Extraits de l'article disponible ici en français.
Les femmes sont les premières à être licenciées, les premières à être touchées par les mesures de privatisation de la santé et des services sociaux. L’État abandonne ses responsabilités à la « société civile », tout en tenant un discours nataliste culpabilisateur. Le néolibéralisme mène directement au retour des modèles traditionnels et patriarcaux et distribue le rôle des femmes et celui des hommes.
L’adoption de la politique d’austérité et le débat public qu’elle suscite ont encore une fois confirmé la conception inégalitaire des sexes, de la place et du rôle respectif des femmes et des hommes dans la société serbe.
L’exaltation de la maternité et du patriarcat par les courant libéraux créent la conviction que la maternité serait inhérente à la condition féminine. Ce discours a pour conséquence directe la raréfaction des femmes sur le marché du travail, qu’elles aient choisi de devenir mère ou non. Les femmes qui ne souhaitent pas ou ne peuvent pas devenir mère sont ainsi traitées d’« hédonistes improductives » (?!) ou de fainéantes, et celles qui, ayant choisi de devenir mère, bénéficient d’allocation congé parental, sont qualifiées de parasites. Parallèlement au développement de ce type de discours, se met en place une politique d’austérité qui influence directement le pouvoir d’achat des femmes, leur indépendance, leur mobilité, leur sécurité financière ainsi que leur santé mentale et physique.
Le montant de la prime à la naissance accordée aux femmes enceintes a été diminué de plus de moitié (au lieu de 400 euros, elles reçoivent maintenant environ 160 euros). En avril, on a supprimé l’aide financière exceptionnelle en cas de grossesse gémellaire. On durcit aussi les conditions d’obtention des allocations congé parental dont beaucoup de femmes dépendent. Les mesures d’austérité influent de façon négative sur la puériculture en général. Les aides financières allouées à partir du second enfant ainsi que les places prioritaires en crèche ou les facilités alloués aux parents ayant un crédit immobilier ont été annulées. Un gros problème subsiste quant au prix exorbitant des crèches publiques, dont les tarifs sont fixés de façon illégale à cause d’un manque de subventions publiques.
Les femmes supportent le poids de l’austérité
Cette situation a pour conséquence d’inciter à la création de crèches privées très chères et dont ne peuvent bénéficier qu’une poignée de privilégiés. Ceux ou celles qui n’ont pas les moyens d’utiliser ces services privés doivent compter sur l’aide des grands-parents. Il va de soi que la conséquence de cette situation est un retour vers les rôles traditionnels des femmes et des hommes au sein du groupe familial et la promotion du modèle de la mère/femme au foyer.
Chaque jour, un très grand nombre de femmes se retrouve au chômage. Selon les chiffres officiels, le chômage des femmes est 16% plus élevé que celui des hommes et on dénote un grand écart de salaire entre les sexes. Le chômage touche plus particulièrement les mères d’enfants en bas âge et les femmes de plus de 50 ans. Le comportement des employeurs dans le secteur privé, où travaillent 47% de femmes, influent directement sur le choix de devenir parent, par la pression et la dissuasion. Il arrive aussi très souvent que les femmes enceintes soient renvoyées ou qu’on ne leur verse pas leurs allocations à temps. Les réformes de la loi du travail n’en finissent pas de relativiser les droits des femmes, femmes que l’on encourage maintenant à retourner travailler après trois mois de congé maternité.
Les mesures d’austérité dans le secteur de la santé touchent aussi plus brutalement les femmes que les hommes. Le manque d’investissement dans les infrastructures hospitalières, la réduction des subventions publiques pour des examens préventifs, le manque de personnel médical et l’augmentation du rythme de travail, ne font qu’aggraver la mauvaise qualité des soins de santé. Cela a pour conséquence le développement des cliniques privées qui font progresser les inégalités.
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La crise du capitalisme et les mesures d’austérité ont une indéniable dimension genrée. Les femmes ont toujours été celles qui souffrent le plus durant les crises du capitalisme et qui, de par leur investissement et leur travail, sont sommées de prendre la relève de l’État démissionnaire. Les services sociaux se retirent, et ce sont les femmes qui prennent le relai, en prenant sur leurs épaules une grande quantité de travail indispensable mais dénigré (le travail à la maison, la garde des enfants ou la prise en charge des personnes âgées).
Les médias jouent un grand rôle dans la création de ce climat général. Le quotidien Politika publiait il y a quelques semaines un article assez révélateur titré « Près de la moitié des Belgradoises trentenaires sont sans enfant ». Cet article, ouvertement dénonciateur, a suscité un grand nombre de critiques, qui ont a leur tour été dénoncées par un second article dans le même quotidien intitulé « Le nouvel ordre féministe » moquant la place et les choix des femmes. Un autre texte mérite notre attention. Intitulé « Il était plus difficile d’être mère à l’époque du socialisme », cet article use du révisionnisme historique pour dépeindre la maternité au temps du socialisme comme répressive, et met de côté toutes les victoires gagnées par les femmes sur le chemin de l’égalité entre les sexes.
Durant la période socialiste, les femmes avaient toutes le droit à une sécurité sociale gratuite, les services sociaux étaient accessibles et la sécurité de l’emploi était garantie après un congé parental d’un an. A cette époque, l’émancipation des femmes était liée à l’idéal de l’emploi garanti pour tous les citoyens et à celui de la prise en charge des tâches familiales par l’État. Cet idéal n’a malheureusement jamais été atteint pour des questions économiques et à cause d’un manque de volonté politique. Même si ce système n’était pas parfait, il était néanmoins plus égalitaire que celui dans lequel nous vivons aujourd’hui.
La conception néolibérale de la maternité et de la place des femmes dans la société se construit justement sur les ruines de ce système socialiste, et le discours officiel qui porte ce projet participe à la création d’une réalité déformée, qui empêche toute alternative de voir le jour.