10 mars 2015

Un salaire minimum mondial

Nous relayons l'article de Francis Journot dans le Grand Soir (ici) sur l'idée d'un salaire mondial minimum. Nous n'adhérons pas de manière inconditionnelle à ce projet qui demeure dans le cadre de l'emploi mais nous saluons l'idée de la limitation, de l'encadrement de la concurrence salariale mondiale.

Extrait


Le thème du salaire minimum mondial n’est certes pas nouveau mais en l’absence de projet pragmatique, celui-ci n’a jamais vraiment progressé. Le salaire médian selon le niveau de vie ou la rémunération moyenne de chaque pays est l’hypothèse la plus souvent évoquée mais la mise en place d’un tel dispositif nécessiterait plusieurs décennies.
En effet, la dernière Convention concerning the Creation of Minimum Wage-Fixing Machinery, qui a eu lieu en 1928, laissait champ libre aux États signataires mais s’est révélée être un échec : “Chaque Membre qui ratifie la présente convention a la liberté de déterminer les méthodes de fixation des salaires minima ainsi que les modalités de leur application“. 99 pays ont ratifié la convention dont la Chine en 1930 ou l’Inde en 1955 avec les résultats que nous connaissons. Certains pays ont adhéré en 2006 et 2007 soit prés de 80 ans après.
Aussi, cette expérience nous enseigne, que, pour être efficace et ratifiée rapidement par le plus grand nombre d’États, une nouvelle convention internationale devrait impérativement définir un cadre d’application commun plus précis. 
Il conviendrait en outre que le processus ne soit financièrement, guère contraignant pour les États. 
Le salaire minimum mondial préconisé s’adresserait donc d’abord aux personnels dont le travail serait lié aux produits et services exportés vers les grands marchés de consommation. 
Les Chefs d’États des pays émergents pourraient appréhender l’intérêt d’un salaire décent, source de nouvelles recettes fiscales et de développement financé par une plus juste contribution des donneurs d’ordres principalement occidentaux. A terme, ce salaire pourrait générer un effet macroéconomique positif certain sur le niveau de vie de populations entières.
Aujourd’hui, avec des salaires horaires variant le plus souvent, d’une à quelques dizaines de cents d’euros, la part salariale de la production d’un bien de consommation fabriqué dans un pays à bas coûts, n’avoisine le plus souvent qu’1 à 5 % du prix acquitté par l’acheteur final. 
Un salaire minimum mondial spécifique de 300 ou 400 € augmenterait les coûts de production mais ne devrait néanmoins, que modérément impacter les prix à la consommation.
Sous l’effet d’une crise qui ampute le pouvoir d’achat et l’accroissement d’une concurrence qui voit l’arrivée ininterrompue de nouveaux acteurs, notamment dans le secteur de l’habillement, l’offre s’adapte habituellement à la demande et les étiquettes des biens de consommation bas/moyen de gamme affichent une tendance à la rétractation.
En effet, les grandes entreprises qui ont recours aux pays à bas coûts disposent généralement de marges considérables qu’ils peuvent réduire sans affecter dangereusement leurs résultats. 
Pour exemple, Apple a totalisé en 2013 et 2014 prés de 80 milliards de dollars de bénéfices et des enseignes comme ZARA et H&M réinvestissent chaque année dans l’ouverture de 400 nouveaux mégastores luxueux situés sur les plus belles avenues du monde.