minier de l'entreprise Southern dans la province de Islay sur la côte Ouest du pays.

Au Mexique aussi, les multinationales dictent leurs lois. En décembre 2013, le président Enrique Peña Nieto a annoncé la privatisation du secteur pétrolier. Un secteur qui avait été nationalisé en ... 1933. Il ne fait aucun doute que le responsable de la mort des 43 étudiants de Ayotzinapa est le symbole le plus éloquent de la soumission d'une partie du continent latino-américain aux entreprises étrangères.

Depuis les années 1980, l'État mexicain n'a cessé de brader ses richesses et son territoire aux investisseurs étrangers. En 1994, le Mexique a signé sa condamnation à mort en signant le Traité de Libre Échange d'Amérique du Nord.

Quelles sont les conséquences de ces privatisations [ces enclosures] à marche forcée? Quels sont les résultats pour la Colombie en termes de taux de pauvreté, de taux d'inégalité? Quand la majorité des pays de la région ont diminué leur taux de pauvreté, la Colombie ne parvient pas à améliorer les conditions de vie de ses populations les plus pauvres.

Entre 2002 et 2008, alors que l'Argentine, par exemple, réduisait son taux de pauvreté de 45% à 11,3%, la Colombie ne parvenait qu'à le réduire de 8,5%, de 54% à 45%.

Le coefficient de Gini qui mesure les inégalités est le plus élevée d'Amérique latine en Colombie: il se situe à 53,5 en 2012.

Alors que certains pays se soumettent toujours plus à Washington, Madrid ou Londres, d'autres pays, en revanche, ont décidé de choisir leur propre destin, comme le Venezuela ou la Bolivie, pour prendre seulement ces deux exemples.

Maltraités par des années de néolibéralisme qui ne leur avaient amené que de la misère, des inégalités, du chômage, de la faim, les nouveaux dirigeants de ces nations sud américaines, quand ils sont arrivés au pouvoir, ont décidé que les ressources naturelles devaient appartenir au peuple et non aux capitalistes occidentaux. C'est avec cette seule idée que Hugo Chávez a nationalisé les richesses pétrolières du pays.

Evo Morales de son côté fit voter une loi hydrocarbure qui permet à l'État d'acquérir 82% des bénéfices de l'exploitation pétrolière et gazière et qui ne laisse que 18,5% aux multinationales. Avant que cette loi ne passe, les chiffres étaient exactement inversés.

Cette politique volontariste et interventionniste a permis de réduire la pauvreté et les inégalités. En Bolivie, entre 2006 et 2014, la pauvreté est passée de 38% à 18% [ce qui met ce pays au niveau de pauvreté de l'Europe] et le Venezuela s'est déclaré "territoire libéré de l'analphabétisme".

Au-delà de la comparaison entre pays néolibéraux et pays progressistes, se pose une question urgente. À quel type de développement doit se consacrer l'Amérique Latine pour son avenir? Alors que, selon les pays, les bénéfices de l'extraction minière et pétrolière n'aillent pas aux mêmes classes sociales selon les pays, comme nous l'avons vu, le point commun entre tous ces gouvernements, c'est l'insistance sur le modèle productiviste, modèle destructeur non seulement de l'environnement mais aussi des communautés indigènes qui sont les premières à pâtir de ces activités économiques.

La sortie de ce modèle est une urgence pour tous les pays d'Amérique latine [et du monde, merci pour nous].

6 avr. 2015

Il n'y plus d'eau pour les gens

En Colombie, selon Kaos en la red (ici, en espagnol), le barrage de la principale rivière de la région et la privatisation de son eau au profit de l'industrie agricole et de la plus grande mine de charbon à ciel ouvert du monde fait mourir de faim et de soif la plus grande communauté indienne de Colombie, les Wayuu.

Cette rivière se situe dans l'extrême nord du pays, dans la péninsule désertique de La Guajira, à un endroit où au moins 37.000 personnes souffrent de malnutrition. On parle de près de 14.000 enfants déjà morts d'inanition.

Selon les services d'accompagnement à la population, il est difficile d'évaluer la tragédie qui frappe les Wayuu. Cette communauté n'a pas de représentation étatique. Les données divulguées par le journal électronique alternatif Las 2 Orillas soulignent que la plupart des enfants indigènes qui meurent dans la région ne parviennent pas à arriver aux centres de soin les plus proches pour êtres soignés. Sans moyen de transports, ces enfants devraient marcher sur des distances énormes à travers le désert.

De la même façon, plus de la moitié des enfants ne sont même pas inscrits dans le registre civil à la naissance et n'ont pas de déclaration de décès à leur mort. Cela rend impossible au gouvernement d'avoir des statistiques réelles de la situation à La Guajira.

Les Wayuu vivent sans accès à l'eau depuis que la rivière Rancheria s'est totalement asséchée. Ses eaux sont aujourd'hui destinées exclusivement aux grandes exploitations agricoles du sud de la région et aux opérations des mines de charbon. Actuellement, dans le lit du fleuve, passent les automobiles et les animaux. De ce fait, les Indiens vivent dans des conditions de misère, ils manquent d'aliments et de services basiques tels qu'un aqueduc, la santé, l'électricité ou l'école.

La région de La Guajira peuplée de 500.000 personnes a reçu ces vingt dernières années plus d'un milliard de dollars pour encourager l'extraction minière (charbon et gaz), outre un montant annuel du budget fédéral. L'essentiel de ces subventions est détourné par des administrations locales corrompues.

Les programmes alimentaires pour les Wayuu ne parviennent généralement pas à leurs destinataires du fait de la corruption.