25 juin 2014

Yumco en grève depuis six mois

Le courrier des Balkans (ici, en français) enquête sur le mouvement de grève à l'usine de Yumco contre la privatisation. Le mouvement a tourné à l'affrontement quand les grévistes ont été exclus des négociations.

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1706 employés travaillent aujourd’hui pour Yumco
Des affrontements ont eu lieu entre les ouvriers en grève depuis six mois et la police, appuyée par des agents de sécurité privés. L’usine de Yumco fait partie des 153 entreprises en cours de restructuration, que le gouvernement Vučić a prévu privatiser d’ici la fin de l’été. 
Les affrontements ont commencé vendredi 13 Juin, lorsque la direction a exclu les délégués syndicaux d’une réunion prévoyant la privatisation de l’usine de textile. Cela violant non seulement les droits syndicaux, mais aussi la loi des privatisations – selon laquelle tous les actionnaires, travailleurs y compris, peuvent participer au processus de négociations des anciennes propriétés sociales. C’est ainsi que le patronat a vu Snežana Veličković, déléguée syndicale de l’ASNS (Association des Syndicats libres et indépendants), débouler, furieuse, dans la salle de réunion. Les évènements s’accélèrent : les grévistes bloquent la direction au neuvième étage de la tour « Yumco », tandis qu’une cohorte de 70 policiers débarque dans l’usine. Parmi de nombreuses blessées, cinq d’entre elles sont parties aux urgences. Mardi, les grévistes trouvent une barricade de gardes privés qui leur bloque l’accès à l’amphithéâtre.
 
 
Et concernant les travailleurs ? « Nous leur devons seulement quatre mois de salaires, entre 2003 et 2004. Or pour qu’on les rembourse, l’usine doit se remettre à produire. » Des propos qui non seulement contredisent ceux des grévistes, déclarant ne pas avoir été payés depuis juillet 2013 – mais qui plus encore, les criminalisent. Car les ouvriers sont en effet accusés de faire grève dans l’objectif de mettre l’usine en faillite et de bénéficier de plans sociaux… une combine pour gagner de l’argent sans travailler. Selon l’un des responsables, le « Le problème est dans leur tête. C’est le virus du communisme »  
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 Ainsi, quelle place pour un Etat de droit ? Comment les ouvriers et ouvrières peuvent-ils légitimer leurs paroles, leur grève, et leurs souffrances, face aux pleins pouvoirs du patronat ? Car la radicalisation de la grève n’est pas seulement due à un cri du ventre, à l’incapacité de payer les factures, d’envoyer les enfants à l’université, ou d’aller à la mer. L’engagement extrême, souvent pénible, des grévistes (blocage de l’autoroute sous la pluie, nuits passées dans l’usine) relève aussi d’un appel au secours : le combat contre le vol de leurs salaires et droits du travail, est aussi celui contre le viol de leur dignité. 

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Mais l’exemple de Yumco ne révèle-t-il pas le caractère illégitime intrinsèque aux privatisations... dont on vante pourtant les mérites au nom de la transition démocratique, alignée au modèle européen ?