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19 déc. 2017

Argentine: une contre révolution en ébulition

Les syndicats et les travailleurs sont mobilisés contre les réformes menées par le présidents Macri en Argentine.

Le 18 décembre, des milliers de personnes ont manifesté contre la réforme des pensions envisagées par Macri (voir la vidéo muette ici). Il s'agit de modifier le calcul de ces pensions pour les rogner et pour généraliser le transfert de valeur du travail retraité au capital.

L'hostilité populaire à ses projets se heurte à une répression féroce (on parle de 50 blessés lors des dernières manifestations.

Par ailleurs, d'autres réformes macriennes font feu de tout bois des salaires: qu'il s'agisse de

- la reforma laboral relative au droit du travail
source ici

Le gouvernement argentin prépare une réforme du droit du travail qui vise à rendre le pays plus compétitif et à servir de catalyseur aux investisseurs, mais les changements prévus ont alarmé les syndicats qui soulignent la précarisation que ces réformes induiraient.

Le projet consiste en  
une réduction des indemnités de licenciement,
la création d'un fonds régulièrement abondé pour faire face au paiement de ces indemnités,
De plus, la suppression du principe d'irréversibilité des droits du travailleur ou l'établissement d'une "banque d'heures" qui permette de compenser les heures supplémentaires au lieu de les ajouter au salaire.
[En outre, la réforme prévoit] l'élimination de la responsabilité des entreprises envers leurs sous-traitants,
 la limitation du délai de recours juridiques au tribunal du travail
ou l'amnistie d'un an pour la régularisation des contrats en noir.

- la reforma tributaria
Il s'agit de 
- baisser le taux d'impôt des sociétés (toujours pour attirer les sacro-saints investisseurs qui nous prêtent l'argent qu'ils nous ont piqué, donc)
- exempter les entreprises de TVA
- l'impôt de vente immobilière sera remplacé par une TVA à 15%
- doubler les seuils à partir desquels les fraudeurs du fisc sont poursuivis

- la reforma previsional :
modifie le calcul des pensions. Les retraites ne sont plus ajustées à l'évolution des salaires mais à celle de l'inflation - ce qui constitue une perte salariale importante. Il s'agit pour le gouvernement de faire des économies - sur le dos des retraités, donc.

19 déc. 2016

Des fonctionnaires défendent leur salaire

En Argentine, malmenés par les politiques d'austérité du président Macri, les travailleurs de l'État représentés par leur syndicat, l'ATE, se sont mis en grève en novembre dernier pour défendre leurs salaires malmenés par les politiques d'icelui. Ils protestent contre le licenciement de milliers de travailleurs le 31 décembre prochain. C'était la septième grève des fonctionnaires depuis l'intronisation du nouveau président, il y a un an.

Le gouvernement a diminué les dotations de l'éducation de trois pourcents.

Source: Telesur (ici, en espagnol)

On ne voit pas très bien à quoi peut aboutir cette politique de guerre au salaire permanente si ce n'est à une crise permanente ... comme en Europe, donc.

19 oct. 2016

Monsanto en procès

Dans Libération (ici) Coralie Schaub nous rend compte du procès "pour de faux mais avec de vrais professionnels" contre la multinationale.

Extrait
Un gros cœur rouge est imprimé sur son haut noir. Elle est grande, se tient droite, elle s’avance à la barre, prend une profonde inspiration et se lance : «C’est un honneur d’ouvrir la longue marche des victimes de Monsanto. Vous allez entendre beaucoup de chiffres, aussi je me suis permis de mettre un visage sur les statistiques.» Sabine Grataloup tend aux juges une série de photos. L’une montre un nouveau-né intubé, les mains attachées, une sonde dans l’estomac. Une autre, une bouille au sourire doux, de beaux yeux bleus… et un gros trou dans le cou. «Voici Théo, mon fils. Il y a neuf ans, il est né avec une malformation grave de l’œsophage. Il a dû être opéré en urgence pour séparer les systèmes digestif et respiratoire. Son larynx aussi était malformé, on lui a donc aussi fait une trachéotomie. Depuis sa naissance, il a subi cinquante opérations.»
Elle évoque la «somme énorme de souffrances accumulées», les difficultés que Théo a toujours pour respirer ou parler, le risque vital permanent, le handicap social, la famille meurtrie.

Cathédrale

Sabine Grataloup ne s’exprime pas devant une juridiction classique. Samedi, cette Iséroise est venue témoigner devant le Tribunal international Monsanto dans le cadre d’un procès citoyen sans reconnaissance officielle organisé à La Haye, aux Pays-Bas, à deux pas de la Cour pénale internationale (CPI). Mais elle s’adresse à de vrais juges.
(...)
Les juges le savent, leur mission est de livrer une opinion juridique sur six questions. La firme Monsanto a-t-elle, par ses activités, porté atteinte au droit à un environnement sûr, propre, sain et durable ? A-t-elle porté atteinte au droit à l’alimentation ? Au droit à la santé ? Aux libertés d’expression et de recherche scientifique ? S’est-elle rendue complice de crimes de guerre en produisant le défoliant «agent orange» utilisé par l’armée américaine au Vietnam ? Enfin, ses activités pourraient-elles constituer un écocide, soit le fait de détruire l’environnement au point de compromettre la vie sur Terre ?
(...)
Damián Verzeñassi, un docteur en santé publique argentin qui a mené une vaste enquête épidémiologique dans son pays, atteste à la barre d’une hausse spectaculaire des cancers, fausses couches et malformations congénitales. Entre 2010 et 2014, ces dernières concernaient 17,9 naissances sur 1 000, contre 8,8 sur 1 000 entre 2000 et 2004. «La majorité des malformations touchent la ligne médiane du corps», observe-t-il, citant les effets du glyphosate, qui interdit l’expression normale de gènes permettant la constitution de notre morphologie. Les mêmes malformations qui touchent Théo, Martina, les amphibiens du professeur Carrasco… Ou les porcelets d’un éleveur danois venu lui aussi témoigner, photos à l’appui, où l’on voit des animaux nés avec des moignons en guise de pattes, sans anus, sans yeux ou avec deux têtes.
Devant les juges, défilent encore apiculteurs mayas, agriculteurs australiens, burkinabés, indiens ou canadiens, tous très remontés contre Monsanto, accusée de «collusion» avec des gouvernements qui protégeraient davantage les intérêts privés que leurs citoyens. Seuls les Sri Lankais ont réussi à obtenir l’interdiction du glyphosate dans leur pays après la mise en lumière du lien entre le produit et une épidémie de maladie rénale responsable de la mort de 24 800 producteurs de riz entre 1994 et 2014.
La cour rendra son avis consultatif au plus tôt le 10 décembre, journée internationale des droits de l'Homme. Le petit Théo, lui, n’attendra pas jusque-là pour subir sa 51e opération. Ce sera ce jeudi, à l’hôpital Necker à Paris.

25 juil. 2015

Massacre d'un peuple millénaire

Anarkismo accuse l'histoire argentine d'un génocide oublié (ici, en espagnol).

Résumé et traduction
Le gouvernement le plus populaire de l'histoire en Argentine est responsable d'un génocide avec circonstances aggravantes, si l'on peut dire, parce qu'il est aussi responsable de l'occultation criminelle de ce génocide et, de ce fait, du sabotage d'une repentance impossible et inexistante.

(...) Le génocide a commencé dans la province de Formose entre le 10 et le 30 octobre 1947 pendant le premier gouvernement Peron. Les exécutants du massacre étaient la gendarmerie nationale et les complices civiles de la zone.

Les incitateurs, les pousse-au-crime étaient, qui aurait pu en douter, les propriétaires terriens et les capitalistes avec des intérêts dans la région. Pourquoi "génocide"? Les victimes furent des enfants, des femmes et des hommes de la population pilaga de Formosa, peuple indigène millénaire désarmé (connu pour son hospitalité) à qui l'on appliqua de manière froide la solution finale hitlérienne: quelques 750 de nos frères fusillés (les enfants, les mères, les vieux, tout le monde), des centaines de disparus, des centaines d'orphelins, des centaines de blessés, violés dans leur dignité la plus élémentaire ... en à peine quelques jours, en ayant recours à des fusillades collectives, à la poursuite à travers champs, à la crémation collective de cadavres et aux fosses communes (avec certaines personnes probablement enterrées vives) sans identification et avec le but avoué de ne laisser aucun témoin, d'effacer toute trace du crime. Un seul coupable désigné comme 'l'initiateur du conflit' fut renvoyé de son poste d'employé ministériel de seconde importance. Mais il n'y eut ni châtiment contre les coupables ni enquête (sauf pour tout cacher pendant presque soixante ans). D'un côté comme de l'autre, du côté des victimes comme des bourreaux, il y a encore des témoins vivants.

Des avocats et des anthropologues travaillent actuellement dans le zone dans le but de faire la lumière sur ce massacre: on a déjà découvert des restes d'ossements de centaines de cadavres sur le lieu du crime, aujourd'hui terrain de ... la gendarmerie nationale.

13 juil. 2015

Madygraf, entreprise occupée

Depuis 10 mois, les producteurs de Madygraf, entreprise graphique occupée en Argentine, prouvent qu'ils n'ont pas besoin d'employeur.

Reportage de Diagonal (ici, en espagnol) traduit et résumé par nos soins

"Nous prouvons qu'une usine peut produire sans patron" dit Agustin, ouvrier technicien de Madygraf, une entreprise graphique occupée et gérée par ses travailleurs depuis dix mois en Argentine dans la banlieue industrielle de Buenos Aires.

Le 11 août 2014, les travailleurs de la pause du matin de l'entreprise graphique Donnelley sont arrivés comme tous les jours pour travailler. Mais cette fois, ils sont tombés sur une note collée sur la porte: c'était fermé. L'entreprise nord-américaine avait cessé de produire et avait abandonné le pays en organisant une faillite frauduleuse et en laissant plus de 400 familles à la rue.

Les travailleurs se sont rassemblés à l'entrée de l'usine et se sont réunis en assemblée, ils ont décidé d'entrer et de lancer la production. Peu après, Donnelley s'est transformé en MadyGraf, en hommage à Mady, la fille d'un des travailleurs qui avait aidé à organiser la résistance.

Donnelley est une entreprise multinationales qui se classe parmi les 500 Fortune et participe à l'indice Nasdaq. Son activité se concentre dans l'impression graphique et dans les services liés; elle a des sièges en Amérique du Nord, en Europe et en Amérique Latine.

Nouvelles voix, nouvelles forces

Le contrôle ouvrier à Madygraf n'est pas tombé du ciel. Il a été rendu possible par une résistance ouvrière pendant plusieurs années. Les producteurs ont récupéré leur comité d'entreprise, se sont confrontés à la bureaucratie du syndicat, ils se sont mis en rapport avec d'autres luttes, ils ont conquis la confiance et se sont faits des alliés. Chemin faisant, une des expériences les plus novatrices fut la formation d'une Commission Femmes, avec des parents des travailleurs qui se sont confrontés à la lutte et ont découvert leurs voix propres.

(...)

Après l'occupation de l'usine, l'assemblée a cédé un lieu pour la Commission Femmes où on a installé une salle de jeux, où il y a une école de devoir, des ateliers d'art. Cela les a amenées à rencontrer des instituteurs et des activistes d'organisation de gauche comme le PTS. Les familles participent en tant que composante de la lutte et il s'est même formé une chorale d'enfant, les Petits debout (Pequeños de pie) avec les enfants des travailleurs.

Lancer la production de l'usine a également permis de renforcer les liens de solidarité avec d'autres secteurs. Les étudiants de l'université de Buenos Aires ont fondé un centre d'exercices pratique de Travail Social au sein de l'usine. Les étudiants en ingénieur ont collaboré avec les ouvriers sur les questions techniques de la production.

La gestion ouvrière de l'usine a changé la vie de tout le monde. L'infirmière de l'usine a déclaré lors d'une interview: "Quand nous sommes entrés en possession de l'usine, le niveau de stress a beaucoup diminué. L'absentéisme et les accidents ont beaucoup baissé.


Solidarité et amitié ouvrière

(...)

L'usine Zanon occupée sous contrôle ouvrière en Patagonie (voir ici, en espagnol) a été un exemple pour des milliers de travailleurs. Aujourd'hui, avec Madygraf, ils continuent à impulser et coordonner la solidarité ouvrière en renouant avec les traditions que les syndicats bureaucratisés avaient abandonnées.
 
"Nous avons traversé toutes les étapes, nous nous sommes organisés, nous sommes parvenus à organiser la commission interne contre la bureaucratie du syndicat ... Mais nous avons compris que nous devions continuer à avancer et que nous devions sortir de l'usine, organiser d'autres camarades qui ne l'étaient pas, comme World Color, comme les camarades de Print Pack et alors nous avons formé la liste Bordo pour ôter le syndicat des mains de la bureaucratie et le mettre au service des travailleurs. Mais nous savons qu'il ne suffit pas de récupérer un syndicat. Donc, à partir de ces usines, nous avons voulu créer un club ouvrier qui soit un point de rencontre de tous les travailleurs du bassin industriel de la zone nord, pour unir tous les travailleurs combatifs comme ceux de Kraft, de Lear, de Stani, de Pepsico, comme les camarades de Rioplatense, comme les travailleurs de Volkswagen" dit René.

Avec cet objectif ambitieux, ils ont organisé le championnat de football 'amitié ouvrière'. Les travailleurs de Madygraf ont mis à disposition deux terrains de tennis et un barbecue pour les plus de 400 travailleurs qui ont participé sur les prés de l'usine. Plus de 200 joueurs ont participé à la journée d'ouverture. Les équipes de football ont été formées par les travailleurs (...).

Les travailleurs de Madygraf continuent à se battre pour l'étatisation et l'expropriation de l'imprimerie. Une initiative parlementaire a été lancée par le député provincial Christian Castillo (PTS-FIT). En novembre 2014, il a été approuvé à l'unanimité avec quelques amendements à la chambre des Députés de la Province de Buenos Aires et doit encore passer au sénat.

Les travailleurs ne se rendent pas et, ce faisant, font école: "Nous allons nous battre pour le pain de notre famille, pour que plus jamais des familles ne se retrouvent à la rue."

24 mai 2015

Des entreprises récupérées

Normalement, les propriétaires lucratifs possèdent les entreprises. Ils les ferment s'ils souhaitent gagner davantage d'argent et les ouvriers doivent suivre et tenter de trouver un employeur qui veuille bien d'eux.

Cette narration capitaliste de l'économie, pour obsolète, inefficace et inhumaine qu'elle soit s'impose partout ... sauf en Argentine.

Traduction du point de vue de Juan Cruz Ferre relayé par Counterpunch (ici, en anglais). Ce point de vue n'est pas nécessairement celui de la plateforme mais il éveille en tout cas de nécessaires débats sur l'après emploi, sur la transition post-capitaliste et sur leur éventuelle articulation avec le militantisme ou l'aspiration révolutionnaire.

Quand les ouvriers de Donnelley sont arrivés à l'usine le 11 août 2014, ils ont trouvé un mot sur la porte qui leur expliquait que la compagnie clôturait ses opérations dans le pays et qu'elle "était désolée pour le dérangement".

Cette scène est devenue familière. Une compagnie ferme une usine pour délocaliser la production à l'étranger et profiter d'une main d'oeuvre moins chère et plus docile. Sous le capitalisme, les capitalistes sont libres de délocaliser leurs entreprises quand elles ne leur sont plus profitables, même si cela implique de jeter 400 familles à la rue. Les travailleurs, par contre, ne sont libres de choisir que ceux par qui ils seront exploités.

Confrontés à une situation désespérée, les travailleurs peuvent répondre par la résignation - mais pas dans ce cas. Les travailleurs ont décidé d'ouvrir la porte de l'usine, d'occuper l'usine et de redémarrer la production. Ils ont démontré qu'il "ne faut aucune hiérarchie pour faire tourner la production dans l'usine" selon les mots d'Hugo Padua, un travailleurs de l'usine depuis 22 ans.

La déclaration de faillite a été dénoncée par l'avocat des travailleurs et rejetée par le Ministre du Travail de la Province de Buenos Aires. Les raisons de l'abandon de l'usine que Donnelley avait données ont été invalidées et la faillite a été déclarée frauduleuse.

Les travailleurs en ont immédiatement pris parti. En moins d'un mois, les travailleurs de MadyGraf (le nouveau nom de l'entreprise choisi par les travailleurs) ont terminé un travail évalué à 500.000$. Ils se sont inscrits sur le registre national des coopératives et ont obtenu l'autorisation de fonctionner en tant que telle. Cependant, un ensemble d'obstacles bureaucratiques les ont empêché de recevoir leurs salaires pendant 45 longs jours.

Mais l'expérience a montré à ces travailleurs que les concessions ne viennent pas de la bonne volonté des patrons ou du gouvernement. Ils ont immédiatement mobilisé pour exiger leurs salaires et ont noué des liens avec d'autres usines, avec le mouvement étudiant et avec des partis politiques.

La Commission des Femmes créées en 2011 a joué et continue à jouer un rôle fondamental dans cette lutte. Elle participe aux assemblées, récolte des dons pour un fonds de solidarité et maintenant, avec l'usine contrôlée par les ouvriers, les femmes ont décidé d'ouvrir une garderie pour surveiller leurs enfants pendant la journée de travail.

Le mouvement des "usines récupérées" des années 1990-2000

Vers la fin des années 90, les politiques néolibérales en Argentine ont provoqué la fermeture de plusieurs entreprises, parmi lesquelles certaines étaient occupées par leurs travailleurs et protégées. Après la crise économique et politique de 2001, les saisies d'usine se sont répandues à travers le pays à un rythme effréné. Des centaines d'entreprises ont déclaré faillite ou ont délocalisé hors du pays. Souvent, les ouvriers ont occupé l'usine en réaction et ont repris la production sous contrôle ouvrier. Ce faisant, ils ont commencé un vrai mouvement de récupération d'usine à travers le pays. Aujourd'hui, il y a plus de 311 entreprises récupérées qui emploient plus de 13.000 (ici, en espagnol) travailleurs.

On peut dégager deux tendances majeures au sein du mouvement. La première tend à transférer les machines et les infrastructures de l'usine dans les mains du travailleur pour qu'il devienne un propriétaire et crée une coopérative. La seconde position, plus radicale, propose comme objectif final l'expropriation de l'usine et sa nationalisation sous contrôle ouvrier. Dans cette seconde optique, le modèle coopératif n'est accepté que comme phase transitoire.

La première option a l'avantage d'être plus accessible. Il y a moins de résistance de la part des politiciens et la voie légale est relativement large. Les raisons pour lesquelles ce modèle ne rencontre que peu de résistances sont liées à ses propres limites. La mesure apparemment radicale de dessaisir les propriétaires lucratifs de leur usine est une procédure légale dans laquelle le capital demeure privé et change simplement de mains. Bien sûr, les propriétaires sont maintenant les ouvriers et ils œuvrent au jour le jour pour assurer la production et leurs propres salaires qui sont généralement distribués équitablement. Mais ce modèle existe au sein du système capitaliste de production. Cela nous amène à la seconde limite de cette stratégie. La nouvelle entreprise est liée aux règles du marché libre et entre dans une concurrence inégale avec des entreprises plus grandes, plus efficaces. Dans ce cadre, il est fort probable que les travailleurs de la coopérative soient contraints de s'exploiter pour maintenir leurs prix face à la concurrence.

La seconde option a d'abord été le fait des franges de la gauche révolutionnaire qui se sont inscrites dans le mouvement ouvrier. Bien que les thuriféraires de ce modèle accepte que la coopérative est une phase temporaire, l'objectif final, c'est la nationalisation sous contrôle ouvrier. Cet objectif est à la fois pratique et idéologique. D'une part, la compétition du marché cesse d'être un problème. Au pire, la soutenabilité peut être obérée par des coupes dans les budgets nationaux mais pas à cause d'un manque de profitabilité. D'autre part, la nationalisation incarne l'attaque ultime contre la propriété privée: la propriété privée ne change pas simplement de mains pour le coup. C'est l'expropriation des moyens de production au bénéfice de toute la société. C'est un petit exemple, isolé, certes, et fatalement insuffisant de ce que les révolutionnaires cherchent pour le système dans son ensemble.

Une source d'inspiration

L'usine connue autrefois sous le nom de Zanon (aujourd'hui baptisée FaSinPat ou Fábrica sin patrones - Usine sans patron) est un exemple de cette stratégie. Les travailleurs de Zanon ont avancé le programme d'expropriation et de nationalisation sous contrôle ouvrier. Ils ont résisté à plusieurs tentative d'expulsion et ont surmonté un boycott des grossistes, des clients et d'autres entreprises qui voyaient dans l'exemple de Zanon une menace potentielle.

Les travailleurs de Zanon, sachant qu'ils faisaient face à des ennemis puissants, se sont alliés à d'autres secteurs opprimés à leur bénéfice mutuel. Par exemple, quand les fournisseur de matières premières ont refusé de continuer à vendre de l'argile à l'usine contrôlée par les ouvriers, les travailleurs se sont rapprochés d'une communauté Mapuche (une communauté indigène au Sud du Chili et de l'Argentine) et sont arrivés à un arrangement dans lequel les membres de la communauté donnent de l'argile aux ouvriers et, en échange, les ouvriers ont produit une gamme de carrelage avec des illustrations traditionnelles de membres de la communauté Mapuche.

Quand la police a essayé d'expulser les travailleurs de l'usine, la mobilisation populaire les a submergés. Les étudiants, les mouvements sociaux et les fonctionnaires ont déclarés qu'ils ne procureraient plus de traitement médical à la police s'ils étaient blessés dans l'opération. Les ouvriers dans l'usine étaient prêts à résister. Finalement, il n'y a pas eu d'expulsion.

Bien qu'on ait souvent essayé de dépeindre la lutte de FaSinPat et ses résultats comme une circonstance spontanée ou même comme le produits d'idéologies autonomies, l'effort militant, conscient et patient a été central pour organiser les travailleurs dans l'usine. Le 

(...)

Aujourd'hui, l'opération de contrôle ouvrier a treize ans. En trois mois, ils ont construit le centre médical que la communauté avait demandé au gouvernement depuis vingt ans, et ils ont créé plus de 200 postes pour des chômeurs. 

(...)

Donnelley est une multinationale basée à Chicag, avec des usines dans quatre pays outre les États-Unis. Une semaine avant que l'usine ne soit fermée, ils ont annoncé que 123 ouvriers seraient licenciés. La comisión interna (la commission interne) est restée ferme: elle a rejeté les licenciements en disant: "plus de famille jetée à la rue" et s'est préparée au combat. Pendant plusieurs années, la comisión interna s'est battue contre les licenciements et les mises à pied dans l'usine. C'est un exemple d'un phénomène qui s'étend dans la zone industrielle du grand Buenos Aires, connue sous l'appellation de syndicalisme de base ou syndicalisme de gauche.

(...)

Depuis 2001, au rythme du rétablissement économique, ce syndicalisme de base croît, remarquable par la démocratisation du lieu de travail, l'activisme militant et l'opposition à la bureaucratie syndicale, habituellement à la tête des directions syndicales régionales ou nationales.

La comisión interna, une commission largement autonome des niveaux syndicaux supérieurs, est un trait distinctif du syndicalisme en Argentine et est l'un des bastions de la puissance ouvrière. Ce type d'organisation sur le lieu de travail a joué un rôle majeur pendant les révoltes ouvrières des années 70 et a participé à leur engagement militant gagné pendant les dures persécutions de la dictature répressive de la fin des années 1970 et du début des années 80. L'entièreté de la comisión interna de Mercedez a disparu.

La comisión interna de Donnelley a été reprise des mains de la bureaucratie syndicale en 2005. Depuis lors, un activisme militant et démocratique s'y est développé. L'assemblée est la plus grande autorité et les délégués reviennent à la chaîne après avoir fini un mandat pour éviter l'établissement d'une caste de directeurs. Avec les comisiónes internas de Mondelez (ex Kraft), Pepsico et Lear, elle a posé les bases du syndicalisme de gauche au Nord de Buenos Aires.

La comisión interna a manifesté sa solidarité de classe à plusieurs reprises: elle s'est battue pour l'embauche permanente des travailleurs sous-traitants de l'entreprise, elle a soutenu activement les luttes des entreprises dans la région (Kraft et Lear), elle a amené son soutien actif à l'occupation du parc indoaméricain en 2010 et s'est jointe à la campagne d'acquittement des compagnies pétrolières de Las Heras. Avec les travailleurs d'autres usines graphiques de la région, elle a formé un groupe de discussion anti-bureaucratique au sein du syndicat graphique.

(...)

Le haut degré d'organisation de l'usine a été un facteur déterminant dans la décision patronale de fermer l'usine. en même temps, cet élément en question a permis une réponse rapide des travailleurs. Bien que la fermeture soit une surprise et un rude coup, ils étaient préparés à y faire face.

En août, Christian Castillo, le député représentant le PTS (une partie du Front de Gauche, FIT) dans la province de Buenos Aires a proposé une loi sur l'expropriation des entreprises sous contrôle ouvrier. La loi a déjà été pré approuvée par la Chambre mais doit encore être approuvée par le Sénat. Aujourd'hui, le défi, c'est de mettre la campagne d'expropriation à l'ordre du jour au niveau national avec le soutien des partis politiques estudiantins et des syndicats, unis derrière la loi mais qui montrent leurs muscles dans les rues.

L'autogestion par les travailleurs, la conduite d'une usine comme coopérative et la préservation des emplois sont autant de réussites formidables. Cependant, les travailleur de MadyGraf sont encore plus ambitieux. Aujourd'hui, le but c'est l'expropriation et la nationalisation de l'entreprise pour le bénéfice de tous.

Comme l'explique Eduardo Ayala, "Depuis la première réunion que nous avons organisée après la déclaration de faillite, nous avons voté en assemblée l'expropriation et la nationalisation sous gestion ouvrière pour mettre cette usine aux services des plus pauvres, pour que les manuels et les livres que nous imprimons arrivent jusqu'aux enfants les plus humbles dans les quartiers les plus pauvres."

Il n'y a pas de division de classe à MadyGraf. Ses luttes et ses succès, comme ceux de FaSinPat, sont un exemple et une balise pour le mouvement ouvrier international. Loin d'être des buts en soi, ces avancées devraient encourager et motiver les militants révolutionnaires à poursuivre le long combat pour une société sans classe.

18 avr. 2015

Nationalisation des chemins de fer

Pas en Europe, non, ni aux États-Unis: on est trop pauvres.

Telesur nous apprend dans un article dithyrambique que la présidente argentine renationalise les chemins de fer (ici, en espagnol).

Le sénat a approuvé la mesure par 53 voix contre 2.

Nous signalons que l'Argentine a subi le joug de ses créanciers pendant des dizaines d'années du fait de sa dette, que ce pays a suivi tous les conseils délirants de "rigueur budgétaire" et de privatisation des argentiers internationaux. Ces politiques ont abouti a une crise aiguë de la dette dans ce pays.

Depuis, un changement de politique, nettement plus salariale, nettement plus portée sur les nationalisations et les investissements publics semble avoir renversé la tendance.

Rappel historique de Wikipédia:
Le choix de créer dans les années 1990 une caisse d'émission monétaire liée strictement au dollar, avait eu pour conséquence, lors de la hausse massive de celui-ci à la fin des années 1990, de provoquer un arrêt brusque des exportations argentines. Le Brésil avait dévalué fortement sa monnaie et l'Argentine, son principal partenaire commercial, s'était retrouvée à sec de devises. Cette situation avait engendré une fuite de capitaux massive pendant les mois d'août, septembre et octobre. La crise est partiellement jugulée par un contrôle draconien des dépôts bancaires, appelé Corralito, basé sur l'obligation d'effectuer toutes les opérations financières à travers les banques et la restriction des retraits d'argent en numéraire. Le gros de la population n'étant pas bancarisé, la perception des rémunérations et salaires devient un véritable casse-tête, ce qui provoque une aggravation radicale de la crise en décembre 2001, provoquant un véritable chaos social, et des émeutes des classes sociales les plus appauvries par la crise. La répression cause 31 morts, le ministre des Finances est relevé de ses fonctions, mais cela ne suffit pas et le président signifie sa démission en s'enfuyant du palais du Gouvernement en hélicoptère. Le gouvernement, le FMI et la parité entre le peso et le dollar américain sont les thèmes les plus critiqués.
En dix jours, quatre présidents se succèdent (Camaño, Rodriguez Saa, Puerta, Duhalde), le gouvernement argentin se déclare en état de cessation de paiement, abroge la loi consacrant l'intangibilité des dépôts bancaires (ce qui provoque l’évaporation des dépôts des classes moyennes qui en avaient mais ne les avaient pas transférés) et, donc, par un approfondissement de la crise économique. Le 6 janvier 2002, le nouveau gouvernement procède à un gel total des avoirs bancaires, appelé Corralón, et une dévaluation officielle du peso de 28 % par rapport au dollar, tandis que dans la rue le dollar se change à 1,60 peso pour atteindre très vite plus de 3 pesos.
Le monde entier a été surpris par les événements de décembre 2001. Les médias ont montré un pays caractérisé par les pillages de magasins et les concerts de casseroles des classes moyennes. Mais ces représentations sont simplistes et plus que subjectives. Les émeutes et les mobilisations ne sont pas nées à la fin de l'année 2001. Dès 1989, une vague de saccages de magasins a eu lieu, conséquence de l'hyperinflation. En décembre 1993, le pays a connu des révoltes, notamment à Santiago del Estero. En 1996, les premiers piqueteros établissaient des barrages à Cutral-Co, dans la province de Neuquen. Mais les médias n'avaient laissé que très peu de visibilité à ces mouvements.
Les protestations de décembre 2001 doivent être analysées en tenant compte des changements que le répertoire de l'action collective a connus ces dernières années en Argentine. Comme l'a expliqué Javier Ayuero, « loin d'être l'explosion d'une citoyenneté paraissant jusqu'alors repliée sur elle-même et incapable d'exprimer son mécontentement, le mois de décembre 2001 représente plutôt le point le plus critique d'un processus de mobilisation populaire datant environ d'une dizaine d'années »
Eduardo Duhalde demeure président de l'Argentine entre janvier 2002 et mai 2003 où il met fin à la parité entre le peso argentin et le dollar américain et met en place un plan économique productiviste. Il appelle à des élections présidentielles anticipées en avril 2003 où il soutient le candidat péroniste de centre gauche Néstor Kirchner. Ce dernier est élu par défaut à la suite du retrait de Carlos Menem au second tour.

Néstor Kirchner exerce la fonction de président de la République argentine de 2003 à 2007. Il renégocie la dette du pays en 2005 (en fait, il refuse le remboursement de trois quarts des 100 milliards de dollars de dette extérieure). Il gèle les tarifs énergétiques et du transport, et taxe très fortement les importations, il relance l’activité économique (+ 50 % en cinq ans) soutenue par les dépenses publiques, et double la masse salariale (de 2003 à 2007). Nestor Kirchner est décédé en 2010 d'une crise cardiaque.
Son épouse, Cristina Fernández de Kirchner, élue au premier tour le 28 octobre 2007 lui succède le 10 décembre 2007.
Merci de faire passer le message à tout ce qui ressemble à un ministre de l'économie et/ou des finances en Europe.

21 janv. 2015

Monsanto en Argentine

Michael Warren et Natacha Pisarenko enquêtent pour faire le bilan des activités de Monsanto en Argentine dans Films for action (ici en anglais et en libre accès).

C'est édifiant. L'activité lucrative nuit. Nous avons joint les images rapportées par la photographe Natacha Pisarenko. Il s'agit de personnes dont les maladies sont imputables à l'usage des agrochimiques à proximité des lieux d'habitation.

Extrait, résumé et traduction
Monsanto a fait de l'Argentine le troisième producteur mondial de fèves de soja mais les produits chimiques qui dopent la production ne s'arrêtent pas aux champs de culture. Ils polluent continuellement les maisons, les classes et l'eau potable. Un nombre grandissant de docteurs et de scientifiques lancent l'alerte. L'utilisation des produits chimiques est responsable d'un nombre croissant de problèmes de santé qui apparaissent dans les hôpitaux sud américains. Au cœur de l'industrie du soja, une enquête en porte à porte auprès de 65.000 personnes de la région a révélé un taux de cancer deux à quatre fois plus élevé que la moyenne nationale, une augmentation du taux d'hypothyroïdie et de maladies respiratoires.

Ces vingt dernières années, l'épandage de produits agrochimiques a été multiplié par huit (317 millions de litres par an aujourd'hui). 

Les surfaces consacrées au soja ont triplé depuis 1990 (10 millions d'hectares aujourd'hui - 10 mille kilomètres carré). Le soja, le coton et le maïs en Argentine sont essentiellement des cultures transgéniques. Les OGM ont d'abord réduit légèrement la consommation de produits chimiques avant de la faire exploser. Les produits chimiques consommés en Argentine sont passés de 34 millions de litres annuels à 317 millions puisque les mauvaises herbes et les parasites sont devenus résistants. Aujourd'hui, l'Argentine utilise quelques 4 kilos de substances agrochimiques à l'hectare, deux fois plus qu'aux États-Unis.

Le Glyphosate, la substance principale du round up, le pesticide le plus populaire de Monsanto est régulé par les provinces argentines. Dans certaines province, on ne peut le mettre à moins de trois kilomètres des habitations, dans d'autres provinces, cette distance prophylactique est réduite à ... cinquante mètres. Un tiers des provinces n'ont tout simplement pas mis de limite.

L'Argentine a été un des premiers pays à adopter les nouvelles biotechnologies de Monsanto. Au lieu d'épandre des pesticides, de retourner la surface du sol et d'attendre que le poison fasse son effet avant de semer, les paysans sèment des semences et traitent après sans endommager la récolte génétiquement modifiée pour supporter les produits chimiques spécifiques. Cette méthode sans attente prend beaucoup moins de temps et d'argent. Mais la résistance aux pesticides se fait d'autant plus forte que les produits chimiques sont toujours les mêmes. Les paysans utilisent maintenant des produits beaucoup plus concentrés que le Glyphosate, tels l'agent orange utilisé par l'armée Us comme défoliant pendant la guerre du Vietnam. 
En 2006, un bureau du ministère de l'agriculture argentin a recommandé de mettre des étiquettes d'avertissement sur ces produits concentrés pour limiter l'usage de ces produits à des zones rurales éloignées de toute habitation. La recommandation a été ignorée. Les cas d'empoisonnement, les cancers se multiplient. 

2 sept. 2014

Augmentation du salaire minimum

Dans le cadre d'un mouvement social très fort, malgré les appétits des fonds vautour, l'Argentine augmente son salaire minimum de 31% selon Telesur (ici, en espagnol). Mais ici, curieusement, sans fonds vautour, dans la région la plus prospère du monde, Hollande avait accordé un carambar aux smicards.

30 août 2014

Grève générale pour le salaire

Libération (ici) nous emmène en Argentine où le comportement des fonds vautour menace l'équilibre budgétaire et, avec lui, les salaires des travailleurs.

Extrait.

Les syndicats appellent les employés des transports et des banques à se mobiliser pour les salaires alors que le pays est en défaut de paiement.
L’Argentine connaîtra jeudi sa deuxième grève générale depuis le début de l’année, à l’appel de trois syndicats, pour réclamer des hausses de salaires, alors que le pays, en récession, a été déclaré en défaut de paiement partiel par les agences de notation.
Cheminots, chauffeurs de poids lourds et travailleurs des banques et des ports sont parmi les principales professsions appelées à cesser le travail, à l’appel des syndicats CTA, Celeste y Blanca et d’une partie du syndicat CGT. Les conducteurs d’autobus ont quant à eux refusé de se joindre au mouvement, contrairement à la première grève générale, le 10 avril, qui avait vidé les rues, les bureaux et les écoles.
Parmi les revendications de ce nouveau mouvement, la baisse de la taxation sur les salaires et la hausse des aides familiales. Il survient alors que l’économie argentine est en récession, avec une inflation annuelle supérieure à 30% et une situation financière délicate.

18 juin 2014

Les entreprises récupérées

Richard Neuville sur Workerscontrol.net (ici, en français) fait le point sur la récupération d'entreprises en Argentine. Il s'agit d'entreprise récupérées et réappropriées par leurs travailleurs alors que leurs actionnaires les abandonnent. Les formes de réappropriations sont très variées et toujours à la frontière de la légalité puisqu'il n'y a pas de rachat de parts.

Extrait

La quatrième enquête nationale sur les entreprises récupérées par les travailleurs (ERT) réalisée par le programme « Faculté ouverte » de l’université de Buenos Aires confirme que le mouvement argentin des entreprises récupérées s’inscrit dans la durée. Depuis 2001, plus de 300 entreprises en faillite ou abandonnées par leurs propriétaires ont été reconverties par leurs ancien-ne-s travailleur-se-s et parmi elles, 60 l’ont été sur les trois dernières années. Si l’incertitude juridique autour de ces processus reste forte, il apparait que la voie de la récupération par les salariés reste une option valide de plus en plus soutenue par les syndicats.
Comme le déclarait José Abellí en 2009, le phénomène de récupération d’entreprises par les travailleurs est aujourd’hui bien ancré dans la classe ouvrière argentine : « Aujourd’hui, quel que soit l’endroit dans le pays, lorsqu’une entreprise ferme, les travailleurs brandissent le drapeau de l’autogestion. C’est le grand acquis de la lutte de la classe ouvrière argentine ». Il n’est donc pas qu’un lointain souvenir de la crise de 2001 comme le confirmait également Andrés Ruggeri en 2010 « les entreprises récupérées par les travailleurs, non seulement, n’ont pas disparu mais elles se sont converties en une option que les travailleurs reconnaissent comme valide, malgré toutes les difficultés, plutôt que de se résigner à la fermeture des entreprises ».
Les premiers éléments de la quatrième enquête nationale sur les entreprises récupérées par les travailleurs (ERT) réalisée par le programme « Faculté ouverte » de l’université de Buenos Aires en apportent une démonstration éclatante. Présentée le 21 mars dernier dans l’hôtel Bauen, à l’occasion du 11e anniversaire de sa récupération, le jour même où les travailleurs de cet hôtel récupéré apprenaient la décision de justice intimant leur expulsion, elle indique que ce sont plus de 60 entreprises qui ont été récupérées ces trois dernières années et 2 500 emplois qui ont été préservés. Depuis 2001, plus de 300 entreprises en faillite ou abandonnées par leurs propriétaires ont été reconverties par leurs ancien-ne-s travailleur-se-s, même si beaucoup courent le risque d’être contestées par des décisions de justice.

(...)
Une forte majorité d’ERT (93%) maintiennent les assemblées générales périodiques (56% une fois par semaine). 54% d’entre elles appartiennent à un mouvement ou une organisation d’ERT ou de coopératives et 71% réalisent des activités solidaires ou culturelles en lien avec la communauté.
Globalement, la capacité productive reste moindre qu’avant la récupération, l’absence de capital (47,1%), de matières premières (35,3%) et la difficulté d’insertion sur le marché (29,4%) restent prégnantes. Les données recueillies sont cependant en évolution par rapport à celles relevées en 2003 et sont à mettre en relief avec l’amélioration de la situation macroéconomique qui permet aux nouvelles ERT de s’insérer plus rapidement. Néanmoins, leur accès au crédit reste problématique du fait de leur statut, c’est ainsi que 29% des ERT ont recours au « travail à façon », ce qui signifie qu’elles dépendent d’un donneur d’ordre qui leur procure la matière première et les paie pour le travail et la maintenance des machines. Dans certains cas, elles parviennent à capitaliser et à acquérir au fil du temps une certaine indépendance alors que d’autres restent dans une situation de sous-traitance. Relevons également que 61% des ERT reçoivent des aides de l’Etat.
Un autre trait significatif de ce phénomène est le maintien d’une égalité salariale (52% des cas). Dans les autres cas, la différence est le plus souvent liée à la différence du nombre d’heures effectuées (61,5%). Dans aucun cas, l’échelle des salaires n'est supérieure à 50%.

5 juin 2014

Universalisation des pensions

En Argentine (pas en Europe, nous on est trop pauvres, pas assez industrialisés), la présidente du pays envisage d'élargir les droits à la pension de retraite à ceux qui n'ont pas les trente années de cotisations nécessaires pour ce faire. Il s'agit d'élargir la demande, de soutenir les salaires (sources, Telesur, ici, en espagnol).

Nous rappelons que l'Argentine a été engluée dans une crise de la dette comparable à celle que traversent les pays du sud de l'Europe ou l'Irlande. En dénonçant unilatéralement de larges pans de cette dette, le pays avait axé sa relance économique sur la demande, sur les salaires - avec un certain succès jusqu'ici.

En l'occurrence, il s'agit d'augmenter, d'universaliser un salaire découplé de l'emploi.

21 mai 2014

Le chômage baisse au pays de l'augmentation des pensions

Il semblerait que le taux de chômage baisse en Argentine - pays où les pensions et le salaire minimum ont été revalorisés. C'est une catastrophe: toutes les théories économiques au nom desquelles on nous baisse les salaires et on nous dégrade les conditions d'emploi tombent à l'eau.
Le salaire n'est pas l'ennemi de l'économie - même dans un pays qui a été ravagé par des décennies d'austérité sous l'égide du FMI ou de la Banque Mondiale, même dans un pays qui a connu une dévaluation importante, une crise de la dette, etc.
"Le taux de chômage s'élève à 7,1% au premier trimestre, ce qui représente une baisse de 0,8% par rapport à l'année dernière."

http://www.telesurtv.net/articulos/2014/05/20/indice-de-desempleo-desciende-en-argentina-1746.html

Journée anti-Chevron

La journée anti-Chevron est organisée dans treize pays par des organisations de victimes de la pollution générée par les activités de cette compagnie. Des débats sont prévus, des marches, des projections de films, des actions de blocage, etc.

En Équateur (selon Telesur - ici, en espagnol) la compagnie refuse d'acquitter l'amende de 9,5 milliards $ de dédommagement à une trentaine de villages, amende à laquelle un tribunal local l'a astreinte. Cette amende se justifie par les activités néfastes de sa succursale Texaco au siècle dernier en Équateur.

Photo: Archivo
Les activistes veulent que la multinationale change ses pratiques et reconnaisse ses responsabilités. Ces trente dernières années, elle aurait rejeté plus de 60 millions de litres de pétrole et plus de 65 millions de litres d'eaux polluées toxiques, elle aurait brûlé 6,65 milliards de m³ de gaz en Amazonie.

Nous rappelons que les nuisances des multinationales s'expliquent facilement par la nécessité de maintenir un taux de profit élevé, c'est-à-dire ...

- maintenir les salaires au plus bas et dégrader les conditions de travail

- investir le moins possible et avoir recours à un matériel vétuste et dangereux

- externaliser les dégâts, la pollution provoquée par lesdites activités lucratives.

Cet état de chose ne peut être modifié que si l'on abolit la propriété lucrative, source de tous les appétits de profits.

7 mai 2014

Grève mondiale


Le quinze mai prochain, selon Telesur (ici, en espagnol), on annonce une grève mondiale dans la restauration rapide: outre les actions déjà en œuvre dans le nord de l'Italie ou aux États-Unis, cette journée du quinze mai verra des actions dans 30 McDo au Japon, des manifestations dans cinq États au Brésil, au Maroc à Casablanca et Rabat ... Les travailleurs de restauration rapide se sont mis d'accord sur un jour de protestation dans une trentaine de pays.

Des représentants d'Argentine, du Panamá, d'Italie et de Nouvelle-Zélande ou de Hong Kong, se sont réunis et coordonnés à New-York.

Il s'agit de demander des augmentations salariales dans des chaînes comme McDo, Burger King, KFC, etc.

Aux USA. les travailleurs réclament un salaire de 15 dollars l'heure, près du double du salaire actuel de 7,25 dollars en vigueur dans les nombreuses chaînes de restauration rapide. Leur mobilisation a commencé fin 2012.

15 avr. 2014

Monsanto dégagé d'Argentine

L'argent de la multinationale, la campagne de pression, l'argument ultime de l'emploi n'y ont rien fait: les Argentins ont décliné les perspectives que Monsanto offraient pour sauver leur cadre de vie, leur environnement. Une excellente nouvelle pour eux.

Extrait de l'article de Captain Martin dans Le Grand Soir (ici).

Monsanto pensait bien voir son projet aboutir en Argentine. Le numéro un sur le marché des semences génétiquement modifiées avait à vrai dire mis le paquet : un investissement de 160 millions de dollars et la perspective de créer quelque quatre cents emplois dans une des régions les plus pauvres du pays. L’urgence sociale, selon les dirigeants de la multinationale, aurait dû faire taire les protestations. Mais les choses ont pris une tournure pour le moins inattendue.
Les habitants de Malvinas Argentina et des groupes de protection de l’environnement ont réussi à obtenir de la justice que leurs revendications soient entendues. En effet, les travaux entrepris par Monsanto sont pour le moment arrêtés tant qu’un rapport n’aura pas prouvé la non-dangerosité de ses produits sur l’environnement. Mieux, la pression sociale commencée il y a quelques mois a conduit le gouvernement provincial à revenir sur le projet-même de l’entreprise. Federico Mavciocchi, avocat de l’association « Malvinas lucha por la vida » est très clair : « nombre d’études ont déjà été menées et toutes mettent en évidence les dangers que Monsanto représente pour l’environnement. On peut parler de contamination ».

30 mars 2014

La grève des enseignants argentin augmente leur salaire de 30%

Selon un bref article de Telesur (ici, en espagnol).

Le gouvernement argentin a approuvé ce samedi une augmentation de salaire de 30% suite à une grève des enseignants qui bloquait les classes de plus de 2,5 millions d'élèves de primaire et secondaire.

Félicitation aux enseignants et un rappel à tous, la grève peut être payante.

5 févr. 2014

Le gouvernement argentin augmente les pensions

Selon un article de Telesur (ici, en espagnol), Cristina Fernández, la présidente argentine, a décidé d'augmenter une nouvelle fois les pensions. Cette fois, elles sont augmentées de 27% après une augmentation de 11% en septembre. Si la plateforme n'a pas vocation à relayer quelque discours politique que ce soit, nous vous en faisons part ici car il s'agit ici d'une prise de parti en faveur du salaire social tout à fait remarquable.

Pour la présidente, la pension est un investissement social. Elle critique les économistes qui craignent que cette mesure ne provoque de l'inflation (c'est la théorie du NAIRU) en expliquant que, pour que l'investissement économique puisse porter ses fruits, il fallait que les gens achètent les biens de consommation, qu'ils aient accès à un salaire.

Voici une femme politique qui montre un courage et une détermination qui laissent les millions de chômeurs, de précaires, de pensionnés faméliques ou de travailleurs exploités en Europe rêveurs: le salaire n'est pas un coût mais un investissement. 

À faire passer aux thuriféraires de l'emploi (à tout prix), aux partis politiques soi-disant engagés, aux syndicats soi-disant combatifs, englués dans le concession bargaining.

13 janv. 2014

Accaparement

L'accaparement des terres, c'est leur achat par ceux qui ont de l'argent au détriment de ceux qui les cultivent sans titre de propriété. C'est ce que Polanyi appelait l'enclosure.

Agnès Stienne illustre ce phénomène vieux de trois siècle mais toujours actuel.

Mais rassurez-vous: les autorités des pays concernés ont promis ... que l'accaparement créerait des emplois.

25 oct. 2013

Petites nouvelles des usines récupérées en Argentine

Traduction et résumé de cet article en anglais (Resilience):

Dix ans après la Prise: reportage dans des usines argentines possédées par leurs travailleurs



 L'économie argentine est confrontée à l'inflation actuellement. Il est difficile d'y mener des affaires vu le manque de transparence des transactions monétaires. Cela rend la multiplication des entreprises possédées par les travailleurs d'autant plus remarquable. Le reporter, jeune étudiant activiste a voulu évaluer la méthode de résistance, il a voulu voir si elle était applicable à grande échelle.

Le mouvement de réappropriation a commencé lors de la crise économique en 2001. Les investisseurs étrangers fermaient alors les usines qui demandaient des millions d'emplois. Certains travailleurs ont continué à occuper leur poste de travail - ils en étaient capables -, à occuper leurs usines et à demander le droit de travailler, de redémarrer la production en tant que coopérative ouvrière. Ce mouvement a concerné plus de 180 coopératives employant plus de 10 mille travailleurs. L'idée était de garder la valeur ajoutée produite par leur usine dans leurs affaires et plus de l'emmener sous d'autres cieux. Pendant des mois, ils ont dû garder leur matériel, leurs usines pour empêcher les anciens propriétaires de saisir le matériel et de le revendre. Ces occupations ont été réprimées violemment par la police au début.

Ce moment a donné l'espoir à des travailleurs dans le monde entier, il a été résumé par The Take, sous-titré en français, le film de Naomi Klein. Ces usines après onze ans sont en voie d'institutionnalisation, elles accèdent aux marchés majoritaires. Témoignages.

À la Matanza, on est confrontés à de très vieux problèmes et on trouve de nouvelles solutions. Cette usine à écrou occupée depuis 2003 est gérée par neufs 'socios' (associés), la plupart âgé de soixante ans. Ils prennent des décisions horizontales, de manière collective avec les gens avec qui ils ont travaillé pendant longtemps.

Les affaires vont bien avec une clientèle stable et un 'retour' (ils n'appellent pas cela des salaires dans la coopérative) plus élevé que la moyenne. Leur travail est assuré mais, quand il y a une panne de machine, les retards peuvent s'accumuler: le matériel vieillit. D'autre part, certains travailleurs ont passé plus de temps dans ces entrepôts sombres qu'avec leur famille. L'usine a son prix.

À la SG Patria Grande, les travailleurs sont jeunes, ils sifflent dans une lumière brillante. La coopérative rêve d'utiliser une partie des fonds de leur distribution pour ouvrir une épicerie-restaurant d'aliments produits de manière responsable. L'entreprise d'emballage vit des déchets mais essaie d'offrir des produits à base de maïs.

L'ambiance est militante, on travaille réseaux courts, échanges, alternatives.

Mise en perspective:

Nous nous réjouissons de cette fenêtre hors de l'emploi traditionnel. Elle permet le travail hors exploitation, hors de la pression des actionnaires. C'est formidable mais la question à laquelle cet enthousiaste article ne répond qu'imparfaitement, c'est celle de la concurrence entre producteurs, c'est la question de savoir si, en dépit du mode de gestion en coopérative horizontale, les pratiques professionnelles ne doivent pas s'aligner sur celles de la concurrence, si les travailleurs ne se retrouvent pas à travailler dans des conditions aussi pénibles qu'auparavant, sans patron. La question, une fois l'usine réappropriée, est celle de l'effet de la concurrence sur les pratiques au travail.

En tout cas, la piste des coopératives est intéressante. À une échelle individuelle, on remarquera que les indépendants ne s'affranchissent pas de la logique de l'emploi: ils demeurent sous la pression de la concurrence, doivent donc produire plus vite, à moindre coût, ils doivent eux-mêmes organiser leurs tâches pour qu'elles soient plus efficaces en temps. Ils se retrouvent malgré eux corsetés dans le même type d'activité que les ouvriers.