Nous l'avons dit, de notre point de vue le chômage est l'autre face de l'emploi, la surproduction, l'inactivité et la pauvreté sont l'autre face de la propriété lucrative. Le fait que les producteurs fuient en masse un pays béni des dieux ne fait que confirmer ce pronostique. Qu'on en juge: en Albanie, il y la montagne et la mer, il y a des ressources agricoles importante, un climat très sain ... mais il y a une population qui s'ennuie, assommée de pauvreté dans ce jardin d'Éden.
Alors que l'économie mondiale est en surproduction, les bénédictions naturelles du pays sont autant de malédictions. Bien sûr, là comme ailleurs, l'option salariale (et l'abolition de l'emploi) s'impose pour dépasser et la surproduction et le chômage de masse.
Mais les médias italiens ont donné de ce pays une image très ... enjolivée. Voici la réaction de Fatos Lubonja traduit par le Courrier des Balkans (ici, en français).
Alors que le pays se trouve dans un des plus violents bourbiers de son histoire (à cause des graves abus perpétrés au cours des deux dernières décennies sur son territoire), alors que la criminalité progresse jusque dans l’entourage de ministres, alors que la crise économique nous touche encore plus que nos voisins italiens et grecs, alors que les Albanais fuient le pays à un rythme accéléré dont personne n’a conscience puisque l’on ne parle plus de ce phénomène depuis des années, nos médias s’exaltent sur un article de Roberto Saviano, publié dans l’Espresso, intitulé « Ce n’est plus l’Albanie de la soumission », où l’auteur de Gomorra explique l’attrait d’une Albanie qu’on ne fuit plus, mais qu’on se languit de découvrir ou de retrouver, Italiens comme Albanais.
Ce qui m’étonne encore plus c’est l’enthousiasme d’Albanais, si fiers et si heureux, du moins sur les réseaux sociaux, de constater de si bons échos de notre pays à l’étranger, d’être si dignement représentés par leur Premier ministre. Pourtant ce sont les même qui se persuadent de la réalité de ce mirage et qui se plaignant sans arrêt de la situation du pays. C’est de cette schizophrénie dont je parlais. Elle est inhérente à l’être humain, en ce sens que nous sommes contraints de vivre de multiples contradictions, entre le réel et l’idéal, nos désirs illimités et les frontières de leur réalisation. Si le bon sens, l’instruction et l’éducation, la politique et le journalisme, nous guident vers la clairvoyance, je constate l’essor d’une culture perverse dans des pratiques politiques et journalistiques qui tendent à mésuser de ces contradictions humaines.
La politique albanaise cherche à manipuler les citoyens à travers les médias internationaux, en exploitant les faiblesses de ceux qui ont besoin de complaisance, qui souffrent d’un complexe d’infériorité, et en cherchent l’atténuation dans l’attention des étrangers. Cette réalité embellie est présentée comme une sorte de paradis pour attirer le chaland. En parallèle, ces articles et ces reportages deviennent un miroir où les spectateurs peuvent se complaire. On veut aussi surtout légitimer le pouvoir des régisseurs de ce paradis qui n’est rien qu’un enfer. En cet état des choses, ceux qui ne peuvent pas compter sur leur pensée autonome sont hypnotisés par l’autorité étrangère et, bien qu’ils aient conscience du paradoxe que représente leur pays, ils ne parviennent plus à trouver le juste milieu et remonter à l’origine du chef d’orchestre.