Les aide-soignantes ont moins de temps pour nettoyer les pensionnaires. Elles doivent travailler plus rapidement (elles ont sept minutes pour laver un résident) parce qu'il y a moins de personnel. Il y a moins de personnel dans l'entreprise pour que l'actionnaire, le propriétaire lucratif puisse toucher de plantureux bénéfices.
Pour aller plus rapidement dans les soins, le personnel soignant est contraint de maltraiter les pensionnaires. Il s'agit de maltraitance institutionnelle. Par exemple, quand un résident fait ses besoins sur lui, il ne peut être changé dans un délai raisonnable parce que le personnel surchargé est occupé à d'autres tâches. Ce n'est pas que les travailleurs sont méchants, c'est qu'ils ont insuffisamment de temps. Le résident peut baigner des heures dans ses habits souillés: c'est de la maltraitance institutionnelle.
Pour résumer: les actionnaires veulent plus de profit. Pour cela, on transforme les maisons de repos en salles de torture et les soignants en ouvriers à la chaîne. Le profit est donc l'ennemi du travail bien fait; l'emploi est l'ennemi du travail.
Extrait de l'incroyable article de la Meuse (ici, en français)
Cela fait trois ans que Rachida travaille au Clos sur la Fontaine. Cette infirmière a donc vécu le rachat de la maison de repos par Orpea. Rachida est sans appel : c’était mieux avant !
« Nos conditions de travail sont inhumaines. Je m’occupe d’un service où se trouvent des patients Alzheimer ou atteints de troubles du comportement. Ils peuvent être dangereux pour eux-mêmes et pour les autres. Mais malgré cela, nous ne sommes que deux pour 25 patients. Ce n’est pas assez » dénonce Rachida.
Même son de cloche du côté de Brigitte, l’aide-soignante. Pour elle, le rythme de travail est tout bonnement intenable. « À cause du manque de personnel, on doit agir le plus rapidement possible. Concrètement, cela veut dire qu’on dispose d’une minute par patient pour la collation, de deux pour les mettre au lit et seulement de sept minutes pour les soins de toilette. C’est beaucoup trop peu » s’indigne Brigitte.
Pourtant, ils y mettent le prix : certaines suites se louent en effet 110 euros par jour !
Brigitte vit très mal ce rythme effréné qui lui est imposé. « J’ai choisi ce métier pour pouvoir soigner des gens, et je n’ai pas le temps de le faire » déplore-t-elle. Outre le surmenage, le personnel de la maison de repos doit aussi faire face au manque de matériel. Selon Rachida, « On n’est qu’au début du mois et il ne reste déjà plus qu’un seul kit à pansements ».