19 déc. 2016

Volkswagen livrait ses employés à la junte brésilienne

Les propriétaires lucratifs ne s'embarrassent pas de considérations morales. À preuve ici, l'article de Mathilde Dorcadie dans Equal Times (ici, en français):
Il y a un peu plus d’un an, en septembre 2015, le « Forum des travailleurs pour la mémoire, la vérité, la justice et la réparation », composé de mouvements syndicaux, de défenseurs des droits humains et d’avocats, déposait une plainte auprès du ministère public fédéral contre l’entreprise Volkswagen.

Sur la base de documents exhumés des archives publiques de l’État de São Paulo, le constructeur automobile est accusé par l’organisation d’avoir collaboré avec la police militaire, du temps de la dictature brésilienne (1964-1985), en facilitant l’arrestation d’au moins douze employés de son usine de São Bernardo do Campo.

Ces travailleurs ont ensuite été détenus arbitrairement et torturés par la police du régime. La direction de Volkswagen d’alors est également accusée d’avoir participé à l’élaboration de « listes noires », en espionnant les activités de ses propres employés, avant de fournir ces renseignements à la police secrète.
C’est la première fois qu’une entreprise est ainsi dénoncée formellement, de plus par une organisation de la société civile, pour sa collaboration avec le régime dictatorial.
Ces derniers mois, une commission d’enquête du parquet fédéral, accompagné de celui de São Paulo et du ministère public du travail, a étudié le dossier constitué par le Forum, contenant 70 pages de preuves et d’arguments juridiques et a entendu les témoignages d’anciens travailleurs victimes, mais aussi des accusés, tel que le colonel Adhemar Rudge.
Cet ancien militaire de réserve a été le chef du département de la sécurité industrielle au sein de l’usine Volkswagen de São Bernardo, de 1967 jusqu’en 1991, bien après la fin de la dictature. Il avait succédé à ce poste à Franz Paul Stangl, l’ancien commandant nazi des camps de la mort de Sobibor et de Treblinka, extradé et condamné en Allemagne. Le 23 juin 2016, Rudge, désormais retraité de 90 ans, a été entendu par les juges d’instruction et a rejeté toutes responsabilités sur sa hiérarchie d’alors.