9 sept. 2016

Esclavagisme hype


À l'occasion de la sortie du dernier bidule d'Appel Basta (ici) nous rappelle que la compagnie à la pomme est restée au moyen-âge en ce qui concerne les conditions d'emploi en Chine depuis le début.

Aucun signe d’amélioration malgré les interpellations

Un récent rapport de China Labor Watch montre que les abus dénoncés par les médias internationaux en 2012 se poursuivent aujourd’hui, sans signe d’amélioration. Dans le cas de Pegatron, les conditions de travail auraient même empiré depuis 2015, malgré les audits commissionnés depuis des années par Apple, son adhésion à la Fair Labor Association, et ses engagements répétés à assurer la sécurité et la dignité de ceux qui fabriquent ses produits extrêmement lucratifs.
China Labor Watch est une ONG qui se consacre à mettre en lumière les violations des droits des travailleurs dans les usines chinoises qui fournissent les grandes marques internationales. Son dernier rapport est basé sur des entretiens avec les ouvriers de Pegatron à Shanghai et une analyse de leurs fiches de paie. Il montre que ces travailleurs se voient toujours imposer des heures de travail excessives et parfois extrêmes, pouvant aller jusqu’à 109 heures supplémentaires par mois en plus de leur temps de travail normal – soit trois fois la limite légale en vigueur en Chine.

Des heures supplémentaires pour les stagiaires

La grande majorité des ouvriers du département maintenance de l’usine ont déclaré plus de 82 heures supplémentaires pour le seul mois de mars 2016, et toutes les fiches de paie émanant de ce département sans exception signalent des heures supplémentaires dépassant la limite légale de 36 heures supplémentaires mensuelles. Parmi les travailleurs concernés, des étudiants « stagiaires » qui légalement ne devraient pas faire d’heures supplémentaires du tout, mais dont certains en ont enregistrées plus de 80 par mois.
Interpellés sur ces pratiques, les dirigeants de Pegatron comme de Foxconn font valoir que les heures supplémentaires sont optionnelles dans leurs usines. Les recherches de China Labor Watch démontrent cependant que les quotas élevés de production imposés par Apple, les bas salaires de rigueur dans les usines, les techniques agressives de management et le refus systématique des congés concourent à ôter aux ouvriers tout pouvoir de choisir.

213 dollars par mois

L’enquête de China Labor Watch révèle également que le salaire de base offert à ses ouvriers par Pegatron, après déductions, équivaut à seulement 213 dollars par mois, soit 117 $ de moins que le salaire minimum en vigueur à Shanghai. Même avec toutes leurs heures supplémentaires, les travailleurs gagnent 300 $ de moins que le salaire mensuel moyen de la région.
Ces chiffres mettent en lumière une baisse nette des salaires des ouvriers de Pegatron entre 2015 et 2016. La direction de l’usine a compensé l’augmentation du salaire minimum imposée par le gouvernement par une suppression d’avantages sociaux. L’obligation est désormais faite aux salariés de contribuer par une portion de leur salaire à leur assurance sociale, qui était auparavant payée par l’entreprise. Malgré une hausse légale de 1,85 $ par heure en 2015 à 2 $ en 2016, le salaire horaire net après ces déductions n’est finalement que de 1,60 $.
Parmi les autres violations légales et éthiques documentées par China Labor Watch : plus d’une heure de travail quotidien non rémunérée, des conditions de vie marquées par la surpopulation des dortoirs et leur manque d’hygiène, ou encore la non fourniture d’équipements protecteurs, qui menace la santé et la sécurité des travailleurs.

La réalité des « iPod City » dénoncée dès 2006

De tels abus sont familiers chez Apple. Le lecteur en aura déjà entendu parler, ici (voir notre dossier) ou dans d’autres médias. Ce dont il ne se rend peut-être pas compte est que cela fait plus d’une décennie qu’ils ont été portés à l’attention d’Apple.
Le 18 août 2006, le journal britannique Mail on Sunday publiait un reportage au vitriol sur les conditions de travail dans les usines chinoises où étaient fabriquées, à l’époque, des iPods. Des journalistes d’investigation découvrirent que les ouvriers dormaient à 100 par dortoirs dans l’usine Longhua de Foxconn à Shenzhen, appelée à l’époque « iPod City », et qu’ils trimaient jusqu’à 15 heures par jour pour des salaires de misère. Ils trouvèrent des conditions similaires dans une usine d’Asustek à Suzhou, dans la province du Jiangsu, produisant des iPods Shuffle. Travaillant jusqu’à 12 heures par jours, les ouvriers y perdaient la moitié de leurs salaires en raison des frais de logement et de nourriture imposés par l’usine.