Le courrier des Balkans (
ici, en français) enquête sur le mouvement de grève à l'usine de Yumco contre la privatisation. Le mouvement a tourné à l'affrontement quand les grévistes ont été exclus des négociations.
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- 1706 employés travaillent aujourd’hui pour Yumco
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Des affrontements ont eu lieu entre les ouvriers en
grève depuis six mois et la police, appuyée par des agents de sécurité
privés. L’usine de Yumco fait partie des 153 entreprises en cours de
restructuration, que le gouvernement Vučić a prévu privatiser d’ici la
fin de l’été.
Les affrontements ont commencé vendredi 13 Juin, lorsque la direction
a exclu les délégués syndicaux d’une réunion prévoyant la privatisation
de l’usine de textile. Cela violant non seulement les droits syndicaux,
mais aussi la loi des privatisations – selon laquelle tous les
actionnaires, travailleurs y compris, peuvent participer au processus de
négociations des anciennes propriétés sociales. C’est ainsi que le
patronat a vu Snežana Veličković, déléguée syndicale de l’ASNS
(Association des Syndicats libres et indépendants), débouler, furieuse,
dans la salle de réunion. Les évènements s’accélèrent : les grévistes
bloquent la direction au neuvième étage de la tour « Yumco », tandis
qu’une cohorte de 70 policiers débarque dans l’usine. Parmi de
nombreuses blessées, cinq d’entre elles sont parties aux urgences.
Mardi, les grévistes trouvent une barricade de gardes privés qui leur
bloque l’accès à l’amphithéâtre.
Et concernant les travailleurs ? « Nous leur devons seulement quatre
mois de salaires, entre 2003 et 2004. Or pour qu’on les rembourse,
l’usine doit se remettre à produire. » Des propos qui non seulement
contredisent ceux des grévistes, déclarant ne pas avoir été payés depuis
juillet 2013 – mais qui plus encore, les criminalisent. Car les
ouvriers sont en effet accusés de faire grève dans l’objectif de mettre
l’usine en faillite et de bénéficier de plans sociaux… une combine pour
gagner de l’argent sans travailler. Selon l’un des responsables, le « Le
problème est dans leur tête. C’est le virus du communisme »
(...)
Ainsi, quelle place pour un Etat de droit ? Comment les ouvriers et
ouvrières peuvent-ils légitimer leurs paroles, leur grève, et leurs
souffrances, face aux pleins pouvoirs du patronat ? Car la
radicalisation de la grève n’est pas seulement due à un cri du ventre, à
l’incapacité de payer les factures, d’envoyer les enfants à
l’université, ou d’aller à la mer. L’engagement extrême, souvent
pénible, des grévistes (blocage de l’autoroute sous la pluie, nuits
passées dans l’usine) relève aussi d’un appel au secours : le combat
contre le vol de leurs salaires et droits du travail, est aussi celui
contre le viol de leur dignité.
(...)
Mais l’exemple de
Yumco ne révèle-t-il pas le caractère illégitime intrinsèque aux
privatisations... dont on vante pourtant les mérites au nom de la
transition démocratique, alignée au modèle européen ?