13 sept. 2016

Empeachment du salaire

Au Brésil a eu lieu ce qu'on pourrait appeler un coup d'État constitutionnel. Temer a pris les rennes du pouvoir dans la foulée des mesures d'empeachment (la mise en accusation) prises à l'encontre de la présidente élue Dilma Rousseff. Cette présidente a été empêchée peu après les élections qu'elle a donc remportées largement. Les motifs de l'empeachment sont discutables sur le seul plan juridique puisqu'il s'agit d'un jeu d'écriture comptable habituel à ce niveau de pouvoir et que d'autres présidents y ont eu recours sans être inquiétés.

L'originalité du système brésilien se pose à deux niveaux:

- d'une part, les motifs de l'empeachement ont une base juridique pour le moins ténue mais ce sont les parlements qui votent la mesure. Le processus est donc fort politisé et les considérations judiciaires sont secondaires. C'est comme si un parlement majoritairement LR devait juger un président PS.

- Temer, le président non élu était le numéro deux, issu d'un parti de l'opposition. Sa ligne politique est tout à fait étrangère à celle de Dilma Rousseff élue, elle, à la régulière. Un peu comme si la destitution du président élu, François Hollande, donnait lieu à l'intronisation du chef de file du second parti de France, par exemple Nicolas Sarkozy.

Sauf que, ici, Temer a une ligne politique en tous points opposée à celle de la présidente élue. Sans être élu, Temer mène une guerre au salaire à outrance.

Telesur (ici, en espagnol) détaille cinq mesures de guerre au salaire du président non-élu:

- réforme du système de sécurité sociale
retraite à 65 ans, égalisation (par le bas) de l'âge de la retraite pour les hommes et les femmes, pour les urbains et les campagnards
- gel des embauches dans la fonction publique pour vingt ans

- primat de la négociation d'entreprise sur la loi (comme la loi El-Khomeri)

- les modalités de la sous-traitance sont simplifiées et le coût en est diminué. Rien n'empêche une université d'embaucher alors des femmes de ménage comme fausses indépendantes

- flexibilisation de la journée de travail (elle peut être portée de huit heures à douze heures). Cette mesure aussi rappelle furieusement la loi El-Khomeri ou, en Belgique, la loi Peeters.

À la lecture de ces mesures, on comprend l'intérêt pour les propriétaires lucratifs d'avoir un président qui n'a pas été élu.