1 févr. 2015

Des prostituées persécutées

Michelle Chen enquête sur une nouvelle législation au Canada pour les travailleuses et les travailleurs du sexe (Dans The Nation, ici, en anglais).

Nous rappelons que nous considérons les prostituées comme des travailleuses comme les autres. Nous entendons, pour elles comme pour les autres travailleurs, défendre le salaire déconnecté de l'emploi. Si une travailleuse souhaite réaliser des prestations sexuelle, c'est son droit mais ce droit doit être exercé en toute indépendance sans que n'intervienne la nécessité, le chantage à la misère ou la pression financière. Tant que la misère intervient, tant que l'argent manque à certaine, l'interdiction de la prostitution est indécente.

Pour que la prostitution soit acceptable, il faut qu'elle soit librement consentie (quitte à ce qu'elle n'existe plus) et, pour être librement consentie, la prostitution ne doit pas être générée par un manque d'argent, par l'envie ou le besoin de gagner de l'argent. Seul le salaire inconditionnel peut rendre la prostitution acceptable (quitte à en marginaliser la pratique - ou pas, d'ailleurs).

Résumé, extrait et traduction de l'article
Depuis décembre 2014, une loi interdit la prostitution de manière draconienne, le C36 ou "Acte de protection de la société et des personnes exploitées". Le but proclamé de cette loi est de protéger les travailleuses du sexe, de policer leur industrie. Les avocats des travailleuses disent que cette loi entend en finir avec la demande sous un prétexte fallacieux de sécurité publique.

Sous couvert de protection des prostituées, cette loi rend la pratique de la prostitution plus difficile et plus dangereuse selon Robyn Maynard, une activiste.

La loi C36 interdit d'acheter du sexe [sans procurer de revenu de substitution aux prostituées!]. Un client peut se voir infliger une amende de 500 dollars ou plus et jusqu'à cinq ans de prison ferme. Selon le groupe d'avocat Pivot Legal Society, cependant, la criminalisation des clients a déplacé les travailleuses du sexe vers des zones isolées où les clients sont moins susceptibles de se faire pincer par la police. Les travailleuses du sexe ont moins l'occasion (ou n'ont plus l'occasion du tout) de jauger leurs clients ou de négocier les termes de la transaction comme elles sont sous la pression de clients désireux d'en finir le plus vite possible.

De la même façon, les restrictions sur les "communications" liées à la vente de sexe - notamment les publicités en ligne ou imprimées - selon Pivot, "vont limiter significativement les possibilités des travailleurs du sexe à travailler en sécurité à l'intérieur". Cela pourrait toucher particulièrement les travailleuses les plus âgées qui ont tendance à faire leur publicité sur des supports imprimés traditionnels plutôt que dans le cyberespace en roue libre.

Comme beaucoup d'entre elles ne sont pas capables de placer des publicités dans des publications et ont moins d'endroit pour travailler, les travailleuses sont confrontées à des situations plus dangereuses.

Les rues sont plus hostiles aux travailleuses du sexe puisque leur interdit de travailler dans les rues où on peut s'attendre "raisonnablement" à croiser des enfants, telles que des plaines de jeu ou des centres médicaux. Ceci ferme les espaces publics aux travailleuses du sexe pour éviter "d'exposer" les enfants. 

La loi restreint les droits d'association des travailleuses dans un arrangement commercial ou de travailler collectivement - ce qui contribue à les déstabiliser et affaiblit leur contrôle des conditions de travail.

Les travailleurs les plus vulnérables à cette politique agressive sont les plus marginalisés, les pauvres, les transgenres, les migrants ou les gens de couleur - les gens que la base sociale rend invisibles et qui font face maintenant au bannissement de l'espace public. Pivot a dénoncé le climat de criminalisation dans une lettre de protestation au ministre de la justice canadien, la stigmatisation a provoqué "une épidémie de violence envers les travailleurs du sexe dans les communautés de Colombie Britannique".