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14 déc. 2017

Guerre au salaire: photo finish

Bastamag fait l'inventaire des mesures anti-salariales de cette dernière décennie en Europe. Inventaire incomplet mais déjà vertigineux.

Extrait de l'article (en ligne ici, très intéressant, pour aller plus loin, voir ce site - en anglais, dispo aussi en français)

L’Allemagne, la Grèce, l’Italie, la Roumanie, ou encore l’Espagne... Et maintenant la France. Ces dix dernières années, la plupart des pays de l’Union européenne ont subi de profondes réformes du droit du travail. Officiellement, au nom de la lutte contre le chômage. Mais les études réalisées depuis, y compris par les institutions les plus libérales, sont unanimes : leur impact sur l’emploi a été minime. En revanche, ces politiques se sont traduites par une explosion de la précarité et une baisse des rémunérations pour les salariés. Basta !, en collaboration avec les journalistes d’Investigate Europe, vous propose une enquête grand format sur le hold-up des « réformes structurelles ».

En Allemagne:

Pourtant, le mythe du miracle allemand de l’emploi est trompeur. Certes, le nombre de personnes actives a augmenté de plus de 10 % entre 2003 et fin 2016, passant de 39 à 43 millions. Mais ce résultat n’a été atteint que par le remplacement d’emplois à temps plein par des temps partiels et des mini jobs. En réalité, le nombre d’heures travaillées n’a pas du tout augmenté jusqu’en 2010 ; le travail a seulement été réparti entre davantage de personnes. En outre, depuis 2011, le nombre d’heures travaillées a augmenté beaucoup plus lentement que l’emploi, et reste en deçà du niveau du début des années 90.
Résultat : en 2016, 4,8 millions de personnes en Allemagne vivaient exclusivement de « mini jobs ». Et 1,5 million de personnes supplémentaires occupent des emplois à temps partiel imposé. Sans oublier environ un million d’employés temporaires ou intérimaires, et plus de deux millions de personnes auto-employées, dont la plupart n’a pas assez de travail.
En Pologne:

Mais c’est peut-être en Pologne que la sécurité de l’emploi a été la plus durement frappée. Pour rendre le pays encore plus attractif vis-à-vis des investisseurs internationaux après son entrée dans l’UE, le gouvernement de Varsovie a apporté en 2004 sa propre innovation dans le secteur des contrats précaires : tous les salariés seraient désormais employés à durée déterminée, et pourraient être renvoyés à tout moment sans avoir à fournir de justification particulière.
En parallèle, le gouvernement polonais a favorisé une expansion massive des contrats limités à des projets particuliers, en dehors du droit du travail. Les personnes concernées se voient refuser toute assurance maladie et toute protection sociale. Elles ne bénéficient pas non plus du salaire minimum. Des multinationales aux PME, de nombreux employeurs se sont rués sur l’aubaine. De sorte qu’aujourd’hui, plus d’un tiers des actifs polonais travaille sans sécurité ou pour des salaires de misère, davantage que dans tout autre pays de l’Union européenne. La législation polonaise sur le travail constitue un « retour au 19ème siècle », s’indigne Adam Rogalezski, secrétaire pour l’Europe de la confédération syndicale polonaise OPZZ.

La Grèce:

C’est ainsi qu’en octobre 2011, par exemple, Pierre Deleplanque, patron du producteur de ciment Heracles, lui-même filiale du leader mondial des matériaux de construction Lafarge, a pu transmettre directement ses exigences au chef de la délégation du FMI à Athènes, après un rendez-vous privé avec les fonctionnaires de la troïka. Le journal grec Efimerida ton Sinakton, partenaire d’Investigate Europe, a révélé la teneur de ce document confientiel. Le cadre de Lafarge y demande, outre « la suspension des accords salariaux de branche », l’abolition des accords salariaux en vigueur dans les grandes entreprises « afin de favoriser les accords individuels » et supprimer ainsi toute protection collective pour les employés (sur ce sujet, lire notre article ici).
Tous ces vœux ont été exaucés. Les contrats associés aux prêts d’urgence à la Grèce, intitulés « protocoles d’accord », stipulaient que désormais les salariés pourraient être licenciés en ne recevant qu’une compensation minimale. Les accords salariaux nationaux ou de branche qui avaient été la norme jusqu’alors furent abolis. Aujourd’hui, les négociations ont presque systématiquement lieu à l’échelle de chaque entreprise, le plus souvent directement avec les salariés, sans passer par les syndicats.
De nouvelles lois « ont donné aux employeurs le pouvoir de prendre des décisions unilatérales », comme « la conversion de contrats traditionnels à temps plein en contrats précaires », ont conclu des chercheurs de l’Université de Manchester dans une étude ultérieure, financée – ironiquement – par la Commission européenne. Selon cette étude, d’innombrables contrats permanents ont été transformés depuis 2011 en contrats à temps partiel et à durée déterminée, et dans quatre cas sur cinq sans l’accord des personnes affectées. Le projet visait à rendre l’emploi moins sécurisé, et les salaires ont chuté de 23 % en moyenne.
La Roumanie:

40 % des employés roumains au salaire minimum : 318 euros par mois

Résultat : un droit du travail permettant aux entreprises de passer leurs employés à temps plein sous des contrats à temps partiel, de proposer des nouveaux contrats à durée déterminée, et de recourir sans aucune restriction aux intérimaires. Dans le même temps, à l’initiative de la Commission européenne, le gouvernement roumain a supprimé tout dialogue social à l’échelle nationale, laissant la négociation des nouveaux contrats à la discrétion des employeurs.
Le système de négociation collective qui prévalait jusqu’alors, s’appliquant à 90% des salariés, « a été pratiquement anéanti », déplore Petru Dandea, secrétaire de la confédération syndicale Cartel Alfa. Les représentants élus du personnel ont également perdu toute protection contre le licenciement, tout comme les employés qui osaient faire grève. En conséquence de ces réformes draconiennes, les salaires ont subi une telle dégringolade que désormais 40% des salariés roumains ne touchent que le minimum légal (318 euros mensuels). « Nous sommes payés comme si nous étions un pays de travailleurs non qualifiés », résume le syndicaliste roumain.
La Commission européenne en a pris bonne note. Lorsqu’un gouvernement ultérieur à Bucarest a annoncé en 2012 qu’il souhaitait encourager à nouveau les accords salariaux nationaux contraignants, les émissaires du commissaire Olli Rehn, avec ceux du FMI, ont mis leur veto. « Nous pressons fortement les autorités de s’assurer que les accords collectifs nationaux ne contiennent pas d’éléments relatifs aux salaires et ne remettent en cause les progrès obtenus avec le nouveau code du travail adopté en mai 2011 », ont-ils écrits au gouvernement. En plein accord avec la Chambre du Commerce des États-Unis, qui a elle aussi signé une lettre de protestation. Le gouvernement a dû faire machine arrière.
 En Belgique et en France, la casse du droit social et la guerre au salaire sont en cours (baisse des retraites, transformation des cotisations sociales en impôt, diminution des droits salariaux au chômage, flexibilisation du droit du travail, généralisation de la négociation au niveau de l'entreprise, etc.).

Tout cela sans absolument aucun résultat sur l'emploi, donc.

Ces quelques traits de l'Europe des actionnaires et des grands patrons donnent une idée des causes de l'impopularité de cette entité politique auprès de ses populations. Et si on essayait l'Europe salariale, l'Europe du droit social, l'Europe de la socialisation des outils de production, l'Europe des coopératives, l'Europe des idéaux politiques, de l'ambition sociale et économique?

31 oct. 2017

Des bonbons sanglants

Reporterre nous fait part d'un reportage de la télévision publique allemande ARD. Dans les bonbons Haribo, on retrouve une certaine amertume, celle de l'esclavagisme en emploi et celle de l'exploitation des animaux.

Extrait de l'article disponible en ligne ici
« Haribo, c’est beau la vie »… enfin cela dépend pour qui. Le slogan du célèbre confiseur allemand ne vaut pas forcément pour ceux qui fabriquent les ingrédients des Dragibus, fraises Tagada, Ours d’or et autres Chamallows. Un documentaire de la chaîne de télévision publique allemande ARD, Der Haribo-Check, révèle que Haribo s’approvisionne auprès d’entreprises peu scrupuleuses en matière de droits de l’homme et de bien-être animal.
Les journalistes lèvent notamment le voile sur les conditions « épouvantables » dans lesquelles travaillent les ouvriers des fabriques de cire de carnauba, un ingrédient essentiel qui donne aux bonbons leur aspect lisse et brillant.

Sans vêtements de protection malgré la poussière, sans sanitaires ni eau potable à disposition, les employés de ces immenses fermes du nord-est du Brésil sont contraints par leurs employeurs à dormir sur leur lieu de travail, à même le sol ou dans des camions. Souvent rémunérés au noir, ils ne perçoivent pas de revenu fixe mais uniquement proportionnel au travail abattu. Les journalistes de l’ARD ont même rencontré sur place des mineurs âgés d’une quinzaine d’années, assignés au battage des feuilles de palmier dont est extraite la cire de carnauba.

« Nous n’avons pas connaissance d’entorses à nos règles » 

Ces abus sont loin d’être secrets. Le ministère du Travail brésilien les qualifie officiellement « d’esclavage » et a engagé une lutte contre les propriétaires de ces exploitations, dans l’une des régions les plus pauvres du pays. Pourtant, Haribo a assuré aux journalistes de l’ARD découvrir les conditions de travail de ses fournisseurs. « Nous n’avons pas connaissance d’entorses à nos règles, a répondu son service de communication. Nous vous remercions de ces informations et allons engager un suivi proactif de ce thème auprès de nos fournisseurs. »

La cire de carnauba n’est pas le seul ingrédient qui pose problème. La gélatine de porc, qui donne une texture de gomme aux confiseries Haribo, est elle aussi produite dans des conditions « effrayantes », cette fois pour les animaux. Les auteurs du documentaire ont remonté la chaîne d’approvisionnement jusqu’à des élevages porcins de la coopérative Westfleisch, dans le nord-ouest de l’Allemagne. Des militants de l’association de protection animale Tierretter ont réussi à s’introduire dans certaines d’entre elles. Les images qu’ils y ont tournées sont accablantes et témoigneraient même d’infractions à la loi.

« Les animaux vivent en permanence dans leurs propres excréments », raconte Christian Adam, l’un des militants. Le taux d’ammoniac dans l’air est si élevé qu’il provoque des inflammations aux yeux de nombreux porcs. Les animaux malades ou mourants sont laissés dans les boxes avec les animaux sains. L’accès à l’eau a parfois même été coupé.

24 oct. 2017

Le mirage allemand

Le Monde Diplomatique met en libre accès un article sur le "modèle" allemand ici. Le moins qu'on puisse dire, c'est que ce "modèle" n'a pas convaincu Olivier Cyran.

Nous non plus d'ailleurs: la guerre au salaire et la criminalisation des chômeurs en passe de franchir le Rhin n'ont jamais donné que misères et déqualification de masse.

Cette guerre outrancière contre nos salaires et nous entend nous ramener à un état de besoin qui rétablisse l'esclavage de facto. À moins que nous, producteurs et productrices parvenions à nous constituer en sujet alternatif et à établir la puissance de nos propres pratiques de l'économie.

Extrait

Hartz IV : ce marquage social découle du processus de dérégulation du marché du travail, dit Agenda 2010, mis en place entre 2003 et 2005 par la coalition Parti social-démocrate (SPD) - Verts du chancelier Gerhard Schröder. Baptisé du nom de son concepteur, M. Peter Hartz, ancien directeur du personnel de Volkswagen, le quatrième et dernier volet de ces réformes fusionne les aides sociales et les indemnités des chômeurs de longue durée (sans emploi depuis plus d’un an) en une allocation forfaitaire unique, versée par le Jobcenter. Le montant étriqué de cette enveloppe — 409 euros par mois en 2017 pour une personne seule — est censé motiver l’allocataire, rebaptisé « client », à trouver ou à reprendre au plus vite un emploi, aussi mal rémunéré et peu conforme à ses attentes ou à ses compétences soit-il. Son attribution est conditionnée à un régime de contrôle parmi les plus coercitifs d’Europe.
Fin 2016, le filet Hartz IV englobait près de 6 millions de personnes, dont 2,6 millions de chômeurs officiels, 1,7 million de non officiels sortis des statistiques par la trappe des « dispositifs d’activation » (formations, « coaching », jobs à 1 euro, minijobs, etc.) et 1,6 million d’enfants d’allocataires. Dans une société structurée par le culte du travail, elles sont souvent dépeintes comme un repoussoir ou une congrégation d’oisifs et parfois pis. En 2005, on pouvait lire dans une brochure du ministère de l’économie, préfacée par le ministre Wolfgang Clement (SPD) et intitulée « Priorité aux personnes honnêtes. Contre les abus, les fraudes et le self-service dans l’État social » : « Les biologistes s’accordent à utiliser le terme “parasites” pour désigner les organismes qui subviennent à leurs besoins alimentaires aux dépens d’autres êtres vivants. Bien entendu, il serait totalement déplacé d’étendre des notions issues du monde animal aux êtres humains. » Et, bien entendu, l’expression « parasite Hartz IV » fut abondamment reprise par la presse de caniveau, Bild en tête.

27 déc. 2016

Actions contre le dumping en kit (2)

Partout en Europe, les syndicats se battent contre les pratiques criminelles de dumping social et salarial d'Ikea pour transporter ses produits. Un conducteur lituanien vient de décéder d'épuisement du fait de ces pratiques esclavagistes (et employistes). Les syndicats ont prévu tout une série d'action (nous avions relayé une action aux Pays-Bas ici).

Le dumping social en cours en Europe (sous les noms de "travail détaché" et de "sous-traitance") est une forme d'esclavage employiste particulièrement odieuse. Si vous voulez voir à quoi ressemblent les malheureux qui y sont réduits, il vous suffit de traîner sur une aire de repos d'autoroute, le soir.

Extrait de l'article  de Marion d'Allard dans l'Humanité disponible ici à l'occasion d'une action syndicale à Metz.

La Fédération internationale des travailleurs des transports multiplie les actions pour faire reconnaître la responsabilité de la multinationale suédoise en ce qui concerne les conditions de travail déplorables de ses transporteurs sous-traitants.

Le 17 octobre dernier, un routier lituanien était retrouvé mort sur le parking d’Ikea à Metz (Moselle). Employé par la compagnie néerlandaise Samskip, sous-traitante du géant suédois, il est le macabre symbole d’un système inhumain qui a érigé la rentabilité en dogme, au mépris des conditions de vie et de travail de milliers de conducteurs. Un système rendu possible par la législation communautaire, via la directive sur le travail détaché, contournée allégrement par les multinationales.

Le scandale de la sous-traitance en cascade, dénoncé à de multiples reprises par les syndicats du secteur, a atteint, ce jour d’octobre, son paroxysme. En réaction, et à l’appel de la Fédération internationale des travailleurs des transports (ITF), les actions revendicatives se sont multipliées cette semaine aux Pays-Bas, en Allemagne, en Belgique… Hier, c’est à Metz, sur le site du plus gros entrepôt Ikea d’Europe, qu’une vingtaine de routiers se sont rassemblés à l’appel de la CGT, du syndicat belge FGTB et du néerlandais FNV. « Les conducteurs, qui garantissent l’économie d’Ikea, sont plus occupés à survivre au jour le jour qu’à conduire », déplore Lars Lindgren, président du syndicat suédois des travailleurs des transports, cité par l’ITF, qui appelle une nouvelle fois la multinationale suédoise à prendre en compte les conditions de travail des salariés qu’emploient ses fournisseurs. « Ikea est le donneur d’ordres, il doit passer à l’action pour stopper ces abus », assènent les syndicats européens.

«Ikea fait travailler pour son compte des dizaines de boîtes de transport routier. Une grande partie de ces entreprises ont leurs sièges sociaux en République tchèque, en Hongrie ou en Slovaquie, et embauchent aux conditions des pays de l’Est. Les autres sont des entreprises françaises, comme XPO Logistics – ex-Norbert Dentressangle –, qui créent des filiales dans les pays de l’Est au prétexte d’une activité économique sur place et envoient en réalité les salariés de ces filiales sur les routes d’Europe de l’Ouest », explique Alain Sutour, responsable internationale à la CGT transports. Victimes du contournement des règles européennes, « ces conducteurs sont payés au tarif du pays d’origine, soit environ 200 euros mensuels auxquels s’ajoutent 600 euros maximum de défraiement », poursuit le syndicaliste. En tout donc, 800 euros pour travailler et vivre en France ou en Allemagne. Leur mission dure « de trois à six mois », précise Alain Sutour, « ils dorment dans leur cabine, mangent au cul du camion, dehors même en plein hiver, préparent leur repas sur un réchaud, dans les odeurs d’échappement et de gasoil »… Pis, alors que la loi communautaire exige qu’une nuit de repos hebdomadaire soit prise à l’hôtel, « cette mesure n’est strictement jamais appliquée », poursuit le syndicaliste. Selon les dernières informations, le conducteur lituanien décédé à Metz a succombé à un infarctus. « Il avait 60 ans, trente ans de route derrière lui dans les conditions dont je viens de parler, loin de chez lui, sans pouvoir se soigner, seul toute l’année », déplore Alain Sutour.

19 déc. 2016

Les entreprises ont aidé les Nazis

À l'heure où les diverses formes de capitalisme s'accommodent fort bien de la montée du fascisme en Turquie, où elles font de fort lucratives affaire avec Daech et à l'heure où Wall Street fête l'élection de Trump dans l'allégresse, il est bon de rappeler que cette attitude de collaboration des propriétaires lucratifs avec le pire a un précédent fâcheux: la seconde guerre mondiale.

Sur la Izquierda Diario, Darío Brenman rappellent comment différentes entreprises se sont compromises avec le régime génocidaire nazi (voir ici, en espagnol).

On citera:

- Monsieur Porsche a utilisé de la main-d'oeuvre esclave dans ses usines Volkswagen

- BMW a soutenu activement la montée du nazisme et a fabriqué des pièces pour l'armement de l'armée nazie.

- Ford a produit des voitures avec des esclaves et, antisémite convaincu, a appuyé la montée du nazisme

- IG Farben, Siemens et Krupp ont utilisé de la main-d'oeuvre dans les camps d'extermination avec une forte mortalité.

- Bayer a fabriqué le gaz ZyclonB qui a servi a massacrer des millions de gens dans les chambres à gaz

- Hugo Boss a dessiné et produit les uniformes des divers corps armées nazis (la Wehrmacht mais aussi la Waffen SS, par exemple)

-  Adidas a fabriqué des vêtements pour l'armée et le fameux lance-grenade Panzerschrek

- General Motor qui avait acheté Opel avant la guerre a continué sa production pendant le conflit

- Thomas Watson, fondateur d'IBM, reçut la Grande Croix de l'Aigle parce qu'il permit aux Nazis d'automatiser la destruction de vies humaines. Il aida Hitler a constituer un fichier pour les 600.000 juifs allemands dès sa prise de pouvoir. Cela n'aurait pu se faire sans un mécanisme automatisée de gestion des données.

- Nestlé qui levait des fonds pour soutenir les partis fascistes en Suisse et ailleurs a utilisé des milliers de prisonniers des nazis pour sa production. En 2000, cette entreprise fut condamnée à une indemnisation des anciens travailleurs forcés de 10 millions d'euros.

- Coca Cola fit de bonnes affaires sous le troisième Reich en commercialisant la marque Fanta

De nombreuses entreprises utilisèrent les quelques 7,5 millions de prisonniers des geôles nazies sans jamais les indemniser.

19 oct. 2016

Tour d'Europe des lois "travaille"

Le CADTM offre une synthèse des diverses loi "travaille" (ici, en français, sous forme audio de plus d'une heure).

Une écoute malheureusement pertinente.
Royaume-Uni, Italie, Espagne, Grèce, France, Slovaquie, Portugal, Roumanie, etc. sont autant de pays qui ont vu leur code du travail être profondément transformé ces dernières années sous la pression d’acteurs malheureusement trop connus comme la Commission européenne ou encore le FMI. L’obtention de prêts, l’adhésion à l’Union européenne, l’amélioration de la compétitivité et la flexibilité des travailleurs, sont autant de prétextes qui ont poussé les différents gouvernements européens à appliquer ces réformes du droit du travail au profit du grand capital sans sourciller, parfois même en désavouant complément sa population pourtant massivement mobilisée.

25 juin 2015

Embauche casseurs de grève

Selon JungWelt (ici, en allemand).

L'entreprise Die Post en Allemagne est le siège d'un mouvement social fort. Pour casser cette grève, les employeurs ont tenté d'embaucher des casseurs de grève en allant passer des petites annonces à l'université pour des jobs étudiants bien payés.

Le syndicat des Ver.di des employés a évidemment déposé un recours mais les syndicats étudiants ont eux aussi dénoncé la chose en faisant du bruit autour de cette affaire.

Remplacer des employés en grève, des fonctionnaires en grève est une violation du droit du travail, aussi bien en Allemagne qu'ailleurs.

17 juin 2015

Appel

Le feuilleton grec continue.

Nous rappelons que les créanciers de toute dette ont prêté un argent qu'ils ont piqué d'abord. Non seulement, il n'y aucune raison pour leur rembourser le moindre centime mais il faut s'ingénier à éviter qu'ils ne nous piquent de nouveau notre argent pour nous le prêter avec des intérêts par la suite.
Nous appelons au défaut de la Grèce, nous appelons au défaut de tous les pays d'Europe. Nous appelons à laisser les banques et les bourses, nous appelons à récupérer les titres de propriété des bourses "à la pelle et au balais" comme le dit le sémillant Frédéric Lordon.

C'est la propriété lucrative, le droit d'accaparement de la valeur produite par autrui au nom de la propriété, qui permet aux voleurs d'opérer. Pour éviter les dettes, il est donc nécessaire d'abroger la propriété lucrative.

D'autre part, le peuple grec est martyrisé de manière scandaleuse. Ce sont nos sœurs, ce sont nos frères qui sont condamnés à la stagnation sociale, à l'inaction, à la misère, à la dégradation de leurs soins. Nous rappelons que les salaires - individuels ou socialisés par la sécurité sociale - sont à la source de toute richesse, comme, d'ailleurs, l'illustre tragiquement l'exemple grec puisque les salaires, les pensions ont fondu de la même façon que la valeur ajoutée créée collectivement.

Nous appelons à un investissement massif en Grèce (et en Europe, d'ailleurs) dans les salaires, notamment dans les salaires socialisés. Nous appelons à financer cet investissement dans un salaire universel grec (et européen) par la création monétaire et par la cotisation généralisée.

Nous appelons à la socialisation des moyens de production, nous appelons à la démocratisation de l'économie. Nous appelons à la suppression des institutions anti-démocratiques qui martyrisent le peuple grec et bafouent les principes de diplomatie, de respect entre les peuples les plus fondamentaux. Nous appelons à la démocratisation de la banque centrale, au débat public sur la création monétaire, sur l'inflation. Nous appelons à la fin des retraites par capitalisation et à l'universalisation de la sécurité sociale au niveau européen.

Nous saluons la résistance exemplaire des Grecs, que ce soit les instances dirigeantes, entre conciliation, implication des autres peuples européens et nécessités politique, sociale et économique intérieur.

Nous exprimons notre sympathie pour tous les peuples en souffrance sur notre vieux continent, pour les Grecs sans perspectives, pour les Allemands condamnés à travailler pour rien, harcelés, pour les Belges exclus des prestations chômage à l'heure où la conjoncture installe durablement le chômage de masse, pour les Anglais pris dans des contrats de travail esclavagistes, pour les Espagnol naviguant entre salaires de misère et chômage de masse, pour les Italiens et pour les Français qui voient leurs plus belles conquêtes, leurs plus belles luttes disparaître sous l'imbécile docilité de pouvoirs sans imagination et sans légitimité, pour les Européenne en général, pour les mères de famille célibataire, pour les pauvres, pour les déclassés, pour les lourdés, pour les fonctionnaires qui partout en Europe pâtissent de l'incurie des élites, de leur avidité, de leur promptitude à servir les puissants.

Nous appelons à la résistance, partout sur le continent, nous affirmons la légitimité de toutes les luttes pour le droit, pour la justice, pour le salaire et pour l'avenir. Cette résistance s'impose à l'heure où nos ressources sont menacées, où notre agriculture est menacée, où nos salaires et nos droits sont menacés.

Nous appelons à construire un monde ensemble. Nous appelons à nous unir, à croire les uns dans les autres. Nous appelons à notre monde. Du fond de la nuit, puissions-nous trouver le jour, inspirés par les ancêtres et leurs luttes courageuses, portés par l'impératif de justice et assurés de nos rêves.

Ils n'ont que l'argent. Nous avons les rêves, l'amour, le savoir-faire, les compétences. Nous avons le temps.

10 juin 2015

Les grèves se multiplient

Selon La Croix (ici, en français), les grèves se multiplient outre Rhin ces derniers mois. Les petits syndicats, plus combatifs, sont souvent impliqués dans la lutte contre la déflation salariale (la guerre aux salaires et aux salariés).

Résultat? Le gouvernement entend favoriser les syndicats les plus représentatifs (lire les syndicats les plus mous). Derrière la mise en monopole des syndicats mous (à la belge ou à l'italienne), c'est un sabotage en règle du mouvement de lutte des producteurs que le législatif entend procéder. Ce sabotage est déjà à l’œuvre dans de larges pans de l'activité économique.

Extrait

Une années de tous les records

Les traditionnelles grèves dans l’industrie, sans conséquence sur la vie quotidienne des Allemands, laissent en effet la place à des conflits d’un nouveau type. D’après la Fondation Hans Böckler, centre de recherche de la Confédération allemande des syndicats (DGB), 90 % des grèves de 2014 concernaient le secteur des services.

Et l’année 2015 pourrait battre tous les records : entre la grève à la Deutsche Post, le mouvement social chez Amazon, l’annulation en cascade de trains en mai et une grève illimitée dans les crèches municipales, on comptabilise d’ores et déjà deux fois plus de jours de grèves durant les cinq premiers mois de l’année 2015 que pour la seule année 2014.
« Ce secteur des services à bas salaire s’est fortement développé avec les réformes Hartz des années 2000, explique Dominik Grillmayer de l’Institut franco-allemand de Ludwigsburg. Cela a aiguisé la concurrence entre syndicats. »

Une entreprise, un accord salarial

Désireux de gagner en influence, de nouveaux syndicats catégoriels ont commencé à critiquer la puissante DGB et sa politique de modération salariale. C’est le cas du syndicat des pilotes Cockpit, qui a mené plusieurs grèves à la Lufthansa, et du syndicat des conducteurs de train de la GDL.


C’est d’ailleurs afin d’éviter un nouveau chaos dans les transports durant le week-end de la Pentecôte que la direction de la Deutsche Bahn a accepté de négocier un accord salarial séparé avec cette organisation. « Pour des questions de pouvoir, les syndicats catégoriels ne veulent pas coopérer avec les gros syndicats, constate Dominik Grillmayer. Dans les services, le principe “une entreprise, un accord salarial” n’existe plus. »

Jusqu’en 2010, l’usage voulait que les syndicats les plus puissants négocient les accords salariaux avec la direction. Cela n’empêchait ni les tensions ni les grèves d’avertissement lors de ces négociations souvent longues et âpres, mais cette règle assurait une unité salariale. Or, en 2010, la Cour fédérale du travail y a mis un terme, donnant du même coup des ailes aux petites centrales.

Une loi pour redonner la priorité aux syndicats

Face à la multiplication des mouvements sociaux souvent menés par une poignée de salariés regroupés dans un syndicat catégoriel, le gouvernement a donc voté vendredi 22 mai une loi destinée à redonner la priorité aux syndicats les plus représentatifs. Pour Claus Weselsky, le patron de la GDL, cette loi « signe l’arrêt de mort » de son organisation. Il a annoncé le dépôt d’une plainte pour la faire annuler.
« Ce qui est remarquable, c’est que l’État soit contraint d’intervenir. C’est sa deuxième intervention en un an après avoir imposé un salaire minimum, note Dominik Grillmayer. En Allemagne, l’autonomie de négociation des partenaires sociaux est un principe constitutionnel. »

Si certains qualifient l’Allemagne de « nouveau pays de grèves », l’ampleur des récents conflits reste toutefois limitée. Le pays se maintient en queue de peloton au niveau européen avec 16 jours de grèves pour 100 000 salariés en moyenne entre 2005 et 2012. Très loin des 139 jours comptabilisés en France.

9 juin 2015

Grève à la poste

Les postiers allemands se mettent en grève après les conducteurs de train selon le Monde (ici, en français). Là aussi, il semble que le mouvement de grève s'articule autour des questions du salaire et des conditions de travail.

Inutile de dire que le salaire est la solution à la crise européenne. Le salaire, pas l'emploi.

Extrait
« Nous devons augmenter massivement la pression », a plaidé la centrale salariale Vereinte Dienstleistungsgewerkschaft (VerDi, littéralement « syndicat unifié des services »). Après plusieurs semaines de conflit avec leur direction, les postiers allemands ont lancé une grève illimitée, lundi 8 juin.
VerDi réclame pour 140 000 employés une réduction du temps de travail hebdomadaire à 36 heures, au lieu de 38,5 heures, à salaire identique. Le syndicat s’oppose aussi à la volonté de la direction de la Deutsche Post de rattacher certains des collaborateurs à un autre accord salarial, celui du secteur de la logistique, moins avantageux que l’actuel. Malgré six tables rondes de négociations, les dirigeants de l’entreprise ont « ignoré » les revendications, a fait valoir la centrale.

28 mai 2015

Une grève de chômeurs

En Allemagne, les récipiendaires de Hartz IV, une forme de travail forcé ultra-employiste payée par le contribuable, se sont lancés dans des actions de lutte.

Si nous ne partageons pas nécessairement la façon dont sont formulées les revendications (voire le fait que ce soit des revendications qui se formulent), nous soulignons l'importance de l'apparition du sujet du chômeur-producteur en Allemagne, non comme misérable mais comme membre de plein droit de la communauté économique.

Selon le site Gegen Hartz IV (ici, en allemand).

Les producteurs sans emploi se sont rassemblés jeudi dernier devant le prisme de la Neumarkt avec des pelles et des combinaisons orange d'ouvriers pour dénoncer les emplois sans salaire.

Leur action se veut une grève contre la stigmatisation des chômeurs, contre la diminution du subventionnement des centres de recherche d'emploi alors que les politiques d'activation de Hartz IV se font virulente outre-Rhin. L'équipage baroque des manifestants soulignait l'absurdité des "emplois" proposés et l'insignifiance des salaires.

Ils ont rappelé aux passants que l'emploi atypique se développait en Allemagne et que l'emploi précaire touche aujourd'hui plus de sept millions de personnes.

24 mai 2015

Une loi contre les syndicats (ceux qui défendent les travailleurs)

En Allemagne, le gouvernement fait passer une loi pour casser les syndicats combatifs.

L'occasion pour nous de rappeler que les lois sont soit de toute façon respectées (si elles s'imposent d'elles-mêmes) soit de toute façon contournées ou bafouées (si elles sont impossibles à respecter).

Cette stratégie anti-syndicale a été mise en oeuvre avec succès par Tchatcher, à l'époque. Elle aura contraint, finalement, la combativité des producteurs à contourner la loi et ses syndicats officiels (et, le moins qu'on puisse dire, c'est que, en Angleterre, la paix sociale soit loin d'être acquise!).

Pour mémoire, on soulignera que les "socio-démocrates" du SPD ont appuyé le texte qui enterre la liberté syndicale.

Extrait de l'article de 20 minutes (ici)

L'Allemagne s'est dotée vendredi d'une loi controversée, destinée à encadrer la représentativité syndicale afin de juguler les conflits sociaux qui se sont multipliés ces derniers mois, à l'appel de syndicats catégoriels.
Au lendemain d'un énième conflit au sein de la compagnie ferroviaire publique Deutsche Bahn, le Bundestag, la chambre basse du Parlement, a adopté cette loi dite de «l'unité tarifaire» à une large majorité (444 voix pour, 126 contre, 16 abstentions, selon des chiffres corrigés par le Bundestag).
Le texte pourrait entrer en vigueur au plus tôt le 1er juillet.
Défendu par la ministre du Travail, la social-démocrate Andrea Nahles, il impose au sein des entreprises le principe «une entreprise, un accord salarial». «Cette loi renforce les fondements de la représentativité syndicale», a lancé la ministre aux députés.
Objectif : empêcher la multiplication des accords au sein des entreprises en mettant fin à la surenchère entre centrales syndicales, petites et grandes, susceptible de déboucher sur des grèves à répétition.
Désormais, en cas de désaccord entre syndicats lors de négociations dans une entreprises, c'est le texte présenté par la centrale disposant du plus grand nombre de salariés qui sera appliqué.
Selon un sondage publié vendredi pour la chaîne publique ZDF, 48% des personnes interrogées sont favorables à cette loi, contre 38% qui y sont opposées.

21 mai 2015

Le salaire minimum en Allemagne

Depuis le premier janvier dernier, l'Allemagne a adopté un salaire minimum de 8,5€ l'heure, très loin du salaire minimum adopté récemment à Los Angeles de 15$. Nous nous en félicitons - il n'existait auparavant tout simplement pas de salaire minimum dans ce pays. Diagonal (ici, en espagnol) revient de manière critique sur ce salaire minimum.

Nous rappelons que la production de valeur économique est le fruit des salaires (socialisés ou soumis à l'emploi). Nous rappelons que la crise que nous traversons ne peut être surmontée que par une augmentation des salaires, notamment des plus salaires les plus faibles.

Nous rappelons que les salaires socialisés permettent seuls de surmonter l'emploi, d'éviter les catastrophes humaines et environnementales qu'il provoque et de dépasser son modèle économique obsolète.

Extrait et traduction
Outre le fait que ce salaire est mis en œuvre de manière progressive, il y a un moratoire et de nombreuses exceptions obtenue par les conservateurs du parti de la chancelière Angela Merkel, la CDU. Le montant de 8,5€ est estimé insuffisant pour un salaire digne.
- Le nouveau salaire minimum n'est pas d'application aux jeunes de moins de 18 ans sans formation, aux apprentis et aux travailleurs qui sont régis par une convention collective sans salaire propre.

- Le nouveau salaire minimum n'est pas d'application pour les chômeurs de longue durée et à ceux qui ont reçu une aide sociale de l'État. Pour eux, le délai sans salaire minimum est repoussé de six mois.

- L'Allemagne, ces dernières années, a réussi a maintenir un chômage bas et une économie [assez] dynamique mais elle y est arrivée par le biais des minijobs, des travail à l'heure où l'on ne gagne pas plus de 450€ par mois, dans emplois dans lesquels le travailleur ne cotise pas aux fonds de pension [leur misère est donc durable]. On peut solliciter l'aide de l'État si l'on travaille dans l'un de ces minijobs. Cette aide comprend des allocations logement, l'assurance santé, le remboursement des transports et, selon les cas, de l'argent liquide. Les étrangers qui reçoivent ces aides bénéficient également de cours d'allemand gratuits. On estime que, en Allemagne, deux millions de personnes reçoivent ces aides mais l'État allemand les rend de plus en plus difficiles d'accès.

- Pour ces personnes, le salaire minimum de 8,5€ n'aura pas d'effet sauf pour ceux qui devront travailler moins d'heures pour ne pas dépasser les fameux 450€ mensuels.

- Malgré la loi, il y a encore des gens qui ne savent toujours pas si la hausse de salaire s'appliquera à eux.

- Les syndicats sont assez satisfaits même s'ils sont sceptiques sur certains aspects. Kalle Kunkel, secrétaire de la Santé de Ver.di, le principal syndicat des services publics, "rejette les exceptions". Par ailleurs, le syndicat avait demandé ce minimum de 8,5€ en 2010 mais les salaires réels ont baissé depuis de 8%, ce qui rend cette somme insuffisante actuellement.

- Avec ce salaire minimum horaire, le salaire mensuel à temps plein d'un travailleur allemand atteint 1.473€, à comparer au 1.923€ des Luxembourgeois, au 1.502€ des Belges et des Hollandais ou encore aux ... 648,60€ des Espagnols.

20 mai 2015

Hartz

Le Monde Diplomatique fait le point sur les dispositifs Hartz en Allemagne (ici, en libre accès et en français). L'ensemble de ces dispositifs fait à peu près le tour de tout ce qui existe en matière de producérisme employiste, en matière de chasse aux réfractaires au travail.

Extrait
Le 14 mars 2003, le chancelier social-démocrate Gerhard Schröder présente au Parlement l’Agenda 2010 : un train de réformes portant notamment sur les retraites (augmentation des cotisations ainsi que de l’âge de départ, qui passe de 63 à 65 puis à 67 ans) et sur le marché du travail. Ce dernier volet, confié à M.Peter Hartz, ancien directeur du personnel de Volkswagen, vise à casser la protection sociale et à développer la précarité pour « activer » les chômeurs.
Hartz I - janvier 2003.
Création d’agences d’intérim privées ou publiques-privées pour les services ; libéralisation du travail intérimaire ; restriction de la liberté des chômeurs de refuser une offre d’emploi.
Hartz II - janvier 2003
Incitation au développement d’emplois complémentaires à bas salaire, les « mini-jobs » — payés moins de 400 euros mensuels (450 en 2013) — et les « midi-jobs » — payés de 400 à 850 euros —, qui bénéficient d’exonérations de cotisations sociales et sont destinés prioritairement aux chômeurs peu qualifiés. Aide à l’autoentrepreneuriat.
Hartz III - janvier 2004
Restructuration de l’Office fédéral du travail, qui adopte un management par objectifs avec évaluation des performances de chaque agence locale.
Hartz IV - janvier 2005
Réduction de la durée de l’allocation-chômage de trente-deux à douze mois ; renforcement des contrôles. Après un an d’indemnisation, le chômeur dépend de l’aide sociale (qui fusionne avec l’assistance chômage de longue durée). Le montant de celle-ci, parfois inférieur à 350 euros, est désormais proportionné aux avoirs. Les « bénéficiaires » ont l’obligation d’accepter les « mini-jobs » ainsi que les « emplois à 1 euro » (Ein-Euro Jobs, payés de 1 à 2,50 euros l’heure pour quinze à trente heures par semaine).

19 mai 2015

Villes fantômes

Basta enquête sur les villes et les villages expropriés par les mines de charbon (ici en libre accès).

Extrait
Le charbon est la source d’énergie qui émet le plus de gaz à effet de serre et déstabilise fortement le climat. En Allemagne, l’un des pays européens pourtant les plus avancés dans les énergies renouvelables, le combustible fossile fournit toujours près de la moitié de l’électricité. De nouvelles mines doivent être creusées et des villages entiers risquent d’être déplacés et détruits. Des paysages sont dévastés. Et des dizaines de millions de tonnes de CO2 seront émises dans l’atmosphère pendant de longues années. Sans oublier les particules fines.
Nous rappelons que cette activité d'extraction est menée à des fins vénales, pour enrichir des propriétaires lucratifs, qu'elle est particulièrement nuisible pour l'environnement, pour les ressources humaines et qu'elle expose les employés à de nombreuses maladies professionnelles.

Les propriétaires lucratifs du secteur ont intérêt à pousser l'extraction aussi longtemps que possible pour garantir leurs dividendes alors que l'intérêt commun commanderait de trouver des sources d'énergie plus propres et de diminuer la consommation d'énergie.

18 mai 2015

Grève illimitée

Non, la grève illimitée, ce n'est pas en Belgique - les 3,2 millions de syndiqués (pour une population totale de 11 millions d'habitants) des deux grands syndicats ne suffisent probablement pas à peser sur la politique socio-économique nationale, c'est en Allemagne et c'est le fait d'un petit syndicat professionnel.

Junge Welt (un journal proche du parti de gauche Die Linke, ici, en allemand) nous fait savoir que le syndicat des conducteurs de locomotive allemand (GDL) appelle à la grève au finish à partir de mercredi.
C'est pour nous l'occasion de saluer la combativité salariale outre-Rhin et un syndicalisme qui retrouve ses vitamines. Une fois n'est pas coutume, saluons l'exemple allemand.
Le syndicat GDL pourrait être rejoint par le syndicat des transports EVG s'il n'obtient pas satisfaction sur les points suivants:
- une convention collective pour ses 100.000 membres [32 fois moins que les deux grands syndicats belges, par exemple]
- une augmentation de salaire de 6% avec un minimum de 150€ par mois
- une diminution du temps d'emploi et une régulation des heures supplémentaire.

7 mai 2015

3,1 millions de chômeurs et 7 millions de travailleurs forcés

Le principe de Hartz IV est simple: le chômeur conserve ses allocations, sa couverture sociale mais il doit accepter n'importe quel boulot - y compris les fameux ein Euro Job, les job à un euro de l'heure.

Les chiffres de l'agence pour l'emploi allemande (Bundesagentur für Arbeit) sont pourtant formels (selon l'article ici, en allemand):

- il y a 3,1 millions de chômeurs
- il y a 7 millions de travailleurs Hartz IV (ou chômeurs en service de travail obligatoire quasiment gratuit).

Cherchez l'erreur. Il se pourrait que ce que l'on appelle chômeur ne soit qu'une infime partie de celles et ceux qui sont privés de salaire.

4 mai 2015

Working poors

La RTBF relaie un article de l'AFP (ici, en français) qui semble sceptique sur le "miracle" allemand. Les gens ont certes du travail mais ... pas de salaire. Au fond, pour pousser ce modèle jusqu'au bout de sa logique, il suffirait de faire travailler gratuitement les gens dans des mines de sel, par exemple, ce qui amènerait directement au paradis de l'employisme que nos lecteurs connaissent bien, le pays qui rêver tous les investisseurs du monde (et les bons nageurs), le pays qui est un modèle de "libéralisme à poigne", le pays où la fonction publique est réduite au strict minimum: mais oui, vous l'avez reconnu ce pays modèle de l'Europe en générale, et de l'Allemagne et de la Belgique en particulier, l'Érythrée.

Extrait
 
Environ 2 millions d'Allemands, soit 5% de la population active, sont forcés de cumuler au moins deux emplois pour vivre, un chiffre en nette augmentation ces dernières années, selon des données officielles publiées mercredi.
 
En 2014, 5% de la population active allemande a occupé au moins un autre emploi à côté de son activité principale, a annoncé l'Office fédéral des statistiques Destatis dans un communiqué. Cette proportion a augmenté de 13% par rapport à 2011.
Les chiffres esquissent un portrait robot de ces travailleurs: en majorité des femmes salariées, âgées de 35 à 55 ans.
Le cumul d'emplois touche en effet 5,4% des femmes actives, contre 4,6% des hommes. Par tranche d'âge, 35-44 ans (5,8%) et les 45-54 ans (5,5%) sont ceux qui occupent le plus fréquemment plusieurs activités.
Destatis explique que les femmes sont plus concernées que les hommes, car ce sont aussi elles qui occupent le plus d'emplois à temps partiel en Allemagne, un facteur déterminant qui pousse à la recherche d'une activité complémentaire.
Le deuxième emploi est la plupart du temps un travail salarié pour les Allemands concernés (60,5%), même si un peu plus d'un tiers (34,5%) d'entre eux s'établissent comme travailleurs indépendants.
En moyenne, l'emploi annexe correspond à 8,5 heures de travail par semaine.

12 mars 2015

L'emploi appauvrit

Mais oui: plus on travaille en emploi, plus on est pauvres et moins on travaille en emploi plus on a de salaire.
Ce n'est pas de l'emploi qu'il faut (ou alors vraiment le moins possible) mais du salaire.
N'hésitez pas à faire suivre aux syndicats qui braient: "de l'emploi, de l'emploi".

Les Grecs travaillent le plus d'heures en Europe. Heures de travail moyennes par semaine dans des pays de l'Union Européenne en 2013.

9 mars 2015

Nos vies discount

Un reportage de France 2 sur les conditions de travail dans le secteur du discount.

Résumé

Les employés de Ryanair sont payés uniquement pendant le vol, la préparation du vol et le déchargement ne sont pas indemnisés. Les salaires ne comprennent pas de cotisation, ils n'ouvrent aucun droit aux salaires socialisés pour maladie, pension ou chômage. Les gestes sont chronométrés pour rendre le travail des hôtesses et des pilotes plus efficace. Une partie du personnel est employée comme faux indépendants, ce qui permet de casser toute éventuelle grève.

Le principe de l'avion discount: prix cassés, pratiques employistes esclavagistes, salaires en berne, casse du mouvement syndical et profits record. Comme les passagers sont eux-mêmes en mal de salaire, ils choisissent les compagnies low-cost.

La grande distribution discount procède de même: salaires faméliques, horaires d'heures supplémentaires à rallonge, optimisation des moindres mouvements et casse des liens interpersonnels et des syndicats dans l'entreprise. Le harcèlement et le sadisme se retrouvent à tous les étages du management. Les profits ont construit les plus importantes fortunes d'Allemagne chez les propriétaires de Aldi et Lidl.

Le constructeur français Renaud a procédé de la même façon en délocalisant sa production en Roumanie (puis au Maroc, au Brésil ...). Là encore, il s'agit de réduire les salaires à rien, d'augmenter les cadences et l'efficacité du travail tout en baissant les coûts. La voiture neuve revient au même prix qu'une voiture d'occasion - ce qui produit un effet désastreux sur l'environnement, on s'en doute.

Les fournisseurs du discount sont les agro-industriels. Ils sont de véritables catastrophe environnementales qui menacent les ressources naturelles communes et ne génèrent que peu de salaire pour, là encore, des profits faramineux.


Le discount est consubstantiel à la concurrence des producteurs et ne peut être surmonté que si les salaires et les conditions de travail sont extraits de tout marché, de toute concurrence. La concurrence entre producteurs pousse les salaires à la baisse et dégrade les conditions de travail dans un mouvement sans fin. Le faible gain sur les prix à la consommation ne remplace jamais la lourde perte salariale pour les producteurs.