16 janv. 2015

Boko Haram

Rachel Knaebel explique la genèse du mouvement d'assassins Boko Haram dans Basta (ici, en français et en libre accès).

Le nom de l'organisation signifie "les livres sont sacrilèges" dans un mélange d'anglais et d'arabe. Bien sûr, une telle affirmation est étrangère à l'islam, religion du livre s'il en est.

Comme au Pakistan, comme pour les jihadistes recrutés en France ou dans les Balkans, les membres de la secte tueuse qui vient de faire plus de 2.000 morts dans le nord du pays se recrutent parmi les gens qui n'ont absolument aucun avenir. En l'occurrence, l'accaparement des ressources pétrolières au Nigeria et la pauvreté endémique explique ce nihilisme désespéré. Par ailleurs, la région se distingue par la violence des armées régulières des différents États frontaliers.

Extrait.

Des exactions qui augmentent avec l’état d’urgence

Mais d’où vient cette secte qui s’est muée en groupe armé ? Boko Haram est né au début des années 2000 dans le nord-est du Nigeria, une région proche des frontières du Niger, du Tchad et du Cameroun, pays aujourd’hui eux aussi touchés par le phénomène. Le groupe devient plus particulièrement violent à partir de 2009, quand son leader, Mohammed Yusuf, est exécuté par la police sans autre forme de procès. Boko Haram s’est d’abord attaqué à des policiers et à des prisons. En 2011, le mouvement revendique un attentat à la bombe contre le bâtiment des Nations Unis à Abuja, la capitale fédérale du Nigeria. C’est à partir de là qu’il attire l’attention internationale.
Sa violence s’est encore accrue avec l’instauration de l’état d’urgence en mai 2013 dans trois États du nord-est du pays, Yobe, Adamawa et Borno. Depuis, les agressions massives et répétées se multiplient contre les populations civiles, dans des écoles, des marchés, des lieux de prières. Human Rights Watch en dénombre plusieurs centaines ces deux dernières années. Il s’agit souvent d’attaques contre des villages suspectés d’avoir collaboré avec les forces de sécurité. En 2014, le nord-est du Nigeria est ainsi devenu la région la plus meurtrière du pays « alors qu’avant 2009, le Nord était paisible et les violences se concentraient dans le Sud », note le dernier rapport du groupe d’étude sur la violence au Nigeria Nigeriawatch. Le Sud, où le groupe armé du Mouvement pour l’émancipation du Delta du Niger (MEDN) était par exemple actif dans les années 2000, et s’attaquait principalement aux installations pétrolières.

Pauvreté massive en pays pétrolier

Les régions du nord du Nigeria font surtout partie des plus pauvres. Dans le pays le plus peuplé d’Afrique (178 millions d’habitants aujourd’hui), deux-tiers de la population vit avec moins d’un dollar par jour. Le Nigeria dispose pourtant d’un riche sous-sol. C’est le cinquième pays exportateur de pétrole au monde ! Mais c’est aussi l’un des pays les plus corrompus de la planète : il est classé à la 136ème place sur 175 par Transparency International. Pour comparaison, l’Afrique du sud se trouve au 67ème rang.
La manne pétrolière ne profite donc pas à tout le monde, loin de là, et surtout pas aux États du nord du pays, puisque les puits de pétrole se trouvent dans le Sud. Résultat : 70% de la population du nord-est vit avec moins de 1 dollar par jour, contre moins de 60% dans le sud. Moins d’un quart des femmes et seulement la moitié des hommes savent lire dans le nord-est, contre 80 et 90% dans le Sud