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28 déc. 2016

Libéralisme contre liberté

Sur l'Observatoire des multinationales, Olivier Petitjean relate un article du Guardian (ici, en français). Il s'inquiète des pratiques liberticides de Sodexo contre ses employés dans une mine australienne.

Mais quand les Lumières qui ont inondé le champ politique depuis le dix-huitième siècle pourront-elles enfin éclairer le champ économique?

Extraits
Il y a quelques mois, Sodexo annonçait avoir signé avec Rio Tinto, le géant minier, un contrat de 2,5 milliards de dollars australiens (1,8 milliards d’euros) pour gérer pendant dix ans ses installations minières dans l’Ouest de l’Australie. Selon le quotidien britannique The Guardian, ce contrat inclut la mise en place d’une dispositif totalement inédit de surveillance des moindres mouvements des travailleurs employés sur le site, qui pourrait impliquer l’utilisation de drones. De quoi inquiéter aussi bien les défenseurs des libertés individuelles que les syndicats.
Dans un coin perdu de l’Ouest de l’Australie, Rio Tinto possède un immense exploitation de fer : la mine de Pilbara. Celle-ci fonctionne sur le modèle du fly in fly out, c’est-à-dire que les mineurs viennent y travailler par avion pour une certaine période de temps, avant de repartir chez eux se reposer, et ainsi de suite. Selon le Guardian, le complexe comprend « trois ports, six villages, trois aéroports, 15 sites opérationnels, 42 sites d’hébergement, 134 équipements, 336 bâtiments commerciaux et 3259 bâtiments résidentiels ». La gestion de l’ensemble est confiée, depuis cette année, à l’entreprise française Sodexo, qui y a mis en œuvre des « innovations » qui suscitent beaucoup d’inquiétudes.

Voici ce qu’en dit le Guardian :
Dans le cadre de ce contrat, Sodexo est en train d’accroître considérablement la surveillance des installations de Rio Tinto à Pilbara à travers une plateforme qui transmet en direct un flux d’informations vers une station de supervision à Perth employant 50 personnes.
« Cela nous donne des aperçus et des données chiffrées utilisables en temps réel sur nos équipements et le mouvement des individus, la satisfaction de nos clients, et même les dépenses effectuées sur le site », nous a écrit Weston [un cadre local de Sodexo, NdE]. « Notre but est d’en arriver au point où nous pouvons avoir une information individualisée sur où et comment les employés passent leur temps et dépensent leur argent, afin d’améliorer leur qualité de vie. »
« À terme, Sodexo projette d’ajouter des capteurs aux réverbères et aux poubelles, et nous avons déjà des expérimentations prévues avec des drones. »
Sont d’ores et déjà mis en œuvre le traçage par GPS des mouvements des véhicules, ainsi que des réseaux d’eau intelligents qui alertent les opérateurs sur le déclin des ressources ou sur la dégradation des canalisations à un point où elles requièrent une réparation.
Lire l’intégralité de l’article sur le site du Guardian (en anglais).

(...)

Le Guardian précise avoir tout d’abord été approché par Sodexo pour publier un article promotionnel sur les nouvelles expérimentations que la firme mettait en œuvre dans la zone de Pilbara. Lorsque les journalistes ont commencé à s’intéresser de plus près aux dispositifs effectivement mis en place et à leurs implications, Sodexo et Rio Tinto ont cherché à entraver leurs efforts. Suite à la publication de l’article du quotidien britannique, Sodexo a précisé que l’utilisation de drones n’était qu’un projet, et que les données collectées l’étaient conformément à la législation australienne.

Reste que l’entreprise française a clairement conçu son contrat australien comme un projet pilote qu’elle pourrait vendre ensuite à d’autres entreprises ou à des collectivités locales. Bienvenue dans le meilleur des mondes.

19 oct. 2016

Monsanto en procès

Dans Libération (ici) Coralie Schaub nous rend compte du procès "pour de faux mais avec de vrais professionnels" contre la multinationale.

Extrait
Un gros cœur rouge est imprimé sur son haut noir. Elle est grande, se tient droite, elle s’avance à la barre, prend une profonde inspiration et se lance : «C’est un honneur d’ouvrir la longue marche des victimes de Monsanto. Vous allez entendre beaucoup de chiffres, aussi je me suis permis de mettre un visage sur les statistiques.» Sabine Grataloup tend aux juges une série de photos. L’une montre un nouveau-né intubé, les mains attachées, une sonde dans l’estomac. Une autre, une bouille au sourire doux, de beaux yeux bleus… et un gros trou dans le cou. «Voici Théo, mon fils. Il y a neuf ans, il est né avec une malformation grave de l’œsophage. Il a dû être opéré en urgence pour séparer les systèmes digestif et respiratoire. Son larynx aussi était malformé, on lui a donc aussi fait une trachéotomie. Depuis sa naissance, il a subi cinquante opérations.»
Elle évoque la «somme énorme de souffrances accumulées», les difficultés que Théo a toujours pour respirer ou parler, le risque vital permanent, le handicap social, la famille meurtrie.

Cathédrale

Sabine Grataloup ne s’exprime pas devant une juridiction classique. Samedi, cette Iséroise est venue témoigner devant le Tribunal international Monsanto dans le cadre d’un procès citoyen sans reconnaissance officielle organisé à La Haye, aux Pays-Bas, à deux pas de la Cour pénale internationale (CPI). Mais elle s’adresse à de vrais juges.
(...)
Les juges le savent, leur mission est de livrer une opinion juridique sur six questions. La firme Monsanto a-t-elle, par ses activités, porté atteinte au droit à un environnement sûr, propre, sain et durable ? A-t-elle porté atteinte au droit à l’alimentation ? Au droit à la santé ? Aux libertés d’expression et de recherche scientifique ? S’est-elle rendue complice de crimes de guerre en produisant le défoliant «agent orange» utilisé par l’armée américaine au Vietnam ? Enfin, ses activités pourraient-elles constituer un écocide, soit le fait de détruire l’environnement au point de compromettre la vie sur Terre ?
(...)
Damián Verzeñassi, un docteur en santé publique argentin qui a mené une vaste enquête épidémiologique dans son pays, atteste à la barre d’une hausse spectaculaire des cancers, fausses couches et malformations congénitales. Entre 2010 et 2014, ces dernières concernaient 17,9 naissances sur 1 000, contre 8,8 sur 1 000 entre 2000 et 2004. «La majorité des malformations touchent la ligne médiane du corps», observe-t-il, citant les effets du glyphosate, qui interdit l’expression normale de gènes permettant la constitution de notre morphologie. Les mêmes malformations qui touchent Théo, Martina, les amphibiens du professeur Carrasco… Ou les porcelets d’un éleveur danois venu lui aussi témoigner, photos à l’appui, où l’on voit des animaux nés avec des moignons en guise de pattes, sans anus, sans yeux ou avec deux têtes.
Devant les juges, défilent encore apiculteurs mayas, agriculteurs australiens, burkinabés, indiens ou canadiens, tous très remontés contre Monsanto, accusée de «collusion» avec des gouvernements qui protégeraient davantage les intérêts privés que leurs citoyens. Seuls les Sri Lankais ont réussi à obtenir l’interdiction du glyphosate dans leur pays après la mise en lumière du lien entre le produit et une épidémie de maladie rénale responsable de la mort de 24 800 producteurs de riz entre 1994 et 2014.
La cour rendra son avis consultatif au plus tôt le 10 décembre, journée internationale des droits de l'Homme. Le petit Théo, lui, n’attendra pas jusque-là pour subir sa 51e opération. Ce sera ce jeudi, à l’hôpital Necker à Paris.

7 oct. 2014

Accaparement

L'accaparement des terres, c'est leur achat par ceux qui ont de l'argent au détriment de ceux qui les cultivent sans titre de propriété. C'est ce que Polanyi appelait l'enclosure.

Agnès Stienne illustre ce phénomène vieux de trois siècle mais toujours actuel.

Mais rassurez-vous: les autorités des pays concernés ont promis ... que l'accaparement créerait des emplois.

30 juil. 2014

40 offres par mois

Selon cet article du Guardian (ici, en anglais), les chômeurs australiens devront postuler 40 fois par mois pour conserver leurs droits aux allocations de chômage - ce quota est actuellement de 20 par mois avec un quota réduit pour les régions à fort taux de chômage.

Cette mesure employiste, imbécile et vexatoire a le mérite d'irriter ... les employeurs débordés de proposition de service spontanées. Qu'à cela ne tienne, sur le site seek.com.au, il y a moyen de faire ces 40 propositions d'emploi en quelques minutes.

17 juil. 2014

RIP taxe carbone

Ah décidément, l'Australie est entre de bonnes mains. Après avoir jugé les forêts trop abondantes, après avoir bazardé les coraux, c'est maintenant la taxe carbone qui y passe. Il s'agit de ne pas gêner la production industrielle, le développement-dollar.

Extrait d'un article du Monde (ici, en français)

Le Parlement australien a voté, jeudi 17 juillet, la suppression d'une taxe carbone mise en place il y a deux ans par un gouvernement travailliste pour réduire les émissions carbone et lutter contre le changement climatique.

Le secteur minier (minerai de fer, charbon, cuivre…), le moteur de la croissance australienne depuis quinze ans avec plusieurs géants du secteur, dont Rio Tinto et BHP Billiton, avait vivement critiqué cette taxe. La chambre haute du Parlement a voté jeudi à 39 voix contre 32 le texte la supprimant. Il s'agissait d'une des promesses du parti conservateur, arrivé au pouvoir en septembre 2013.

Le premier ministre, Tony Abbott, arguait que le coût de cette taxe était supporté par les consommateurs, par des factures d'électricité plus élevées. « C'est une grande nouvelle pour les familles australiennes et les petites entreprises de notre pays », s'est félicité M. Abbott, qui avait autrefois qualifié de « sottises absolues » les études scientifiques attribuant à l'action humaine le réchauffement climatique.
Rappelons que l'émission illimité de carbone par des industries capitalistes est une externalisation des coûts puisque c'est le peuple entier qui se retrouve dans une planète empoisonnée alors que seule une infime poignée de privilégiés touchent les bénéfices financiers de l'opération, les dividendes.

C'est un exemple parfait où la propriété lucrative et la logique de l'emploi (et de l'aiguillon de la nécessité qui pousse à l'emploi) tue les ressources communes et est un contresens, une aberration, un scandale ... économique.

11 juin 2014

Des pizzas à l'oeil

Nous apprenons dans le Guardian (ici, en anglais) qu'un restaurateur a été condamné à 335.000$ parce qu'il sous-payait ses employés.

Les travailleurs étaient pour la plupart des adolescents, âgé de 13 ans et plus, à temps partiel.

Le payement en nature, en bons de réduction sur les pizzas et les boissons, à la place du salaire minimum en bonne et due forme n'a pas convaincu le juge qui a considéré que c'était des pratiques médiévales.

Le propriétaire a en outre été condamné à payer les salaires dus.

L'atteinte au salaire est une atteinte aux droits humains, à la dignité humaine - il y aurait pas mal de monde en Europe à faire défiler chez ce juge!

8 juin 2014

Gaz de schiste

Selon la vidéo de Gasland II de John Fox (disponible ici, gratuitement mais en anglais), le gaz de schiste ne fait pas que des heureux. Nous avons résumé les conclusions du journaliste indépendant:

- les nappes aquifères sont empoisonnées parce que les tubes en ciments par lesquels passent les fluides toxiques utilisés pour fractionner la roche se fissurent dans 20 à 40% des cas

- une fois les nappes aquifères empoisonnées, l'eau de distribution est impropre à la consommation

- la pollution atmosphérique (notamment au méthane, inodore et toxique) est aussi impressionnante. Les habitants proches des puits développent des cancers, des maladies nerveuses et - des plus riches aux plus humbles - ils doivent déménager sous peine de voir leurs jours mis en danger

- aux États-Unis, le gaz est extrêmement bon marché parce qu'il est abondant. La production de gaz est destinée à l'exportation vers des pays où il peut être vendu jusqu'à cinq fois plus cher. Il est transporté dans des bateaux-citernes géants

- les terres à proximité des puits sont empoisonnées, rendues impropres à l'agriculture et à l'habitation sans que les habitants ou les agriculteurs ne soient dédommagés

- les compagnies gazières ont commencé l'extraction dans le bassin hydraulique majeur de New-York en Pennsylvanie. Ce bassin donne de l'eau potable à un ensemble d'agglomérations comptant 50 millions d'habitants. L'extraction du gaz du schiste a également commencé à la lisère de Los Angeles, au milieu des puits de pétrole conventionnels. Les puits sont à côté des quartiers chics ce qui nous vaudra peut-être un film hollywoodien grand public sur le sujet

- les élites politiques locales sont régulièrement achetées par les compagnies gazières, se servent des arguments du pic pétrolier, de l'indépendance énergétique et ... de l'emploi pour promouvoir la mise à sac des ressources communes en eau, en terres arables

- (pour les Américains): la détérioration des lieux de vie et de culture constitue une violation de la propriété privée, de la liberté de mener son activité

31 oct. 2013

La grande barrière de corail menacée par la mine

Quand deux hommes d'affaire impliqués dans le secteur minier siège au sein du directoire du parc marin de la Grande Barrière de corail, les poissons peuvent serrer les fesses.


article du Monde