10 mars 2015

Sanofi: les actionnaires ont tué

In memoriam

Nous apprenons avec émotion qu'un cadre de Sanofi s'est suicidé. Il a laissé une lettre et la police doit encore établir les circonstances du drame mais tout laisse à penser - les expertises font état de souffrance au travail dans cette compagnie - que ce suicide est lié aux pratiques managériales de la compagnie: un autre suicide sur le lieu de travail avait déjà été déploré.

L'article de L'Humanité (ici) en français donne des précisions sur les circonstances du drame.

Pour rappel, Sanofi est une entreprise pharmaceutique qui depuis une dizaine d'années a radicalement réorienté sa politique. Alors que l'entreprise consacrait des investissements substantiels à la recherche et au développement, elle se contente de toucher ses rentes et s'est transformée en machine à cash pour les actionnaires (voir le magasine télévisé de Cash investigation ici). C'est dans ce contexte que l'entreprise licencie les cadres-chercheurs, ferme les sites, les délocalise ou les laisse péricliter.

Le chercheur, qualifié, motivé et compétent, ne peut alors tout simplement plus faire son travail (et, éventuellement, si l'enquête l'établit subit de la maltraitance, du harcèlement de son encadrement).

Ce sont donc bien les profits des actionnaires qui ont tué ce scientifique. Au-delà, c'est le principe même de la propriété lucrative qui rend la pratique de recherche médicale pénible, précaire et inefficace.

Nous rêvons d'un monde du travail débarrassé de la propriété lucrative, un monde dans lequel la recherche médicale serait affaire de curiosité intellectuelle, de persévérance et de qualification. Un monde dans lequel le travail serait possible, un monde après l'emploi.