Quelques années plus tard, donc, un touriste américain Edwin Lyngar nous emmène faire le tour du propriétaire dans Alternet (ici, en anglais).
Rappelons avant la traduction que le libertarianisme désigne un courant de pensée ultra-libéral aux États-Unis (entre autres) qui entend abolir l'État mais conserver la propriété lucrative, un courant de pensée qui nie la société comme réalité et qui a inspiré les Reagan, Schröder, Tchatcher, Blair, etc.
En tout cas, il semblerait que si l'Europe, les Hollande, les Michel, les Merkel ne tarissent pas d'admiration pour le modèle économique de l'Érythrée, les élites états-uniennes semblent plutôt s'inspirer d'un autre idéal économique: le Honduras.
Extrait, résumé et traduction
Je connais ce système discrédité de pensée parce que quand j'étais jeune, blanc, idiot, j'y ai souscrit: l'égoïsme est bon, le gouvernement est mauvais. Prenez ce que vous voulez, quand vous voulez et comme vous voulez. Les pauvres méritent leur sort et les plus intelligents, les gens qui travaillent dur gagnent toujours. Donc, accaparez avant que quelqu'un d'autre ne le fasse. J'ai lu le livre de Charles Murray et j'ai une copie dédicacée de The Revolution de Ron Paul [autre bible libertarienne]. Le fil qui relie tous ces livres est qu'ils manquent d'exemples concrets. Éliminer toutes taxes, tout privatiser, inonder un pays d'armes et s'opposer à toute dépense publique et vous vous retrouvez au Honduras.
Au Honduras, la police se balade en pick-up avec des mitraillettes mais elle n'est pas là pour protéger le peuple. Elle menace les locaux et les touristes indifféremment. Pour la protection individuelle, il y a une armée de gardes privés, armés qui se trouve devant le siège des banques, mais aussi devant des restaurants, des distributeurs de billets, des épiceries et devant tout immeuble qui contienne quelque chose de valeur. Certains gardes ont des uniformes et de longs fusils mais un nombre comparable se promène en habits civils avec des pistolets bons marchés en bandoulière. Le pays a une poignée de gens vraiment très riches, un petit groupe de classe moyenne et une énorme majorité qui crève de faim dans des bidonvilles. On peut remarquer la preuve de décennies d'investissements antérieurs dans les ponts et les routes mais tout se dégrade doucement.
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Les meilleurs exemple du libertarianisme en action, ce sont les centaines d'hommes, de femmes et d'enfants debout le long des routes partout au Honduras. Le gouvernement ne répare pas les routes donc ces entrepreneurs désespérés remplissent les nids de poule à la pelle avec de la terre ou des débris. Ils se tiennent alors debout à côté des trous remplis et demandent un pourboire aux automobilistes reconnaissants. C'est le rêve brut de l'innovation du secteur privé.
Sur le continent, il y a deux sortes de quartiers, les bidonvilles qui semblent s'étendre à l'infini et les quartiers de la classe moyenne où chaque maison est son propre château-fort. À San Pedro Sula, la plupart des maisons sont entourées de hauts murs en pierre surmontés de barbelés ou de fils électriques. Alors que je dépassais ces fortifications genre château, la seule chose à laquelle je pouvais penser c'est comme cette ville devait être formidable en cas d'apocalypse de zombies.
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Alors que [aux États-Unis] l'inégalité des revenus se creuse et que le gouvernement est contrôlé par un petit nombre de donateurs politiques, nos infrastructures sont loin de faire l'admiration dans le monde et la tendance n'a pas l'air meilleure vue de là où je suis. Nous devons arrêter notre propre rhétorique politique pour nous poser la question fondamentale de savoir dans quel sorte d'endroit, dans quelle sorte de société nous voulons vivre. La société ne devrait pas exister pour rendre une poignée de gens fabuleusement riche alors que d'autres meurent de faim. Presque toute l'humanité vivait de cette façon et nous l'avons appelée féodalisme. Beaucoup de gens veulent revenir à cette sorte de système sous le label de libertarien ou de "marché libre sans entrave". Le nom est inapproprié parce que les résultats sont les mêmes. Au Honduras, je n'ai pas rencontré une seule personne qui ait quelque chose de positif à dire du gouvernement ou de la façon dont le pays était mené.