25 juin 2015

Sans argent, sans logement, sans voix

Orient XXI part en occident pour donner la parole aux sans argent, aux sans logement qui se font expulser de leurs bidonvilles au Maroc (ici, en français).

Extraits de ces témoignages sociologiques

En pleine campagne d’expulsion des bidonvilles, de privatisation des terres collectives, de prédation foncière dans les vieux centres urbains, le deuxième Forum mondial des droits de l’homme s’est tenu à Marrakech fin novembre sur le thème de « la ville et les droits de l’homme ». Les principaux intéressés, les mal-logés, n’étaient pas conviés. Une sociologue marocaine leur donne la parole après une année de recherches à leurs côtés.
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Un îlot convoité au cœur de Rabat

Plus de 36 logements sont détruits, laissant les habitants du douar Ouled Dlim sans toit. Depuis ce jour, ils vivent dans des campements de fortune, faits de bâches en plastique maintenues par quelques morceaux de bois et de fer ramassés ici ou là. Les forces de l’ordre ont cerné leurs terres, désormais propriété de la Société d’aménagement Ryad, de tôles. Enfermés dans une prison à ciel ouvert, ils sont surveillés par les chiens d’une société de sécurité embauchée pour empêcher toute reconstruction. Parallèlement, en mars, les forces de l’ordre sont intervenues au douar Drabka, également situé à Guich Loudaya, pour détruire des pépinières et des échoppes où se vendaient les légumes et les fruits issus de leurs jardins.
Les terres collectives agricoles de la tribu guich1 qui vit là depuis plusieurs générations sont situées en plein quartier résidentiel. Elles ont été «  octroyées  » à cette ancienne tribu guerrière par le sultan Moulay Abderrahmane en 1838 en rétribution de leurs services. Depuis son installation, la tribu, à l’origine nomade, a opté pour l’agriculture vivrière. Mais du fait de l’expansion de Rabat, ces terres constituent à présent un énorme enjeu foncier convoité par les promoteurs immobiliers et les aménageurs urbains. L’accaparement se fait par l’intermédiaire du ministère de l’intérieur qui, sous couvert d’un besoin de foncier pour l’urbanisation, les revend à des prix dérisoires aux promoteurs. D’après les habitants, ces opérations sont menées en violation d’un dahir (décret royal) du 19 janvier 1946, édicté par Mohamed V dans le souci de protéger les intérêts d’une tribu alors puissante. Le roi aurait retiré au ministère de l’intérieur la tutelle de ces terres et accordé leur propriété pleine et entière à la collectivité de la tribu Guich. Bien qu’introuvable, ce dahir est cité dans plusieurs jugements de la cour d’appel.
Devenus des occupants illégaux, les habitants du douar Ouled Dlim sont menacés quotidiennement d’expulsion. Déconcertés, ils menacent de s’immoler, affirment être prêts à mourir pour défendre leurs terres : «  Notre terre, c’est notre identité  », disent-ils.