13 juil. 2015

Madygraf, entreprise occupée

Depuis 10 mois, les producteurs de Madygraf, entreprise graphique occupée en Argentine, prouvent qu'ils n'ont pas besoin d'employeur.

Reportage de Diagonal (ici, en espagnol) traduit et résumé par nos soins

"Nous prouvons qu'une usine peut produire sans patron" dit Agustin, ouvrier technicien de Madygraf, une entreprise graphique occupée et gérée par ses travailleurs depuis dix mois en Argentine dans la banlieue industrielle de Buenos Aires.

Le 11 août 2014, les travailleurs de la pause du matin de l'entreprise graphique Donnelley sont arrivés comme tous les jours pour travailler. Mais cette fois, ils sont tombés sur une note collée sur la porte: c'était fermé. L'entreprise nord-américaine avait cessé de produire et avait abandonné le pays en organisant une faillite frauduleuse et en laissant plus de 400 familles à la rue.

Les travailleurs se sont rassemblés à l'entrée de l'usine et se sont réunis en assemblée, ils ont décidé d'entrer et de lancer la production. Peu après, Donnelley s'est transformé en MadyGraf, en hommage à Mady, la fille d'un des travailleurs qui avait aidé à organiser la résistance.

Donnelley est une entreprise multinationales qui se classe parmi les 500 Fortune et participe à l'indice Nasdaq. Son activité se concentre dans l'impression graphique et dans les services liés; elle a des sièges en Amérique du Nord, en Europe et en Amérique Latine.

Nouvelles voix, nouvelles forces

Le contrôle ouvrier à Madygraf n'est pas tombé du ciel. Il a été rendu possible par une résistance ouvrière pendant plusieurs années. Les producteurs ont récupéré leur comité d'entreprise, se sont confrontés à la bureaucratie du syndicat, ils se sont mis en rapport avec d'autres luttes, ils ont conquis la confiance et se sont faits des alliés. Chemin faisant, une des expériences les plus novatrices fut la formation d'une Commission Femmes, avec des parents des travailleurs qui se sont confrontés à la lutte et ont découvert leurs voix propres.

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Après l'occupation de l'usine, l'assemblée a cédé un lieu pour la Commission Femmes où on a installé une salle de jeux, où il y a une école de devoir, des ateliers d'art. Cela les a amenées à rencontrer des instituteurs et des activistes d'organisation de gauche comme le PTS. Les familles participent en tant que composante de la lutte et il s'est même formé une chorale d'enfant, les Petits debout (Pequeños de pie) avec les enfants des travailleurs.

Lancer la production de l'usine a également permis de renforcer les liens de solidarité avec d'autres secteurs. Les étudiants de l'université de Buenos Aires ont fondé un centre d'exercices pratique de Travail Social au sein de l'usine. Les étudiants en ingénieur ont collaboré avec les ouvriers sur les questions techniques de la production.

La gestion ouvrière de l'usine a changé la vie de tout le monde. L'infirmière de l'usine a déclaré lors d'une interview: "Quand nous sommes entrés en possession de l'usine, le niveau de stress a beaucoup diminué. L'absentéisme et les accidents ont beaucoup baissé.


Solidarité et amitié ouvrière

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L'usine Zanon occupée sous contrôle ouvrière en Patagonie (voir ici, en espagnol) a été un exemple pour des milliers de travailleurs. Aujourd'hui, avec Madygraf, ils continuent à impulser et coordonner la solidarité ouvrière en renouant avec les traditions que les syndicats bureaucratisés avaient abandonnées.
 
"Nous avons traversé toutes les étapes, nous nous sommes organisés, nous sommes parvenus à organiser la commission interne contre la bureaucratie du syndicat ... Mais nous avons compris que nous devions continuer à avancer et que nous devions sortir de l'usine, organiser d'autres camarades qui ne l'étaient pas, comme World Color, comme les camarades de Print Pack et alors nous avons formé la liste Bordo pour ôter le syndicat des mains de la bureaucratie et le mettre au service des travailleurs. Mais nous savons qu'il ne suffit pas de récupérer un syndicat. Donc, à partir de ces usines, nous avons voulu créer un club ouvrier qui soit un point de rencontre de tous les travailleurs du bassin industriel de la zone nord, pour unir tous les travailleurs combatifs comme ceux de Kraft, de Lear, de Stani, de Pepsico, comme les camarades de Rioplatense, comme les travailleurs de Volkswagen" dit René.

Avec cet objectif ambitieux, ils ont organisé le championnat de football 'amitié ouvrière'. Les travailleurs de Madygraf ont mis à disposition deux terrains de tennis et un barbecue pour les plus de 400 travailleurs qui ont participé sur les prés de l'usine. Plus de 200 joueurs ont participé à la journée d'ouverture. Les équipes de football ont été formées par les travailleurs (...).

Les travailleurs de Madygraf continuent à se battre pour l'étatisation et l'expropriation de l'imprimerie. Une initiative parlementaire a été lancée par le député provincial Christian Castillo (PTS-FIT). En novembre 2014, il a été approuvé à l'unanimité avec quelques amendements à la chambre des Députés de la Province de Buenos Aires et doit encore passer au sénat.

Les travailleurs ne se rendent pas et, ce faisant, font école: "Nous allons nous battre pour le pain de notre famille, pour que plus jamais des familles ne se retrouvent à la rue."